FRIT1LLA1RE COURONNE IMPÉRIALE
Cette belle plante bulbeuse , originaire deThrace, fut apportée de Constantinople à l’empereur Maximilien II, dans le quinzième siècle , et elle n’a commencé à être cultivée en France qu’en 157 0. Voici ce que la fable nous raconte sur la fritillaire impériale.
Junon que de Minerve irritait la naissance ,
Aux champs d’Olène, un jour, dans un morne silence, Errait, lorsqu’une fleur s’offrit à ses regards ;
Elle approche, s’incline; à peine vers la tige Elle e'tend la main, ô prodige !
La déesse à l’instant voit naître le dieu Mars.
O toi, plante féconde et trop long temps obscure.
Sois ma fleur, dit Junon ; tu venges mon injure,
Je veux à ton bienfait égaler mes faveurs.
Du pouvoir souverain sois à jamais l’emblème ;
Reçois de moi le diadème ;
Je règne sur les dieux: toi règne, sur les fleurs( 2 ),
( \ et 2 ) C. Dubos.
NOUVEAU LANGAGE DES FLEURS
Il y a deux remarques à faire sur ce joli fragment de poésie. D’abord je ne sais trop si J unon pouvait se trouver bien satisfaite d’avoir introduit la guerre dans son ménage divin pour se venger de ce que Jupiter y avait enfanté seul la sagesse. La fable est en général fort ingénieuse, mais je la trouve trop peu favorable au beau sexe, dans cette circonstance, pour ne pas m’élever contre, et soutenir, au besoin, qu’elle est apocryphe.
Je passe à la seconde observation: C. Dubos écrivait l'idylle dont je viensde rapporter quelques vers au moment où l’empire,appuyé sur ses armées victorieuses, était dans toute sa splendeur. Les poètes, je le sais, sont faits pour chanter les héros; mais ils devraient s’abstenir de faire participer les aimables créations de la nature à leurs pompeux mensonges. Ainsi, l’impériale a cessé de régner sur les fleurs, comme Napoléon de ceindre la couronne de France. C. Dubos n'aurait il pas dû se rappeler que Boisjolin avait dit avant lui .
Noble fils du soleil, le lys majestueux Vers l’astre paternel dont il brave les feux Elève avec orgueil sa tète souveraine,
Il est le roi des fleurs dont la rose est la reine.