II. il
ii,H^
A part quelques contradictions, inévitables en semblable matière, les chiffres qui précèdent établissent nettement que :
lo Le nombre des couches d'aubier s'accroît avec Vâqe. Il est donc inexact d'affirmer qu'en même temps qu'il se forme une nouvelle couche d'aubier, la plus ancienne se transforme en bois oarfait ; c'est une portion de la plus ancienne qu'il faudrait dire.
2" L'épaisseur totale de l'aubier décroît avec Vâqe. Il faut
ABIÉTtNÉ£S.
Laricio
DE CaLABRE.
Taille. Port.
Laricio d'Autriche.
Taille. Porl.
pour résister à semblable mutilation. Il a fourni des produits, essence de térébenthine, résine et goudron, de bonne qualité, mais insuffisants; le revenu moyen annuel par pied d'arbre ne s'est pas élevé au-dessus de 0^()6 et les concessionnaires ont sollicité et obtenu la résiliation de leur onéreux marché.
Le résultat forestier a été plus fâcheux encore ; le bois des pins gemmés à mort avant leur abatage s'est, comme on pouvait le prévoir, imprégné de plus de résine encore que de coutume ; ses défauts se sont exagérés; il est devenu plus lourd, plus fragile, plus difficile à débiter. A ces inconvénients, s'est aiouté, pour les arbres gemmés à vie, un amoindrissement considérable de leur végétation, de leur longévité, et l'impossibilité d'atteindre les belles dimensions qui donnent à cette essence la plus grande partie de sa valeur. [En outre les quarres de gommages ont très fréquemment donné entrée à un champignon de la famille des Polyporées dont le mycélium s est attaqué au bois et de ce chef beaucoup de très beaux arbres ont perdu une très notable partie de leur valeur. C'est même le plus gros dommage résultant, dans certaines forêts de la Corse, de ces tentatives de gommage.]
Le pin Laricio de Calabre est remarquable par la beauté de son port, Texiguité et la régularité de ses branches, la forme étroite, allongée, aiguô de sa cime. Il est originaire des montagnes de la Calabre et a été introduit en France vers 1820. Il est devenu commun dans les cultures, mais Ton ne sait rien sur sa valeur forestière.
Le pin Laricio d'Autriche ou pin noir a tous les caractères botaniques [principaux] du pin Laricio
})roprement dit ; il se distingue néanmoms [par ses euules épaisses d'un vert très foncé] et par un tout autre port [pendant la jeunesse] . C'est un grand arbre, pouvant atteindre 30-35 mètres de hauteur, sur 3-4 mètres de circonférence, mais qui reste souvent au-dessous de ces dimensions. La tige en est droite;
ABIET1NKE8.
la cime, ample et touflfue, ovoïde-pyramidale dans la jeunesse, étalée à un âge avancé [et constituée comme chez le laricio de Corse] ; elle fournit, relativement à la tige, une masse de bois bien plus considérable que celle du pin sylvestre ou de toute autre variété de Larico: 8,24 p. 100 en moyenne.
L'enracinement est composé de racines latérales Enracinement vigoureuses, allongées, qui, pénétrant entre les pierrailles et dans les fissures des roches, souvent à de très grandes distances du pied des arbres, leur donnent une assiette très solide et leur permettent de résister à Tefifort des vents les plus violents. Quant au pivot, toujours grêle, il s'oblitère dès les premières années.
Le feuillage, très touffu, d'un vert très sombre, Couvert, droit et rigide, peut persister 5-6 ans [mais généralement il ne dépasse pas quatre ans et souvent sur les mauvais sols n'atteint pas cet âge même pendant la jeunesse] ; il produit, joint à la ramification serrée, un couvert épais et donne au sol beaucoup de détritus. Avec un tempérament robuste, le pin Tempérament. d'Autriche supporte cependant mieux le couvert qu'aucun de ses congénères ; les massifs d'un certain âge ont néanmoins besoin d'être assez largement ôclaircis, en raison de l'ampleur que doit prendre la cime des arbres. Le plant dominé peut reprendre une belle végétation s'il est découvert à temps.
L'écorce est d'un brun-noirâtre, profondément Écorce. gerçurée-écailleuse et très épaisse jusque dans les parties les plus élevées de l*arbre ; son volume est à celui du bois de tige comme 17,6 : 100 (Hœss.).
La fécondité du pin d'Autriche est précoce et Fructification, survient à 30 ans ; les années de semences se succèdent à des intervalles de 2-3 ans. Les cônes sont plus gros et plus longs gue ceux des autres variétés du Laricio (1) ; les graines sont exactement semblables
(1) [Cette assertion me semble fort contestable ; tout au plus pourrait-on dire que dans nos cultures sur de jeunes ar*
()04 ABIÉTINKES.
à celles de ces dernières et généralement de bonne qualité ; le kilogramme en contient 48,000 ; le litre 25,000.
Germination. La germination est prompte et se produit au bout de 15 jours, lorsque les circonstances sont favorables. Le jeune plant a, dès Torigine, une végétation vigoureuse et se soustrait ainsi rapidement à l'action nuisible du gazonnement.
Siaiion et sol. Le pin d'Autriche est originaire des parties montagneuses de la basse Autriche, de la Sty rie, de h Carinthie, etc., d'où il descend dans la région des collines et même dans la plaine, occupant une zone qui s'étend de 280 mètres à 1,000 mètres d'altitude et en quelques points à 1,300 mètres. Très rustique et très frugal, il réussit dans les lieux les plus secs, pierreux et même rocheux, principalement sur les sols calcaires ou dolomitiques, pour lesquels il est mieux approprié que tout autre pin, en raison de son couvert épais et de ses détritus abondants. IJ peut rendre et rend en France, où il est parfaitement naturalisé depuis 1834, de grands services pour le reboisement des sols de cette nature. Son emploi sur les terrains sablonneux n'y a jamais donné de bons résultats.
Bois. Le bois est semblable à celui du laricio de Coree.
mais en raison de sa plus rapide végétation, il est formé d'accroissements plus larges et présente un tissu moins serré et moins fin. Il est plus dur, plus lourd, plus résineux que le pin sylvestre et conséquemment il est plus durable, d'une valeur calorifique supérieure ; la fibre en est par contre moins élastique et plus cassante. Les canaux résinifères rayonnants y sont très petits, moitié moindres que ceux du pin sylvestre ; en revanche les longitudinaux sont plus nombreux et plus apparents-
Il pèse en moyenne : vert, 0,90 ; desséché à l'air, 0,738; complètement sec, 0,572. (T. HcuHig)
ABIÊTIXÉES. 605
Il ne faut pas demander au pin d'Autriche des pièces de dimensions aussi considérables et de forme aussi régulière qu'au laricio de Corse ; il fournit néanmoins beaucoup de menues charpentes, du bois de travail et, en raison de sa rapide croissance et de sa puissante ramification, une forte proportion de bois de feu.
On résine le pin Laricio d'Autriche en quelques Gemmagc. contrées, dans le Wienerwald, par exemple, aux environs de Vienne. On pratique pour cela, au pied de Tarbre à gemmer, une entaille qui embrasse à peu près les deux tiers de sa circonférence et entame l'écorce dans toute son épaisseur, sans pénétrer dans le corps ligneux, qui n'est que dénudé. La térébenthine qui suinte de cette large quarre est recueillie dans une cavité ouverte à la hache au milieu du bois, vers la base ; on a soin d'y verser de l'eau, qui recouvre la gemme et en arrête l'évaporation. La quarre est rafraîchie de temps à autre et, en conservant à peu près la même largeur, parvient en 18 à 20 ans à une hauteur de 7-8 mètres au-dessus du sol. Afin de diminuer l'évaporation qui se produirait si la gemme s'écoulait librement sur toute la surface de la quarre, on la concentre dans un courant médian à l'aide de guides ou lastet fixées dans des entailles du bois et disposées en forme de V superposés dont les branches embrassent toute la largeur dénudée et sont ouvertes à la pointe inférieure.
La quarre ne se recouvre pas ou ne se recouvre que très imparfaitement sur les bords; lorsqu'au bout d'une vinj^taine d'années elle est parvenue aux • branches principales, l'arbre, dont le feuillage s'est notablement amaigri, dont la production ligneuse s'est proportionnellement amoindrie, est abandonné à l'exploitation. Il a été gemmé d'une façon intensive, sans nul souci de le ménager ; il a été gemmé à mort.
Un pin gemmé de 110 ans, cubant environ 1 mètre, subit par ce procédé une perte d'accroissement re-
60(> ABIÉTINÉES.
présenté en argent par 2 fr. 60 ; il a produit de la gemme pour 5 fr. 50, tous frais payés ; l'opération a donc donné un bénéfice de 2 fr. 90 par arbre. Ce résultat est faible, comparé à ceux que fournissent les pins maritimes dans les Landes. La térébenthine du pin Laricio d'Autriche est analogue à celle du pin maritime, mais elle est beaucoup moins abondante ; elle se compose de 77 parties de résine et 23 parties d'essence.
Usages L'abondance des détritus du pin Laricio d'Au-
accessoires. trichc, particulièrement dans la jeunesse, et la rapidité avec laquelle ils se transforment en terreau et en humus, en raison de leur consistance charnue et de la fraîcheur qu'un couvert épais maintient sur le sol, le rendent très digne d'intérêt au point de vu agricole. Exploitée à courte révolution, 20 ans, non seulement une pineraie de cette espèce rapporte un volume de bois de feu considérable, mais elle devient une source permanente d'un bon engrais, soit qu'on l'enlève pour l'appliquer directement aux terres arables, soit qu'on le laisse s'accumuler et fertiliser le sol, qui, au moyen de ce système d'assolement, devient pendant quelques années propre à la culture agricole, sans qu'il soit besoin d'engrais étrangers.
Le puissant enracinement, la cime ample et touffue
du pui Laricio d'Autriche le rendent enfin très
propre à la création de rideaux d'abri contre les
vents.
Laricio des Cc Laricio forme au pied des Cévennes, dans
^;KyENNKs THérault, le Gard et l'Ardèche, entre 200 et 550
Taille. Port, uiè^^j-çj.^ quclciues forêts d'une étendue totale de
900 hectares [M. Calas, garde général des forêts, en
a signalé récemment un petit massif de 120 hectares
dans les Pyrénées-Orientales, à Confolens] ; il croît
sur des sols généralement peu profonds du calcain*
corallien ou du grès houiller, y contracte une forme
tortueuse, étalée, et n'y parvient qu'à 6-10 mètrff
de hauteur, en restant souvent branchu dès la Tkiso.
Il s'élance néanmoins dès que le sol devient frais et
ABIÉTINÉES. 607
profond ; il reprend alors la cime pyramidale-aiguê du Laricio de Corse.
Le Laricio des Pyrénées (1) est un grand arbre Laiucio des élancé, qui forme des massifs assez étendus sur le Pyrénées. versant espagnol de la chaîne, qui est rare et dissiminé sur le versant français ; il se distingue par ses feuilles peu épaisses, d'un vert assez clair, disposées en plumets le long et à Textrémité des jeunes pousses. Sous tous les autres rapports, il ne s'écarte pas du pin Laricio, dont il a les cônes sessiles, testacés, luisants, le rhytidome avec les lames péridermiqucs d'un gris-argenté, le tempérament qui lui permet de végéter sous le climat de Nancy aussi vigoureusement que le pin Laricio d'Autriche.
On a décrit sous le nom de pin des Pyrénées (Pinus pyrenaïca, Carr.) et de pin d'Espagne {Pinus hispantca, Cook) un pin, différent du précédent, dont les cônes ont la plus grande analogie avec ceux du pin d'Alep, par la forme, la couleur, le gros et long pédoncule qui les supporte. Si ce pin n'est point le pin d'Alep lui-môme, et s'il forme une espèce distincte, je crois pouvoir aiBBnner qu'il ne se rencontre à l'état spontané, ni dans les Pyrénées françaises, ni dans le département du Gers, où il a été indique abondant par Carrière. Il n'appartient point, en conséquence, à la flore forestière de France.
4. Pin d'Alep. Pinits halepensis. Mnx. Pin de Jérusalem; Pin blanc (en Provence).
Feuilles géminées, longues de 5-10 centimètres, à gatne courte ; lâches ou. dressées en pinceaux au sommet des ra-
(1) [Cet arbre mérite à peine d'être distingué du pin Laricio des Cévennes, comme l'a fait observer M. H.-L. de Vilmorin. (Bull, de la Soc, bot., 1895.) J'ai pu le constater sur des échantillons des Barres ; les arbres qui les ont fournis proviennent
ABIÉTINÉES.
Port. Taille.
Feuilles.
Ëcorce.
meaux ; 1res étroites, molles, aiguës, d'un vert clair. Chatons mâles roussûti'es, oblongs, longs d'environ 6-7 millimèti-es, peu serrés ; chatons femelles pédoncules, de 10 millimètres de long, violacés. Cônes solitaires ou verticillés, portés sur un pédoncule épais, constamment réfléchis, oblongs-coniques, aigus^ d'un rouge-brun luisant, longs de 8-12 centimètres; écailles à écusson rhomboïdal, presque plan, finement et faiblement caréné en travers, muni au centre d'un ombilic généralement obtus ; quelquefois mats et couverts de fines stries rayonnantes. Graines de 7 millimètres, grises d'un côté, d'un gris-noir mat, finement marbré de noir profond de l'autre ; ailes 4 fois aussi longues qu'elles, dilatées d'un côté, puis à bords droits, parallèles, 3 fois aussi longues que larges, roassàtres, légèrement rayées de brun. — Arbre de 15-20 mètres au plus, à tige souvent flexueuse et à cime arrondie ou comme écrasée au sommet, composée de branches étalées et de rameaux et ramules grêles, allongés, diffus; bourgeons non visqueux. Plaines et collines calcaires de la région méditerranéenne : France, où il ne dépasse pas, à l'état spontané, du côté de l'ouest les envh'ons de Sommières (Gard), et Algérie.
Le pin d'Alep reste jusqu'à Tâge de 10 à 12 ans, branchu et feuille dès la base ; la cime en est alors conique, Taccroissement rapide; vers 20 ans, il iforme un arbre à tige grêle, flexueuse, dont la végétation se ralentit, la cime s'étale largement ; il prend alors le port caractéristique précédemment décrit. Il peut atteindre, en France, 20 mètres de hauteur sur 3™, 50 de circonférence, mais ces dimensions sont exceptionnelles et généralement [à raison de la médiocrité des sols sur lesquels il croît], à 50 ans, il ne dépasse pasl2 mètres de haut sur 1 mètre de tour.
Il n'est pas rare de rencontrer des aiguilles ternées, quaternées, ou même quinées dans la même gaine. La feuille, très grêle, persiste 2 ans seulement, 3 ans au plus; aussi le couvert est-il très léger.
L'écorce est d'un gris-argenté, lisse et brillante dans les premières années ; plus tard, elle forme un rhytidome épais, gerçure, largement écailleux, d'un rouge-brun, dans lequel les lames du périderme sont étendues, minces et à peine plus foncées que les écailles libériennes, parmi lesquelles elles s'interposent. Elle contient une notable quantité de
ABIETJNEES.
tannin. En Provence on Tenlève avec soin au moment de l'exploitation des arbres, on la réduit au moulin en une poudre d'un rouge-ocreux, qui vaut sur les lieux de production 7 fr. 50 les 100 kilogr. Cette poudre sert, mélangée au tan du chêne kermès, à la préparation des peaux ; elle sert de plus à produire à chaud une solution dans laquelle les pêcheurs trempent leurs filets tous les 15 jours pour en assurer la conservation.
La fructification est précoce et abondante, mais Fructification, les graines sont vaines au début ; ce n'est que vers 18-20 ans qu'elles sont embryonnées et de bonne qualité. Les cônes se récoltent en mai de la troisième année et s'ouvrent par une simple exposition à la chaleur solaire pendant 4-5 jours. 100 kilogr. de cônes produisent 5 kilogr. de graines ailées. [Ils persistent à peu près indémiiment sur l'arbre après avoir laissé échapper leurs graines.]
L'enracinement est pivotant et en môme temps Enracinement largement développé ; il reste parfois superficiel, au détriment de la bonne végétation de l'arbre.
Le pin d'Alep est une essence exclusivement mé- Aire et station, diterranéenne, dont l'aire s'étend dans la direction ouest-est, du Portugal au Taurus, en Asie-Mineure, et, dans celle nord-sud, de la Provence et de la Dalmatie septentrionale à l'Algérie et à l'Egypte, embrassant bO degrés de longitude et 14 degrés de latitude. [En France, il est largement représenté et forme de vastes forêts dans la partie orientale de la ré|?ion des oliviers du pied des Alpes jusqu'à Sommières (Grard) ; au delà de cette dernière limite dans cette môme région il n'est plus qu'introduit et croit d'autant plus mal qu'on s'avance davantage vers l'ouest.] Du littoral il s'élève sur les montagnes qui le bordent jusqu'à l'altitude de [800 mètres] environ.
610 ABIKTINÉES.
des calcaires jurassiques ou crétacés, à toutes les expositions, même à celles du plein midi, là où toute autre essence refuserait de croître. Il demande de la lumière, une chaleur élevée, soutenue et ne supporte pas le climat de la France septentrionale.
Bois. Le bois est blanc, irrégulièrement fauve-clair au
cœur, couleur qu'il doit moins à une lignification véritable et complète qu'à une infiltration de résine
3ui, en certains points, s'épanche en telle abonance qu'elle le transforme en bois gras, translucide, a'uneduretéetd'unepesanteurremarquables. Ce défaut déprécie la valeur du pin d'Alep pour le sciage, mais il en augmente notablement la puissance calorifique. Les canaux résinifères en sont gros et bien apparents, assez espacés.
C'est en somme un bois de médiocre qualité, employé néanmoins dans la menue charpente, dans les constructions comme pilotis, traverses de chemins de fer, dans la menuiserie commune ; il sert aussi au bordaçe des bateaux, mais son usage principal est la confection de caisses et de tonneaux destinés à l'expédition des marchandises solides. Il fournit un combustible qui flambe bien, recherché dans les usines. Sa densité va de 0,532-0,866 {CoU. Ec. For.).
Résiiiage. On résinait autrefois le pin d'Alep dans la Provence comme on résine le pin maritime sur le littoral du golfe de Gascogne, et on en obtenait des produits identiques, quoique moins abondants- Le résinage est de plus en plus tombé en désuétude et ne se pratique plus guère que dans quelques forêts des Bouches-du-Rhône, où l'on voit encore surler (gemmer) les pins.
5. Pin maritime. Pinus Pinaster. Soland. P, maritinuL Lam. Pin de Bordeaux ! Pin des Landes : Pin du Maine : Pin
ÂBIBTINEES.
petits, à bractées non saillantes, d'un rouge-violet. Cônes presque sessiles, souvent verticillés, réfléchis, oblongs-coniques et aigus, longs de 12-18 centimètres, d'un roux vif et luisant ; écailles à écusson rhomboTdal, prolongé en pyramide étalée, transversalement carénée et presque tranchante, surmontée d'une protubérance centrale d'un gris mat. Graine assez grosse, longue de 8-10 millimètres, déprimée, d'un noir luisant uniforme sur une face, d'un gris mat finement marbré de noir sur l'autre ; aile 4 fois aussi longue qu'elle, dont un des bords est droit et l'autre assez régulièrement convexe, de sorte que la plus grande largeur, à peu près égale au tiers de la longueur, tombe vers le milieu ; d'un roux-brunâtre clair, longitudinalement rubanée de violacé. Embryon 8-cotyIédoné. — Arbre élevé, de port variable suivant le traitement auquel il est soumis. Commun dans les landes et dans les dunes de l'Ouest, où il forme des forêts appelées Pignadas ; se retrouve abondamment en Provence, en Languedoc, en Corse; il est rare en Algérie. Flor., avril-mai. Fructif., automne de la seconde année. Dissém., printemps suivant.
Le pin maritime est un arbre de grande taille et Taille. Port, de végétation rapide, longtemps soutenue, qui peut à 100 ans atteindre 3'",80 de circonférence (Corse, sol granitique, altitude 720 mètres) ; il parvient à de plus grandes dimensions encore à la faveur de sa longévité plusieurs fois séculaire et arrive à 30 mètres de haut sur 4-5 mètres, et môme plus, de tour. Il faut toutefois reconnaître que le résinage, auquel il est habituellement soumis, l'amoindrit le plus souvent dans ses dimensions, le déforme et en fait un arbre tortueux, grêle, à cime irrégulièro, étalée.
L'écorce, analogue à celle du pin sylvestre, est Écopce. plus épaisse, plus profondément gerçurée, plus largement écailieuse; elle est d un rouge-violacé sombre, composée de lames péridermiques très étendues en périphérie comme en longueur, de couleur plus foncée que celles des zones en lesquelles elles subdivisent le liber.
Les racines sont très développées, pivotantes et Enracinement, traçantes à la fois. Cette disposition, jointe à une croissance très rapide dans la jeunesse et au peu d'exigence de l'essence à l'égard du sol, a fait choisir avec succès le pin maritime pour fixer les sables mouvants des dunes, pour boiser ceux des Landes.
AHUrriXEES.
On a vu quelquefois des souches de pin maritime s'accroître après l'exploitation de Tarbre et Ton a constaté, comme pour le sapin, Qu'elles se trouvaient soudées par les racines avec celles de pins réservés dans le voisinage.
Fructiiicaiion. La fructification est très précoce ; dans les sables des dunes, elle apparaît quelquefois à 15 ans; mais alors les grames sont souvent vaines. Elle devient très abondante et presque continue à Tâge moyen.
La transformation des bourgeons à feuilles en inflorescences femelles et plus tard en cônes, est plus fréquente chez le pin maritime que chez tout autre ; elle produit des agglomérations de fruits très remarquables. On en compte quelquefois 40-100 sur une même pousse, dont la plupart parviennent à un entier développement, autant du moins que l'espace le leur permet.
Graine. La graine est très généralement de bonne qualité,
abondante chaque année ; elle conserve sa faculté germinative 3-4 ans, lève au bout de 15 jours environ après le semis de printemps et produit des plants roDustes, pourvus de 8 feuilles cotylédonaires, qui s'accroissent rapidement en plein soleil, sans exiger d'abri. Le kilogramme de graines désailées en contient 22,000 ; il en faut 13,300 pour un litre.
Aire et station. Le pin maritime occupe une aire à peu près semblable à celle du pin d'Alep, plus restreinte toutefois [et plus occioentale] ; elle s'étend de louest à l'est, du Portugal à la Grèce, sur une distance de 30 degrés de longitude ; du nord au sud elle va de la Dalmatie et des montagnes des Maures et de l'Esterel jusqu'en Sicile et même en Algérie, sur une longueur de 10 degrés de latitude.
Dans cet espace, le pin maritime occupe des stations essentiellement littorales ou insulaires, s'écartant peu des bords de la mer, s'élevant néanmoins assez haut dans les montagnes dont elle baigne le pied, à 1,000 mètres en Corse, à 1,300 mètres dans
ABIKTINÉES. 613
celles du royaume de Grenade. Le maximum de production est à Touest de Taire d'habitation ; de ce côté le pin maritime forme à lui seul des forêts étendues (Pignadas, en Gascogne) et y devient un arbre de première dimension ; il décroît en taille et en nombre vers Test où il n'est plus qu'à l'état de dissémination, subordonné à d'autres essences, et de proportions beaucoup plus faibles. C'est une distribution absolument inverse de celle du pin d'Alep.
Le pin maritime est à peine représenté en Algérie ; il est commun en Corse; il se retrouve sur le littoral de la Méditerranée, dans les montagnes des Maures et de l'Esterel, dans les Albères, tout le long et au pied des Pyrénées ; mais c'est dans le Sud-Ouest qu'il est le plus développé : dans les Landes, qu'il recouvre en plus grande partie, qu'il a enrichies et complètement transformées, puis dans les dunes du littoral depuis Bayonne jusqu'aux Sables-d'Olonile, qu'il a boisées et fixées. La culture a beaucoup agrandi son aire naturelle ; on le rencontre maintenant jusqu'au 49® degré de latitude, en Bretagne, dans le Maine, jusqu'au Mans ; il a été employé dans le Centre avec succès, concurremment avec le pin sylvestre, à la transformation de la Sologne.
C'est une essence essentiellement silicicole, que Sol. repoussent les terrains calcaires, sur lesquels elle reste chétive, avec un feuillage d'un vert-jaune, et succombe prématurément. Une trop forte absorption de chaux, une diminution proportionnelle de la
Sotasse et du fer, dont le végétal ne peut se passer, onnent la clef de cette répulsion {mM. Fliche et Grandeau). A part cette exigence, le pin croît sur tous les sols et, s'il préfère ceux qui sont meubles, profonds et frais, il réussit aussi sur ceux qui sont rocheux, granitiques, porphyriques, schisteux, gréseux, même sur les sables mobiles les plus arides,
Î>ourvu que le sous-sol, fût-ce à une grande proondeur, conserve en toutes saisons une certaine fraîcheur.
614 ABIÉTINKES,
Tempérament. Il résiste à dos froids rigoureux et supporte le climat de la Lorraine, où il fructifie (Lamarche, Vosges) [toutefois il souffre beaucoup môme dans le Centre et à un moindre degré dans l'Ouest des hivers très rigoureux ; celui de 1879-1880 a entraîné la mort de massifs entiers de ce pin en Sologne] ; mais il y croît lentement [au nord de Paris] et ne devient lui-môme que dans le Sud, là où la température annuelle moyenne est d'au moins 12 degrés, avec une moyenne d'hiver qui ne descend pas audessous de 6 degrés (Willkomrn). Dans le climat qui lui convient, la croissance en est remarquablement active; souvent, dans la jeunesse, il développe ajinuellement deux verticilles- Bois. Le bois, à l'état d'aubier, est blanc ; à l'état par-
fait, il varie du rougeâtre clair au rou^e-bruufttre plus ou moins foncé ; il a le grain grossier, les accroissements épais, très apparents ; il est assez dur, lourd, sans souplesse, le plus résineux de toutes lei abiétinées indigènes. Les nombreux et gros canaux résinifères, longitudinaux et rayonnants, qui apparaissent dans le bois parfait sous forme de traits colorés en rouge-brunâtre par la résine concrète qui s'y est amassée, le font reconnaître très facilement. Il pèse, à l'état de complète dessiccation à l'air, 0,524-0,769 (Co//. Éc\ For.).{l).
(1) L'observation déjà faite à propos du pin Laricio, que le nombre des couches de Taubiep s'accroît avec l'âge, se vérifie de nouveau pour le pin maritime et avec une telle exactitude que, sans une affirmation très nette du contraire, on pourrait croire que les échantillons examinés (Coll, Ec, For.) ont été choisis dans le but préconçu de la confirmer. Pin de 28 ans, Puy-de-Dôme .... 18 eoocbei d'aibier de 35 lili. d'ip. Ul )) 30 D Dôp' des Landes .23 » 70 »
» 32 » Lesparre (Girond) 87 » 70 d
» 36 » Dunes de la Teste
(Gironde) 28 p 70 »
» 40 » Algérie J.. 30 » 90 »
» 46 » Estérel (Var).... 31 d 45 »
)) 67 » Landes de la Teste
(Gironde) 43 » 70 »
» 92 » Maures (Var) 43 » 70 »
» 95 )) Corse 65 » 90 »
ABIÉTINÉES. 615
Le pin maritime sert aux constructions navales pour des usages secondaires ; il est employé à la charpente, fournit de bonnes traverses de chemins de fer, des poteaux télégraphiques, des pilotis de longue durée, des échalas (Carassous, Médoc) d'excellente qualité ; on le débite en madriers, en planches, en douelles pour doubles fûts, en feuilles pour caisses d'emballage, etc. Enfin il sert de combustible, donne en brûlant une flamme claire et brillante, dégage une chaleur vive, mais peu soutenue ; il a rinconvénient d'éclater au feu et de projeter au loin des étincelles.
Le pin gemmé ou résiné est considéré, avec raison, dans les Landes, comme bien supérieur en durée et en résistance à celui qui ne l'a pas été. Si le résinage, en efifet, épuise les arbres et en réduit les dimensions, il produit en revanche des bois d'accroissements plus faibles et relativement plus chargés de bois d'automne ; il détermine en outre, de l'intérieur à la surface, un courant actif de térébenthine, dont la portion la plus fluide s'épanche, en abandonnant dans les tissus de l'aubier qu'elle traverse une notable quantité de résine. Les bois gemmés ont donc moins d'aubier ou, ce qui revient au mémo, un aubier de meilleur qualité ; ils sont en outre plus lourds, plus durs et plus résineux, conséquemment plus résistants, plus durables et d'une puissance calorifique plus élevée.
Le bois n est pas toujours le produit essentiel des Résinage. Pignadas et bien souvent la production en est sacrifiée à celle de la térébenthine ou de la gemme, qui en forme le revenu principal. C'est surtout dans les Landes que l'on pratique le résinage sur une
Sans doute ici Ton ne voit pas l'épaisseur de la zone dé-
616 ABIÉTINKES.
grande échelle. L'abondance et la grosseur des canaux résinifères, longitudinaux et rayonnants, l'active circulation de térébenthine à laquelle ils servent de conduits dans la région de Taubier, justifient le procédé d'extraction que l'on suit généralement.
Procédé Un pin est propre au résinage ou au gemmage dès
du résinage. qy'ii mesure 1™,20 de circonférence à la base. Le résinier ou gommier, pour le mettre en œuvre ou le parer y dégrossit l'écorce du côté qu'il veut attaquer, en l'amincissant à la cognée et en la rendant lisse et unie ; puis avec un instrument spécial, hache dont le tranchant est courbé pour faire des incisions concaves (abschotte ou hachot), il y pratique vers le pied, une entaille rectangulaire, dite quarre ou carre, qui entame l'aubier sur 10 centimètres de large et 3 centimètres de haut. A la base de la quarre, il creuse un petit auget (clôt) dans quelque portion saillante du pied de l'arbre ou môme dans le sol, pour recueillir les produits.
Dans cette méthode, à mesure que la quarre s'élève, la ^emme, qui ne suinte que de la partie supérieure, doit parcourir un trajet de plus en plus long ; aussi perd-elle par évaporation la plus grande partie de son principal élément, l'essence, se char^e-t-elle d'une foule d'impuretés, débris d'écorce, aiguilles, insectes, et se perd-elle en notable quantité dans la terre où elle s infiltre. On remédie à ces inconvénients par l'emploi de réservoirs mobiles, consistant en pots de terre vernissée, qui, au moyen d'un trou pratiqué près de leur bord supérieur, s'accrochent à un clou planté dans l'arbre et se remontent avec chaque quarre. Une lame rectangulaire en zinc se fixe transversalement dans la quarre par un de ses grands côtés, taillé dans ce but en biseau, et forme, imnaédiatement au-dessus du récipient, un plan incliné qui arrête la gemme et la dirige dans son intérieur, Par cette modification, on réalise une notable économie de main-d'œuvre, on recueille une gemme plus abondante, plus fluide, pins pure, qui
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se vend 20 p. 100 plus cher que celle obtenue par Tancien procédé. (M. L. Javal, Concours général (T afiricutture de 1860.)
Toutes les semaines la quarre est rafraîchie par le piquarje, c'est-à-dire par Venlèvement d'un mince copeau à sa partie supérieure, de sorte qu'elle s'agrandit toujours en hauteur, en conservant une largeur constante ou, même mieux, décroissante et qu'elle parvient, en 5 ans, à une élévation de 3-4 mètres environ. On l'abandonne alors et l'on en commence une seconde que l'on conduit comme la première, dont elle est séparée par une bande d'écorce large de 5-6 centimètres tout au plus, nommé ourle ou bourrelet. On fait de la sorte tout le tour de larbre, en ayant soin de conduire chaque nouvelle quarre un peu plus haut que la précédente; puis l'on attaque les ourles, qui se sont accrus et ont recouvert les anciennes plaies avec une facilité et une rapidité remarquables, et on les entaille, toujours d après le même système. Un résinage bien conduit peut durer 150 ans et même plus, surtout si, dans les premiers temps, alors que le pin était encore faible, on a eu la précaution de lui donner une année de repos après chaque période d'extraction de 7-8 ans.
Parfois, lorsque l'arbre peut le comporter par sa vigueur, on y fait deux entailles à la fois, une quarre haute et une quarre basse ou basson. Enfin, au lieu d'ouvrir les quarres les unes à côté des autres, on peut les disposer opposées entre elles et entailler les nouvelles au milieu de l'intervalle qui sépare les plus anciennes.
Le gemmage, pratiqué de la sorte, en ménageant la santé des arbres, est appelé gemmage à vie. Si, au contraire, le pin doit être exploité dans un bref délai, on ne garde aucun de ces ménagements, on le taille sur toutes les faces à la fois, en conduisant les quarres en une seule année à une hauteur triple et l'on dit qu'on le gemme à mort ou à pin perdu.
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Le résinier se sert, pour arriver à la hauteiir à laquelle les quarrcs parviennent, d'une perche, dite crabe, changue, entaillée de larges crans ou encoches sur un côté ou sur deux côtés opposés, oc garnie de marches coniques, clouées alternativemeni sur deux de ses faces.
On procède au gommage du 15 février au 15 novembre. La térébenthine qui s'écoule s'amasse dam les augets où on la recueille de temps à autre, à intervalles d'autant plus rapprochés que la température est plus élevée. Elle contient naturellement d'autant plus d'essence qu'elle est plus souv^it recueilUie. Un bon ouvrier taille 200*300 arbres par jour.
Un pin vigoureux et isolé peut produire annuellement jusqu'à 20-40 kilogr. de matière première; en massif, ce chiflfre ne s'élève pas à plus de 4-6 kilogr. Les pins des dunes de Gascogne sont, sous ce rapport, bien plus productifs que les autres. Cependant de récentes expériences entreprises aux environs de Fréjus permettent d'espérer que ceux de la Provence ne leur sont point mférieurs à cet égard (1).
Produits bruis Los produits bruts du gommage sont de trois du résinage. sortes : 1** la gemme ou résine molle, partie fluide qui s'est réunie dans les augets ; 2® le galipot, portion solidifiée le long des quarres et qui se détache aisément par grands morceaux, sans être mélangé de débris d'écorce ; 3° le barras, qu'il faut racler fortement et qui n'est autre qu'un galipot impur, mêlé à des copeaux, à des fragments d'écorce, etc.
Tous ces produits sont formés d'essence de térébenthine et de résine ou colophane ; ils ne diffèrent que par la proportion des deux éléments. L'industrie les épure, les manipule, les mélange d'après des
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extraits des matières premières par une douce chaleur artificielle et un filtrage sur des claies en paille (pâte de térébenthine commune), ou par une exposition à la chaleur solaire sur des plans inclinés, formés de planches mal jointes (pâte de térébenthine fine ou au soleil).
2** L'essence ou huile de térébenthine, liquide incolore, de consistance légèrement oléagineuse, provenant de la distillation des matières premières et surtout de la résine molle ou des pfttes de térébenthine.
3^ Le brai sec, colophane ou arcanson, résidu de la distillation qui a produit l'essence. C'est une résine d'un éclat vitreux, dont la couleur varie du jaune blond au brun. Fondu et brassé avec do l'eau chaude, le brai sec fournit la résine jaune ou poixrésine, substance très voisine, opaque, d'un jaune clair. La poix blanche est un galipot filtré et blanchi par un mélange de 2 p. 100 d'eau.
4° La poix noire, matière visqueuse, d'un brunroux, provenant de la carbonisation, dans un four en briques, des claies de filtrage et de tous les débris et résidus de la fabrication. Le brai gras est un mélange de poix noire et de goudron.
Après l'exploitation, les souches de pins sont débitées en menus morceaux et carbonisées dans des fours en terre ou en maçonnerie ; on en retire un dernier produit, le goudron, et un charbon de qualité médiocre.
Toutes ces matières sont d'une grande importance. La marine ne saurait se passer de goudron et de brai gras ; l'essence sert à des usages nombreux, particulièrement de dissolvant pour les vernis ; la colophane est appliquée directement à l'éclairage ; la résine d'huile et la résine jaune sont employées à l'extraction du gaz d'éclairage, à la fabrication des savons, à l'encollage des papiers, aux enduits, etc., etc. Le barras, traité par les alcalis, produit la graisse végétale, si employée aujourd'hui pour graisser les machines, les essieux, etc.
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Produiis Enfin une combustion incomplète des détritus
accessoires, résineux de la fabrication fournit le noir de fumée, qui s'attache à des toiles tapissant la chambre où se fait Topération. Il suffit d'une secousse légère pour le faire tomber sur le sol, où on le recueille aisément.
Les cônes (Pîgnes, dans le Sud-Ouest) sont très recherchés pour allumer le feu ; les racines, qui ont la fibre grosse, tenace, flexible et enduite de résine, servent à tresser des corbeilles, paniers et autres ustensiles de ménage.
On fabrique avec les aiguilles du pin maritime, comme avec celles du pin sylvestre, de la laine de forêt, de l'ouate et des tissus variés.
6. Pin Pinier. Pinus pinea. Lin. Pin bon. Pin parasol; Pin d'Italie ; Pin de pierre; Pin franc (Gironde et Landes): Pignon.
Feuilles géminées, celles d'une même gaine étalées, longues de 8-15 centimètres, moyennement épaisses, vertes, lâchement disposées sur les rameaux ; chatons mâles oblongs, jaunâtres, longs de 1 centimètre ; chatons femelles ovoïdes, verdâtres, penchés. Cônes solitaires, ordinairement géminés ou ternes, très gros, ovoïdes-obtus ou presque globuleux, longs de 10-15 centimètres, larges de 8-10, presque sessUes, d'un brun-rougeâtre luisant, réfléchis ou étalés horizontalement. Ecailles grandes, à écusson rhomboïdal, bombé ou légèrement pyramidal, relevé de 5-6 arêtes rayonnantes, muni ai centre d'un ombilic obtus. Graines très grosses, longues de 16-20 millimètres, obovées, comprimées, arrondies aux 2 extrémités, logées dans 2 cavités correspondantes de la face interne de chaque écaille, couvertes d'une efiQorescence d'un noir-violacé, très caduque, d'un rouge-brun mat quand elles l'ont perdue ; à enveloppe épaisse, dure et ligneuse, à aile très courte et très caduque, l'entourant comme d'un mince châssis. Amande féculente-huileuse ; graine 10-i2-cotylédonée, Disséminé dans la région méditerranéenne, où il forme parfois de petits massifs. France, y compris la Corse. Planté, quelquefois subspontané en Algérie. Flor., avril-mai. Fructif., fin de la 3' année. Dissém., printemps suivant.
Taille. Port. Le pin pinier est un grand arbre qui peut atteindre 30 mètres d'élévation, 5-6 mètres de circonférence. La tige en est nue, cylindrique, élevée ; la cime. courte, très étalée (30 mètres d'envergure quelquefois quand il est isolé), et tout à fait plane à la partie
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supérieure, lui donne un port très remarquable et lui a valu le nom de Pin parasol. Il est un des éléments caractéristiques des paysages des contrées médi terranéennes .
L'enracinement est profond. Enracinement.
L'écorce, semblable à celle du pin sylvestre, est Écorce. gerçurée-écailleuse ; le périderme y forme des lames étendues, minces, blanchâtres, qui séparent, sous forme d'écaillés, le tissu libérien transformé en un liège sec et dur, d'un rouge-ocreux clair.
Le pinicr fructifie à Tâge moyen et, seul entre FrucUiicaiion. tous les pins indigènes, il a la maturation trisannuelle. Les cônes ou pigeons sont recherchés pour leurs graines, au nombre de 90-100, dont l'amande, comestible et d'un goût qui rappelle celui de la noisette, est fréquemment employée par les confiseurs. On peut en extraire une huile grasse alimentaire. L'enveloppe, dure et ligneuse, de ces graines est difficile à briser ; mais on cultive une variété à coque mince et fragile {P . pinea fragilis. LoiseL),
Le jeune plant, au sortir de sa coiffe, est beau- Germination, coup plas grand et plus gros que celui des autres végétaux résineux indigènes. Il a 10-12 grandes feuilles cotylédonaires très glauques, planes, pointues et dentées sur les bords. Des feuilles semblables, mais plus petites, se produisent pendant longtemps pêle-mêle avec les aiguilles géminées.
L'aire (1) du pinicr, à peu près pareille à celle du Aire et station, pin d'Alep, s'étend des lies Canaries et de Madère jusqu'en Asie Mineure, dans la direction de l'ouest à l'est ; de la Provence à l'Algérie, dans celle du nord au sud, c'est-à-dire sur 40 degrés de longitude
(1) [II est assez difficile aujourd'hui d'établir l'aire exacte d'un arbre aussi fréi^uemment et aussi anciennement cultivé, toutefois il est certain que l'aire ici indiquée est trop vaste. M. le D' Christ (in Engler Bot, Jahl, VI) a montré que l'espèce a été introduite par l'homme aux Canaries. 11 est assez probable qu'il en a été de même à l^adère. Letourneux ne le considère pas comme spontané en Algérie].
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et 9 degrés de latitude. Son altitude maxîma ne dépasse pas 1,000 mètres. [Il a été fréquemment
f)lanté en dehors de son aire, il supporte en France e climat de Touest, au moins juscju'à Angers.] Il se rencontre dans [une partie de] la Provence
iet un peu en Languedoc] [soit] à Tétat d'isolement soit en massifs] ; il y est [souvent] bien plutôt considéré comme arbre fruitier que comme essence Sol. forestière. Il recherche les terrains [frais, très divisés] et profonds, à sous-sol frais ou humide, un climat chaud, littoral, une lumière vive.
Bois. Le bois rappelle beaucoup par la structure et la
couleur celui du pin maritime, avec lequel il est difficile de le distinguer; cependant les canaux résinifères y sont moins abondants et moins développés et les tissus n'en sont pas aussi imprégnés de résine. Il pèse, complètement desséché à l'air, Usages. 0,521-0,773 (Co//. ^'c. Fot\). Il fournit den charpentes de première qualité, est employé en Turquie dans la marine pour bordages et même, dit-on. pour mâture ; est très propre à la menuiserie. C'est un bois de chauffage médiocre, qui brûle vite et éclate beaucoup (1).
Section II. — Pins à 5 feuilles.
Feuilles quinées, à gatne caduque ; écailles des cônes terminées par des écussons plans, dont rombilic est ter rainai , écorce grise, lisse et vive superficiellement jusqu'à un âge avancé.
7. Pin Cembro. Pinus cembra. Lin. Ceînbrot ; Alviès ; Au\ îer ; Tinier, Eouve ; Héoux ; Haiou, etc. Feuilles quinées, dressées, rapprochées ou à peine étalées,
(1) L'examen des échantillons de la collection de l'École forestière confirme une fois de plus cette observation du nombre des couches d'aubier croissant avec Tâge. Pin pinier de Brignolles (Var). . . 25 ans, 20 couches d'aubier.
» Landes 34 » 26 »
» Ijindes 36 » 26 i>
» Estérel (Var) 38 » 27 »
» Pyrénées-Orientales 38 » 29 »
» Maures (Var) 50 » 38 »
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longues de 6-12 centimètres, raides, aiguës, vertes en dessous et aux bords, glauques en dessus, rudes sur les angles vers le sommet, à gaines allongées^ et très caduaues. Chatons mâles oblongs, serrés, rouges, puis jaunes; cnatons femelles et jeunes cônes d'un rouge-violacé. Cônes mûrs sessiles, dressés ou étalés-dressés, jamais pendants, ovales-obtus, longs de 8-10 centimètres, larges de 5-è, d'un brun-cannelle, violacé, terne et mat, couverts d'une efflorescence caduque, bleuâtre ; écailles de consistance à peine ligneuse^ peu serrées, à écusson ridé longitudinalement, à peine épaissi, terminé par un petit ombilic saillant. Graines grosses, obovées, longues de 8-12 millimètres, brunes et mates, à enveloppe ligneuse assez dure, privées d'ailes, parce que celles-ci, très courtes, restent adhérentes à récaille. Embryon 9-10 cotylédoné. — Arbre de port variable suivant l'altitude â laquelle il croît, de végétation toujours lente. Hautes Alpes de la Savoie, du Dauphiné et de la Provence. Flor., juin. Frnctif., automne de la seconde année. Dissém., printemps suivant.
Le pin cembro est un arbre de végétation extré- Taille. Pon. mement lente, qui parvient néanmoins, par une longévité très prolongée, à de grandes dimensions : 15-25 mètres de hauteur sur 3-4 mètres de circonférence. Un arbre de cette espèce, de 23 mètres de haut, provenant du Briançonnais, à Taltitude de 2,300 mètres, a fourni une rondelle parfaitement saine de 2"',35 de tour, dont Tâge, calculé par le nombre des accroissements, est de 625 ans {ColL Éc, For.).
La ramification est serrée, composée de verticilles étalés, courts, très rapprochés, qui, dans la jeunesse, garnissent la tige dès la base et dont les branches ne produisent ordinairement que des bourgeons solitaires. La cime est assez longue, conique et aigué ; S lus tard, le fût se dénude, et comme chez la plupart es arbres des hautes régions, tourmentés et souvent mutilés par la tempête, la ramification devient îrrégulière, diffuse, formée de grosses branches horizontales, redressées vers l'extrémité. Chez les vieux arbres môme, la cime est le plus souvent multiple, composée de branches qui, partant des ramifications de la tige principale, sont dressées et verticillées comme elle.
L'écorce d'un gris-verdâtre, lisse ou verruqueuse, Écorce.
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offre des réservoirs à résine comme celle du sapin et ne forme de rhytidome qu'à un âge avancé ; elle se gerçure alors largement, surtout en travers, devient finement écauleuse et prend une teinte grisrougeâtre. Le périderme y forme des lames minces, grisâtres, à peme plus claires que le tissu subéreux au liber ; des vacuoles résinifères très nombreuses y sont disséminées. Les rameaux les plus jeunes sont recouverts de poils entremêlés, d'un jaune-rouge, tout à fait caractéristiques.
Enracinemeot L'enracinement est largement développé ; il se fait dans la jeunesse par un pivot et de fortes racines latérales ; vers 15-20 ans, le premier s'atrophie et les secondes seules continuent à s'accroître avec vigueur en traçant au loin.
Couvert. Le feuillage est interrompu, aggloméré à l'extrémité
des rameaux ; il est néanmoins touffu et donne un couvert assez épais ; il persiste 5 ans.
FrucUficaUon. La fructification ne commence que vers 50 ans et n'est abondante que tous les 4-6 ans. Les cônes, appelés Auves dans le Briançonnais, sont très recnerchés pour leurs graines, assez grosses, dont l'amande, comestible et savoureuse, rappelle celle du pin çinier ; ils se vendent sur les marchés. Les casse-noix et les écureuils en font, d'un autre côté, une grande consommation. Aussi sont-ils généralement assez rares.
L'amande contient un tiers de son poids d'une huile grasse d'un goût agréable, mais sujette à rancir.
Pour obtenir la graine, on réunit les cônes sur une aire plane et on les bat avec des branchages. On les désarticule de la sorte et l'on plonge le tout dans un bassin rempli d'eau ; les écailles, les graines vaines, les axes surnagent, les graines de bonne qua-
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souvent qu'un an et même 2 ans après. Le jeune Jeune plam. plant paraît avec 9-10 feuilles cotylédonaires et ne dépasse pas 3-4 centimètres la première année ; toutes ses feuilles sont alors solitaires. Les accroissements des années suivantes sont encore plus faibles: 5-10 millimètres seulement ; mais les feuilles sont dès lors engaînées, par 3-6, généralnment par 5. Jusque vers 6-12 ans la ramification ne se fait que . par des rameaux solitaires ; passé cet âge, elle se verticille, les branches deviennent horizontales, se redressent au sommet ; l'arbre, enfin, prend peu à peu son port définitif.
Le pin cembro ne se rencontre que dans les Alpes Aireeisiaiion. et dans les Carpathes et n'y occupe que les régions les plus élevées, entre 1,400-1,5()0 mètres et 2,500 mètres. Mélangé dans ses limites inférieures avec les derniers sapins et épicéas, il traverse et dépasse la zone des pins de montagne et môme un peu celle du mélèze, et devient dans ses limites supérieures, en société des aunes verts, des rhododendrons et des saules alpins, le dernier représentant de la végétation forestière. Il forme rarement des massifs complets, se rencontre le plus souvent à l'état de dissémination et, si l'on n'y prend garde, il disparaîtra sous les abus du pâturage, malgré l'utilité de sa conservation et de sa propagation, non pas précisément pour ses produits, mais pour l'abri qu'il procure aux versants qu'il domine.
Les sols frais, profonds, meubles, sont ceux qu'il Sol.
E réfère ; mais il s'accommode de terrains de moins onne qualité, siliceux, argileux, calcaires, pourvu qu'ils ne soient ni trop compacts, ni trop humides.
La croissance du cembro, à l'altitude à laquelle Croissance, on le trouve, est naturellement très lente ; il est remarquable qu'elle reste la même lorsqu'on le cultive dans les régions basses ou peu élevées. Il est bien différent en cela du mélèze et du cèdre qui, dans de semblables circonstances, s'accroissent avec une rapidité extraordinaire.
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Bois. Le bois est léger, blanc, peu veiné, d'un grain
très doux et assez homogène, en raison de la faible différence qu'il y a entre la zone de printemps et celle d'automne, qui est très mince ; il est à peine teinté de rouge au cœur, de sorte que le bois parfait et l'aubier diffèrent peu l'un de l'autre. Ce aemier est peu abondant (21-34 couches sur les échantillons , de la collection de l'Ecole forestière, quoiqu'ils soient d'un âge élevé) ; les accroissements sont minces et égau^. La térébenthine en est très fluide et laisse fort peu de résine dans les tissus après la dessiccation. Ue bois est peu propre aux constructions, mais la finesse et l^omogénéité de son grain le rendent très convenable pour la menuiserie, surtout pour la sculpture, et les montagnards tyroliens en faoriquent toutes sortes de jouets d'enfants. Il fournit d'excellents bardeaux, qui s'usent très uniformément, au point qu'ils ne cessent pas d'être utiles alors qu'ils sont réduits à une très faible épaisseur. (7est un médiocre combustible, qui occupe à peu près le môme rang que le sapin et qui, comme lui, aégage en brûlant une fumée insupportable.
Sa densité varie de 0,418-0,525 {Coll. Éc. For,).