‹ Flore des damesChapitre 43 sur 169 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Les cuves, les tonneaux, et la meule pesante Qui broie, en tournoyant, la récolte odorante. Pourquoi du vin d’Aï l’éloquent défenseur,

Du Champenois paisible oubliant la douceur,

A-t-il osé flétrir d’une satire amère

Un jus délicieux qu’il ne connaissait guère?

Qu’il vante ses raisins et ce goût délicat Qu’une douce fumée ajoute à l’odorat :

C’est toi, fils de la pomme, étincelant breuvage,

C’est toi qui sus jadis enflammer le courage De ces fiers Neustriens, dont le bras indompté Fit ployer Albion sous leur joug redouté.

Animé par ton feu, le père de la scène Aux rivages français amena Melpomène,

Et, ressuscitant Rome aux yeux du spectateur,

Nous montra ses héros dans toute leur hauteur.

Tu sais, en pétillant sur la table enchantée,

Joindre à l’éclat de l’or une mousse argentée;

La fièvre, aux yeux ardents, que rallume le vin, Abandonne sa proie à ton aspect divin.

L’arbre qui te produit n’occupe pas sans cesse

Les mains du laboureur autour de sa faiblesse ; .

Il se suffit lui-même, et ses bras vigoureux

Savent bien,sans nos soins,porter leurs fruits nombreux.

nouveau langage des fleurs.

C’est l’ami de Cérès ; à l’ombre de sa tête Les épis fortunés méprisent la tempête,

Et dans le même champ une double moisson Nous donne l’aliment auprès de la boisson.

Salut, pommiers touffus qui couvrez la Neustrie ! Puisse votre liqueur, nectar de ma patrie,

Si je vous ai venge's d’injurieux rivaux,

Me faire, non sans gloire, achever mes travaux!

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