DE LA DISPOSITION DES FLEURS ET DES PLANTES DANS UN JARDIN
Une corbeille centrale ou un tapis de verdure émaillé de fleurs, de petites dimensions, et se succédaut, autant que possible, dans toutes les saisons; quelquefois, mais avec ménagement, des carrés entourés de plales-bandes et de petits labyrinthes cachés par quelques plantes plus élevées, ou mieux, par des groupes de caisses renfermant des végétaux de serres ou d’orangeries, telle doit être 1 or-
donnance de la partie centrale d’un terrain très-petit. Dans ces corbeilles, dans les massifs disposés çà et !à autour du tapis de gazon, dans les plates-bandes et labyrinthes, les plantes annuelles et vivaces, celles qui fleurissent au printemps, en été et à l’approche de l’automne, doivent être mélangées avec art, et placées selon leur élévation, leur force, la couleur, la forme et la disposition de leurs feuilles et de leurs fleurs.
Au premier plan, sur les côtés, des planches de plantes bulbeuses ou charnues, ou encore d’arbustes de terre de bruyère, de peu d’élévation, attirent agréablement les regards à l’entrée du jardin, et préviennent en sa faveur • dans ces planches, on doit élager les végétaux d’après leur développement successif, afin qu’après l’extinction d’une fleur une autre lui succède, à moins qu’on ait assez de vases et de pots, occupés par de jolies plantes, pour garnir ces endroits, et alors on les change de place, selon leur état, en chaque saison. Les côtés et le fond d’un jardin très-
petit doivent seulement être masqués par des arbustes touffus et grimpants; mais, s’il est de quelque étendue, des bosquets, qui multiplient les promenades, ont encore l’avantage de masquer les bornes du terrain ; mais surtout bannissez de ces bosquets tous arbres et arbrisseaux élevés, et ne leur donnez pas trop d’étendue : n’oubliez pas qu’ils ne sont qu’accessoires, et destinés à fournir quelques bancs ombragés et à cacher les murs. Mais les groupes et massifs d’arbustes en pots et en caisses, par leur beauté, leur rareté, leur singularité, par l’avantage de pouvoir les changer de place à volonté, sont ce qu’il y a de mieux pour la décoration des parties latérales et des premiers plans des jardins fleuristes. C’est pourquoi nous plaçons dans la division des végétaux, qui composent plus spécialement ce jardin, ceux d’orangerie, puisqu’ils y sont d’un emploi fréquent, et surtout plus utiles que dans les jardins paysagers.
Ainsi quelques corbeilles disposées çà et là, entourées d’allées et accompagnées de plates-
bandes et de massifs analogues, plantées, ainsi que ces massifs, en amphitéâtre et avec des fleurs et des arbustes remarquables, tels que tous ceux dont on forme des collections, comme les œillets, les tulipes, les bruyères, les rosiers, telle doit être l’ordonnance d’un jardin de ville peu étendu.
Enfin une propreté extrême, soit dans les allées, soit dans les plates-bandes, corbeilles et gazons ; un air d’élégance et d’ordre, bien qu’ils s’appellent l’influence de l’art, sont indispensables dans un jardin qui se rapproche d’un appartement et est plutôt une galerie d’objets naturels bien disposés qu’une imitation de la nature.
La disposition du sol, son élévation ou son abaissement relatif à la maison, son étendue, ses contours réguliers ou irréguliers, les portions qui offrent des points de vue, et celles qui ne présentent que des aspects désagréables, sont les premières choses à considérer en établissant ou réformant tout jardin fleuriste , paysager, verger ou potager. C’est dans le
parti que l’architecte dessinateur des jardins sait tirer d’un sol ingrat, soit par la nature, soit par ses inflexions mal placées en son égalité , soit dans la manière dont il sait mettre à profit la moindre circonstance naturelle , et arranger son dessin pour le terrain, et non celui-ci pour le dessin , qu’on reconnaît s’il a un véritable talent.
Quelles que soient l’étendue du terrain et l’espèce de jardin qu’on ait à y établir, il est toujours beaucoup plus facile de faire un jardin neuf que d’en raccommoder un vieux; car, dans ce dernier, aux mêmes difficultés vient se joindre celle de ménager certains arbres précieux, ou déjà d’une grande beauté, certains bosquets fournissant déjà de l’ombrage , des bassins ou terrasse déjà construits ; il faut donc accommoder son plan à cet objet préexistant et le modifier de façon qu’ils semblent en faire partie nécessaire. Le dessinateur qui vient établir un jardin, ayant d’avance son plan en poche, et qui veut l’exécuter nonobstant la forme de terrain et les objets qui s’y
rencontrent, ne mérite pas ce nom 3 c’est un charlatan qui en impose par sajactance et son assurance. Malheur à ceux qui tombent en de telles mains 1 les jouissances qu’ils attendaient d’un jardin exécuté sous leurs yeux seront reculées de bien des années, souvent perdues, et les dépenses de son établissement seront incalculables 3 le choix d’un dessinateur de jardins n’est pas moins important que celui d’un architecte en bâtiments.
La position de l’habitation la plus convenable , sous tous les rapports, et aussi la plus propre à faire jouir du jardin qui l’accompagne, est celle qui se trouve exhaussée de quelques pieds au dessus du sol : rien de plus gracieux et de plus élégant qu’un perron de quatre à huit degrés, qui conduit d’un beau vestibule dans le jardin 3 c’est autour de ce perron et sur les rampes que doivent être accumulés les végétaux en vases les plus rares et les plus remarquables : les moins élevés sont placés en haut, et, à mesure qu’on descend, on les étage d’une manière insensible, en les
contournant légèrement à la base dü perron.
Là, plusieurs caisses de moyenne dimension, serrées l’unecontre l’autre, formant un groupe de végétaux mariés avec art, dirigent la vue en avant, et semblent l’entrée d’un premier bosquet : toutefois, si cette ordonnance des lieux est préférable, elle n’est pas la seule avantageuse : tout emplacement, quel qu’il soit, peut être mis à proGt par l’art du dessinateur ■ mais on conçoit que la marche à suivre est aussi variée que la forme des terrains, des volumes de préceptes seraient donc nécessaires pour embrasser tous les accidents du sol. Nous dirons seulement deux mots de la situation qui offre le plus de difficultés à vaincre : c’est lorsque la maison se trouve plus basse que le jardin j il est alors indispensable de disposer le terrain légèrement en pente , de façon qu’une certaine étendue puisse être aperçue des fenêtres ; cependant, si cette première vue était peu agréable, si la dépense de la disposition du sol devait être considérable, on devrait y remédier d’une autre façon,
En face de la porte du jardin , on place une belle corbeille de fleurs , très-relevée et couronnée par un motif d’arbustes ; ce motif ne serait que plus agréable s’il était formé de caisses que la corbeille cacherait à la vue, ne laissant voir que les arbustes. Deux allées, ménagées à droite et à gauche, conduiront dans les parties latérales offrant un aspect ou une position plus favorables ; c’est donc, dans ce cas, un déplacement de la position principale, qui, au lieu d’être au centre, se trouve sur les côtés et aux angles ; cette disposition a même l’avantage de former un contraste très-puissant -, en effet, en sortant de la maison , la corbeille et le massif semblent tout le jardin ; à peine a-t-on fait quelques pas vers les extrémités du bâtiment, la scène change : derrière le massif apparaît un tapis de gazon ; dans les angles du terrain , du côté du bâtiment, on rencontre des massifs de fleurs bulbeuses ou de plantes en vases étagées très-fortement, c’est-à-dire passant très-rapidement des basses à celles d’une grande élévation.
surtout dans les petits terrains, afin de cacher les murs. Si l’espace le permet, derrière ces massifs de fleurs , et aussi dans les angles opposés , à l’extrémité du jardin , on doit placer des bosquets couverts, formés d’arbres ou arbrisseaux de diverses élévations, selon la grandeur du jardin , et à feuillages foncés , pour donner une ombre plus épaisse.
Par cette ordonnance, combinée avec art, tous les murs sont cachés , et, dans un trèspetit espace, on peut ménager sept à huit points de vue , des bosquets , des tapis , des massifs, etc.; il faut observer que, dans cette position de la maison, la porte d’entrée ne doit pas être chargée de plantes ni d’arbustes: quelques-uns seulement doivent être placés entre les ouvertures du bâtiment, et former de petits groupes; mais toujours les plus élevés doivent être accolés à la muraille : c’était tout le contraire quand il y avait un perron d’une certaine hauteur.
L’ordonnauce du jardin que nous venons de décrire offre peut-être plus de scènes par-
tielles et plus de variété à la promenade ; mais la première, dans laquelle on découvre, surle-champ , du bâtiment une partie du jardin, produit plus d’effet et en donne d’abord une plus grande idée. De plus, à moins que le terrain ne soit fort petit, on peut y réunir tous les avantages de l’autre et môme en plus grand nombre, par une disposition analogue.
Le tapis de verdure, quelle que soit son étendue, ne doit pas être isolé et ceint seulement d’une allée, il doit être découpé de massifs, entouré, et même quelquefois sillonné de plates - bandes : c’est là où le luxe des plantes de toutes sortes doit être accumulé.
Tantôt, près du bâtiment, c’est une corbeille d c jacinthes $ tantôt un immense bouquet de renoncules ou d ’anémones ; plus loin , une planche de tulipes semble une exposition de petits vases de porcelaine, brillant des plus vives peintures : c’est surtout pour remplacer ces plantes, qui jettent ordinairement tout leur éclat avant la fin du printemps , et que l’on retire alors de terre, qu’il est bon d’avoir
en réserve de belles plantes d’orangerie : on enterre les pots dans les corbeilles et les platesbandes , et, en un instant, à la place des tulipes dont on déplorait la perte, on retrouve une multitude de nouveaux végétaux dans toute leur croissance, dans toute leur beauté. Mais, si la fortune du propriétaire, ouïe manque d’orangerie, ne lui permet pas d’avoir une grande quantité de plantes en vases, du moins doit-il remplir sa corbeille , devenue vide, de plantes annuelles qui fleurissent vers la fin de l’été : rien de plus propre à cet usage que les balsamines , les reines-marguerites, les oeillets et roses d’Inde, etc. On les élève dans un coin du jardin , bien exposé, en bonne terre , ou mieux sur couche, et, lorsque leur floraison approche, ou quand le terrain qui est destiné est vacant, on les y transporte.
C’est ainsi qu’on multiplie et qu’on perpétue scs jouissances.
Mais ce ne sont plus des plantes passagères qui composent les plates-bandes et les massifs plus grands placés dans l’intérieur du jardin -,
ce sont les plantes vivaces qui en forment le principal ornement. Souvent le milieu de ces plates-bandes, planches ou massifs est occupé par de petits arbrisseaux, tels que rosiers , lilas de Perse, spirœa, trifolium, pêchers nains à fleurs doubles, etc., etc., entremêlés -, d’autres fois, par des plantes vivaces les plus élevées et les plus apparentes , telles que les asters, les hélianthes , les persicaires , la croixde-Jèrusalem , et beaucoup d’autres.
De chaque côté de celte ligne principale, qui, toujours au milieu, suit les contours des plates-bandes, ou est alignée lorsqu’elles sont droites, se placent deux, trois ou quatre rangs de plantesd’autant moins élevées qu’elles en sont moins voisines -, on les plante irrégulièrement, ou bien on leur fait former des losanges avec les deux lignes voisines , de façon à figurer un grillage : il convient de laisser le même espace entre les lignes et entre les plantes d’une même ligne -, cet espace varie selon l’élévation des plantes, mais ne doit jamais être moindre d’un pied ; il n’y a même
pas d’inconvénient à le laisser plus grand , afin de pouvoir, au besoin et selon les époques, in tercaler en treles plan tes vivaces, des oignons ou griffes, des plantes annuelles ou en pots , ce qu’il est toujours nécessaire de se ménager dans un jardin soigné, et où l’on veut reunir la variété , l’élégancc, et prolonger la durée des jouissances.
Ainsi, à peine les plantes vivaces ne présentent plus que quelques bouquets épars de loin en loin, et alors paraissent, dans toute leur beauté, les reines-marguerites, les balsamines, les tagcls, et autres plantes annuelles dont il est facile de retarder la végétation. C’est ainsi que, déplaisir en plaisir, on arrive à l’époque où la nature en deuil se réfugie dans les serres et chasse des campagnes ceux qui, jusque-là, avaient admiré ses produits avec le plus d’enthousiasme : pas une semaine, pas un jour ne s’est écoulé sans qu’un nouvel objet vînt réveiller l’attention et bannir l’ennuyeuse monotonie.
Dans les corbeilles et les massifs composés de toutes sortes de plantes, l’ordre régulier que nous venons d’indiquer n’est pas suivi ; le goût seul détermine leur nombre et leur position. Cependant la loi de dégradation du centre à la circonférence est ordinairement adoptée.
Dans tous les cas, chaque emplacement garni de fleurs , et ne formant pas tapis serré comme les gazons, doit être ceint d’une bordure qui en limite la forme et l’étendue, et en sépare la terre. Le huis est une des plantes qui remplissent le mieux cet objet; la statice, la pâquerette, la giroflée de Mahon ont de plus l’agrément de former des bordures colorées des nuances les plus belles. Le fraisier même ne doit pas être banni des bordures des jardins d’agrément. Dans tous les cas , il faut éviter soigneusement l’empiétement et le trop grand élargissement des bordures. Lien de plus charmant encore, dans les plates-bandes ou corbeilles, et même en bordures, que des rayons de pieds d'alouette, et autres plantes sembla-
blés ^ disposées en étages , en couronnes , en bouquets.
Disons maintenant deux mots des lieux qui contiennent les plantes, de ceux destinés à la promenade, de ceux destinés à prolonger la vue, de ceux destinés à y mettre un terme, de ceux destinés à l’orner.
Dans les jardins fleuristes , on place les plantes dans les planches, les plates-bandes, les corbeilles et les massifs. Les planches sont des emplacements en forme de carré long, peu relevés au-dessus du sol, et entièrement plats. Leur régularité, leur trop grande dimension en largeur, les fout plus que jamais bannir des jardins : il arrive rarement de trouver une occasion de les employer utilement, si ce n’est comme pépinière ou lieu de dépôt.
Il n’en est pas ainsi des plates-bandes ; c’est la principale forme adoptée pour les jardins fleuristes proprement dits. Autrefois on les faisait droites , mais maintenant on les infléchit en tous s> .s. Les plates-bandes sont donc des espèces de rubans de terre disposés sur les
gazons, ledongdes allées, des bosquets, et dont le caractère distinctif est d’avoir dans toute leur étendue une largeur égale : cette largeur n’excède jamais six pieds, et, dansun jardiu moyen, elle est d’environ quatre pieds. Ces plates-bandes sont relevées, sur les bords, d’environ deux pouces au-dessus du sol environnant, et bombées en dos d’âne, de sorte que le centre est toujours beaucoup plus haut. C’est en faisant les labours qu’on rétablit cette forme. On peut aussi les disposer en amphithéâtre du côté de l’allée.
Les corbeilles et massifs sont également très-bombés au centre, surtout les premières, qui doivent figurer un riche bouquet, lorsque les plantes qui y sont placées sont en fleur. La plantation doit donc y être faite très-serrée et régulièrement : c’est ce qui les distingue des massifs, qui, de plus, n’ont pas toujours une forme arrondie et sc placent çâ et là , tandis que les corbeilles sont des emplacements d’apparat et, par conséquent, p®$ nombreux.
On n’y cultive guère que des plantes très-re-
marquablescl le plus souvent une même espèce à nombreuses variétés, telles que les jacinthes, les renoncules, les œillets , les pieds-d'alouette , les rosiers; elles prennent alors souvent le nom de parcs.
Les allées, qui ne sont autre chose que des sentiers destinés à conduire le promeneur dans les endroits les plus marquants et les plus dignes d’entretenir son attention, sont une des parties les plus difficiles à construire dans tout jardin. Nous nous bornerons ici, pour leur dessin, à dire que leurs contours doivent être gracieux, et, autant que possible, motivés ; cette condition est cependant moins impérieusement commandée que dans les jardins paysagers. La largeur des allées doit toujours être proportionnée à l’étendue du terrain. Dans les jardins fleuristes, elle ne doit guère dépasser trois ou quatre pieds, les allées figurant plutôt des sentiers que des chemins.
Toutefois, faisons observer que, dans tous les cas, à l’entrée du jardin, les allées doivent embrasser plus d’espace : il ne faut pas qu’une so-
eiété, au sortir de la maison, soit obligée de renouveler d’ennuyeuses cérémonies pour déterminer l’ordre de la promenade de chaque personne, à mesure qu’on avance ; les uns précipitent leurs pas, les autres sont arrêtés par ce qui fixe leur attention , ou les remarques faites par uu voisin, et les allées peuvent se rétrécir sans inconvénient. C’est surtout à leurs bifurcalious que ce rétrécissement doit s’opérer, parce qu’alors il paraît naturel. Dans ces jardins, les allées doivent être plates, la forme bombée gênant trop la marche dans les allées étroites : elles doivent être recouvertes de sable, de gravier, de mâchefer, de débris d’animaux fossiles, ou autres matières propres à permettre la promenade après la pluie, et empêcher l’herbe de pousser trop abondamment.
Leur propreté est indispensable et doit être entretenue par de fréquents ratissages. Enfin les allées doivent communiquer les unes aux autres, et ne pas présenter ce ridicule de plusieurs parterres anciens, sillonnés de sentiers, auxquels on ne pouvait parvenir qu’en Iravcr-
sant des plates-bandes ou des gazons : mieux vaut alors les colorer de sable de couleur, afin qu’ils imitent du moins des espèces de tapis.
Dans les bosquets, les allées peuvent être multipliées, pourvu que les tours, détours et retours s’aperçoivent à peine. Quelques repos, quelques salles ornées de bancs de gazon doivent être ménagés de distance en distance j mais il ne faut pas faire abus de ces accessoires. Les uns s’établissent dans l’endroit où le jardin présente une vue pittoresque ou un aspect remarquable 5 les autres, dans l’endroit le plus sombre et le plus solitaire -, c’est là où le poêle trouve enfin un vers que forcille lui a refusé -, c’est là qu’une bouche, qui se colore aussitôt du plus vif incarnat, fait volontairement le premier aveu , prémice du bonheur.
Les gazons occupent le plus souvent la partie centrale du jardin; ils sont destinés à conduire la vue, à figurer ici une vallée ou une prairie agréable. On en parlera plus au long dans le chapitre suivant. Nous ferons ob~
server ici qu’étant plus petits, ils doivent être plus soignés, plus souvent taillés, plus exactement purgés des mauvaises herbes; des safi ans, des orchidées, etc., doivent de temps en temps émailler leur verdure et changer leur aspect : les arrosements y sont indispensables. Quant à leur forme, elle varie comme celle du jardin; mais on peut dire, en général, que les gazons doivent avoir des contours irréguliers, être accompagnés de massifs, et entourés çà et là de plates-bandes. La posi= tion de ces accessoires est déterminée par le bon goût.
Quant aux plantations destinées à masquer les bornes du jardin, elles demandent beaucoup d’attention j mais les détails relatifs à ce sujet seraient mieux placés dans un traité spécial des jardins paysagers. Nous dirons, toutefois, que les bosquets doivent cacher l’irrégularité du terrain et sa terminaison; s’il est trop petit pour y planter des bosquets, les palissades appliquées contre les murailles pourront suffire. Mais il ne faut pas se contenter
d’avoir change le mur blanc ou noir en vert, il faut, en plantant çà et là sur le devant des groupes d’arbustes ou des plantes élevées, simuler des enfoncements qui persuadent à l’esprit que le terrain se prolonge au delà de ce que les yeux peuvent apercevoir. Ce principe est d’une continuelle application dans toutes les sortes de jardins naturels, et contribue infiniment à leur agrément.
Nous ne pouvons passer sous silence différents accessoires des jardins, que les anciens dessinateurs de parterres prodiguaient tant et répandaient avec tant de profusion. Pour nous, leur usage nous semble devoir être trèsborné et très-rare dans les jardins de peu d’étendue. Qu’y a-t-il, en effet, de plus ridicule que d’accumuler dans un petit terrain des bassins à jets d’eau de toute espèce, des vases, des statues, des monuments, etc.? On ne doit cependant pas les bannir entièrement ; il faut seulement que le bon goût préside a leur choix et à leur dispensation dans le jardin.
Le principal, comme le plus agréable de
ces accessoires, c’est l’eau. Le mouvement qu’elle répand dans un jardin par scs ondulations, par scs reflets, par les animaux qu’elle reçoit dans son sein, l’a fait comparer avec raison aux glaces des appartements; il faut que ces ornements soient disposes avec bien peu de goût pour qu’ils ne soient pas agréables. Cependant l’eau ne doit pas être prodiguée dans un petit jardin. Qu’on ait un bas sin, autant que possible, déformé irrégulière, et dont une partie se cachera derrière un bosquet , un ruisseau serpentant dans un gazon ou murmurant surdos cailloux. Tout au plus, croyons-nous un jet d’eau, formant point de vue, permis par le bon goût; mais une cascade, mais un léger torrent, mais une rivière tranquille sont de tous les lieux. Un vase, une coupe, un animal qui jettent de i’eau peuvent encore ajouter à l’agrément d’un jardin, s’ils sont employés avec art et ménagement.
Quant aux monuments de toute espèce, on doit les bannir presque entièrement du jardin peu étendu. Tous ces portiques, ces temples,
ces cirques ne peuvent y trouver place ; ils ne peuvent qu’attester le goût ridicule de celui qui les y a construits. A peine tolérons-nous, dans les jardins qui nous occupent, un kiosque placé dans un lieu d’où l’on découvre une vue étendue, un riant aspect, ou quelques scènes champêtres, ou bien une cabane rustique cachée dans un bosquet, ou bien un petit temple consacré à l’amour, à l’amitié, ou bien enfin quelque petit monument destiné à offrir un lieu de repos. Une statue, un vase, s’ils ont quelque analogie avec les lieux où ils se trouvent, s’ils rappellent quelques événements ou quelques personnages de la mythologie; mieux encore, s’ils sont consacrés à l’amitié , à la reconnaissance, ne pourront qu’ajouter au plaisir de la promenade et y mêler de douces sensations !
Écoutons, sur cette matière, le chantre des jardins ; il a dit :
Bannissez des jardins tout cet amas confus D’édifices divers prodigués par la mode,
Obélisque, rotonde, et kiosque et pagode;
Ces bâtiments romains, grecs, arabes, chinois,
Chaos d’architecture et sans but et sans choix,
Dont la profusion ste'rilement fécondé Enferme en un jardin les quatre parts du monde.
Les bancs et lits de verdure doivent être plus multipliés dans les jardins fleuristes, car ils contribuent à l’agrandir idéalement et à y augmenter la promenade. Tantôt c’est simplement un banc de bois, de pierre, droit ou circulaire ; tantôt c’est un banc de gazon qui forme demi-cercle, avec un dossier élégamment relevé; tantôt, enfin, ce sont des parasols rustiques, de petits pavillons. Dans tous les cas, des végétaux remarquables doivent être rassemblés aux alentours, afin que les plantes soient dignes du cercle qui se réunit au milieu d’elles.