CHAPITRE V
conduit alors à Fontainebleau, et de Fontainebleau à Versailles en 1GS4.
L’oranger est sans contredit l’un des plus beaux ornements de la terre; son feuillage d’un vert éternellement tendre et lustré , ses fleurs d'une odeur suave , ses fruits savoureux, sont autant de présents inappréciables , et, pour comble de merveille, il réunit à la fois sur ses rameaux des Heurs, des fruits verts et des fruits mûrs ; c’est donc avec raison que Castel a dit :
Tel l’or pur e'tincelle au milieu des métaux,
Tel brille l’oranger parmi les arbrisseaux;
Seul, dans chaque saison il offre l’assemblage De fruits naissants et mûrs, de fleurs et de feuillages , JNi l’ambre que la mer épure dans ses flots Ni Je m^rte qu’amour apporta de Paphos,
Ni le souffle charmant de l’aube matinale,
Ne sauraient approcher du parfum qu’il exhale,
Il voit, sans s’affaiblir, les pères, les enfants Blauchiret succomber sous le fardeau des ans;
Et tel que dans son parc admire encor Versailles,
De quinze de nos rois a vu les funérailles (t).
(t) Les plantes, chant 4 e .
nouveau langage des fleurs.
L'homme semble posséder le pouvoir d étendre à jamais l’empire de sa volonté sur les objets que la pro vidence a placés autour de lui; ainsi par un effort de l’art horticultural on est parvenu à greffer l’oranger en quenouille; la dernière exposition de la société royale de Paris offrait plusieurs sujets de ce genre sur lesquels chaque branche, greffée séparément, pouvait donner une variété différente de fruit.
Les poètes, qui sont enclins à se laisser prendre à l’apparence des choses, ont voulu voir dans l’orange le fruit d’or dérobé par Hercule au jardin des Hespérides, ainsi que les pommes qu'Hyppomènelança dansl'arène pour ralentir la course d’Atalante; il serait assez difficile de concilier cette assertion avec le fait bien connu de l'introduction de l’oranger en Europe au XV" siècle seulement. Quoi qu’il en soit, silence : il faut se laisser impressionner par la lyre divine et ne point raisonner avec elle.
Tout le monde connaît ces vers gravés par le poète Parny sur l’écorce d'un oranger.
Oranger, dont la voûte épaisse Servit à cacher nos amours,
Reçois et conserve toujours Ces vers, enfants de ma tendresse ;