‹ Flore des damesChapitre 55 sur 169 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

parfaite, selon les conditions qu’avaient fixées les amateurs, n’eut plus de prix. On avait décidé que la hampe, (nommée baguette, en langage d’horticulture) devait être forte, haute, d’un vert éclatant; que les six divisions de la corolle, arrondies à leur extrémité, présenteraient six pétales d’un tissu épais, panachés de couleurs vives, contrastées, aussi brillantes à l’extérieur qu’à l’intérieur, et ne se mêlant jamais avec la nuance du fond; que les étamines seraient brunes au lieu d’être jaunes; que la corolle, enfin, plus haute que large, serait à peine évasée. Ce fut en Hollande, et surtout à Harlem, que ces beautés furent plus appréciées. Une tulipe qui les réunissait toutes ayant excité l’envie d’un amateur dépourvu d’argent, il en devint propriétaire par l’échange de trente-six sacs de blé, quatre de riz, quatorze bœufs gras, douze brebis et huit porcs engraissés, deux muids de vin, quatre tonneaux de bierre, deux de beurre, dix quintaux de fromage, un lit, des habits, etc. Le contrat de ce marché existe encore en original , et l’on y apprend que le nom de vice-roi, désignait la fleur qui en fut l’objet. Douze arpents de terre furent offerts en vain pour une autre tulipe ; une troisième se paya vingt mille fiancs : une certaine mère brune fut échangée en France contre un moulin; et la mère brune aujour-

NOUVEAU LANGAGE DES FLEURS

d hui vaut trois francs! En Hollande, les États-généraux crurent devoir intervenir et mettre un frein à la prodigalité des fous-tulipiers ; en France, une mode nouvelle en fit l’affaire. On reconnut que se ruiner pour un parterre était ridicule , mais que le bon goût absolvait ceux qui consacraient leur fortune «à la création d’un jardin anglais.

Les Turcs, qui ne sont légers qu’en amour, conservent pour la tulipe une considération, qui date de temps immémorial : c’est d'après la forme de sa corolle qu’ils ont, dit-on, imaginé celle du turban, que pendant des siècles ils n’ont cessé de porter- Encore aujourd'hui en Turquie les tulipes ont du prix ; dans l’intérieur des harems, on célèbre en leur honneur une fête dont les détails ne sont pas sans intérêt, celle qui se donne au sérail mérite d’être connue : — Vers le milieu dû mois d’avril, on construit dans une des cours de ce palais de longues galeries en bois, dans l’intérieur desquelles on dispose des gradins que l'on recouvre des plus magnifiques lapis, sur lesquels sont placées des carafes remplies de tulipes : ces carafes ou vases, de cristal ou de porcelaines, sont entremêlés de torches, de candélabres, de flambeaux. Sur le dernier degré de ce brillant amphithéâtre on place renfermés dans des cages dorées, les serins du

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