PLANCHE V. — ALGUES
1. Conjugaison du Mesocurpus parvulus, en c. formation de l'œuf, en 0. œuf formé. — 2. Mesocurpus pleurocurpus, c. conjugaison entre deux cellules, 0. œuf formé. — 3. Siphonée hétérogame : Vauclieriu sericea, an. anthéridie ouverte laissant échapper les anthérozoïdes à deux cils, 4: anthérozoïde plus grossi, 0. oogone ouvert expulsant une partie de la substance mucilagineuse qui occupe le sommet de l’oosphère. — +,Zoospore libre de l’'Oedogonium vesicutum muni d’une couronne de cils près de son rostre, à droite, la mème en germination : le rostre se transforme en un crampon palme. - 4 bis. Zoospore à deux cils du Sphaeroplea annulina. — 5. Germination de l'œuf du Chara fragilis montrant les filaments rhizoïdes, le tube protonématique donnant naissance aux premières feuilles. — 6. Fucus vesiculosus fragment) : v. vésicule, cs. conceptacles. — (Au microscope.)
Ordre II. — ALGUES VERTES
OU CHLOROPHYCÉES.
La presque totalité des Algues vertes d’eau douce, sauf les Characées, sont désignées globalement par les demi-connaisseurs sous le nom de Conferves. : Elles sont généralement de forme capillaire, très ténues (des cheveux verts!), simples ou ramifiées, ordinairement engluées de mucus. Plusieurs chlorophycées se présentent sous l’aspeet de membranes gélatineuses. Les espèces de cet ordre sont abondamment répandues dans les eaux stagnantes, les sources et même parfois sur la terre dans les endroits frais. Les descriptions dés Characées se trouvent dans presque toules les Flores. Ges végélaux ressemblent d’ailleurs à de petites prêles submergées.
Les Algues vertes se divisent en 5 grandes familles :
1. Conjuguées (f. 1,2). — La dénomination de cette famille provient du mode de formation de l'œuf; celui-ei procède de la fusion de deux organes sexuels immobiles. Les espèces de cette famille sont dépourvues de spores agames. Végétativement, les Conjuguées ne peuvent se reproduire que par la rupture des filaments en tronçons, ou par la dissociation immédiate de leurs articles.
Fructification. — Le mode de fécondation des Conjuguées se nomme conjugaison. Ce sont deux corps protoplasmiques semblables el immobiles qui se fusionnent et produisent l'œuf, lequel, par la germination, donne ‘directement un seul thalle dans la plupart des Conjuguées et deux thalles chez les Desmidiées. Gette dernière tribu est très intéressante; les espèces qu’elle renferme sont ordinairement de petites dimensions, un ? millimètre de longueur sur - m/m à peine au milieu. Le thalle des Desmidiées est formé de deux cellules plus ou moins triangulaires, soudées par leur base et à côtés latéraux plus ou moins arqués. Lés Desmidiées sont complètement différentes des Diatomées, dont il sera fait mention dans les Algues brunes.
2, Cénobiées.— Les Génobiées habitent exclusivement les eaux douces; leur système végétatif se réduit à une petile cellule, à eroissance très limitée, et qui ne se cloisonne presque jamais. Ces espèces, de petites dimensions, s'unissent en colonie de forme déterminée et cette association fonctionne comme un thalle simple. La multiplication s'opère à l’aide des zoospores. Leur mode de fécondation est déjà plus compliqué que dans les Conjuguées, du moins pour certaines espèces dont l’organe mâle est mobile; en un mot, il y a anthérozoïdes et oosphères ; cependant un bon nombre offrent encore l'isogamie, c'est-à-dire les deux organes sexuels semblables. — C'est une Cénobiée : Chlamydococcus nivalis Br. qui occasionne les pluies, les neiges de sang dont il est quelquefois question dans les récits des voyageurs.
3. Siphonées. — La plupart des espèces de cette famille habitent la
mer, quelques-unes les eaux douces ou même la terre humide, les arbres, comme les, Protococcus, par exemple, dont il a été parlé dans les Lichens. Les Protococcus sont les Algues les plus simples, peut-être ne sont-ce que des états d’autres Algues vertes, se maintenant dans celte forme rudimentaire à cause des conditions où elles sont placées. Le thalle des Siphonées est composé d’une cellule #nique, tubuleuse, ordinairement grande et abondamment ramifiée. — Gomme chez les Cénobiées, les Siphonées sont munies de z0ospores (a, f. 3), et l’œuf se forme soit par isogamie, soit par anthérozoïde et oosphère (f. 3). Les principaux genres de cette famille sont les Protococeus, les Vaucheria, les Botrydium, ete. Nous ne décrirons qu’une espèce, le Botrydium granulata; celui-ci vient par groupes, en automne, sur la terre humide, aux bords des sentiers et sur les revers des fossés. Il a la forme d’une ampoule turbinée, de 1-2 m/m de diam. et prolongée en terre en fausses racines très ramifiées. A la maturité, cette ampoule $’entrouvre au sommet et laisse échapper des zoospores unies à un liquide contenu dans cette capsule. On est averti de la présence de cette plante — en marchant dessus — par un crépitement imitant le craquement d’une glace peu consistante.
4. Confervacées, — Chez les Confervacées, le thalle est cloisonné, c’est-à-dire pluricellulaire; il offre par là certains rapprochements avec celui des Conjuguées. La fécondation est déjà plus perfectionnée, il y a souventanthérozoïdes et oosphère et même oosphère et pollinides immobiles, comme chez les Floridées. L’œuf, en germant, donne lieu à deux ou huit zoospores, lesquelles donnent naissance à de nouvelles plantes.
Le cas d’isogamie chez les Confervacées est très singulier : une cellule produit, par bipartition répétée, 8, 16 ou 32 zoospores-anthérozoïdes (?) — gamèles, comme on dit dans la science — à 2 cils, tandis que les zoospores agames, chez les mêmes végétaux, ont ordinairement: 4 cils. Les zoosporesanthérozoïdes en dehors de la cellule se meuvent, se rencontrent, se soudent et forment l’œuf qui est encore lui-même animé de mouvement pendant un certain temps, mouvement produit par les deux paires de cils; bientôt il s'entoure d’une membrane et passe le reste de l’été sous cette forme enkystée. L'automne venu, il gonfle, se divise en 2-14 corps protoplasmiques qui deviennent, à la maturité, 2-14 zoospores à 4 cils.
Si les zoospores-anthérozoïdes à 2 cils s’isolent, elles finissent par rencontrer un support, s'y fixent, perdent le mouvement et développent un thalle tout comme une zoospore ordinaire, sinon un peu plus petit,
Dans le cas de l’isogamie étudiée, les appareils mâles et femelles sont done semblables, comme le mot isogame le dit d’ailleurs; en plus, ils sont tous deux mobiles et peuvent chacun isolément reproduire un thalle agame; c'est donc un des cas les plus simples de fécondation, maïs déjà un peu plus perfectionné que la conjugaison (Conjuguées).
Les Confervacées sont très nombreuses; on les classe en 3 grandes sections:
ISOGAMES : Ulothriæ, à filaments simples, à croissance intercalaire; Cladophora; Chroolepus, à filaments ramifiés, croissance terminale; Chaetophora; Draparnaldia, à filaments ramifiés dans une gelée abondante; Ulva, à thalle membraneux à une ou deux assises de cellules, croissance intercalaire.
HÉTÉROGAMES À ANTHÉROZOÏDES : Sphaeroplea, Cylindrocapsa, Oedogonium, Bulbochaete, à filaments simples à croissance intercalaire. x
HÉTÉROGAMES A POLLINIDES : Mycoidea, à thalle filamenteux ou membraneux par soudure.
5. Characées, — Chez les espèces de cette famille, la fécondation s'opère aussi paranthérozoïdes; mais l’œuf, en germant, au lieu de produire des zoospores, donne directement un protonéma et après quelque développement de celui-ci, {a plantule et Les radicelles (f. 5).
Ordre III. — ALGUES BRUNES
OU PHÉOPHYCÉES.
La plupart des Phéophycées sont des Algues murines atteignant parfois des dimensions gigantesques; on trouve encore quelques espèces de cet ordre dans les eaux douces, une quantité de Diatomées, par-exemple. Le thalle des Phéophycées est rarement cloisonné dans une seule direction; le plus souvent, il est massif, c'est-à-dire cloisonné dans Les trois directions. Cest dans cet état qu’il atteint ces dimensions considérables, — plusieurs centaines de mètres de longueur, comme chez les Macrocystis. La forme du thalle est des plus variées : tantôt elle imite une coupe brièvement pédicellée, un cordon alternativement gonflé, renflé en forme de chapelet, un ruban dichotome, comme chez les Fucus; parfois le thalle offre des parties cylindriques et d’autres aplaties, comme chez les Sargasses, etc., etc. Chez les Diatomées, le thalle est microscopique, mais il n’est pas moins varié; il a la forme de petits corpuscules prismatiques ou rectangulaires, nus ou contenus dans un tube gélatineux.
Les algues brunes se divisent en 5 familles :
1. Hydrurées. — Petite famille composée de 2 genres : Chromophyton et Hydrurus, dont. les espèces habitent les eaux douces. Le Chromophyton habite particulièrement les cellules mortes et perforées des Sphaignes et est englué de mueus. L’Æydrurus s'attache aux pierres et a la forme d’un cordon: élastico-gélatineux très ramifié, atteignant 20-30 cent. de long. sur 6 m/m environ d'épaisseur. Les Hydrurées paraissent complètement agames, c’est à-dire qu’elles ne forment pas d'œufs. A l’état adulte, la gangue gélatineuse se dissout et les cellules de l’Algue s’isolent et donnent lieu chacune à un nouveau thalle.
2. Diatomées. — Ces végétaux microscopiques vivent en légions immenses au fond des eaux douces, saumâtres ou salées; parfois ils couvrent la terre humide d’une couche brune et gluante. Cette couche gluante est une gangue gélatineuse dans laquelle végètent certaines espèces, on rencontre aussi cette gangue chez beaucoup de Diatomées entièrement aquatiques.
Les Diatomées semblent se distinguer, tant par leurs dimensions réduites que par l'élégance, la forme, le luxe de détails de leur fronde et la résistance de celle-ci, qui peut se comparer à un bivalve en miniature. En effet, la membrane de la Diatomée est une carapace siliceuse, solide, très résistante. La poudre de tripoli n’est autre chose que les carapaces fossiles de ces petits végétaux, entassés en dépôts atteignant parfois plus de 20 mètres d'épaisseur, comme à Berlin et à Koenigsberg. On les fait entrer aussi dans la composition de la dynamite.
La cellule à membrane siliceuse est à deux valves qui s’emboîtent. Les modes de reproduction de ces végétaux sont de trois sortes, du moins pour une certaine partie des espèces : par divisions longitudinales et par spores pour toutes, et par œufs (provenant de gamètes immobiles) pour certaines.
Voir à la fin de ce traité la Notice de M. le Dr H. Van Heurck.
3. Phéosporées. — A l'exception des Pleurocladia, toutes les espèces de cette famille sont marines. Le thalle est dans quelques cas filamenteux et le port de la plante est celui d’une conferve. Parfois les filaments s’accolent, se soudent en une masse homogène, aplatie, renversée, en coussin, allongée en cylindre, simple ou plus souvent ramifiée. Ces végétaux produisent des zoospores à 2 cils. La formation des œufs a lieu, soit par isogamie à gamètes mobiles, soit par hétérogamie à oosphère et anthérozoïde mobiles tous les deux), soit par hétérogamie avec oosphère immobile et anthérozoïde mobile; ces deux derniers cas sont les plus rares. Cette famille contient les Wacrocystis, les Laminaria, ete.
4. — Nous ne parlons pas des Dictyotées, petite famille d’espèces exclusivement marines et relativement rares.
5. Fucacées. — Cette famille est le type de l’ordre. Les Fucus sont très nombreux en espèces. Le F: vesiculosus (f. 6) est le plus connu sur nos plages; on en trouve abondamment aux pilotis de l’estacade d'Ostende. En Écosse et dans les pays du Nord, il sert de fourrage, on le mêle aussi à la farine destinée à faire le pain. Sur différentes côtes, on en retire de la soude et de l’iode. Il sert encore pour recouvrir les cabanes des pêcheurs et même pour fumer les terres. Le F. natans L. (Sargassum bacciferum Agardh.) est tellement abondant en certains endroits qu’il simule des îles flottantes qui étaient considérées anciennement comme les limites’de la navigation ; Aristote en parle comme le terme des voyages des Phéniciens; enfin, cette Fucacée fut sur le point de faire échouer la tentative de Christophe Colomb. Les marins désignent le Æ. natans sous le nom de «raisin de mer » à cause des nombreuses vésicules aériennes qui le sou-
tiennent au dessus des eaux. Confite dans du vinaigre, cette Fucacée est usitée dans certaines contrées comme assaisonnement de la viande.
Ordre IV. — ALGUES ROUGES
OU FLORIDÉES.
Les Floridées sont en très grande majorité marines; quelques-unes seulement (Batrachospermum, Lemanea, ete.) vivent dans les eaux douces.
On divise les Floridées en dix familles; les deux genres qui viennent d’être cités appartiennent aux Némaliées. Les Bangia habitent les eaux douces et forment avec les Porphyra la famille des Bangiées.
Les Floridées se fixent au support (rochers ou autres Algues) par des crampons rameux; leur fronde (thalle) membraneuse imite une feuille plus ou moins longuement pétiolée ou diversement découpée, simple ou composée; parfois aussi, elle s’allonge en ruban, en cordon cylindrique ramifié, ete. Les branches du thalle se différencient quelquefois : les unes sont courtes, tandis que sur le même individu d’autres sont très allongées, tantôt quelques-unes sont verticillées tandis que d’autres, plus ou moins voisines, sont isolées.
A l’état frais, les Floridées sont souvent d’un rouge peu prononcé, mais par la dessiccation cette couleur s’avive et donne aux échantillons préparés une élégance remarquable; aussi les collections de ces Algues plaisent-elles beaucoup.
Le thalle des Floridées n’atteint jamais les dimensions de celui des Phéophycées, rarement il dépasse quelques décimètres de longueur. — Par l’ébullition, ces végétaux se réduisent en gelée contenant une quantité notable de cétrarine, par conséquent ils sont nourrissants. Le Sphaerococeus crispus est une algue des mieux connues sous ce rapport; quelques pharmaciens en conservent encore dans leur officine. Plusieurs autres espèces sont comestibles et entrent dans la nourriture des diverses peuplades mari times du Nord. Les nids de l’hirondelle Salangane, dont les Ghinois sont si friands, sont construits avec des fragments de Floridées. — Les végétaux de cet ordre contiennent une quantité notable d'iode, ce qui explique certaines propriétés anti-scrofuleuses dont ces végétaux sont doués.
FÉCONDATION. — Chez les Floridées, la fécondation a lieu au moyen de pollinides (organes mâles immobiles, ténus et sans cils) et non plus au moyen d’anthérozoïdes. Les pollinides se rapprochent beaucoup des grains de pollen. Aussi l’ordre des Floridées, par son mode de fécondation, est le plus élevé des Cryptogames cellulaires; il surpasse même celui des Cryptogames vasculaires, si tant est que l’on doive regarder la fécondation des Phanérogames comme la plus parfaite du règne végétal, Seules, parmi les
ALGUES. — NÉMALIÉES. ; 143
Thallophytes (Champignons et Algues), les Floridées développent leurs œufs, sur la plante mère, en un embryon sporifère dont les spores engendreront ensuite autant de plantes nouvelles. C’est donc également-un rapprochement avec les Muscinées qui offrent aussi le même fait, mais chez ces dernières la fécondation s’est opérée au moyen d’anthérozoïdes, ce qui est plus cryptogamique. — Outre les œufs, les Floridées produisent abondamment des spores immobiles, (les Némaliées exceptées) naissant, habituellement aw nombre de 4 dans une cellule mère (tétrasporange).
Famille des NÉMALIÉES,
Espèces des eaux douces.
Batrachospermum monoliforme Roth. — Ce nom signifie « frai de grenouille en chapelet. » Effectivement, cette espèce a plutôt l’aspect du frai de grenouille que d’une plante, on la reconnaîtra facilement à son adhérence aux pierres formant le lit des ruisseaux. En faisant dessécher un échantillonde cette espèce surle papier et, en l’étalant convenablement, on remarquera aisément, à la loupe, qu’il est formé d’une tige filamenteuse ornée de nombreux verticilles de rameaux courts. — AC. dans les ruisseaux de l’Ardenne, R? ailleurs.
Lemanea. — Les espèces de ce genre diffèrent entièrement des Bhiras chospermum. Ce sont des filaments rigides, d’un certain diamètre, non gélatineux, cylindriques, articulés, simples ou peu rameux. On les rencontre plus particulièrement dans les ruisseaux de l’Ardenne; ils s’attachent également aux pierres dans les eaux courantes.
L. fluviatilis Agardh. — Filaments presque simples, allongés, noirâtres, à articles cinq fois plus longs que leur diamètre; ces articles sont bien marqués par des nodosités. La var. fucina de Bory est une variété rameuse, — Dans les ruisseaux. AC. Ard.
L. torulosa Agardh. — Filaments simples, courts, arqués, à articulations renflées et monoliformes; articles 3 ou 4 fois plus longs que leur diamètre. — Fleuves et rivières. AR.