FAMILLE XXII
MYRTACÉES. JUSS.
Fleurs hermaphrodites régulières; calice de 5, plus rarement de 4 ou 6 sépales, surmontant un tube formé
f>ar l'axe qui s'est prolongé et creusé en urne réceptacuaire; corolle périgyne, d'autant de pétales alternes; étamines nombreuses, insérées avec les pétales, à anthères introrses, biloculaires, longitudinaiement déhiscentes; ovaire adhérent au réceptacle qui l'enveloppe, infère, multiloculaire, à loges multiovulées ; style 1 ; oaie ou capsule à placentation centrale ; graines non albuminées. — Arbres ou arbrisseaux des régions tropicales et subtropicales, parmi lesquels on remarque les nombreux et gigantesques Eucalyptus de l'Australie; représentés en Europe par un modeste arbrisseau de la zone méditerranéenne ; à feuilles simples coriaces et persistantes, opposées, plus rarement alternes, ponctuées-pellucides, entières, non stipulées, formées d'une nervure médiane, dominante et de nervures secondaires pennées, peu saillantes, se réunissant à une nervure marginale qui encadre la feuille.
A. Pétales libres et le fruit est une baie Myrte. . . 1
A'. Pétales soudés en opercule, le fruit est une
capsule Gommier. 2
(Eucalyptus).
GENRE I. — MYRTE. MYRTUS. Toumef,
Tube réceptaculaire çlôbuleux; sépales 5, triangulaires; pétales 5; étamines nombreuses, libres, fruit charnu, à 2-3 loges oligospermes, couronné par les sé-
f^ales en forme de dents dressées. — Arbrisseaux à euîlles opposées.
Bois. — Bois lourd, à grain extrêmement fin, homogène. Fibres dominantes, à parois épaisses; vaisseaux hins, égaux, isolés, uniformément repartis, mais plus
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rares dans une zone étroite du bord externe de chaque couche, ce qui rend les accroissements assez sensibles. Rayons fins, presque égaux.
Myrte commun. Myrtus communis. Lin.
Feuilles opposées, subsessiles, coriaceSj elliptiques-lancéolées, acuminées, entières, à bords étroitement réfléchis en dessous, finement ponctuées-pellucides, glabres et luisantes.
Elus pâles en dessous, à nervures secondaires serrées. Fleurs lanches, axillaires, solitaires, longuement pédonculées; calice à sépales triangulaires, étalés, plus courts que les pétales. Baie à peine charnue, ovoïde, d'un noir-bleuâtre un peu glauque. — Arbrisseau toujours vert, à tige irrégulière, de 2-3 mètres d'élévation, recouvert, dès les premières années, d'un rhytidorae roux, mince, presque lisse, écailleux, caduc ; répandant par toutes ses parties une odeur aromatique qui rappelle celle du girofle.
[Var A. à petites feuilles, microphylla; feuilles petites de un centimètre de longueur sur cinq millimètres de largeur].
Assez commun dans la région méditerranéenne, abondant en Corse ; Algérie. La variété à l'Ile Sainte-Lucie et en Algérie. Flor., mai-juin. Fructif., novembre.
Le myrte a la croissance très lente, la longévité Taille, considérable; il mesure quelquefois 4-5 mètres d'élévation sur 1 mètre de circonférence, mais il lui faut bien un siècle pour atteindre ces dimensions. Il forme un buisson très touffu, d'un couvert complet, qui peuple les maquis de la Corse avec les pnilarias, les lentisques, les chênes yeuses, etc. Il demande des sols frais et profonds, situés en plaines ou en coteaux [et préfère ceux aui ne sont pas calcaires, les feldspatniques surtout].
Tissu fibreux dominant, à parois épaisses, mélangé Bois, de parenchyme ligneux (non apparent à la loupe) ; rayons nombreux, minces et très minces, sensiblement inégaux ; vaisseaux peu nombreux, très fins, égaux, isolés, uniformément répartis, si ce n'est au bord interne, où ils déterminent par leur rareté, une zone plus serrée qui rend les accroissements annuels assez distincts . Ceux-ci sont souvent excentriques et irréguliers, comme la tige l'est elle-même à la surface.
Ce bois est lourd, dur, remarquable par la finesse et l'homogénéité de son grain ; il se travaille très
bien dans toutes les directions, n'est point sujet à se tourmenter ni à se gercer. Il est entièrement
Sjris-rougeâtre clair, très légèrement teinté de vioacé, sans distinction d'aubier ni de bois parfait, et rappelle assez bien le bois de poirier. Il pèse 0,927- 1,003 {ColL Éc. For.), On en fabrique de menus objets qui sont recherchés, tels que cannes, articles de marqueterie, de tour, etc. Il fournit un excellent combustible et un charbon de première qualité.
Usages L'écorce et les feuilles servent à la préparation
accessoires. ^^ cuir.
Le fruit a le goût âpre et résineux ; cependant les Arabes le mangent et Testiment beaucoup.
GENRE n. - GOMMIER. EUCALYPTUS. L'Hér.
[Calice à tube adhérent à rovaire, le lirabe paraît le plus souvent constituer une coiffe se détachant tout d une pièce, généralement très fugace. La corolle, dont le tube est soudé au calice, forme un opercule solide qui se détache de ce tube au moment de 1 épanouissement de la fleur ; Tovaire a 3-5, plus rarement 6 loges ; le fruit est une capsule, tantôt incluse, tantôt exerte, par rapport au calice, s'ouvrant au sommet ; graines généralement nombreuses, irrégulières, le plus habituellement petites ou même très fines. — Arbres, plus rarement aroustes ou arbrisseaux, à feuilles persistantes, renfermant de nombreuses glandes oléo-résineuses, le plus souvent biformes et alors sessiles, opposées ou rarement ternées, courtes pendant la jeunesse ; alternes, pétiolées, allongées chez Tarbre adulte.
Bois. — Lourd, dur, de coloration variable ; à aubier et bois parfait distincts ; homogène, à couches annuelles peu et mal marquées ; rayons médullaires nombreux fins ou très fins, ondulés; vaisseaux nombreux de grosseur un peu variable, bien visibles, isolés ou groupés par 2-S peut-être plus, mais formant, avec du tissu parenchymateux lâche, des lignes dendritiques très caractéristiques.
MYRTACÉE9.
Le climat de leur pays d'origine est tempéré, chaud avec hiver doux, été sec et chaud, avec quelques différences dues aux conditions topographiques des stations où vivent les espèces. De ces observations, faites au pays d'origine de genre, il résulte, et Texpérience Ta confirmé, que si quelques eucalyptus peuvent vivre sous le climat atlantique ae rOuest de la France et même de TAngleterre, ces végétaux ont un intérêt pratique, pour nous, seulement dans la région méditerranéenne, sur une très faible zone de la France continentale, en Corse et en Algérie. Un grand nombre d'espèces y sont naturalisées, en ce sens qu'elles y fleurissent et y donnent des graines susceptibles de germer. Ces espèces ou certaines d'entre elles sont-elles susceptibles de se maintenir indéfiniment par elles-mêmes ? il est diflBcile de le dire ; jusqu'à présent on a rencontré un très petit nombre de semis naturels, mais il faut ajouter que les conditions, dans lesquelles se sont effectuées les plantations, ne sont pas très favorables à leur production.
Comme il a été dit dans le diagnose du çenre, si Taille, tous les eucalyptus sont ligneux, ils sont de tailles Croissance, fort diverses ; néanmoins la plupart sont des arbres, dont quelques-uns comptent au nombre des plus grands que nous connaissions, atteignent et dépassent même 130 mètres de hauteur totale. Leur croissance est extrêmement rapide, pour un très grand nombre d'espèces, beaucoup plus lente pour d'autres ; mais toutes celles qui paraissent avoir de l'intérêt, pour la région méditerranéenne, sont dans le premier cas ; elles dépassent de beaucoup sous ce rapport nos essences indigènes, même celles dont la croissance est la plus active.
Les eucalyptus, ceux au moins qu'on a tenté de Tempérament, cultiver en grand, paraissent être essentiellement des espèces de lumière ; lorsqu'on les plante en massif serré, ils s'éclaircissent de bonne heure, certains pieds plus robustes prenant le dessus ; les autres disparaissent rapidement ; ce qui d'ailleurs
peut tenir non seulement à la concurrence de la région feuillée de Tarbre, mais aussi à celle des racines entre elles.
Enracinement. L'enracinement des eucalyptus est variable ^'- d'une espèce à l'autre ; ainsi il est sensiblement plus profond chez YE. globulus que chez VE. rostrata ; mais il parait être toujours puissant en relation avec la transpiration très intense de ces végétaux. Pour ce même motif, le sol doit toujours renfermer une assez grande quantité d'eau, au moins dans la région profonde accessible aux racines ; il doit être aussi suffisamment épais. Mais d'après les observations faites en Australie, les espèces manifestent des exigences assez diverses à l'endroit des propriétés physiques et de la constitution minéralogique des sols.
Branches Les eucalyptus sont susceptibles de donner des
gourmandes et branches çourmandes et de fournir des rejets ; aussi, ^^^^' bien que jusqu'à présent on les ait exclusivement élevés en arbres, il serait possible d'en obtenir des taillis. Il doit y avoir de ce chef d'assez grandes différences entre les espèces ; VE. rostrata, par exemple, donnant sensiblement plus de gourmands que VE. globulus.
Chez les espèces qui ont des feuilles biformes, ainsi l'^*. globulus, le feuillage des branches gourmandes et des rejets ressemble à celui des jeunes sujets.
Floraison. Malgré la grande taille de certaines espèces et leur longévité, les eucalyptus se mettent souvent à fleurs à un âge très peu avancé ; quelquefois 4 ou même 2 ans. Il y a d'ailleurs sous ce rapport des différences soit spécifiques, soit individuelles considérables. Il en est de même en ce qui concerne l'époque de floraison annuelle ; en général celle-ci se
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elles peuvent être endommagées par le froid ; mais en général il n'en est rien et une abondante fructification suit la floraison.
Les graines de dimensions variables, habituelle- , Graines et ment faibles, conservent longtemps (2 à 5 et même J*"**®* plants. 7 ans) leur faculté germinative. li faut à peine les recouvrir lorsqu'on les sème ; la levée est facile et prompte, quand la température est suffisamment élevée à l'époque des semis ; mais que l'on sème en terrines, comme on le fait habituellement ou en pleine terre (1), les jeunes plants demandent de Vabri et beaucoup de soins pendant la première année, au moins dans le bassin méditerranéen. C'est là sans doute une des raisons qui rendent difficile la régénération spontanée.
Le jeune plant a le plus souvent, comme il a été dit plus haut, un feuillage très différent de celui de Tadulte ; dès la deuxième année il ne craint plus rien des influences extérieures.
L'écorce est très variable, chez les arbres arrivés Écorce et bois, à l'état adulte, soit comme aspect, soit comme épaisseur, soit comme structure, et elle fournit des caractères d'une certaine valeur pour la distinction des espèces.
Le bois plus uniforme présente cependant quelques caractères spécifiques, notamment dans sa couleur, le groupement de ses vaisseaux. La densité est un peu variable ; pour VE. ylobulus 0,577-0,720 et en moyenne sur 5 échantillons de provenance corse ou algérienne de 0,660.
Les accroissements annuels peu distincts ne permettent guère de compter sûrement l'âge des arbres, d'autant plus qu'ils paraissent se subdiviser frér
. (1) Les personnes au! désireraient avoir plus de détail sur
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(;^uemment ; accroissements et subdivisions se distinguent par la disposition des vaisseaux et par des changements de coloration. Très fréquemment il se produit dans la masse du bois des fentes qui peuvent se remplir de matières résineuses.
Le bois des sujets naturalisés dans le bassin méditerranéen parait différer un peu de celui de leurs similaires australiens ; c'est au moins ce qui résulte de la comparaison que j'ai faite de deux échantillons d!E, globnlas ayant cette dernière origine avec ceux de Corse ou d'Algérie contenus dans les collections de l'Ecole forestière. Les premiers sont légèrement plus colorés et ont les vaisseaux un peu plus gros.
Ce bois a la fibre très tourmentée, il est très tenace, dur, par suite de travail assez difficile. Quand il est peu coloré et s'il présente de nombreuses fentes, comme c'est souvent le cas pour celui de VE. globulus, il ne peut être utilisé que pour des usages communs ; quant au contraire, s'il est fortement coloré, plus homogène, il peut servir à l'ébénisterie.
Propriétés Des expériences assez nombreuses faites en divers fébrifuges, pays, mais sur une échelle particulièrement im-
Çortante, par les trappistes de Saint-Paul aux 'rois-Fontaines, dans les environs de Rome, montrent que les plantations d'eucalyptus, si elles sont faites sur une surface suffisante, assainissent les endroits malsains, par suite de la présence de la fièvre, dont elle atténue à tout le moins considérablement les effets, si elle ne la fait pas disparaître complètement. A quoi tiennent ces effets ? Très probablement à la transpiration énorme de ces végétaux, qui assèche le sol, comme on l'a constaté à Saint-Paul aux Trois-Fontaines, où le plan des eaux souterraines s'est beaucoup abaissé depuis les plantations.
soit pour assainir le pays, soit pour fournir rapidement du bois ; mais sous la double condition, qui n'a pas toujours été respectée, qu'on obéisse rigoureusement aux exigences des espèces, en ce qui concerne le sol et le climat.
Les eucalyptus sont au point de vue descriptif, Disiinciion d'une étude difficile ; le nombre des espèces est ^ <*escripiion considérable et le polymorphisme de la plupart de ^ '
celles-ci est très grand. Il est fort possible et parfois très probable que l'hybridation soit pour quelque chose dans la production de formes qui arrivent à relier deux types spécifiques bien distincts ; cette opinion a été combattue cependant par le baron de MûUer qui a fait une étude spéciale du genre en Australie.
Le nombre des espèces introduites en Europe et en Algérie est déjà considérable, mais la plupart sont cultivées seulement comme arbres d'ornement dans les jardins. Je me bornerai à en décrire trois qui sont parmi les plus communes et dont deux surtout ont été plantées en grand.