‹ Flore des damesChapitre 47 sur 169 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

leurs enfants et leurs serviteurs. Pierre Dubuisson, premier président du parlement, veuf depuis longues années, avait une fille unique, d’une rare beauté, d’une exemplaire sagesse, et qu’il aimait avec toute la tendresse d’un père et d’un vieillard. Marie, c’était le nom delà jeune fille, faisait l’admiration de la cour, non seulement par l’éclatante merveille de sa beauté, mais encore par les qualités de son cœur et de son esprit; attentive aux moindres désirs de son père, on la voyait fuir les délassements les plus innocents, abandonner les occupations les plus sérieuses, pour venir auprès du vieillard, pendant les courts instants de liberté que lui laissait sa haute magistrature.

Le jeune comte de la Marche, l’un des premiers seigneurs de la cour, était devenu éperdument amoureux de Marie, et le voyage de Poitiers n’avait fait qu’encourager sa passion, en lui donnant l’espoir que d’heureuses circonstances lui permettraient de faire connaître à la chaste jeune fille la force et la pureté des sentiments qu’il n’avait pu réussir à vaincre ni à apaiser. Le comte de la Marche était pair de France, et comme la cour de parlement se composait de jurisconsultes et de seigneurs hauts-justiciers, les prérogatives de la pairie le mettaient en relations continuelles avec le premier président Dubuisson.

NOUVEAU LANGAGE DES FLEURS

C’est ainsi, qu’il avait pu voir Marie, et, tout d’abord, il avait mis aux pieds de la jeune fdle sa couronne de comte et sa dignité de pair.

—•Monseigneur, avait répondu Marie, vous êtes d’une race antique ; vos aïeux vous ont laissé douze châteaux crénelés, qui ornent et défendent le sol de la France ; il vous faut une épouse digne de votre grandeur, et je ne suis que la fdle d’un homme de science et de vertu; permettez donc que je refuse votre hommage.

C’est alors, qu'était arrivée l’époque de la tournée annuelle du parlement et le séjour de la cour dans la capitale du Poitou, avait fait naître dans le cœur du jeune Philibert de la Marche, l’espérance de voir accueillir plus favorablement ses vœux.

La reine Blanche logée au milieu du champ-aux-Rosiers, dans la maison de l’argentier de France, avait voulu que son parlement occupât une aile des bâtiments qui lui étaient réservés. Cette résolution de la régente avait comblé de joie le jeune comte, que son rang à la cour appelait constamment auprès de la reine et de son fds. Ses assiduités près de Marie échapperaient ainsi, pensait-il, aux observations curieuses des courtisans. Cependant l’amour du comte lui faisait paraître bien courts les instants qu’il passait

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