CHAPITRE V
Mais, sur ces bords peu sûrs, Pholoë sans alarmes.
Va reprendre le lin qui doit cacher ses charmes.
Le'gère, elle s’avance , et chaque mouvement Livre un nouveau tre'sor aux regards d’un amant. Insensé ! que fait-il ? quel de'lire l’e'gare ?
Il s’élance, il s’écrie : « Arrête au moins, barbare !
» La gaze défend mal des assauts du désir ;
» Tombe en mes bras sans voile , ou tumevois mourir.» — « Ciel!..,» Ce fut le seul cri de la vierge éperdue; Mais à ce cri d’effroi, l’onde au loin s’est émue ;
Au fond de ses roseaux la Naïade a frémi :
D’un murmure plaintif le bois sombre a gémi ;
Et Diane , accourue à ce bruit qui l’attire ,
L’arc en main , va venger l’honneur de son empire.
Ta présence, ô Déesse ! a sauvé la pudeur :
Mais l’outrage imparfait arme encor ta fureur.
Salix fuyait ; soudain, frappé dans ta colère,
O prodige! ses pieds s’attachent à la terre :
Tronc noueux, pour courir il fait de vains efforts ;
Une prison d’écorce enveloppe son corps ;
De son teint qui verdit les roses se ternissent;
Ses cheveux dans les airs en longs rameaux jaillissent ; Ses bras , que vers les cieux il tendait suppliants, Symboles de douleur, retombent languissants,
NOUVEAU LANGAGE DES FLEURS
Saule, il chérit les eaux ; et son pâle feuillage
De sa maîtresse absente y cherche encor l’image (t).
Telle est l'histoire de cet arbre apporté chez nous des rives de l'orient; cettehistoire nous fait assez comprendre pourquoi le saule (Salix) est devenu remblême de la mélancolie.
Son feuillage, toujours cher à la rêverie,
Offre un réduit propice aux mortels malheureux ;
Il aime à les couvrir de sa mélancolie ;
On dirait qu’il pleure avec eux.
Les oiseaux, recueillis sous sa pâle verdure,
De son tranquille abri n’osent troubler la paix ;
Le ruisseau qui l’arrose adoucit son murmure,
Et semble exprimer des regrets.
Saule cher et sacré, le deuil est ton partage;
Sois l’arbre des regrets et l’asile des pleurs;
Tel qu un fidcle ami, sous ton discret ombrage, Accueille et voile nos douleurs.
Et toi,que du plaisir la voix flatteuse engage. Crédule amant, jouis de ton bonheur d’un jour;
(l) De Guerle.