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CHAPITRE PREMIER

Généralités.

Les propriétés des bois dépendent de deux circonstances principales : la composition et la structure, i Gomposiiion La composition chimique élémentaire est très chimique, sensiblement la même pour toutes les essences ; elle est représentée, en moyenne, par 50,70 de carbone, 42,40 d'oxygène, 6 d*hydPogène, 0,9 d'azote (Chevandier), puis par certaines substances minérales en quantité variable, mais toujours faible, qui se retrouvent dans les cendres après la combustion. Cette constance permet de conclure que la composition élémentaire influe à peine sur la valeur relative des bois.

La composition immédiate parait aussi être assez . uniforme au début, essentiellement représentée par un principe de composition constante dans tout le règne végétal, la cellulose de Payen. Mais bientôt un corps nouveau, mal défini et probablement aussi variable dans sa composition et ses propriétés que le sont les essences chez lesquelles on Fétudie, ne tarde pas à apparaître. Ce corps est la lignine, qui, pour les uns, résulte d'une transformation de la cellulose, tandis que pour d'autres, il en serait la substance incrustante. Quoiqu'il en soit, la lignine

est plus riche en carbone et en hydrogène que la cellulose (1).

Outre ces principes immédiats, les bois, suivant Tàge et l'essence, peuvent renfermer des sucres, de la dextrine, de la fécule, du tannin, des principes azotés albuminoïdes, des gommes, des résines, des huiles grasses et des matières colorantes. Leurs propriétés dépendent, pour une large part, de cette composition immédiate.

La structure exerce aussi sur les propriétés des bois Structure, une action prononcée ; elle permet en outre de déterminer les genres et souvent les espèces auxquels ils appartiennent. C'est principalement à ce titre que j'entrerai dans quelques détails à son égard.

Si Von observe les bois à Taide du microscope, on y remarque une grande diversité d'organes élémentaires ; sans méconnaître l'attrait et l'intérêt scientifique de cette étude, je la laisserai de côté néanmoins, parce qu'elle n'a point [habituellement] d'applications dans la pratique. Je ne parlerai dans ce qui va suivre que de la structure que l'on distingue à la vue simple ou tout au plus armée de la loupe, soit sur des sections très minces observées par transparence, telles que les belles sections transversales publiées par Nordlinger [et par Thil], soit sur des morceaux quelconques, pourvu que les surfaces en soient fraîches et nettement tranchées.

Pour bien juger un bois, il est nécessaire de l'examiner sur trois faces différentes : 1® sur la section transversale, d'abord, parce qu'elle fournit les caractères distinctifs les plus nombreux et les plus importants ; 2» sur la section radiale, obtenue par le débit longitudinal dans la direction des rayons ; 3» sur la section tangente, longitudinale comme la précédente, mais lui étant perpendiculaire.

Dans les pays tels que la France et l'Algérie, où la végétation est intermittente, le corps ligneux est composé d'une succession de couches plus ou moins distinctes, dont chacune s'est développée dans le courant d'une saison à l'extérieur des couches précédemment formées. Le nombre des couches annuelles estconséquemment égal

(1) [Les recherches les plus récentes ont montré qu'il y a

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662 NOTIONS GÂNÉRALES

à rage du végétal et permet de le calculer avec précision.

On a rhabitude d'appeler bois de printemps, la portion interne de cbaaue couche annuelle, oois d'automne la portion externe ; il ne faudrait pas conclure de ces dénominations que le bois ne s'organise qu'en ces deux saisons, et qu'il ne s'en produit pas en été. La couche annuelle se développe sans interruption pendant toute la durée de la végétation.

En général, les tissus élémentaires ne sont pas de même nature, ni uniformément répartis dans l'épaisseur d'une même couche ; ils diffèrent presque toujours de l'un à l'autre bord et, dans ce cas, c est dans le bois de printemps au'ils sont le plus mous, le plus poreux, le moins colores. Plus cette différence est accusée, mieux se distinguent les accroissements annuels (chênes, pins). En quelques cas cependant, le bois de printemps et le bois d'automne sont de tous points semblables, tous les accroissements successifs se confondent, et il devient parfois difficile ou impossible de les reconnaître ; le bois est alors d'une homogénéité parfaite (olivier, chêne yeuse et même buis et charme).

Toutes les couches d'un même arbre, toulos celles d'une même essence ont une structure générale identique; elles ne diffèrent entre elles que par la proportion du Dois de printemps et du bois d'automne, proportion qui varie dans des limites étendues suivant les conditions de la végétation et l'épaisseur des accroissements annuels. Il suffit, en conséquence, de décrire et d'étudier l'une d'elles pour connaître toutes les autres.

Cette constance toutefois n'est pas absolue; le bois d'un même arbre est sujet à quelques variations suivant qu'il provient, d'une part: de la tige, des branches et des rameaux, ou, d'autre part : de la souche et des racines. Généralement dans ces dernières les tissus sont plus gros, moins serrés, les vaisseaux sont plus abondants, les rayons médullaires plus épais, les couches annuelles moins distinctes; ce bois est parconséquent plus mou et plus léger. Dans tout ce qui va suivre il ne sera question que du bois de tige, de branches et de rameaux ; mais, en tenant compte des différences qui viennent d'être signalées, on y rapportera facilement le bois des souches et des racines.

Les éléments anatomiques des bois sont essentiels ou accessoires.

Les premiers ne manquent jamais : ce sont les fihres (^) éléments et les rayons médullaires, qui, à eux seuls, constituent essentiels.

f parfois tout le bois (conifères). Les seconds, qui peuvent aire défaut, sont les vaisseaux et les canaux résinifères.

Le tissu phreux est en réalité formé d'organes différents Tissus tibreui. et très variés, parmi lesquels le microscope permet de distinguer des fibres parenchymateuses, des fibres libriformes, les unes et les autres simples ou cloisonnées, et des trachéides; mais cette distinction est impossible à l'œil nu et même à la loupe, sauf en quelques cas pour le parenchyme ligneux, dont il sera parlé plus loin. Tous ces éléments seront donc réunis dans cette étude sous le nom de tvisu fibreux ; ils représentent le tissu fondam^ental des bois, en constituent la partie la plus compacte, celle que Ton dirait pleine à l'œil nu chez beaucoup d'essences.

Les fibres, toujours parallèles entre elles et disposées lon^itudinalement, sont, suivant les essences, plus ou moins allongées, plus ou moins grêles, à parois épaisses et à cavités très réduites ou à parois minces et à cavités relativement grandes. Ces circonstances influent beaucoup sur les qualités du bois.

11 ne faudrait pas toutefois attribuer à leur longueur les différences c^ue constatent les ouvriers qui travaillent les bois, lorsqu'ils disent de certains, comme le chêne, le frêne, le robinier, qu'ils ont la fibre longue, lorsqu'ils en qualifient d'autres, tels que le hêtre, le pommier, de bois à fibre courte. Ce n'est point la longueur des fibres élémentaires qu'ils désignent ici, mais bien celle des faisceauXy que ces fibres constituent par leur association.

La grosseur des fibres, l'épaisseur de leurs parois, leur mode d'union plus ou moins intime, peuvent ne pas varier dans toute l'épaisseur de la couche annuelle, dont le tissu fondamental devient alors homogène. Il en est ainsi dans la majorité des bois feuillus, et si, chez certains d'entre eux, les accroissements sont néanmoins très reconnaissablés, c'est à la grosseur et à la distribution des vaisseaux qu'il faut l'attribuer bien plutôt qu'aux fibres ellesmêmes. Toutefois, malgré cette homogénéité du tissu

(1) [Les fibres, telles que les conçoit ici l'auteur de la Flore forestière^ renfermaient les trachéîdes; on rattache généralement aujourd'hui ces dernières au tissu vasculaire; c'est ce dernier qui devient ainsi un élément essentiel des bois.]

fondamental, on remarque souvent à la limite extrême de chaque couche, une ligne mate et fine, à Taide de laquelle on peut encore discerner les accroissements des bois homogènes, tels que le charme, à la condition d'y regarder de près. Cette ligne est formée d'une zone étroite de ud ou plusieurs rangs de fibres très comprimées et à parois très épaisses, parmi lesquelles il ne s'est pas développé de vaisseaux.

Les fibres d'une même couche peuvent, au contraire, se modifier ; mais, dans ce cas, c'est toujours dans un ordre constant. Leur diamètre radial décroît en même temps

3ue leurs parois s'épaississent etque leurs cavités s'amoinrissent, en allant du bois de printemps, qui est plus mou et plus pâle, au bois d'automne, qui est plus dur et plus coloré. C'est cette modification d un même élément qni rend la succession des différentes couches annuelles si apparente chez les conifères, particulièrement chez les pins, sapins et autres abiétinées ; c'est elle aussi qui détermine les veines caractéristiques de ces bois. Parenchyme H est quelquefois possible de distinguer à l'œil nu dans ligneux. \q yggy fondamental deux sortes de tissus fibreux. L'un,

S lus dur et plus coloré, est le tissu fibreux proprement it ; l'autre, plus mou et de couleur plus claire, est gêné ralement formé de fibres obtuses ou tronquées, à parois plus minces et à cavités plus grandes, qui servent le plus souvent à emmagasiner, pour la mauvaise saison, la réserve alimentaire, concurremment avec les rayons médullaires. Ce tissu, qui correspond en général aux fibres f)arenchyniateuses des aiiatomistes, sera désigné sous e nom de parenchyme ligueur.

Le parenchyme ligneux existe dans la plupart des bois feuillus, quoi qu'on ne le distingue aisément que dans un

Çetit nombre d'espèces ; il manque chez les conifères, antôt il est disséminé au milieu du tissu fibreux proprement dit, sans aucune relation avec les vaisseaux, tanlôl au contraire il est en rapport direct avec ces derniers. Dans le premier cas, il peut être épars et à peu près invi sible, ou disposé en lames ondulées, concentriques, qui subdivisent une même couche annuelle en un certain nombre de zones, souvent bien distinctes (chênes, surtout chêne Kermès). Dans le second cas, le parenchyme peut envelopper chaque vaisseau ou chaque groupe de vaisseaux et produire autour d'eux, sur la section transversale, un petit cercle nuageux semblable à une auréole, ou bien

il peut réunir ces vaisseaux entre eux et concourir à former, principalement dans le bois d'automne, des çroupements très apparents et très caractéristiques, dont il sera parlé plus loin.

Les rayons médullaires ne manquent dans aucun bois; contrairement à tous les autres tissus ligneux, dont la direction est longitudinale, ils affectent une disposition transversale rayonnante, sous la forme de lames verticales qui vont de la moelle et des diverses couches dans lesquelles elles prennent successivement naissance, jusqu'à la limite externe du liber. Ils sont composés de cellules très comprimées et allongées daas le sens radial, appelées cellules muriformes, qui constituent un tissu sec et cassant dans lequel, tant qu'il est jeune, s'accumule la réserve alimentaire. Ce tissu est soavent plus dur, parfois plus mou que les fibres qui l'environnent; dans le premier cas, il reste en saillie à la surface des bois soumis à une usure prolongée (chênes) ; il est en outre nacré et miroitant, plus clair ou plus foncé que le reste du bois, suivant la direction du débit et l'incidence de la lumière.

Les rayons présentent trois dimensions : longueur, épaisseur et hauteur.

La longueur se me.sure sur la section tranversale. On y distingue des rayons complets, qui partent de la moelle, et des rayons incomplets, les plus nombreux, qui prennent naissance dans les diverses couches annuelles qui l'entourent. Une fois formés, les rayons se prolongent à travers tous les accroissements subséquents et si, sur beaucoup de sections transversales, ils semblent s'effiler et disparaître au lieu de former des lignes continues, il faut l'attribuer à l'obliquité de la section et à la faible hauteur du rayon qui a été tranché.

Sur une section transversale les rayons traversent normalement les couches annuelles ; ils sont droits par conséquent si celles-ci sont régulièrement circulaires et concentriques ; ils deviennent flexueux si les accroissements sont ondulés ou excentriques.

L'épaisseur des rayons est constante dans le bois de môme espèce, mais non d'une manière absolue; ils s'élargissent souvent du centre à l'extérieur comme on le constate aisément chez la plupart des chênes. Les plus épais atteignent rarement 2 millimètres ; les plus minces, formés d'un rang simple de cellules, ont à peine 2 centièmes de millimètre.

Rayons médullaires.

Longueur des rayons.

Épaisseur des rayons.

On peut, quant à l*épaisseur, répartir les rayons en six catégories, comme i! suit :

lo Bayons très épais. Chêne liège ; chêne yeuse.

^ Rayons épais. Chêne rouvre; chêne pédoncule; aune blanc ; aune commun ; noisetier.

3<> Hayons assez épais. Hêtre ; platane.

4<> Hayons médiocrement épais. Erable sycomore, hooi commun ; cerisier merisier.

50 Hayons minces. Erable plane ; ormes ; frêne commun ; bouleau.

6<> flaj/ons rr^^wincfs. Erable champêtre; châtaignier; pommier ; poirier ; saules ; tous les conifères.

Dans les aunes, charmes et noisetiers, les rayons épais sont très espacés et de beaucoup les moins nonîbreux. Us ne sont pas même des rayons véritables, uniquement composés de parenchyme médullaire; ils représentent bien plutôt des groupes de rayons très minces, réunis

riar des lames de tissu fibreux dépourvues de vaisseaux. I serait mieux de les appeler faux-rayons. Hauteur La hnnteur des rayons est leur dimension dans le sens

des rayons, longitudinal ; elle s'apçrécie sur une section tan^nte et peut varier de 30 centimètres et au delà à 2 deciroillimètres ; elle est assez ordinairement proportionnelle à leur largeur. Sous ce rapport on distingue les catégones suivantes :

i® Hayons très hants. Clématite des haies. 2^ Hayons hauts. Chênes (0'",05 à 0™,10). 30 Hayons assez hauts. Hêtre commun (0^,005). 40 Hayons courts. Prunier domestique (0^,002). 50 Hayons très courts. Abiétinées ; frêne commun (0°»,0005) ; buis (0'n,0002).

Égalité Les rayons d'un même bois ne sont pas toujours sem-

ou inégalité blables entre eux ; il est à cet égard des essences à rayons d?s rayons, inégaux et d'autres à rayons égaux. Les premières sont généralement celles qui possèdent des rayons très épais, épais ou assez épais (chênes, hêtre), auxquels se trouvent associés un très grand nombre d'autres rayons, minces ou très minces, souvent à peine apparents à l'œil nu. Les autres, au contraire, n'ont que des rayons médiocrement épais, minces ou très minces, assez uniformes pour être considérés comme égaux ou subégaux (érables, cerisiers, alisiers, saules, abiétinées).

Nombre Les rayons sont serrés ou espacés, en général d'autant

des rayons, plus nombreux qu'ils sont plus minces. Ils entrent pour

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une proportion variable dans la constitution du bois, parfois pour moitié ; dans la plupart des espèces cepenaant leur importance est en dessous de ce chiffre.

Suivant la direction du débit, les rayons produisent des dessins très variés. Dans le sens tangent ils apparaissent sous forme de traits longitudinaux, parallèles aux fibres, effilés à leurs 2 extrémités, plus ou moins larges et longs suivant l'essence ; ils n'ont pas d'éclat et généralement ils sont de couleur plus foncée que le tissu fondamental. Dans le sens radial, ils forment des plaques moirées, miroitantes, plus claires ou plus sombres gue le tissu fibreux, {>lus ou moins serrées et étendues, suivant le nombre et es dimensions en hauteur et en largeur des rayons qui les produisent. Ces taches, d'un bel effet, sur les bois travaillés, sont appelées des muilles, des maillures ou des miroirs; elles font dire des bois débités dans le sens radial qu'ils sont débités sur mailles ; dans le sens tangent, qu'ils sont débités contre mailles.

Puisque tous les bois ont des rayons, ils peuvent tous, par un débit convenable, être mailles. Seulement la maille est en quelque sorte invisible chez ceux dont les rayons sont très minces et très courts et l'on n'en tient pas compte ; elle est au contraire très développée et apparente dans les bois à larges et hauts rayons, tels que les chônes.

Les vaisseaux sont formés de tubes allongés, continus ou imparfaitement cloisonnés, qui se trouvent disposés au milieu du tissu fibreux seulement, dont ils suivent la direction longitudinale. Comparés aux fibres, ils sont de plus fort calibre, à paroi plus mince, à cavité centrale plus grande. Ils se reconnaissent aisément sur la section transversale par les trous ou mres, visibles à l'œil nu ou tout au moins à la loupe, qu'ils déterminent au milieu du tissu fondamental, en apparence plein et compact; sur la section longitudinale, ils produisent par leur coupe de longs et étroits sillons. Ils ne sont point essentiels à la constitution du bois et manquent toujours chez les gymnospermes conifhres ; ils ne font au contraire jamais défaut chez les angiospermes ou les feuillus, fournissant par leur absence ou leur présence une caractéristique infaillible pour distinguer les bois de ces deux grandes divisions du règne

Maillures.

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