‹ Flore élémentaire des cryptogamesChapitre 100 sur 195 · LICHENS. — GONIDIES · texte numérisé non relu

LICHENS. — GONIDIES

Ascomycète-lichen vient-elle à être projetée au milieu de cette couche verdâtre, elle germe par l'effet de l'humidité, — émet des filaments englobant une cellule d’Algue, puis une deuxième, une troisième, ainsi de suite, à mesure du développement; l’Algue en question, emprisonnée dans le Champignon, sera la gonidie et l’ensemble portera le nom Lichen. Ajoutons que la gonidie peut elle-même se diviser tout en étant emprisonnée, ce qui augmente la puissance végétative du Lichen.

La Nature n’accomplit pas d’une manière permanente un acte semblable sans aucun motif.

Où viennent les Lichens? Sur les écorces des arbres exposés à tous les vents, sur les rochers dénudés, sur les pelouses incultes et arides, rarement dans les lieux frais ou humides. Le Champignon recherche rarement les endroits secs très découverts, il n’aime d’ailleurs par la lumière; l’Algue, chacun le sait, n’est dans son milieu favori que dans l’élément liquide.

La persistance des Lichens dans les lieux indiqués est donc due à l’association de ces deux plantes (Algues, Champignons) essentiellement dissemblables : l’Algue a la propriété de s’assimiler l’acide carbonique; le Champignon, au contraire, ne peut remplir cette fonction, mais recouvrant l’Algue, il la protège contre les rayons ardents du soleil. M. le professeur Léo Errera fait parler ainsi les deux associés : « Le Champignon vient trouver l’Algue et lui tient à peu près ce langage : « Mademoiselle, il y a là de vastes » régions désertes que je désirerais vivement coloniser. Daignez vous joindre » à moi, car elles sont inhabitables pour chacun de nous isolément. Délicate » comme vous l’êtes, vous y seriez rôtie par le soleil, vous ne parviendriez » pas à vous y fixer et à absorber les aliments minéraux qui vous sont » nécessaires. Pour moi qui suis plus endurant, je pourrais bien m'y cram- » ponner, mais je n’y trouverais pas de substance organique et je n’ai pas » ainsi que vous le talent de me nourrir d’air ou tout au moins d’acide » carbonique. Associons-nous donc et nous règnerons à nous deux seuls, » sur d'immenses espaces que nul ne saurait nous disputer : vous fournirez » la matière organique au ménage; moi, je vous servirai d'écran, je vous » attacherai au sol et j'irai y chercher des sels inorganiques dans l'intérêt » commun. » — L’Algue n'a qu’à répondre : — « Volontiers, Monsieur ! » — Voilà le pacte conclu et le Lichen constitué. »

L’algue n’est pas toujours la même, elle varie au contraire; suivant les groupes, les espèces de lichens : elle appartient à diverses espèces, à divers genres, parfois à différents ordres. Le lichen n’englobe pas n'importe quelle Algue; il a des préférences, il a des antipathies; et ses préférences et ses antipathies se lèguent de mère en fille. — Quelques Lichens logent diverses Algues appartenant à des ordres différents (Algues bleues et Algues vertes, les autres — rouges et brunes — ne se combinent pas avec les Ghampignonslichens).

Les ALGUES BLEUES (NOSTOCHÉES) f, 6, fournissent les gonidies aux Collema,

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Leplogium, Peltigera, ete., les ALGUES VERTES (PROTOCOCCÉES et PALMEL- LACÉES) f.5, ch, les fournissent à la plupart des Lichens foliacés et fruticuleux et à beaucoup de L. crustacés. — Les (CONFERVACÉES) procurent aux Graphis, aux Verrucaria, ete., leurs éléments algologiques.

De son côté, le champignon n’appartient pas exclusivement aux Discomycètes. Deux genres se rangent dans les Basidiomycètes.

En plongeant un Lichen assez longtemps dans l’eau, le Champignon meurt, l’Algue se dégage, croît et se multiplie librement. C’est la meilleure preuve de la réalité de l'association fongo-algologique.

Tout en admettant que les Lichens appartiennent aux Champignons et ne font même qu'une famille des Discomycètes (à part deux genres), nous trouvons-celle-ci cependant bien caractérisée, et ressortant mieux que toute autre de la légion des fonginées. Leur thalle, presque toujours aérien, leur association même avec l’Algue et leur genre de vie résultant de ce consortium — c’est-à-dire qu'ils ne sont plus saprophytes, mais vivent bien comme les Mousses aux dépens de l’atmosphère, de l'humidité et non plus au détriment des matières organiques en voie ou non de décomposition, — ces différentes vues, disons-nous, et aussi la forme spéciale, la station de ces végétaux, les mettent en relief sur toutes les familles mycologiques.

La famille des Lichens n’est pas d’un port aussi uniforme que celui des Mousses; les espèces, les genres diffèrent entre eux par la couleur, par la forme, par la fructification. Au point de vue végétatif, on peut les diviser en deux sous-familles : Ë

A. Lichens gélatineux à l'état humide, sous-famille des COLLÉMACÉES.

B. Lichens non gélatineux à l’état humide, sous-famille des LICHENS STRATIFIÉS. Celleci se subdivise en trois grandes sections 1 :

4. Lichens fruticuleux. — Tige cylindrique ou aplatie, ressemblant à de petits arbustes, à de petits buissons; généralement ces végétaux, croissent perpendiculairement au support, et sont dépourvus de fibrilles à la face inférieure du thalle.

2. Lichens foliacés, — Thalle ressemblant à des feuilles, c'est-à-dire à des expansions foliacées ordinairement appliquées sur un réceptacle ou support (écorces, rochers, terre) et dont la face inférieure est munie de nombreuses fibrilles désignées sous le nom de rhizines.

3. Lichens crustacés. — Thalle ressemblant à des croûtes adhérentes parfois libres sur les bords, plus souvent effus, c’est-à-dire non délimité, privé de rhizines sur la face inférieure, faisant pour ainsi dire Corps commun avec le support — du moins au centre.

Il y a des transitions entre ces trois états. Ainsi, le thalle crustacé à bords foliacés et lobés se rattache intimement aux Lichens foliacés.

1 I] existe un genre de thalle dit lypophléode, c'est-à-dire caché sous l’épiderme des écorces ; en ce cas, il est très petit et souvent considéré comme nul.

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Malgré ces transitions, le novice le moins doué saura facilement et assez rapidement saisir les différentes sections, les différents genres. |

Structure du thalle. — Chez les Collémacées, le thalle est dit Aomomèére« c’est-à-dire sans couches distinctes (f. 6). 11 se compose à peu près unique: ment de filaments hyalins, rameux, se développant dans un mucilageh uniforme offrant la plus grande ressemblance avec les Nostocs (Algues), et gélatineux comme eux. Ce rapprochement est d'autant plus naturel que les Collémacées sont des Lichens en association avec des Nostochées. Leur état gélatineux, à l’état humide, les fait distinguer des autres Lichens. On ne peut confondre les Collémacées stériles, d’après ce que nous avons dit, qu’avee les Nostoes (Algues) et les Trémellinées (Champignons).

Le thalle stratifié (f. 5) n’est jamais gélatineux à l’état humide et se com=. pose de trois couches superposées : 1° couche corticale (synonyme : épithalle,« couche épidermique, couche supérieure, écorce) (c); 2% couche gonidique (chl) qui renferme les gonidies, c’est-à-dire l’Algue; 3° couche médullaire (h) correspondant, chez les autres végétaux, à la moelle; enfin, chez quelques Lichens, il existe une quatrième couche, la couche hypothalline (sous le thalle), r.

Sorédies. — Le thalle des Lichens est assez souvent recouvert en certains points d’une poussière blanchâtre ou glauque, plus pâle que l’épithalle. Ge sont des corpuseules dont le noyau est une cellule d’Algue, et l'enveloppe, des filaments de Lichens. En un mot, ce sont des.boutures sphériques, de la: ténuité de la poussière et qui contiennent les matières nécessaires pour Ie développement d’un nouvel individu. C’est le moyen de reproduction le plus souvent employé par ces singuliers végétaux. Si cette poussière est condensée en masse arrondie, en bourrelets, comme le cas se présente parfois chez les Ramalina, les Usnea, etc., ces bourrelets portent le nom de céphalodies. Si les sorédies prennent la place de l’apothécie, le thalle est dit variolé (Pertusaria communis, var. variolaria). 5

Cyphelles. — On donne ce nom à de petites fossettes où excavations arrondies de couleur blanche ou jaune, que l’on remarque à la face inférieure du thalle de la plupart des Sticlta. Leur rôle physiologique est peu. connu. É Apothécies. — IL n’y a peut être -pas de fécondation chez les Lichens. Il

n'y a pas ne fleurs réduites au point de vue cryptogamique, COMME nous les avons mentionnées chez les Mousses. Certains botanistes ont cru reconnaître des organes mâles (spermogonies). C'était une hypothèse et les dernières données de la science leur semblent être défavorables. Quelques eryptogamistes prétendent avoir observé une fécondation par conjugaison et dont le résultat serait l’apothécie.

S'il y a des doutes sur les organes de la fécondation, il n’en existe pas sur ceux de la reproduction : :

Supposez une table ronde, munie d’un rebord; posez sur cette table, le

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goulot en bas, une quantité de bouteilles entremélées d’un grand nombre de petits bâtons dressés, compacts, de la hauteur de ces bouteilles. Supposez celles-ci contenant huit ou dix œufs de pigeon. Réduisez cet ensemble, de manière que votre table n'atteigne plus qu'un diamètre d'environ 3 m/m, et vous aurez approximativement l’idée de la fructification des Lichens 1. La table avec ses accessoires se nommera apothécie; les bouteilles, éhèques; les œufs, spores; el les bâtonnets (souvent articulés), paraphyses (f. 4). Ges derniers manquent parfois et sont remplacés par une masse ordinairement gélatineuse. — La spore n’est pas toujours globuleuse ni ellipsoïde, elle peut être fusiforme; elle est simple, souvent bi-tri-pluriloculaire. Ges derniers détails sont du ressort de la micrographie.

Afin de ne pas compliquer outre mesure le sujet, nous ne parlerons pas des spermogonies ou prétendus organes mâles, ni des pycnides. (Beaucoup de botanistes les désignent tous les deux sous le nom de conidies.) Ils se présentent, à l'œil nu, sous l'aspect de légères ponetuations sur l’épithalle, et, vus au microscope, ils ressemblent à de petites outres isolées, ouvertes supérieurement, contenant des spores très fines, globuleuses (dans les pycnides), supportées par des rameaux simples croissant dans cette outre (slylospores), ou des spores linéaires (spermalies) supportées par des branches cloisonnées et rameuses dans les spermogonies,

Les apothécies se présentent sous cinq formes principales :

Apothécies peltées, — Presque toujours orbiculaires, sauf déformation ultérieure, généralement de grandes dimensions, complètement plates et sans rebord saillant, soit du thalle, soit de l’apothécie même. On les rencontre chez les Peltigera (f. 9) et chez la plupart des lichens fruticuleux.

Apothécies scutelliformes ou lécanorines (f. 1, 2). — On leur donne ce nom, lorsque la fructification est entourée d’un rebord du thalle (Parméliacées et Lécanorées). Elle prend alors la forme d’un petit godet.

Apothécies patelliformes ou lécidéines (f. 3). — Lorsque le rebord de l'apothécie n'existe pas ou est de la nature même de l’apothécie. Gette forme est générale chez les Lecidea. Souvent, dans ce cas, l’apothécie est convexe, parfois mi-globuleuse. Les apothécies lécidéines sont ordinairement de petites dimensions; lorsqu’elles sont d’une autre couleur que noire, on les dit biatorines. %

Apothécies lirellines (£. 10), c’est-à-dire en forme de ligne plus ou moins longue, droite ou flexueuse, simple ou rameuse, d’un aspect hiéroglyphique, parfois étoilée. Ges apothécies appartiennent aux Graphidées.

Apothécies nucléiformes. — Celles-ci sont plus ou moins enfoncées dans le thalle, elles ne se montrent que par un point affleurant (Endocarpées), ou

1 des Lichens Zécunorés. Cette forme orbiculaire ne subsiste pas toujours, comme on le verra un peu plus loin.

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