‹ Flore fossile des gîtes de charbon du TonkinChapitre 2 sur 56 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

De nos différentes colonies, l’Indo-Chine est assurément, et de beaucoup, la mieux dotée en gisements de combustibles fossiles; elle est même la seule jusqu'à présent, les gîtes similaires de la Nouvelle- Calédonie n'ayant encore fait l'objet que de simples explorations, où la mise en valeur de ces gisements soit entrée dans la phase de l'exploitation industrielle et où l'extraction se poursuive avec régularité, fournissant d'année en année un tonnage graduellement croissant. Les mines de Hongaÿ, au Tonkin, sont depuis près de quinze ans le siège de travaux méthodiquement conduits et sont arrivées maintenant à une production annuelle de 250,000 à 300,000 tonnes; les mines voisines de Kébao, qui, en 1897, avaient produit quelque 60,000 tonnes, ont dù, il est vrai, être abandonnées par suite de dificultés financières, mais une sérieuse étude vient d'être faite en vue de leur reprise; dans la région de Dong-Trieu, les explorations poursuivies sur divers points ont fait reconnaitre des couches importantes, sur lesquelles des travaux ont été déjà commencés et ne tarderont sans doute pas à se développer; en Annam, la mine de Nong-Sün, près de Tourane, a fourni également son contingent à l'extraction; et l'on est fondé, pour tout cet ensemble de gisements, à bien augurer de l'avenir.

Dans ces conditions, il a paru qu'il y aurait intérêt à étudier en détail la flore fossile de ces gisements, afin de fixer, pour chaque bassin, l'âge des couches qui le constituent, de rechercher si les différents faisceaux d’un même bassin peuvent être distingués les uns des autres par les caractères de leur flore, et de fournir ainsi aux explorateurs

IMPRIMERIE NATIONALE

Il FLORE FOSSILE DES GÎTES DE CHARBON DU TONKIN.

comme aux exploitants, par la publication des résultats obtenus, des données paléontologiques susceptibles de les aider dans leurs recherches, en leur facilitant la reconnaissance des niveaux et, le cas échéant, l'identification et le raccordement des faisceaux charbonneux. C'est en vue de satisfaire à ce programme, approuvé par M. le Ministre des travaux publics ainsi que par M. le Gouverneur général de l'Indo-Chine, qu'a été entrepris le présent travail.

Dès la première exploration des gites de charbon du Bas-Tonkin, effectuée en 1881 par MM. Fuchs et Saladin !, de nombreux échantillons de plantes fossiles avaient été recueillis dans Pile de Kébao, au voisinage de la baie de HongaŸ, aux environs de Dong-Trieu, et rapportés à l'École nationale supérieure des Mines; ces échantillons, complétés par de nouvelles récoltes dues à l'obligeance de M. le Lieutenant de vaisseau Douzans, qui commandait alors la canonnière la Carabine, m'ont permis de donner en 1882 un premier aperçu de la constitution de la flore de ces gisements et de les rapporter à l'époque rhétienne.

Peu d'années plus tard, une nouvelle et très importante série d'empreintes fut recueillie dans la région de Hongaÿ par M. Sarran, qui avait été chargé en 1884, par M. le Ministre de la marine et des colonies, comme ingénieur colonial des mines, d'une étude détaillée des gîtes de combustible reconnus par MM. Fuchs et Saladin. et qui procéda, en 1885 et 1886, à leur exploration méthodique (8), ces empreintes, libéralement données par lui à l'École des Mines, ont fait de ma part, de même que celles qui avaient été rapportées à la même époque de la baie de Hongaÿ par M. le Commandant d'artillerie Jourdy, l'objet d'une communication à la Société géo-

(® Mémoire sur l'exploration des qîtes de combustibles et de quelques-uns des gîtes metalliferes de l'Indo-Chine, par M. Ed. Fuchs, avec la collaboration de M. E. Saladin (Annales des Mines, 2° vol. de 1882, p. 183-298, pl. VI-IX).

® Examen de la flore fossile des couches de charbon du Tong-King (Ibid., p. 299-352, pl. X-XIT).

® Sarran, Etude sur le bassin houiller du Tonkin.

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logique de France !”, dans laquelle j'ai confirmé mes premières conclusions relativ AR à l'âge de cette flore.

Depuis lors, les gîtes de Hongaÿ et de Kébao ayant été mis en exploitation, les dre se sont multipliées, et de très importants envois d'empreintes m'ont été adressés pour les collections de l'École des Mines. M. Sarran, devenu ingénieur en chef des mines de Kébao, y a récolté et m'a fait parvenir à très-nombreux:etüintéressants échantillons; après lui, M. Portal, directeur, et M. Rémaury, ingénieur-conseil de la Société, m'ont également fourni de précieux matériaux d'étude. Il en a été de même pour les mines de HongaŸ, d'où j'ai reçu à diverses reprises de fort belles séries d'empreintes, grace à l'obligeance, d'abord, de MM. Bavier-Chauflour, administrateur délégué, et Durand, directeur de la Société française des charbonnages du Tonkin, et plus récemment de MM. de Carrère, président du Conseil d'administration, et Guilhaumat, ingénieur-conseil de cette même Société; c'est de cette dernière série d'envois que proviennent, entre autres, les magnifiques plaques de Ductyophyllum et de Clathropteris figurées dans le présent travail. Peut-être n'est-il pas inutile d'ajouter que ces derniers envois ne m'ont révélé presque aucune forme nouvelle, d'où il est permis d'inférer que la flore fossile de ces gisements nous est maintenant connue dans son ensemble d'une façon suffisamment complète et que les récoltes futures ne modifieront pas sensiblement les données actuellement acquises. Je dois, d’ailleurs, mentionner encore, pour les mines de HongaŸ, la collection d'empreintes donnée, ïl y a quelques années, au Muséum d'histoire naturelle de Paris par M. Guyou de Pontouraude, à laquelle sont empruntés quelques-uns des spécimens figurés.

Les gites reconnus aux environs de Dong-Trieu n'ont pas encore été mis en exploitation régulière, mais d'assez nombreux échantillons y ont été néanmoins recueillis par M. Sarran, qui y avait repris la concession instituée en faveur du général Schædelin et y avait en

® Voir, à la fin du volume, la liste bibliographique.

outre fait des explorations assez étendues, et qui a généreusement fait don de ses récoltes à l'École des Mines.

J'ai reçu également plusieurs échantillons de M. Leclère, Ingénieur en chef au Corps des Mines, qui, lors de sa mission dans les provinces du Sud de la Chine, a visité les mines du Tonkin et, tout dernièrement, de M. H. Charpentier, Ingénieur civil des Mines, qui a exploré plus spécialement les gisements de Kébao et ceux de Dong- Trieu et y a fait de très intéressantes observations.

Quant au bassin de Yen-Baï, sur le haut Fleuve Rouge, des empreintes m'en avaient été remises lors de sa découverte, en 1893, par M. Saladin, Ingénieur civil des Mines; et dans les années suivantes, M. E. Beauverie, Ingénieur civil des Mines, qui a spécialement étudié et exploré les gites de Yen-Baï, m'en a fait parvenir de nombreux échantillons; M. Sarran, qui a donné une courte description de ce bassin dans la Revue indo-chinoïse ainsi que dans le Bulletin économique de l'Indo-Chine, m'a fait également profiter des récoltes qu'il ÿ avait faites; mais les travaux d'exploration entrepris dans cette région ont été suspendus il y a peu d'années, et n'ont pas été repris, de telle sorte que la flore n'en est encore qu'assez imparfaitement connue.

Enfin j'ai reçu aussi, du gîte de charbon de Nong-Sôn, en Annam, un certain nombre de bons échantillons; les plantes fossiles y sont, il est vrai, fort rares, et Fuchs n'en avait rapporté jadis que des débris absolument indéterminables; mais, après d'assez longues recherches, M. Cotton, administrateur délégué de la Société française des houillères de Tourane, est parvenu à y récolter des empreintes suffisamment nettes, qui m'ont permis de reconnaître l'identité de la flore fossile de ce gisement avec celle des gîtes dù Bas-Tonkin.

Je suis heureux d'adresser à tous les ingénieurs, explorateurs ou exploitants que je viens de nommer, mes remerciements les plus vifs pour le précieux concours qu'ils m'ont prêté avec une si persévérante complaisance, et grâce auquel j ai pu réunir les matériaux nécessaires à l'étude dont je me suis trouvé chargé; mais je dois donner un souvenir particulièrement ému et reconnaissant au regretté M. Sarran,

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qui, depuis ses premières explorations de 1885 et 1886 jusqu'à sa fin si prématurée, survenue au commencement de l’année 1900, n'a cessé de s'intéresser à la récolte des empreintes et de me faire part de ses observations géologiques sur les gites de la région; je tiens aussi à remercier spécialement M. Guilhaumat et M. Charpentier pour tous les renseignements dont je leur suis redevable sur la topographie des gisements de Hongaÿ, d'une part, de Kébao et de Dong- Trieu, d'autre part.

Il ne saurait être question ici, dans un travail essentiellement paléobotanique, d'entrer dans la description topographique détaillée de ces gîtes de charbon du Tonkin, laquelle exigerait d’ailleurs de longues études sur place et ne pourra être utilement abordée que lorsque les travaux d'exploitation, en se développant davantage, auront permis de suivre les couches sur une plus grande étendue et de reconnaître avec plus de précision les accidents qui peuvent les affecter. Néanmoins il me paraît utile non seulement de préciser la situation géographique des divers gisements dont j'ai pu étudier la flore, mais de résumer brièvement ce que l’on sait de l'allure et de la constitution des faisceaux actuellement reconnus dans chacun d’eux.

Je donnerai donc, avant d'aborder la description des espèces observées, quelques indications sur les gîtes de Hongaÿ, de Kébao et de Dong-Trieu, ainsi que sur le gîte de Nong-Sün dans l'Annam. Je ferai ensuite connaître les différentes espèces de plantes fossiles ainsi que les très rares fossiles animaux dont j'ai constaté la présence dans cette formation charbonneuse du Bas-Tonkin ou de l’Annam, et J'examinerai, en terminant, les conclusions qu'on peut tirer de l'étude de la flore pour la détermination du niveau géologique de ces couches de charbon ainsi que de l’âge relatif des différents faisceaux reconnus.

La deuxième partie du travail, consacrée au bassin tertiaire de Yen-Baï, comprendra de même un résumé des principales données acquises sur ce bassin, suivi de la description des espèces observées,

et de l'examen des indications qu'elles fournissent relativement à l'âge des dépôts charbonneux qui y ont été explorés.

Les diverses localités que je viens de citer, soit du Bas-Tonkin ou de l'Annam, soit de la région supérieure du Fleuve Rouge, ne sont pas, sans doute, les seules de lIndo-Chine où l’on ait signalé la présence du charbon : au Laos, M. Counillon a reconnu Ü), dans la vallée du Nam-Chane, près de Luang-Prabang, une couche charbonneuse couronnant un système de bancs de grauwacke qu'il rapporte au Permien et dans lequel il serait disposé à voir l'équivalent du Raniganj Group du Permo-trias de l'Inde; la présence du charbon aurait été en outre constatée, d’une part, à Pha-Bang, dans la haute vallée

du Se-Bang-Hien, affluent de rive gauche du Mékong, d'autre part,

sur les bords du Sé-Khong entre Attopeu et Don-Faï®); Fuchs avait également parlé d'un bassin houiller situé en aval de Bassac ©), dans la vallée du Mékong, confirmée, car les derniers renseignements sur les richesses minérales

mais l'existence ne paraît pas en avoir été

du Laos n'en font plus aucune mention.

En Annam, le charbon a été signalé à Dien-Chau, dans la province de Ha-Tinh, sur la rive droite du Son-Ca. On a reconnu en outre, au Nord-Nord-Ouest et non loin de Nong-Sôn, à Vinh-Phuoc, sur la rive gauche du Song-Vu-Gia, à 29 kilomètres environ à l'Ouest de Quang-Nam, un gite de charbon, sur lequel, dans une note toute récente), M. Monod a appelé l'attention, comme renfermant de la houille grasse à près de 35 p. 109 de matières volatiles; M. Counillon y a recueilli, paraît-il, des fossiles liasiques, ce qui donne à penser qu'il s'agirait là, malgré la différence de nature des charbons, d'une formation contemporaine, au moins à peu de chose près,

9 Counillon, Documents pour servir à l'étude géologique des environs de Luang-Prabang (C. R. Acad. Sc., CXXIIT, p. 1330-1333).

® Counillon, Les mines du Haut-Laos (Bull. écon. de l'Indo-Chine, n° 4, p.111; n°8, p. 260).

® Fuchs, Annales des mines, 2° vol. de 1882, p. 211, pl. VI.

(® L. Pelatan, Les richesses minérales des colonies françaises (Revue univ. des Mines, LV, p. 12). ® G.-H. Monod, Notice sur les gisements de charbon en Indo-Chine, p. 12-15.

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de celle de Nong-Sôn; mais on ne sait rien des relations stratigraphiques existant entre ces deux gîtes.

Enfin, au Tonkin, on a indiqué la présence de dépôts de combustibles minéraux sur différents points : au voisinage de Cao-Bang!, à Loc-Binh et Dong-But près de Lang-Sôn®, à Cho-Ganh dans la province de Ninh-Binh°), à Thaï-Nguyen, et autour de Lao- Kay].

M. Leclère, notamment, a relevé), d'une part, au Nord-Est de Lao-Kay, des affleurements de schiste charbonneux qu'il rapporte au Carbonifère inférieur, mais que M. Monod regarde plutôt comme des veines de graphite dans des schistes anciens, d'autre part, à Lang- Hang, un peu en amont de la même ville, des veinules de charbon intercalées au milieu de sables et d’argiles tertiaires; et à Trinh- Thuong, au Nord-Ouest de Lao-Kay, des schistes charbonneux compris dans une formation détritique vraisemblablement tertiaire. Mais sur aucun de ces points il n'a été récolté d'empreintes végétales, et il ne saurait, par conséquent, être plus amplement question ici de ces différents gisements.

Je dois cependant mentionner quelques échantillons qui m'ont été envoyés par M. Sarran comme provenant de Loc-Binh, sur la rive droite du Song-Ki-Kong, à une douzaine de kilomètres en amont de Lang-Sôn, au pied du mont Mau-Son; ils comprennent, avec des plaquettes de lignite, des empreintes, malheureusement très fragmentaires, de feuilles de Dicotylédones, qui paraissent assimilables à quelques-unes de celles de Yen-Baï et donnent ainsi à penser qu'il s'agit là d'un gisement tertiaire; la couche de lignite reconnue en ce

(Mouvement de la statistique minière au Tonkin ( Ball. écon. de l'Indo-Chine , n° 28, p. 502).

® G.-H. Monod, Les charbonnages du Tonkin (Ibid., n° 1, P- 9)-

® Les concessions agricoles et minières dans la province de Ninh-Binh (Ibid., n° 28, p. 590).

® G.-H. Monod, Les charbonnages du Tonkin (Ibid., n° 1, P- 9)

® Voir, à la fin du volume, la carte générale du Tonkin, PI. A.

® A. Leclère, Annales des Mines, 9° série, XX, p. 333-336.

® G.-H. Monod, Rapport à M. le Gouverneur général sur la question des charbons du Haut Tonkin

{ Bull. écon. de l'Indo-Chine, n° 3, p. 94).

point n’a d’ailleurs que 20 centimètres d'épaisseur et n’a, par conséquent, pas d'importance industrielle.

Je signalerai en outre un fragment de tige recueilli par M. Beauverie dans la vallée du Song-Chay, à 2 kilomètres en amont de Phu- Doan, et qui présente de fines côtes longitudinales avec une apparence d'articulation; je serais assez porté à croire qu'on a affaire là à une tige de Schizoneura Carrerei, ce qui assimilerait le terrain d'où provient cette empreinte à la formation charbonneuse de Hongaÿ et Kébao; l'échantillon est toutefois trop imparfait pour permettre une conclusion positive, mais 11 m'a paru néanmoins qu'il méritait d'être signalé.

grande distance de sa

frontière septentrionale, M. Leclère a recueilli, dans quelques-uns des

En dehors du Tonkin, et à plus ou moins

gites de charbon visités par lui au cours de sa mission dans le Sud de la Chine, en particulier à Taï-Pin-Tehang, près de la limite commune entre le Yun-Nan et le Se-Tchouen, des empreintes végétales nombreuses et bien conservées, dont j'ai pu reconnaître l'identité avec celles du Bas-Tonkin; bien que j'en aie déjà, dans une note succincte! donné lénumération, elles m'ont paru offrir assez d'intérêt pour mériter d'être décrites et figurées, étant donné surtout qu'elles comprennent quelques formes spécifiques qui n'ont, jusqu'ici, pas été observées dans les formations similaires du Tonkin, mais dont l'absence, dans la flore fossile de notre colonie, n'est vraisemblablement que provisoire. Je leur consacrerai donc la troisième et dernière partie du présent travail.

® Comptes rendus de l’Academie des sciences, CXXX, p. 186-188, 22 janvier 1900.

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plie

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