RÉSUMÉ DES CARACTÈRES PROPRES A CHAQUE SECTION DES AGARICINÉES
I. Chanterelles, — Comme il a été dit dans l’analyse dichotomique, les Champignons de cette section se distinguent de toutes les autres Agaricinées, par des lames renflées se présentant sous forme de veines ou nervures, lesquelles sont anastomosées ou fourchues et en même temps très décurrentes sur le pédicule, qui fait généralement corps commun avec le chapeau ordinairement concave.
CHANTERELLE (Cantharellus cibarius Fr.) — Ge Ghampignon a le pédicule plein, charnu, épais et court, se dilatant en chapeau irrégulier, convexe, puis concave, lobé-sinueux, développé plus d’un côté que de l’autre, finalement en entonnoir à bord contourné, frisé ou festonné. Veines ou nervures fourchues, anastomosées, décurrentes sur le pédicule. La couleur de cette fonginée varie de l’orangé au blanc, elle est plus foncée à la face inférieure du chapeau. Taille, 6 à 12 cent. Chair blanche, ferme et de bon goût. — Comestible. — Groît en groupes sur les pelouses dans les bois découverts. Fin été et automne.
Les Chanterelles démandent à étre cuites longtemps et lentement à l’étuvée. Il convient même de les laisser préalablement tremper quelques heures dans du lait. On fera bien de les cuire à petit feu afin de ne pas les rendre coriaces ni de faire dissiper leur arôme. On les apprête simplement avec du beurre, du poivre et du sel. En y ajoutant des tranches de pain grillé, dit le Dr Roques, les gens de la campagne auront un plat suffisant pour une famille entière. Desséchées, les Chanterelles servent d’assaisonnement aux ragoûts.
IL. Pleuropes. — Volve nulle, pédicule nul ou latéral. Champignons généralement coriaces, croissant sur les troncs des vieux arbres, les souches, ete. — Ceux de la première section (voir l'analyse p. 160) se conservent bien en herbier, mais les insectes en sont friands; il faut souvent
visiter les échantillons si on ne les a pas empoisonnés. Les Pleuropes se divisent en plusieurs genres.
HIT. Amanites, fig. 2 et 3. — Champignons sortant d’une volve complète ou incomplète qui laisse des débris sur le chapeau, ou sur le pédicule, ou à la base de celui-ci. C’est cette dernière partie que l’on devra surtout bien examiner. Les Amanites peuvent être munies ou non d’un collier; la pernicieuse Fausse-Oronge (A garicus muscarius L.) en est même pourvue.
Cette espèce est une des plus jolies Agaricinées : son chapeau est un peu visqueux, luisant, d’une belle couleur écarlate, moucheté de blanc (débris de la volve) et atteignant 10-18 cent. de diamètre, ses lames sont blanches. Son pédicule, haut de 8-15 cent., est renflé à la base et entouré des restes de la volve; il est orné d'un collier, comme il a été dit précédemment. — Dans les bois, à la fin de l’été et en automne. —Il est vénéneux au point de servir à la destruction des mouches et des punaises.
Voici comment on emploie la Fausse-Oronge pour la destruction des mouches : On divise le champignon en petits morceaux que l’on saupoudre de sucre, on les place sur une assiette, on verse dessus de la bière ou du lait et on les expose dans les chambres où les mouches abondent. On prétend que cette Amanite chasse les punaises si on en frotte les meubles, les muruilles. Mais c’est surtout dans l’Asie que l’on fait usage de l’Agaricus muscarius. Les Kamtchadales et les Ostiocks en boivent la décoction afin de se jeter dans l'ivresse. Gette décoction se fait dans une espèce de tisane d'Epilobium ou de Vaccinium, et trois ou quatre pieds de cette Gryptogame sont suffisants pour enivrer une société nombreuse. Si les Champignons sont avalés secs, leurs propriétés enivrantes se communiquent à l'urine des personnes qui en font usage, et les voyageurs du Nord de l'Asie rapportent, qu’il arrive parfois aux habitants de ces contrées de boire cette urine pour continuer leur orgie. Les propriétés narcotiques de la Fausse- Oronge ont été appliquées par divers praticiens, et à différentes reprises; on l’a employée avec succès, dit-on, contre l’épilepsie et autres maladies nerveuses. Le D' Plenck faisait prendre la poudre de cette Amanite intérieurement contre l’épilepsie; la dose était de 50 centigrammes à 1 gramme par Jour, dans de l’eau, ou 4 grammes, une fois donnés et administrés dans du vinaigre. Employé à l'intérieur et à l'extérieur, ce Champignon aurait guéri les engorgements chroniques, les scrofules et les ulcères fistuleux de mauvais caractère. Sa poudre, répandue sur les ulcérations de la cornée, les excoriations du bout du sein, les ulcères sanieux ou compliqués de carie, aurait guéri des personnes atteintes de ces maladies. — Pour obtenir la poudre de Fausse-Oronge, on prend les pieds de ces Champignons avant la maturité, on les fait sécher au four et on les réduit en poudre. La teinture de ce Champignon a été vantée contre la teigne, les impétigos, les dartres, et les catarrhes chroniques avec crachats muqueux et puriformes. Gette teinture se donnait étendue d’eau ou de vinaigre, à la