‹ Flore des damesChapitre 58 sur 169 · VIOLETTE · texte numérisé non relu

VIOLETTE

Je vous ai parlé de la rose, celle reine des fleurs; des hommages nombreux dont elle a été l’objet: mais voici venir une modeste fleurette, née dans nos bois parmi les plus humbles gazons, et dont l’histoire esta la fois intéressante et poétique. Dans sa corolle délicate, vous voyez, en effet, le visage de la malheureuse la fdle d’Atlas. Cette jeune nymphe, après avoir cherché, par coquetterie, à attirer l’attention du Dieu de la poésie, fut obligée de fuir devant lui pour échapper à ses em-

NOUVEAU LANGAGE DES FLEURS

portements. Les Dieux touchés d’une disgrâce causée par un péché aussi ordinaire à la beauté que celui de la coquetterie changèrent la en violette.

Chez les anciens comme chez les modernes, les mœurs de la violette la firent choisir pour l’emblème <!c la modestie.

L’obscure violette, amante des gazons,

Aux pleurs de la rosée, entremêlant ses dons,

Semble vouloir cacher sous leurs voiles propices, D’un prodigue parfum, les discrètes de'lices :

C’est l’emblème d’un cœur qui re'pand en secret Sur le malheur timide un modeste bienfait (t).

Maintenant que la rose s'est montrée dans le parterre, dit le poète Hafiz, la violette s’est jetée à ses pieds, baissant la tête pour l’adorer. Giaini a rendu à peu près la même idée dans des vers qui sont inscrits sur un tapis appartenant à M. le duc de lllacas. « En voyant la rose, la violette s’est humiliée et a caché sa tête sous le manteau pourpré qui la couvre. »

« J’ai vu, s’écrie Ebn Riemi , poète arabe, j’ai vu, dans les jardins, une violette dont les feuilles chargées de rosée, resplendissaient au soleil naissant; j’ai vu la

(t) Boisjolin.

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