CHER
Feuilles lancéolées, plus larges au delà du milieu, assez brusquement acuminées, fermes, vertes en dessus, plus ou
464 SALICINÉES.
moins glauques en dessous, dentées dans leur partie supérieure; stipules cordiformes, persistantes. Chatons subsessiles, munis de quelques petites feuilles, à écailles poilues, brunes au sommet ; nlets des étamines plus ou moins soudés à la base ; anthères rougeâtres ; capsules ovoïdes-coniques, tomenteuses ou soyeuses, courtement pédicellées, à style nul ou court ; stigmates dressés, entiers ou échancrés. — Arbrisseau très variable, provenant du croisement du saule pourpre avec les saules de la section des marceaux, dont les formes sont très difficiles à distinguer et à caractériser. Les suivantes ont été rencontrées en France.
Var. a. S. cinerea x S. purpurea. Ardennes, au bord de la Meuse f, Puy de Dôme (Billiet).
Var. p. de Grenier, S. Pontederana, a. grenierana. Ànders, S. wimmeriana. Grenier. S. caprea-purpurea, Wimmer, Feuilles adultes fermes, vertes, glabres et luisantes en dessus, glauques, un peu pubescentes et visiblement réticulées en dessous, lisses et légèrement tomenteuses sur les deux faces dans la jeunesse. Chatons mâles ovoïdes, dont les étamines sont soudées par les Olets à l'extrême base seulement. Chatons femelles épais, cylindriques, à capsules soyeuses, courtement pNédicellées ; style presque nul et stigmates courts, épais, entiers, rapprochés. Hybride du saule Marceau et du saule pourpre. Très rare ; Doubs à Montbéliard ; Savoie ; Puy-de-Dôme (Billiet). Flor., mars-avril.
[Cet hybride est fréquemment planté sur les craies de la Champagne ; on l'y exploite en taillis à très courte révolution et il y est connu sous le nom de Vordre à liens].
Vaf. Y- ^' pedicellata x S. purpurea. Corse, Calvi f. 2* DIVISION.
SAULES TORULEUX, LATIFOLIÉS, RÉTICULÉS.
Jeunes pousses non effilées, peu allongées, toruleuses, ne pouvant servir d*osiers ; feuilles au plus 3-4 fois aussi longues que larges, finement ridées-sillonnées en dessus, réticulées en dessous par la saillie des nervures. 2 étamines libres, à anthères jaunes; capsules longuement pédicellées. — Petits arbres ou arbrisseaux rameux, de régions diverses.
Section VII. — Marceaux.
Saules latifoliés, à rameaux tortueux ; feuilles larges, fortement réticulées, généralement tomenteuses ou soyeuses en dessous, très souvent sillonnées et crépues en
SALÎCINÉES. 465
dessus, ondulées-crispées ou crénelées sur les bords ; pétales non glanduleux. Chatons latéraux, sessiles, précédant ordinairement les feuilles ; les femelles légèrement pédoncules et munis de petites feuilles à la base. Ecailles discolores, noires à Textrémité, persistantes ; 1 nectaire, 2 étamines libres; anthères jaunes; capsules longuement pédicellées, à style court. — Arbres peu élevés ou arbrisseaux de taille grande ou moyenne, à écorce lisse ou seulement gerçurée au pied à un âge avancé. Forêts, prés, bords des eaux et marécages des plaines et des montagnes.
§ I. Feuilles fortement réticulées, grises-tomenteuses ou finalement glauques et m^tes en dessous ; styles presque nuls.
lO. Saule Marceau. Saux Caprea. Lin. Marsault. Marsaule.
Feuilles ovales, elliptiques ou légèrement obovales, 2 fois aussi longues que larges, quelquefois un peu cordiformes à la base, acuminées au sommet, à pointe oblique et souvent ployée en gouttière ; plus ou moins velues-soyeuses à l'origine, finalement vertes, glabres, presque lisses 'et un peu luisantes en dessus; toujours glauques, blanches ou grises-tomenteuses en dessous, avec les nervures^ les veines et les veinules saillantes, rendant la surface réticulée ; bords entiers ou irrégulièrement ondulés ou crénelés ; stipules rares, obliques, réniformes, dentées. Jeunes rameaux glabres, luisants ou un peu pubescents au sommet, arrondis ; bourgeons glabres. Chatons sessiles, non feuilles à la base, gros, à écailles longuement barbues ; les mâles, ovoïdes et fournis ; les femelles, ovoïdesoblongs, à capsules ovoïdes-conifjues très allongées, tomenteuses, portées par un long pédicelle qui égale 5-6 fois la glande ; style très court ; stigmates ovoïdes, bifides. — Arbrisseau et arbre à branches étalées, peu nombreuses et à jeunes pousses arrondies, atteignant 10-12 mètres de hauteur sur 1 mètre de circonférence, à écorce gris-verdâtre, lisse d'abord, puis crevassée en losanges, superficiellement gerçurée-réticulée ensuite. Très commun dans le Nord, l'Est, et le Centre, devient rare ou très rare dans l'Ouest, sauf la plus grande partie de la Normandie {Corbière). Manque dans la région méditerranéenne, mais se rencontre dans les Alpes méridionales, où il atteint environ 1,800 mètres dans le bassin du Var {E. Buniat). Flor., mars-avril. Fructif., mai.
466 SALICINÉES.
collines, mais il pénètre aussi dans les montagnes Sol. sans dépasser l'altitude de 1,500 à 1,800 mètres. Il croit sur tous les sols, frais, humides, marécageux et même tourbeux, tout comme sur ceux qui sont secs et pierreux ; on le voit s'établir dans les fentes des rochers, sur les ruines, sur les déblais des carrières. Imporunce. L'abondance de ce saule en fait, de tout le genre, l'espèce forestière la plus importante, bien qu'il ne soit pas celle qui atteigne les plus fortes dimensions. Il constitue avec le tremble la majeure partie de ces bois blancs auxquels on fait la guerre par les nettoiements et par les éclaircies. Toutefois le Marceau a le couvert peu épais et en beaucoup de cas il sert à compléter les jeunes peuplements en poussant en hauteur les essences plus précieuses auxquelles il est mélangé.
Reproduciion. Le saule Marceau se reproduit abondamment par la graine ; il repousse vigoureusement de souche et peut être propagé par boutures et par plançons ; cependant il est moins apte que ses congénères à ce dernier mode de multiplication. Sa longévité se soutient jusqu'à 50 ans et au delà.
Bois. Le bois est rougeâtre clair ou jaunâtre dans l'au-
bier ; il devient insensiblement rouge-vineux au cœur; il est plus lourd et plus dur que celui d'aucun autre saule indigène et pèse, suivant les lieux, 0,428 à 0,725, à l'état de complète dessiccation à l'air [ColL Èc. For.), Il résiste assez longtemps à l'altération et fournit, pour ce motif, des échalas et des perches à houblon estimés.
Il est susceptible de se fendre en longues et minces lanières qui produisent de la sparterie, commune mais durable ; il brûle bien, rapidement, avec une flamme claire, en dégageant beaucoup de chaleur ascendante. D'après Th. Hartig, du saule Marceau de 50 ans comparé à du hêtre de 80 ans a donné les résultats suivants, pour des volumes égaux à l'état vert, puis desséchés à l'air :
Plus haut degré de chaleur 91 : 100
Durée de la combustion 45 : 100
Eau vaporisée 78 : 100
SALICINÉES.
Produits accessoires.
L'écorce du saule Marceau contient du tannin en assez forte proportion, 7 p. 100 environ ; dans les régions du nord-est de rEurope, où cessent de croître les chênes, elle fournit la majeure partie du tan employé à la préparation des cuirs. Le liber en est utilisé comme celui du tilleul.
1 1 . Saule à oreillettes. Salix aurita. Lin.
Feuilles plus molles et plus petites que celles du saule Marceau, obovales ou allougées-obovales, 2 fois environ aussi longues que larçes, cunéiformes à la base, très brièvement acuminées, à pointe fine, pliée en gouttière, quelquefois arrondies au sommet ; bords un peu enroulés, irrégulièrement ondulésdentés ou presque entiers ; dessus pubescent, d'un vert-grisâtre mat, ondulé-crépu ; dessous glauque et gris-tomenteux, fortement réticulé. Stipules réniformes ou semi-cordiformes, assez grandes et persistantes sur les pousses vigoureuses (le nom de ce saule repose sur ce caractère, auquel il ne faut pas attacher trop d'importance, puisqu'il se retrouve chez beaucoup d'autres). Chatons sessiles, non ou légèrement feuilles à la base, petits, à écailles barbues ; les mules, ovoïdes ; les femelles, allongés , ordinairement lâches ; capsules ovoïdesconiques, allongées, tomenteuses, portées par un çédicelle qui égale 3-5 fois la glande ; stigmates presque sessiles, courts, ovales, entiers ou très faiblement échancrés. — Arbrisseau très diffus et étalé, peu élevé, de 1-2 mètres habituellement, rarement 3 mètres, à rameaux longitudinalement sillonnés et relevés de côtes arrondies, grêles, glabres, d'un brun-rouge, couverts d'une pubescence caduque à leurs extrémités ; bourgeons glabres. Très commun dans les forêts et dans tous les lieux à sol humide, marécageux ou tourbeux, quelle qu'en soit la composition minérale; toute la France, très rare dans le Sud-Est. Corse f . Flor., mars-avril. Fructif., mai.
Ce saule, diminutif du Marceau, mais à feuilles Aire et station, plus crépues et plus réticulées, est répandu dans presque toute TEurope, si ce n'est dans les régions extrêmes du nord et du sud ; il caractérise les marécages et les lieux tourbeux des plaines et des montagnes jusqu'à l'altitude d'environ 1,500 mètres. Abon(£nt dans certaines forêts, où il forme parfois des fourrés bas et épais, il n'y présente aucun intérêt, en raison de ses faibles dimensions, qui ne le rendent propre qu'à faire des bourrées de peu de valeur.