I. — ÂGE DE LA FORMATION CHARBONNEUSE DU BAS-TONKIN ET DE L’ANNAM
Ainsi que je l'ai dit au début du présent travail, l'étude de la flore fossile des couches de charbon du Bas-Tonkin m'avait conduit, dès 1882, à les rapporter à l'étage rhétien, et l'examen que J'avais fait en 1886 des échanüllons recueillis par M. Jourdy et par M. Sarran avait confirmé ces conclusions, qui ont été admises par lous les paléontologistes; mais elles n'ont pas été aussi unanimement acceptées par les ingénieurs, explorateurs ou exploitants, qui se sont occupés de la recherche où de la mise en valeur de ces oites de charbon et qui, croyant pouvoir faire fond, pour la détermination de l'âge, sur la nature des combustibles qu'ils renferment et qui sont en effet de véritables houilles, ainsi que sur le facies lithologique des roches encaissantes, se sont montrés peu disposés, certains d'entre eux tout au moins, à considérer cette série de dépôts autrement®que comme du terrain houiller recouvert par des grès et argiles d'âge permien.
Sans contester le classement géologique résultant de l'étude de la flore, Fuchs avait lui-même conservé l'appellation de bassin et même de terrain « houiïller » ®), en spécifiant, il est vrai, qu'il n'entendait faire allusion qu’« à la présence de la houille et non à l’âge de la formation ». En 1888, M. Sarran, se fondant sur la composition lithologique et pétrographique des terrains, assimilait formellement ces dépôts du Bas-Tonkin aux formations européennes dont il retrouvait en eux le facies habituel, c'est-à-dire au Houiller d’une part, et au Permien d'autre part; 1 ajoutait cependant qu'« il ne formulait celte opinion qu'avec une extrême réserve » et qu'il ne serait nullement surpris
© Fuchs, Annales des Mines, 2° vol. de 1882, p. 216, 231.
FLORE DU TOXKIN, 30
IMPRIMERIE NATIONALE
Caractère général
de la flore.
que attribution des charbons du Tonkin à l'étage rhétien fût ultérieurement confirmée").
Depuis lors, les appellations de «terrain houiller » et de «terrain permien » sont restées d’un usage courant en Indo-Chine, du moins parmi les techniciens, pour désigner le système des couches à combustible du Bas-Tonkin et les grès et argiles versicolores qui les surmontent, la différence qui existe aujourd'hui entre la végétation de la région et celle de l'Europe ayant été parfois invoquée comme étant de nature à inspirer quelque doute sur la valeur des déterminations d'âge déduites de lexamen des seuls fossiles végétaux. \ussi, et bien que le classement de ces couches ne donne plus lieu à discussion de la part des géologues qui se sont occupés de l'étude de la colonie ©), ne me parait-il pas inutile d'entrer dans quelques détails sur cette question d'âge, quelque superflus qu'ils puissent paraître à tous ceux qui sont tant soit peu au courant des connaissances acquises en paléobotanique.
Il convient de faire remarquer tout d’abord que, parmi les espèces observées dans les gisements du Bas-Tonkin, il en est un certain nombre, des plus caractéristiques en même temps que des plus abondantes, qui sont communes aux divers groupes explorés, Kébao, Hongaÿ, Dong-Trieu, et dont la constance atteste, d'accord avec les observations stratigraphiques, que ces divers groupes appartiennent bien à une seule et même formation géologique : telles sont, notamment, Cladophlebis Rœsserti, Tæniopteris Jourdyi, Dictyophyllum Nathorsti, Clathropteris platyphylla, Nœggerathiopsis Hislopr, Podozamites distans , Pterophyllum Münsteri. L'identité, avec des espèces du Bas-Tonkin, des quelques espèces recueillies à Nong-Sôn dans lAnnam, Pecoplteris Cottoni, Cladophlebis Ræsserti, Glad. Raciborskir, ( ilathropteris platyphylla, prouve, d'autre part, que les couches de ce gisement appartiennent également à la même époque.
I y a donc lieu, pour déterminer le niveau général de cette formation géologique, d'examiner d'abord l'ensemble de la flore, sauf à rechercher ensuite si les différences qu'on peut saisir, d’un point à l’autre, dans le mode de groupement des espèces, permet de reconnaitre des horizons distincts et de préciser l’âge relatif des différents faisceaux.
Le nombre des espèces observées, st on laisse de côté les échantillons
problématiques et le bois fossile de Kébao, peu propre à fournir une indi-
© Sarran, Etude sur le bassin houiller du Tonkin, p. 12-22, p. 45. ® A, Leclère, Annales des Mines, 9° série, XX, p. 327, 429, 436. — G.H. Monod, Notice
sur les gisements de charbon en Indo-Chine , P:- 2e
cation d'ordre géologique, est, au total, de 54, qui se répartissent comme
suit :
STDDÉDODIÉTITÉeS Se ere L'ESDÈCE —. 1.09 D: 100.
Fougères. . | Pécoptéridées REA LA HAE tres 8 — ] 1.81
Place Ts Odontoptéridées le 1 1.85
— 4815 p. 100.) | Lénioptéridées qi nil ste (e A (AC
Diebyopténdtest HONTE 8 = 14.81
Équisétinées ete EN Nete Daratelsrereias dielR 3 — 19100
Gordaitéesr nt RP ANR et 1 41:89
Cycadinées. 782. En. Eee MER PA 18 ph ht)
D HISTORIEN IS cie chere ec - que 1 1.89
(DONMELESOTe asie met duo o oo oo a ge ef o1 1 O0
Cônes de Gymnospermessnan : .4 4 veux m n NE
Le seul examen de cette liste, où les Gymnospermes entrent pour près de la moitié du total et les Cycadinées pour un tiers, où les Ténioptéridées et les Dictyoptéridées sont aux premiers rangs parmi les Fougères, tandis que les Lycopodinées paraissent manquer totalement et que les Équisétinées n'occupent qu'une place restreinte, suflirait à établir qu'on a affaire ici à une flore d'âge secondaire et non paléozoïque, si lon ne pouvait objecter que les types habituels de la flore paléozoïque européenne et nord-américaine manquent déjà dans les étages les plus mférieurs des Lower Gondwanas de Fnde, qui n’en doivent pas moins, cependant, être rapportés au Permien, mais dans lesquels on ne trouverait pas, 1l est vrai, une telle abondance relative de Cycadinées.
I est donc nécessaire d'examiner de plus près la composition de cette flore et de la comparer, ainsi que Je l'avais déjà fait, d’ailleurs, en 1882, non pas seulement aux flores fossiles de l'Europe, mais à celles de régions assez rapprochées du Tonkin pour qu'on ne puisse contester la légitimité des assimilations, l'hypothèse d’une dissemblance entre des flores contemporaines ne pouvant être mise en avant que s'il s'agit de points situés à de grandes distances les uns des autres.
J'indique à cet eflet, dans le tableau ci-après, les relations des espèces observées danses gisements en question avec celles qui ont été rencontrées sur d'autres points du globe, dans des couches d'âge bien déterminé, en distinguant, d’une part, les formes spécifiquement identiques à celles du Bas-Tonkin et, d'autre part, celles qui leur sont simplement alliées, mais dont quelques-unes offrent avec elles, ainsi qu'il a été dit dans les descriptions qui précèdent, d'évidentes el très étroites affinités. J'ajoute, d'ailleurs, au nom de chacune de ces espèces, la mention du niveau, ainsi que de la région où la présence en a été constatée.
TABLEAU RÉCAPITULATIF DE LA COMPOSITION DE LA FLORE DES GÎTES DU BAS-TONKIN ET DE SES RELATIONS AVEC LES FLORES D’AUTRES GISEMENTS ().