‹ Flore forestièreChapitre 187 sur 295 · DENSITÉ · texte numérisé non relu

DENSITÉ

accroisse-

ments.

métrés.

raillim.

Ste-Baume (Var).

Calcaire.

Drtme.

Id.

Basses- Pyrénées.

Schisteux.

Bas-Rhin.

Granitique.

Basses- Pyrénées.

Jura.

Calcaire.

Puy-de-Dôme.

Marneux.

Puy-de-Dôme.

Granitique.

Is^re.

Calcaire.

Basses- Pyrénées.

Schisteux.

BItche (MoseUe).

Siliceux.

Corse.

Granitique.

Parmi les quatre hêtres les plus lourds figurent^ au n* 2, l'un de ceux qui a les accroissements les plus larges, et au n* 4, celui qui les a le plus minces ; le premier de tous est d'origine méridionale, le quatrième de provenance septentrionale. Parmi les moins denses, le dernier rang est occupé par un hêtre de l'extrême sud, de végétation assez lente ; lavant-dernier par un hêtre du nord, de végétation assez rapide.

CLPLLIFERES.

Valeur caloriQque.

Produit accessoire.

L'emploi le plus important du hêtre est de servir de combustible. Sa puissance calorifique a été prise pour unité par les principaux auteurs qui se sont occupés de cette matière (G. L. Hartig, Werneck, T. Hartig), non qu'elle soit la plus élevée, car elle est surpassée par celle de quelques autres bois (charme, sorbier, etc.), mais parce qu'elle est la mieux connue, en raison de l'abondance de l'espèce et du fréquent emploi qu'on en fait pour le chauffage.

Cette valeur calorifique est d'ailleurs aussi variable que l'est la densité, à laquelle elle est proportionnelle.

Le bois du hêtre brûle avec une flamme vive et claire et produit un charbon qui se maintient incandescent jusqu'à complète combustion ; il a le défaut de passer un peu vite au feu.

Le charbon en est très estimé ; il sert dans l'économie domestique et dans l'industrie pour le traitement des minerais.

L'amande de la faîne contient environ 15-17 p. 100 de son poids d'une huile grasse non siccative, gui est comestible quand elle est exprimée à froid ; qui, en tout cas, est très propre à l'éclairage. La récolte des faînes devient, pour cet objet, dans les années d'abondance, une source importante de produits pour les propriétaires ou pour les habitants qui acnètent le droit de les ramasser.

Un hectare de futaie, à l'âge de 150 ans, peut, dans les années de pleine production, rapporter jusqu'à 50 hectolitres de faînes (forêt de Retz, d'après M. Portier), dont on extrait 500 kilogr. d'huile.

GENRE II. — CHATAIGNIER. CASTàNEà. Toumef,

Fleurs mâles en petits glomérules munis d'une bractée et disposés en longs chatons cylindriques, interrompus, dresses, naissant à la base des feuilles inférieures de la jeune pousse; chaq^ue fleur composée d'un périgone campanule de 5-6 divisions et de 10-12 étamines longuement saillantes. Fleurs femelles réunies, par 3, dans un invo-

Cl'PrLIFÈRES. 325

lucre commun formé de nombreuses bractées soudées entre elles par la base, et constituant de petits groupes insérés, au nombre de 1-3, à la base des chatons mâles supérieurs; chaque fleur composée d'un périgone adhérent, terminé par 6-8 petites dents libres ; ae 6-8 étamines opposées, stériles ou rarement fécondes, et d'un ovaire infère à 6-8 loges biovulées, surmonté d'un style court à 6-8 stigmates. Involucre fructifère péricarpoïde, de consistance presque ligneuse, s'ouvrant en 4 valves et revêtu d'épines raides, subulées, fasciculées-divergentes ; contenant 1-3 fruits arrondis ou tronqués suivant leur nombre (châtaignes), à péricarpe mince, sec, luisant et brun, marquée la base d'une large cicatrice (hile); ces fruits renferment une, plus rarement deux graines à cotylédons très développés, adhérents entre eux, féculents, hypogés en germant.

mis, — Tissu fibreux associé aux vaisseaux et les accompagnant, lâche et à minces parois, surtout dans le bois de printemps; serré et à parois épaisses dans la zone méaiane et formant l'externe presque à lui seul; entremêlé de parenchyme ligneux en petites lignes courtes, concentriques, non apparentes, même à la loupe. Vaisseaux inégaux; les uns gros et rapprochés, prodiiisant avec le tissu lâche une zone très poreuse au bord interne ; les autres fins, groupés en grand nombre et dessinant sur la section des bandes blanchâtres, rayonnantes, flexueuses, quelquefois rameuses. Couches très distinctes, aubier nettement tranché, toujours très mince ; bois sans maillures.

[Dans le bois : Un coléoptère le Valgus hemipte- Ennemis. rus. L., dont la larve creuse de larges galeries.

Sur les feuilles : Le hanneton commun et la chenille du Liparis dis par.

Dans les feuilles : Un curculionide le Balaninus elephas commet des dégâts considérables et bien plus souvent, la chenille d'une tortricide (Carpocapsa splendana) qui détruit parfois les trois quarts de la récolte.]

Châtaignier commun. Castanea vulgaris. Lam. Castanea tesca. Gœrin. Fagus castanea. Lin.

CUPULIFÈRES.

sur les deux faces ou pourvues en dessous, dans la jeunesse, de poils raides, appliaués ; d'un vert plus foncé en dessus qu'en dessous, ces dernières droites, simples, parallèles, nombreuses (15-20 de chaque côté). Bourgeons n'offrant que 2 écailles à l'extérieur, glabres, courtement ovoïdes, obtus, d'un vert-jaunâtre. — Arbre de grandes dimensions, caractéristique des sols granitiques ou siliceux des régions montagneuses peu élevées. France, Corse, incontestablement spontané en Algérie, prés de Collo et dans l'Edough. On le trouve aussi en Tunisie. Flor., fin de juin à mi-juillet. Fructif., octobre.

Taille. Le châtaignier est un grand arbre à végétation

rapide, particulièrement depuis la jeunesse jusque vers 50-60 ans ; il est doué a une très grande longévité, atteint une hauteur de 30 mètres et une circonférence énorme. Sans parler du châtaignier si connu de l'Etna, dont le tronc, mesurant 53 mètres de circonférence et d'ailleurs complètement creux, pourrait bien être le produit de 5 arbres différents, on peut citer celui des environs de Sancerre (Cher), qui, à hauteur d'homme, a 10 mètres de tour, est parfaitement sain, du moins en apparence et, a, dit-on, 1,000 ans. Un autre châtaignier, des bords du lac de Genève, mesure 13 mètres de circonférence.

Port. Lorsqu'il croît en massif, le châtaignier s'élève

droit et se ramifie à peu près comme le chêne pédoncule ; isolé, sa tige n'acquiert pas d'élévation, se ramifie beaucoup et produit une ample cime très étalée.

Enracinement. L'enracinement est formé d'un pivot assez allongé et de nombreuses et fortes racines latérales. Couvert. Quoique la ramification ne soit pas serrée, le

couvert est assez épais, en raison de la grande dimension des feuilles et de leur direction horizontale. L'insertion de ces organes est } sur les pousses principales, f sur les pousses latérales.

CUPULIFÈRES.

rce.

Les jeunes pousses sont d'un brun-olivâtre, mar- Écoi quées de lenticelles allongées ; vers 3-6 ans elles prennent une couleur olivâtre et les lenticelles se sont étendues en travers. Plus tard, Técorce a la coloration d'un gris-argenté de celle du jeune chêne et, comme elle, reste lisse et brillante jusqu'à 15-20 ans. A cet âge, un périderme intérieur s'organise par plaques dans l'épaisseur des feuillets du liber et repousse ceux-ci au dehors, sous forme d'un rhytidome épais, persistant, largement et profondément gerçure en longueur, de couleur brune, assez foncée, qui rappelle complètement celui des vieux chênes.

Le châtaignier fructifie vers 25-30 ans s'il est Fructification, isolé, vers 40-60 ans s'il est en massif ; [il fructifie tous les ans], et généralement en abondance.

Lorsque le jeune plant se développe, il laisse Geminadon. pourrir en terre ses cotylédons, après les avoir épuisés ; ses premières feuilles, qui proviennent de la plumule, sont semblables à celles q^ui se produiront par la suite. La végétation est rapide dès les premières années.

Cette essence possède à un haut degré la pro-

f)riété de se reproduire de souches, et celles-ci, orsque l'âge n'en est point trop élevé, fournissent des cépées d'une végétation extraordinaire.

Le châtaignier est un arbre de l'Europe méri- Distribution dionale (1), qui s'étend du Caucase au Portugal ; il géographique, atteint l'altitude de 900 mètres sur l'Etna et même de 1,624 mètres dans la Sierra-Nevada du royaume de Grenade, [en France celle de 790 mètres dans l'Hérault], mais il descend en plaine dans les parties septentrionales de son aire.

La limite polaire de cette essence reste fort incertaine, parce que la culture la lui a fait franchir au

(1) [Le châtaignier est au moins autant un arbre asiatique ;

328 GLPLLIFÈRES.

loin depuis une antiquité reculée ; il est fort probable néanmoins que, malgré son abondance en Provence, en Dauphiné, dans les Cévennes, le Pèrigord, le Limousin et tout le plateau central, que, malgré sa végétation encore active dans les Vosges [alsaciennes], où il croît jusqu'à l'altitude de 600 mètres, [dans les environs de Paris], où il fructifie abondamment, le châtaignier n'est spontané en aucun point de la France continentale [et il me paraît en être de même en Corse]. Il ne forme nulle part de vrais massifs forestiers, se présente souvent à l'état de taillis simples créés de main d'homme, ou de pieds isolés, plantés, greffés et cultivés plutôt comme fruitiers que comme arbres forestiers. Sol ei station. C'est un arbre essentiellement silicicole, qui redoute les sols calcaires et refuse de croître sur une terre dès nue la proportion de chaux s'v élève à 4 p. 100 (M. tliatin). Les terres meubles, fraîches et profondes, granitiques, schisteuses ou sablonneuses, en régions accidentées, sont celles qui lui conviennent le mieux.

Bois. Le bois de châtaignier est de même couleur que

celui du chêne ; l'aubier en est également blanc et nettement tranché ; il a le même grain, les mêmes tissus, mais non les larges rayons médullaires ; les siens sont très minces et par conséquent il n'est jamais maillé. Rien de plus facile que de distinguer, même sur le moindre fragment, les bois de ces deux essences, fussent-il mis en œuvre depuis une époque très reculée. Depuis longtemps déjà Daubenton avait reconnu et signalé cette différence et restitué au chêne le mérite des vieilles charpentes (Sainte-Chapelle, Notre-Dame) attribuées jusqu'à lui au châtaignier. Une tradition semblable sur l'essence qui a servi à la construction des édifices anciens se retrouve en beaucoup d'autres points de

CUPULIFÈRES.

taîgnier véritable sont aussi chimériques que les forêts qui les auraient produites (1) et qu'un grand hiver, celui de 1709, par exemple, aurait, dit-on, anéanties.

Le châtaignier a l'avantage de présenter fort peu d'aubier, 2 à 4 couches seulement, et conséquemment d'acquérir beaucoup plus vite que le chêne les

3ualités d'un bois parfait. Mais il a ime très grande isposition à se rouler et à s'altérer au cœur, de sorte que, au moins en France, on ne peut en obtenir de pièces saines d'un fort équarrissage. Employé à couvert, à l'abri des variations atmosphériques, il a de la durée ; mais il pourrit promptement sous des alternatives de sécheresse et d'humidité. Il est bon bois de fente et fournit un merrain estimé. Exploité en taillis, il occupe le premier rang pour la fabrication des échalas et des cercles de futailles ; en Alsace, il se paie, pour ce premier usage, un quart en sus du chêne (de Salomon).

La densité du bois de châtaignier reste beaucoup en dessous de celle du chêne ; relevée sur dix échantillons complètement desséchés à l'air et d'origines diverses, elle varie de 0,551 à 0,742 (Coll. Ec. For.).

En conséquence de cette densité peu élevée, le châtaignier, considéré comme bois de chauffage, reste aussi inférieur au chêne, avec lequel il partage l'inconvénient d'éclater au feu et de produire un charbon qui noircit rapidement.

Le charbon est diversement apprécié ; il sert néanmoins à la forge dans les pays où cet arbre est abondant.

L'écorce [bien que] riche en tannin n'est point utilisée à cet égard ; mais le bois, réduit en sciure

f grossière et soumis à une ébuilition prolongée dans 'eau, donne une matière qui, livrée au commerce à

Densilé.

Valeur calori6que.

Produits divers.

330 CUPULIFÈRES.

Fétat liquide, pulvérulent ou solide, sous le nom impropre d'acide gallique, sert à teindre en noir et à charger les étoffes de soie.

La cnâtaigne est un des produits les plus importants, souvent le principïu de cette essence ; elle est la base de Talimentation des populations pauvres du plateau central de la France et de la Corse. Améliorée par la culture, plus grosse et régulièrement arrondie, par suite de son isolement dans Tinvolucre, elle constitue le marron dont on connait un grand nombre de variétés, qui toutes se propagent par la greffe sur le châtaignier commun.

GENRE III. — CHÊNE. QUERCfJS. Toumef.

Fleurs mâles en chatons cylindriques, grêles, lâches, !nterromi)us, pendants, sortant par faisceaux des bourgeons axillaires de rextrémité de la pousse de Tannée f)récédente, ou naissant solitaires à la base des pousses de 'année, à Faisselle des feuilles ou de 2 écailles stipulaires caduques ; chaque fleur, bractéolée, composée d'un périgone de 5-9 folioles plus ou moins réunies par leur nase et de 5-9 étamines à anthères biloculaires, extrorses. Fleurs femelles sessiles, naissant en petit nombre, agglomérées ou espacées sur un axe court et allongé, dressé, défini, solitaire à l'aisselle des feuilles de l'extrémité de la pousse de l'année; chacune d'elles unique dans un involucre formé de petites et nombreuses écailles imbriquées et accompagné à la base de 1-3 bractéoles; péri- ?one adhérent, a très petites dents libres ; ovaire infère, loculaire, dont chaque loge est biovulée, surmonté par 1 style et 3 stiçmates routes. Gland ovoïde, apiculé au sommet, à involucre cupuliforme, écailleux, à péricarpe coriace, mince, luisant ; généralement uniloculaire et monosperme par avortement ; cotylédons épais et charnus, plans-convexes, féculents, hypogés dans la germination. — Arbres à feuilles simples, spiralées suivant l'indice |, caduques ou persistantes, à maturation annuelle ou bisannuelle; se reconnaissant entre tous les végétaux forestiers par les bourgeons latéraux, dont les plus élevés de chaque

tousse restent rapprochés entre eux et agglomérés à la ase du bourgeon terminal. Ces bourgeons sont revêtus d'écaillés nombreuses, stipulaires, imbriquées-spîralées, superposées en 5 séries longitudinales.

CUPULIFÈRES. 331

Bois. — Tissu fibreux très serré, à parois épaisses, de coDsistaDce presque cornée, dominant au bord externe. Rayons inégaux, les uns épais ou très épais, hauts, assez espacés, produisant, par un débit convenable, de larges maillures nacrées, plus claires ou plus sombres que le tissu fondamental, suivant l'aspect ; les autres très minces et serrés. Vaisseaux le plus souvent inégaux, gros et serrés dans le bois de printemps, où ils forment une zone

Eoreuse très apparente; fins, espacés et disposés en andes longituainales flexueuses et rayonnantes dans le bois d'automne. Parenchyme ligneux féculifère, abondant, blanchâtre, associé aux vaisseaux dans la zone poreuse et dans les groupes rayonnants, subdivisant en outre chague couche annuelle en zones assez nombreuses, par des lignes concentriques festonnées et plus claires, surtout apparentes dans les bois du Midi. Canal médullaire en étoile pentagonale. — Bois lourds, durs, nerveux, à aubier blanc assez abondant, nettement distinct ; d'un fauve clair ou foncé à l'état parfait ; formés d'accroissements très apparents. Quelques espèces ont toutefois les vaisseaux égaux et fins ; elles ne présentent point alors de zone poreuse de printemps et les couches annuelles ne peuvent en être le plus souvent discernées'; l'aubier, mal caractérisé, se fond chez elles insensiblement avec le bois parfait.

Le genre chêne appartient presque entièrement à rhémisphère boréal, dont il nabite les plaines et les collines des régions tempérées ou les hautes montagnes des contrées équatoriales. Les espèces en sont nombreuses et s'élèvent à 261 dans le Prodrome de de CandoUe. Comme c'est le cas pour les genres très naturels, la délimitation en est pleine de diflScultés et d'incertitudes. C'est à lui que se rap- Port, portent les arbres les plus majestueux de nos forêts, sinon par la hauteur, du moins par le caractère de force que leur impriment ime tige robuste, une ramification puissante ; à ces espèces de grande taille, s'en ajoutent d'autres de dimensions plus humbles, et quelques-unes de ces dernières restent toujours à l'état d'arbrisseaux chétifs et buissonnants.

Les chênes exigent une insolation directe pour Couvert.

332 CUPL'LIFÈRES.

s'accroître ; aucun d'eux ne résiste à l'action du couvert. Il résulte de ce tempérament que les bourgeons les plus élevés et les mieux éclairés se développent seuls, que tous les autres restent stationnaires ou proventifs, que la ramification est claire, le feuillage peu abondant, le couvert léger. Rejets. Non seulement les bourgeons proventifs sont

nombreux, mais ils conservent leur vitalité jusqu'à un âge fort avancé, parfois au-delà de 100 ans. Cette double circonstance explique l'aptitude très prononcée des arbres de ce genre à se couvrir de branches gourmandes et à repousser abondamment de souche lorsqu'on a place ces bourgeons dans des conditions meilleures, soit que, par l'éclaircissement des massifs, on leur ait assuré une participation plus directe à l'action solaire, soit que, par la coupe ou la taille des arbres et la suppression de tous les bourgeons actifs qui en est la conséquence, ils aient pu prendre une large part d'alimentation.

C'est par la même cause que le chêne répare facilement les accidents survenus dans sa cime et remplace par des rameaux jeunes et vigoureux les quelques branches dont les vents, le givre, la gelée, ont pu déterminer la mort.

Enracinement. La racine des jeunes plants se compose d'un pivot simple et remarquablement allongé ; cette disposition à pivoter se maintient plus ou moins longtemps suivant les espèces, mais en tout cas l'enracinement est puissant.

Toutefois, le chêne approprie ce dernier à la profondeur des sols sur lesquels il croît, non sans souffrir dans sa végétation et dans ses dimensions lorsqu'il doit le maintenir superficiel.

Feuillage. Le feuillage des espèces septentrionales se dessèche à l'automne et tombe immédiatement ou persiste desséché jusqu'au printemps suivant, surtout sur les jeunes plants ou rejets et sur les

CUPULIFÈRES.

Les arbres de ce genre, jeunes et vigoureux, sont très sujets à produire, eniuinet en juillet, de nouvelles pousses et de nouvelles feuilles, souvent [sensiblement différentes de] celles du printemps. Ils forment ainsi en une seule année deux générations de rameaux.

Les pays de plaines ou de coteaux sont ceux où les chênes prospèrent ; dans la plus grande partie de la France, ils ne se rencontrent point dans les régions mont^neuses, ou au moins ils n'y pénètrent qu'à Tétat de dissémination et sans attemare jamais une grande altitude. Cependant, en s'avançant vers le Sud, on voit leur station s'élever de plus en plus ; en Algérie, le chêne zeen prospère encore à 1,400 mètres et plus au-dessus du niveau de la mer.

Les préférences à l'égard du sol varient suivant les espèces et se règlent, en partie du moins, sur la nature du feuillage. Tendre et herbacé, produisant en conséquence une transpiration abondante, il rendra l'espèce exigeante sous le rapport de la fraîcheur du sol (chêne pédoncule). Cette exigence sera moindre à mesure que la feuille prendra de la consistance (chêne rouvre) ; elle sera très faible dès que les organes foliacés, devenus persistants et coriaces ne seront plus le siège d'une active transpiration (chêne yeuse).

Rien n'est moins stable que la grosseur et la forme des glands, même pour des chênes d'une seule espèce ; leurs difiEérences en longueur et en diamètre vont du simple au quadruple. Généralement ovoïdes, ils présentent toutes les transitions entre les formes cylmdriques et globuleuses, sont tantôt obtus au sommet, tantôt plus ou moins aigus. Il ne faut pas attacher plus d'importance à leur nombre, car ils peuvent être solitaires ou agglomérés par 2^ sur un seul axe, qui lui-même s'allonge ou reste très court. Il n'en est pas de même do la maturation, qui peut être annuelle ou bisannuelle ; dans ce dernier cas, le gland grossit à peine pendant l'année de la floraison, et c'est sur le rameau de seconde année qu'il est

Suiion.

Sol.

Glands.

Gennioalion.

334 CUPULIFÈRES.

inséré à son complet développement. La dissémination est toujours automnale. Si le gland, après sa chute, n'est abrité par les feuilles mortes, il périt souvent sous l'action des gelées d'hiver.

Les glands que Ton conserve sont sujets à se dessécher entièrement et à perdre ainsi toute vitalité ; d'un autre côté, leur substance féculente, dont l'état d'agrégation est sans doute peu avancé, se transforme très aisément en matière sucrée sous l'influence d'une légère humidité et de la moindre température (3-4** au-dessus de 0*), et détermine une germination anticipée. Si, pour éviter cet inconvénient, on les place sous l'eau, ils se trouvent exposés à fermenter dès que la température s'élève un peu, et comme ils ne disposent pas assez d'oxygène, cette fermentation n'en provoque pas la germination, mais engendre des produits acides noirâtres (acide humique) et la pourriture complète. Cet accident survient aussi dans les semis, lorsque les glands sont enterrés profondément, lorsque la terre est très compacte ou fortement humide, ou bien encore lorsque sa surface s'est tassée et durcie et a perdu toute perméabilité pour l'air. Il résulte de ces circonstances que les glands ne se conservent que difficilement et pas aunielà du printemps.

La germination est prompte et a lieu, pour peu que la température soit douce encore, à 1 automne même de la dissémination ; mais le plant n'a point habituellement le temps de se développer et bien des glands chez lesquels ce travail est commencé perdent leur vitalité par les froids rigoureux de l'hiver. Semés en automne et convenablement recouverts, ils germent au premier printemps ; semés en cette dernière saison, ils germent au bout de 4-5 semaines. La radicule apparaît la première sous forme d'un long pivot simple qui s'enfonce dans le sol ; 8 jours après seulement, la plumule se dégage et s'élève dans l'air en produisant immédiatement des feuilles alternes et caractéristiques ; quant aux cotylédons, ils sont hypogés, c'est-à-dire qu'a-

CUPULIFÈRES. 335

près s'être épuisés de toute leur substance alimentaire au pront de l'embryon, ils restent en terre et finissent par y pourrir. Le jeune plant a acquis à la fin de Tannée 1-2 décimètres de hauteur au plus.

Il n'est pas rare que, en raison de la basse température sous laquelle germent les glands, lisaient, à l'époque du semis, une radicule déjà plus ou moins saillante et souvent brisée, à cause de sa fragilité. De semblables glands ne doivent pas être rejetés ; ils produisent des plants qui, au lieu d'avoir un long et unique pivot, sont pourvus de racines latérales, d'un chevelu plus abondant, et offrent plus de facilités pour l'extraction et la transplantation.

On voit parfois un seul gland donner naissance à plusieurs radicules et à plusieurs plants distincts, jusqu'à 6. Ce fait n'a rien de surprenant, si l'on se rappelle que ce gland provient d'un ovaire à trois loçes biovulées et qu'il n'est monosperme que par suite d'avortements ; ceux-ci sont à la vérité assez constants, mais néanmoins ils peuvent ne pas se produire soit en partie, soit en totalité.

Les glands renferment beaucoup de fécule et sont souvent alimentaires ; cependant dans les contrées du Nord ils ont un goût d'une àpreté très prononcée et ne peuvent convenir qu'à la nourriture du bétail et surtout à l'engraissement des porcs ; dans le Midi, cette âpreté disparaît souvent et fait place à une saveur douce et agréable, analogue à celle de la châtaigne. L'on ne peut établir aucune distinction spécifique sur cette différence, qui se produit fréquemment sur des chênes de même espèce et parfois sur un pied unique. On peut en extraire de l'alcool, comme de toutes les matières amylacées ; on les emploie quelquefois torréfiés comme succédanés du café.

L'écorce offre deux types bien distincts. Dans Êcorce. l'un, le liber s'accroît activement pendant toute la vie, mais à un certain âge il se produit, dans ses feuillets extérieurs, des lames nombreuses de périderme qui déterminent la mort de tout ce qui se

336 CUPl'LIFÈRES.

trouve au-dessus d'elles et forment un rhytidome épais, noirâtre, plus ou moins profondément et largement gerçure, suivant les espèces. Dans l'autre, il se forme une couche subéreuse, périphérique, qui ne cesse de s'épaissir par la face interne et devient ce qui est connu sous le nom de liège ; Técorce primaire et le liber, qui se trouvent en dessous, restent vivants, mais sans s'accroître beaucoup et sans qu'il s'organise jamais de lames de périderme dans leur intérieur.

Tannin. Les chênes renferment abondamment, dans le

tissu cellulaire de la plupart de leurs or^nes, des substances astringentes dites tannins, qui dérivent de l'acide tannique, se combinent avec les peaux et les transforment en cuir. L'écorce active en est particulièrement pénétrée et fournit presque tout le tan que l'on emploie en France pour la préparation des cuirs.

Le tannin existe aussi dans les cupules en pro-

Sortion considérable, et quand celles-ci sont abonantes et volumineuses, comme c'est le cas dans un chêne de l'Orient, le chêne Vélani (Quercus ^gilops. Lin,), elles sont l'objet d'un commerce assez important sous le nom de Vélanèdes. Enfin, les excroissances ou galles si diverses et si nombreuses que produisent sur les divers organes des chênes les piqûres de plusieurs insectes du genre Cynips, sont également riches en ce principe ; telles sont particulièrement les noix de galles produites dans le Levant, sur les rameaux du Chêne à galles (Quercus infectoria. Lin,), par le Cynips de la noix des Teinturiers {Cynips gallœ tinctoriœ. Lin,) ,ei celles de la cupule du gland du chêne pédoncule, provoquées dans toute l'Europe orientale par le Cynips ae la cuj)ule [Cynips quercus-calycis. Rats.). Ces

CUPULIFÈRES. 337

valeur s'accroît en général à mesure que la latitude devient plus méridionale et que le d!éveloppement cortical se fait avec plus d'activité, ce qui se traduit par l'épaisseur considérable que peut atteindre l'écorce des vieux arbres. C'est pour ces motifs que les chênes à feuilles persistantes du Sud produisent un meilleur tan que les chênes à feuilles caduques du Nord ; que parmi les premiers le chêne liège est préféré, tandis que parmi les seconds le chêne tauzin et le chêne chevelu passent avant le chêne rouvre et le chêne pédoncule, lors même que les conditions de leur croissance se sont trouvées identiques sous tous les rapports. Des différences semblaoles se présentent dans les écorces d'une même espèce, suivant l'âge et les circonstances sous lesquelles les arbres se sont développés. Une végétation active, produisant une écorce épaisse et séveuse, lisse et argentée à la surface, en accroît la qualité; une exposition vivement et longtemps éclairée, favorise la production et la concentration du tannin ; l'âge ennn, en faisant passer les portions externes à l'état inerte, les prive de sève, par conséquent de matière astringente, et en amoindrit la valeur.

Les chiffres suivants donnent une idée générale de la teneur en tannin des écorces et de quelques autres organes des chênes :

L'écorce entière d'un vieux chêne (pédoncule) 6,3 p. 100 (Davy). Le rfajTtidome — — 4 —

Le liber actif — — 15 —

Le liber d'un jeune chêne — 16 —

La noix de galle — — 26 —

Il faut, d'après Hermbstaedt, pour tanner 0^50 de peau desséchée :

3'',27 de jeune écorce, 2^92 de fruits, 4^58 de feuilles.

absorbe de Foxygène, exhale de Tacide carbonique et se transforme en acide jçallique. Celui-ci peut bien encore produire des temtures noires quand on le met en contact avec des sels de fer, mais il ne s'unit plus à la gélatine et ne peut servir au tannage.

Le tannin de Fécorce du chêne [sujet à s'altérer est en outre] soluble, il est donc important de garantir les écorces de Thumidité et de les dessécher promptement.

L'écorce pulvérisée qui, sous le nom de tan, a servi au tannage, prend 1^ nom de tannée et s'emploie comme comoustible, sous forme de mottes. Elle est, en outre, recherchée des horticulteurs pour faire des couches dans lesquelles on place les

f)ots de fleurs ; la lente fermentation qui s'y déveoppe produit une douce chaleur, très favorable à la bonne venue des plantes délicates.

Bois. Le bois de chêne n'est au premier ran^ pour

aucune des propriétés qui distinguent la matière li-

fjneuse ; il n'est ni le plus lourd, ni le plus dur, ni e plus souple, ni même le plus nerveux des bois ; mais il réunit toutes ces qualités dans une telle mesure, il présente une telle durée employé à l'air ou dans l'eau, il peut acquérir de telles dimensions, qu'il est sans contredit le plus précieux de tous ceux que produisent nos forêts et que, parmi les essences exotiques, il en est bien peu qui l'égalent pour les usages auxquels on l'emploie. Il est par excellence le bois des constructions navales, hydrauliques, civiles et militaires ; il fournit aux usines les arbres de couche des moteurs et toutes les pièces des machines qui exigent de la force et de la durée ; il donne les meilleures traverses de chemins de fer, et c'est sa rareté et son haut prix qui lui font actuellement substituer d'autres essences qu'il est nécessaire d'injecter de matières préservatrices avant de les mettre en œuvre. Le charronnage et la menuiserie l'emploient à des usages nombreux, rais, parquets, meubles ; l'ébénisterie en tire un très boa

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parti sous forme de placage débité sur mailles, la tonnellerie en consomme une très grande quantité à l'état de merrain, l'agriculture en fabrique la plu-

Sart de ses instruments aratoires ; on en fait enfin es échalas, des lattes, des treillages, etc., etc.

A ces emplois variés correspondent des qualités diverses, subordonnées à l'espèce d'abord, puis aux conditions de sol, de climat, de massif ou d'isolement dans lesquelles les arbres se sont accrus.

Cette dernière circonstance est d'une grande influence. Le chêne qui a crû isolé ou sur taillis produit un bois plus lourd, plus dur, plus nerveux que celui des futaies en massif, dont la fibre est en revanche plus droite et plus régulière. Aux constructions maritimes conviendra surtout le premier, tandis que le second sera plutôt un bois de travail et de fente.

L'épaisseur des couches annuelles, par cela même qu'elle est l'expression des circonstances sous lesquelles les chênes se développent, permet jusqu'à un certain degré d'apprécier la valeur et l'emploi de leur bois. La zone poreuse, en effet, ne manque jamais dans les bois des espèces importantes, et, quelle que soit la largeur des accroissements, elle varie peu en épaisseur. La zone externe, essentiellement formée de tissus serrés, fortement lignifiés, est au contraire extrêmement variable : nulle ou à peu près dans les bois de végétation très lente, elle se développe largement et devient dominante dans ceux qui s'accroissent avec rapidité. Les bois à couches minces sont donc relativement légers, tendres (gras) et poreux, tandis que ceux dont les accroissements annuels sont épais deviennent lourds, durs et nerveux.

Il faut se garder, toutefois, d'exagérer ce principe et de ne juger la valeur d'un chêne que par le mode de véffétation ; un bois de taillis de provenance méridionale peut, malgré de faibles accroissements, posséder une densité supérieure à celle d'un bois du Nord, de rapide végétation, surtout si celui-ci a

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été élevé en massif. En toute rigueur, ce principe n'est vrai que pour le bois des diverses régions d'un ^ môme arbre.

Le bois parfait a seul les excellentes qualités qui viennent d'être énumérées ; l'aubier, dont les larges rayons et l'abondant parenchyme ligneux sont remplis de matières féculentes ou sucrées, suivant la saison, est au contraire rapidement attaqué par la vermoulure dans les lieux secs, par la pourriture et les champignons dans les lieux humides ; il doit toujours être rejeté. Pour aucune essence cette différence n'est aussi prononcée que dans les chênes.

Le bois de chêne a une puissance calorifique élevée, qui s'accroît naturellement avec la densité ; mais sa valeur vénale ne lui est pas partout proportionnelle, parce que souvent le mode de comoustion offre, pour quelques espèces (chêne rouvre et chêne

Sédonculé), certains inconvénients, tels que ceux 'éclater, d'exiger un tirage actif, de produire une braise qui noircit aisément. [Il y a toutefois, sous ce rapport, des différences de qualité assez sensibles entre bois de même espèce suivant les régions oui les ont produits]. Cette valeur se relève pour les charbons, qui sont tous de bonne qualité.

[Le bois des chênes renferme du tannin ; cette substance est plus abondante dans le bois parfait

Sue dans l'aubier ; elle s'extrait en grand du bois es chênes rouvre et pédoncule, sous forme de jus pour être employée dans la tannerie.] Ennemis. Les chênes sont peut-être, parmi les végétaux

indigènes, ceux qui nourrissent le plus d'insectes ; il est rare toutefois qu'ils succombent sous leurs atteintes, qui prennent rarement un caractère contagieux.

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