‹ Flore médicale (volume 2)Chapitre 1 sur 73 · Flore médicale · texte numérisé non relu

Flore médicale

Les observations des voyageurs, les recherches des naturalistes ne nous ont point encore fait connaître exactement le végétal qui fournit le baume du Pérou. Il semblerait pourtant que Linné fils aurait dû en déterminer parfaitement les caractères botaniques , d’après un échantillon garni de feuilles et de fleurs, que lui avait envoyé le célèbre Mutis. M. Turpin juge la description du myroxylon peruiferum inexacte, en ce que Linné lui assigne des feuilles aiïlées sans impaire ; il ajoute que, les folioles se détachant communément dans les herbiers, on aura pu se tromper en recomposant les feuilles. M. Lamarck indique une autre différence; il observe que, la gousse du myroxylon peruiferum n'étant point portée sur un long pédoncule , il doit être rapporté au myrospermum frutescens , et non au pedicellatum. Cependant, comme M. Turpin à figuré ce dernier, qu'il croit être le vrai baumier du Pérou, je vais décrire cette espèce, en prévenant toutefois que je regarde comme très-incertain ce qui aux yeux de mon habile coilaborateur est en quelque sorte une vérité démontrée. |

Nous devons au docteur Joseph de Jussieu des renseignemens complets sur le myrosperme pédicellé, qui croît naturellement au Pérou ; les habitans de ce pays le nomment quina-quina, et les Espagnols saumerio. C’est un grand arbre, dont le tronc, garni de nombreux rameaux et couvert d’une écorce cendrée, acquiert jusqu'à deux pieds de diamètre. Son bois, très-dur , est blanchâtre dans les couches extérieures, tandis qu’à l’intérieur il est d’un ronge obscur tirant sur le noir. — Les feuilles sont alternes, ailées avec une

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BAUMIER DU PÉROU.

impaire , composées de sept à quinze folioles ovales, entières, quelques-unes un peu pointues, mais la plupart légèrement échancrées au sommet. Ces folioles sont alternes, soutenues par de courts pétioles , vertes, fermes , coriaces, relevées en dessous d’une côte médiane saillante, de laquelle naissent latéralement des nervures grèles, obliques, parallèles, peu sensibles. — Les fleurs sont pédicellées, nombreuses, disposées sur les rameaux en jolis épis droits, longs d'environ six pouces. Chaque fleur offre : un calice campanulé, pubescent , dont le bord est armé de cinq dents peu proéminentes; une corolle blanche, papilionacée, composée de cinq pétales, dont lun, plus ample et presque cordiforme, représente l’étendard, deux autres figurent les ailes, et les deux derniers, connivens par leur bord postérieur , forment la carène ; dix étamines, dont les filamens libres portent des anthères jaunes, droites, oblongues, biloculaires; un ovaire supérieur, pédiculé, surmonté d’un style et d’un stigmate, lesquels figurent une faucille à pointe très-acérée. — Le fruit est une gousse oblongue, comprimée, obtuse, mucronée supérieurement, élevée du fond du calice sur un pédicule de quatre à six lignes : cette gousse est mince, glabre, jaunâtre , longue de deux à quatre pouces, ayant au sommet un renflement ovale, rugueux, qui ne renferme qu'une seule graine, fauve, presque réniforme.

La dureté considérable du bois de myrosperme le rend très-propre à la construction des édifices, des moulins à sucre et généralement des ouvrages de charpente. Jussieu et Lamarck, qui nous transmettent ces renseignemens’, ne disent point que l'écorce soit imprégnée du suc résineux balsamique , qui selon les pharmacologistes distille du baumier du Pérou?. Dans le myrosperme, au contraire, c'est la graine qui contient le baume; l'arbre doit même son nom à cette particularité 3. Ainsi nous ne possédons, comme je lai déjà observé, que des notions très-insuffisantes , très-incomplètes sur le

» Encyclopédie methodique : Botanique , tome 1v, page 192. ? Geoffroy, Traité de la matière médicale, tome 111 (1743), page 389. Goulin, Dictionnaire reisonné-universel de matière médicale, tome 1(4773), page 48.

Fourcroy, dans l'Encyclopédie méthodique : Médecine, tome m1, page 645$. * Mupev, parfum, baume; oxeeux, graine, semence ; pupoomepuey, graine parfumée, graine embaumée.

BAUMIER DU PEROU.

végétal qui produit le baume du Pérou, et sur la manière d’en reurer ce suc aromatique. La plupart des auteurs s'accordent à dire qu'on suit les mêmes procédés que pour l’exiraction du baume de la Mecque. Je ne répèterai point ici l’'énumération de ces procédés, que j'ai soigneusement détaillés en décrivant le balsamier, amyrts opobalsamum.

Les sophistications par lesquelles on dénature le baume de la Mecque s’exercent peut-être plus fréquemment encore sur celui du Pérou, en sorte que nous l’obtenons très-rarement vrerge. Le commerce nous en offre deux espèces ou variétés, distinguées et dénommées d’après leur couleur :

1°. Le baume du Pérou blanc, est le plus pur, le plus précieux , le plus rare. Il exhale une odeur suave qui se rapproche beancoup de celle du benjoin. Plus limpide et moins consistant que la térébenthine, il s'épaissit , se durcit , et constitue alors, dit-on , le baume du Pérou sec, ou baume en coque".

Le baume du Pérou noir, ou plutôt brun , est plus épais que le blanc, inflammable comme lui, et d’une odeur très-analogue à celle de la vanille.

Ces deux sortes de baumes déposent au fond des vases où ils ont été long-temps renfermés, et fournissent , par la distillation, des cristaux qui ne diffèrent pas sensiblement des fleurs de benjoin; ils se combinent facilement à l’alcool et aux huiles essentielles , refusent de se mêler aux huiles grasses, et ne s'unissent à l’eau que par l’intermède d’un mucilage ou d’un jaune d'œuf. |

La saveur du baume du Pérou est piquante, aromatique; ses vertus, célébrées jadis avec enthousiasme, sont à peine mentionnées par les thérapeutistes modernes. Il a été prodigieusement vanté par Hernandez, Monardes, Pison; Kirkland prétend avoir calmé des convulsions terribles, et Van Swieten avoir guéri des coliques extrêmement violentes, en administrant le baume du Pérou, joint au sucre, à la dose d’un demi-gros, et même d’un gros, répétée plusieurs fois par jour, et continuée pendant un certain temps. Hofimann surtout s’est montré le panégyriste outré de ce suc balsa-

: D'autres croient avec plus de vraisemblance que le baume en coque est une substance particulière, zaturellement jaune dorée, sèche et cassante.

BAUMIER DU PÉROU.

mique; il le recommande dans une foule d’affections variées ; c'est, à l’en croire, un excellent stomachique , un merveilleux cordial, un puissant béchique, et même un antiphthisique ; il convient parfaitement aux maladies de la poitrine et des voies urinaires; il possède le rare avantage de réunir et de consolider les plaies récentes sans suppuration et sans cicatrice ! Quel dommage de ne retrouver ces admirables propriétés que dans l’imagination exaltée du célèbre professeur de Halle!

Parmi les préparations pharmaceutiques dans lesquelles entre Île baume du Pérou, il suffira de citer le sirop balsamique de Frédéric Hofmann , les pilules balsamiques de Morton, le baume de Locatelli, le baume apoplectique, l’emplâtre stomachique de Tacamahaca, l’essence de benjoin composée.

#ormANN (rrédéric), De balsamo peruviano, Diss. med. inaug. resp. Imman. Lehmann ; in-4°. Halæ, 12 Janv. 1703. — Id. 1706, etc.

LEHMANN (sean-chrétien), De balsamo peruviano nigro, Diss. inaug. resp. Sigism. Schmieder ; in-4°. Lipsiæ, 1707.

#aDLEy (uenri), De balsamo peruviano , in-4°. Lugduni Batavorum, 1718.

EXPLICATION DE LA PLANCHE. (La plante est de grandeur naturelle.) — x. Calice cotonneux, campanulé, quinquédenté , duquel on voit sortir l’ovaire pédiculé, courbe en faucille, et dix étamines libres entre elles, insérees intérieurement et au bas du calice. — 2. Calice ouvert dans lequel von voit l’étendard qui est grand et échancré au sommet, plus quatre autres pétales, dont les deux plus voisins de l’étendard remplissent le rôle d’ailes, et les plus éloignés celui de carène; ces pétales sont blancs. — 3. Fruit ou légume monosperme , pédiculé, et garni d’une aile membraneuse dans toute sa longueur ; il est représenté de grandeur naturelle, — 4. Partie inférieure du même fruit, dont on a enlevé une valve, afin de mettre à découvert la graine. Celte graine est remplie d’un suc résineux qui paraît ne différer en rien du baume du Pérou des boutiques.

Observation. La plante décrite par Linné fils, sous le nomde myroxylon peruiferum , n'a jamais été figurée, et n’existe dans aucun des nombreux herbiers que j'ai visités. Celle que j'ai représentée se trouve dans l’herbier du Pérou de M. Joseph de Jussieu, oncle du célèbre Antoine Laurent de Jussieu, qui a bien voulu me la communiquer.

Go.

TurpinrL , ZLarmberl J' sel

BIECCABUNGA.

BECCABUNG A.

Gone US avæyanne erud'pæ, C.

ANAGALLIS AQUATICA MAJOR , FOLIO SUBROTUNDO ; Bauhin, Iivæ£ , lib. 7, sect. 1.

VERONICA AQUATICA MAJOR, FOLIO SUBROTUNDO ; Tournefort, clas. 2, LAINE AS SAS infondibuliformes.

VERONICA BECCABUNGA , racemis lateralibus, foliis ovatis planis, caule repente ; Linné, clas. 2, disandrie monogynie; — Jussieu, clas. 8, ord. 2 , pédiculaires.

Ttalheni Sister ANAGALLIDE AQUATICA ; BECCABUNGIA.

Espagnol... ... :. BECABUNGA.

Français... ... ... BECCABUNGA; BECCABONGA ; VÉRONIQUE AQUATIQUE, Gilibert; VÉRONTQUE CRESSONNÉE , Lamarck.

ARSLALS A EN TEN BROOKLIME ; GREATER WATER SPEEDWELL.

Allemand... ..... BACHBUNGEN ; WASSERBUNGEN ; BACHBONEN.

Hollandais. . . . ... BEEKEBOOM.

Ox trouve cette plante vivace sur le bord des ruisseaux et des fontaines, quelquefois même plongée dans leur onde limpide. Elle habite à la fois les ardentes régions de l’Afrique, le climat tempéré de la France, et les froides contrées de la Lithuanie.

La racine est blanche verdâtre, fibreuse, traçante. — [La tige cylindrique, couchée, rougeâtre et stolonifère inférieurement, se redresse ensuite, prend une teinte verte, et parvient jusqu'à la hauteur de huit à douze pouces. — Les feuilles , opposées, soutenues par de courts pétioles, sont ovales, glabres, un peu charnues, denticulées à leur contour. — Les fleurs sont disposées en grappes latérales axillaires étalées.

Chaque fleur, portée sur un pédicelle très-grêle et garni à la base de deux bractées étroites , présente : un calice persistant, à quatre divisions ; une corolle bleue monopétale en roue, dont le limbe est partagé en quatre lobes ovales ; deux étamines insérées au tube court de la corolle, et dont les filamens sont terminés par des anthères oblongues, subsagittées; un ovaire supérieur, comprimé latéralement, surmonté d’un style filiforme , et d’un stigmate simple, comme tronqué. — Le fruit est une capsule presque cordiforme, à deux loges, renfermant beaucoup de petites graines arrondies et noirâtres.

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BECCABUNG:A.

Pierre Foreest, Herman Boerhaave, Simon Pauli, Rodolphe Augustin Vogel, célèbrent à lenvi les propriétés du beccabunga. Le prudent Murray n’ajoute pas grande confiance aux vertus de cette plante, et plusieurs thérapeutistes modernes lui accordent, pour ainsi dire, à regret une place parmi les substances médicamenteuses2. Je partageais cette dernière opinion; le beccabunga ; que j'avais constamment trouvé sans odeur et presque sans saveur, me semblait pouvoir être banni des officines pharmaceutiques; je pensais qu'il figurerait mieux sur nos tables, où il se mange cru et cuit, de même que le pourpier, le cresson et les épinards; enfin je le rangeais, avec Willemet, au nombre des plantes fourragères. Les observations du docteur Guersent tendent à rétablir la réputation vacillänte du beccabunga.

« Dès le premier printemps, lorsqu'il commence à pousser, et vers la fin de l’été pendant la fructification, le beccabunga est seulement aqueux ou astringent et peu sapide; mais lorsque la plante est développée et prête à fleurir , elle offre dans toutes ses parties une saveur légèrement acerbe et amère, puis àâcre et piquante comme celle du cresson , d’où lui est venu le nom de véronique cressonhëe. Ces qualités physiques sont beaucoup plus prononcées dans les plañtes qui croissent sur le bord des ruisseaux et exposées au soleil, que sur les individus qui plongent en entier dans l’eau et qui végètent à l'ombre. Quelle que soit au reste son exposition, le beccabünga à bien moins d’analogie, sous lé rapport médical, avec les véroniques qu'avec la famille des crucifères; 1l lui appartient par son printipe huileux, piquant et volaul, et il ne diffère des autres plantes de cette même famille que parce qu'il est moins âcre et un peu astringent : c’est par cette raison qu'on le préfère quelquefois à des stimulans plus actifs, lorsqu'on craint qu'ils ne portent trop d'irritation el de chaleur, et qu’alors on l’ajoute aux sucs des crucifères, pour en modérer les effets. Le beccabunga agit néanmoins de la même manière que ces végétaux quon désigne en général sous le nom d'antiscorbutiques , quoiqu'il ne paraisse pas posséder plus particu-

* Titubare incipit hujus herbæ laus, nec immerito. Apparat. medic., tome 11 (1794), page 247.

? Cullen, Swediaur, Schwilgué, Peyrilhe.

BECCABUNG:A.

lièrement cet avantage que beaucoup d’autres. C’est à cause de ses propriétés excitantes et légèrement toniques qu’il convient dans certaines affections dartreuses et scorbutiques; il a paru être utile aussi dans quelques espèces de phthisie pulmonaire et dans des engorgemens atoniques des viscères abdominaux , qui avaient succédé à la goutte irrégulière’. » SA

On recommande le beccabunga pilé pour mondifier les ulcères de mauvaise nature, dissiper les engorgemens hémorrhoïdaux , guérir les panaris et les brûlures? Intérieurement on administre pour l’ordinaire le suc exprimé à la dose de deux à quatre onces, soit seul, soit mêlé à ceux de cresson, de cochléaria , soit uni au lait ou au petit-lait. La conserve et le sirop de beccabunga sont aujourd’hui complètement abandonnés.

* Dictionnaire des Sciences médicales, tome 117, page 66. 2 Wirremer, Phytographie encyclopédique, tome 1 (1806), page 20.

EXPLICATION DE LA PLANCHE, (La plante est de grandeur naturelle.) — 1. Fleur

entière. — 2. Corolle ouverte pour faire voir l'insertion des deux étamines, — 3. Calice et pistil. — 4. Fruit, — 5. Le même grossi, coupé horizontalement, — 6, Graines de grosseur naturelle. — 5. Graine isolée et grossie.

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GC EEE œTpuyvos maimos, Dioscorides.

SOLANUM FURIOSUM ; Vulg.

SOLANUM ehæyoxspæcoc; Bauhin, IsvaË, lib. 5, sect. r. BELLADONA MAJORIBUS FOLIIS ET FLORIBUS; Tournefort, clas. 1, cam-

Eat ME EN PNR paniformes.

ATROPA BELLADONNA, caule herbaceo, foliis ovatis, integris; Linné, clas. 5, pentandrie monogynie; — Jussieu, clas. 8, ord. 8, so- | lanées.

TOGUER RENNES, EAN, BELLADONNA.

Espagnol... ...... BELLADAMA, Ortega.

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