‹ Flore des damesChapitre 65 sur 169 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Ni la feuille, ornement des rameaux toujours frais, Ni l’oiseau dans son vol, ni l’hôte des forêts,

N’ont ride' le cristal de 1 onde vierge et pure, L’ombre humide entretient sa riante ceinture;

Et des arbres touffus les mobiles berceaux Cachent aux feux du jour ses gazons et ses eaux.

Brûlé par la chaleur, fatigué de sa course,

Narcisse est attiré sur les bords de la source,

Tandis que de sa soif il y calme l’ardeur.

Une soif plus brûlante a dévoré son cœur,

Ses traits sont réfléchis par cette onde mouvante; Séduit, il prête un corps à l’ombre décevante ;

En pensée il l’anime ; ivre de volupté,

Il est épris enfin de sa propre beauté.

Que de fois attiré vers ses traits ravissants,

Il presse en vain les flots de ses bras caressants,

Il ne sait ce qu’il voit, et son ame abusée De 1’ erreur de ses sens est bientôt embrasée,

. . . Narcisse succombe au feu qui le dévoi’e,

Son corps s’est desséché, son teint se décolore ;

Il perd cette beauté, source de tant de pleurs,

Et qui d’Echo charmée a causé les malheurs.

Echo le vit périr, et de sa vive injure Quoiqu’en secret la nymphe eût nourri la blessure,

120 NOUVEAU LANGAGE DES FLEURS

Elle avait plaint Narcisse, et de ce faible amant Répété' les soupirs, ressenti le tourment.

Quand Narcisse, irrité par l’ombre insidieuse, Portait sur son beau corps une main furieuse,

Echo du bruit fatal attrista les forêts,

Narcisse dans les flots contemple encore ses traits :

« En vain je t’adorai! » dit sa voix défaillante.

« En vain je t’adorai! » répète Écho tremblante.

« Adieu! » murmure-1—il : attentive en ce lieu, Imitant son effort : « Adieu, dit-elle, adieu! »

Sa tête se balance, et sur l’herbe nouvelle Succombe appesantie... Une nuit éternelle Couvre ces yeux si beaux, ces yeux qui l’ont séduit. Jusqu’au bord infernal son erreur le poursuit ;

11 cherche avidement l’image qu’il adore Et, penché sur le St.yx, il la contemple encore.

Les Naïades, ses sœurs, troublant l’air de leurs cris, Déposent leurs cheveux sur ses restes chéris,

Les Dryades frappaient leur sein baigné de larmes, Et la sensible Écho redisait leurs alarmes,

Par leur douleur pieuse un bûcher est dressé ;

Mais le corps disparait... Au lieu qu’il a pressé Sur sa tige récente avec grâce inclinée,

S’élève une fleur d’or, d’albâtre couronnée.

CHAHTRE V.

En imaginant la labié de Narcisse les Grecs eurent sans doute pour but de faire comprendre tout ce que l’égoïsme a de froid, de repoussant et de contraire a la nature. Quoi qu'il en soit un plaisant a trouvé moyen de parodier d’une manière bachique le sort du fils de Céphise et de Liriope ; voici ses vers.

Je suis un Narcisse nouveau Qui m’aime et qui m’admire ;

Mais c’est dans le vin, non dans l’eau,

Que toujours je me mire;

Et quand je vois le coloris,

Dont il peint mon visage,

De l’amour de moi-même épris,

J’avale mon image.

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