‹ Flore médicale (volume 2)Chapitre 24 sur 73 · BUGLE · texte numérisé non relu

BUGLE

Plus on examine les faibles qualités physiques de la bugle, et plus on est étonné de la voir occuper une place éminente dans les anciennes pharmacologies. Ettmuller et Rivière la croyaient propre à guérir la phthisie pulmonaire et l’esquinancie ; Camerarius et Dodoens la prescrivaient contre les obstructions du foie; Mauchart la faisait entrer dans son eau viscérale. Elle a été recommandée, dit Fourcroy, dans les hémorrhagies, le crachement de sang, les pertes, les dysenteries , et le nom de petite consoude lui a été donné parce qu'on la jugeait capable de souder , pour ainsi dire, les blessures des vaisseaux sanguins. On appliquait aussi ses feuilles hachées sur les ulcères, les coupures, les contusions; elles étaient un des ingrédiens de l’eau d’arquebusade ; enfin , la propriété vulnéraire de cette plante était en quelque sorte consacrée par un proverbe pitoyable. Soumise à des observations plus exactes, la bugle a perdu de nos jours toute sa renommée. En effet, loin d’avoir droit à quelque prééminence, elle ne partage pas même les vertus des labiées les plus vulgaires. Son eau distillée ne vaut pas l’eau commune, dit Gilbert , et ce vulnéraire si vanté guérit uniquement les plaies que la nature seule conduirait très-bien à cicatrice.

Brugmans classe la bugle parmi les plantes nuisibles aux prés : les moutons et les chèvres la broutent ; elle est négligée par les chevaux et les cochons.

Les Italiens, dit Willemet, mangent au printemps les jeunes pousses et les racines de la bugle en salade. :

Ce n’est point la bugle rampante, mais bien la pyramidale, qui figure dans les pharmacologies de Linné, de Bergius, de Peyrilhe. Ces trois thérapeutistes n’ont signalé cette labiée que pour la déclarer absolument inerte et superflue.

EXPLICATION DE LA PLANCHE. (La plante est de grandeur naturelle.) — x. Fleur entière de grandeur naturelle. — 2. La mème fendue longitudinalement, dans laquelle on voit à la base un ovaire quadrilobé, du centre duquel s’élève un style bifide au sommet, et quatre

étamines didynames insérées vers les deux tiers du tube de la corolle.

Lrpin 2.

BUGLOSE.

Grec NAN NT ayyouca; Hippocrate.

BUGLOSSUM ANGUSTIFOLLUM MAJIUS ; Bauhin, IL:v4£, Lib. 7, sect. 2 ; — Tournefort , clas. 2, érfundibuliformes, IAB EEE 'ENE 01e DT Dors QU nn 7 ANCHUSA OFFICINALIS, fo LS Lanceo atis , spicis imbricatis secundis rs Linné, clas. 5, pentandrie monogynie ; — Jussieu, clas. 8, ord. 9,

borraginées.

aliens ot 2 BU&LOSSA.

ESP OLA EUGLOSA.

Francais... BUGLOSE.

HR IQIS NE. ML CE BUGLOSS. TARN EMNONDRPE OCASENZUNGE, Hollandais. . . .... osseronc.

SUEAOIS NN OXTUNGA.

FauT-IL regarder comme deux espèces différentes la buglose officinale de Linné et celle de Lamarck, généralement confondues ? Tel est le sentiment de M. Poiret, qui signale les caractères distinctifs , et ajoute que la première est indigène du nord de l’Europe, tandis que la seconde croît abondamment par toute la France. Ce n'est point ici le lieu de discuter si les caractères énumérés par M. Poiret sont assez tranchés pour établir deux espèces, ou s'ils constituent seulement deux variétés; mais je dois faire observer que M. Turpin ayant, avec raison, dessiné la buglose officinale de Lamarck, qui est effectivement celle de nos pharmacies, c’est également l'espèce ou la variété dont je vais offrir la description.

La racine, grosse comme le doigt, est vivace, oblongue, rameuse, brune ou roussâtre , succulente. — La tige, qui s'élève à plus de deux pieds, est couverte de poils rudes et épais. — Les feuilles sont alternes, ovales aiguës , hérissées de poils écartés, qui naissent chacun d’un tubercule blanc très-dur. — « Les fleurs, qui passent de la couleur rouge à la bleue, sont disposées unilatéralement sur des épis géminés terminaux, roulés en queue de scorpion ?. » Chaque

= Encyclopédie méthodique : Botanique, supplément, tome 1, page 73. ? On connait une variété à fleurs blanches. (CE)

20° Livraison,

BUGLOSE.

fleur présente un calice oblong, persistant, monophylle, à cinq divisions profondes, étroites, linéaires; une corolle monopétale, dont le tube a son orifice garni de cinq écailles très-barbues, tandis que le limbe, ouvert en rosette, se partage en cinq découpures arrondies; cinq étamines courtes, alternes avec les écailles; un ovaire quadrilobé, du centre duquel s'élève un style filiforme terminé par un stigmate bilobé. — Le fruit consiste en quatre graines nues, ovoides, ridées, attachées au fond du calice.

La plus frappante analogie rapproche la buglose de la bourrache : le port des deux plantes est le même; la structure et la teinte des fleurs ont une grande ressemblance; les feuilles de l’une , comme celles de l’autre , ont été comparées, à cause de leur forme et de leur rudesse, à une langue de bœuf, et la similitude est ici tellement parfaite, que notre bourrache est précisément la buglose des anciens *. Les qualités physiques, les usages économiques, les propriétés médicinales, que j'ai déterminés en traitant de la première, se retrouvent complètement dans la seconde. Toutes deux sont imprégnées d’un suc visqueux très-abondant ; toutes deux recèlent une forte proportion de nitre; toutes deux sont employées dans divers pays à titre de plantes potagères ?; toutes deux, enfin, ont été dépouillées par les thérapeutistes modernes des vertus toniques, cordiales, exhilarantes , qui leur avaient été gratuitement accordées.

J'ajoute peu de confiance aux observations de Ladislas Bruz, sur l'efficacité de la teinture alcoolique des fleurs de buglose contre l’épilepsie.

M. Willemet a vu des poitrinaires soulagés par la racine de buglose confite au sucre : il dit que la fleur sert à la peinture, et que les feuilles bouillies dans l'eau avec de l’alun donnent une belle

couleur verte; il ajoute que la plante entière peut servir à la nourriture du bétailÿ.

2 Bouÿloocov; de Gouc, bœuf, et ÿ\ucca, langue. 2 [inné, Flora Suecica, n° 161.

3 Phytographie encyclopédique ; tome 1, page 172.

EXPLICATION DE LA PLANCHE. (La plante est de grandeur naturelle.) — x. Corolle ouverte dans laquelle on voit l’insertion des cinq étamines , et les cinq écailles velues qui leur sont alternes. — 2. Pistil composé d’un ovaire quadrilobé , du centre duquel sort le style qui

est terminé par un stigmate bilobé. — 3. Fruit : quatre graines renfermées dans le calice. — 4. Graine isolée.

Lipin JP).

Page 1