‹ Flore des damesChapitre 60 sur 169 · MARGUERITE · texte numérisé non relu

MARGUERITE

A peine nos gazons sont veufs des violettes printanières qu’une autre fleur, non moins modeste et non moins aimée, vient rehausser leur uniforme verdure par son réceptacle d’or, couronné de lames d’argent. Qui peut donc séduire en elle ? sa robe est simple, elle n’a point d’odeur!... Non, mais elle est l’oracle des amans. Voyez, dans cette route ombreuse, une suave et svelte jeune fille, au vêtement blanc comme la marguerite, se promener appuyée mollement sur le bras d’un homme au front pâle et ridé bien avant le temps ; leurs têtes curieusement penchées interrogent les demi-fleurons de lamargueritejils tremblent tous deux, tandis que, dans un bosquet voisin, sourit d’un rire satanique l’ombre de Méphistophélès.... Celle jeune

NOUVEAU LANGAGE DES FLEURS

fille, c’est la Marguerite de Faust elle-même ; cet homme, c’est le savant docteur qu’une passion nouvelle vient d’arracher à ses livres poudreux, aux appareils multipliés de son cabinet d’alchimiste; en ce moment son ame tout entière est suspendue entre l’espoir d’une réponse favorable, ou d’une négation aventureuse, arrachée au calice d’une fleur.

Que de gens, depuis le célèbre Faust ont, dans la même perplexité, interrogé le même oracle !

Constant Dubos a dit :

Toi qui de l’innocence As toute la fraîcheur,

Délices de l’enfance,

Dont tu semblés la sœur,

Marguerite fleurie,

Honneur de nos vallons,

Comme dans la prairie Brille dans nos chansons!

Des mains de la nature, Échappée au hasard,

Tu fleuris sans culture Et tu brilles sans art,

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