‹ Flore médicale (volume 2)Chapitre 60 sur 73 · ANS. 2 À +. CHERRY-TREE · texte numérisé non relu

ANS. 2 À +. CHERRY-TREE

Allemand... ...... Keiscnsaum.

Hollandais. MM) KERSEBOOM ; KARSSEBOOM. É

Wuedors. LL". .. KOERSBÆR.

Polonais. . . ...... wiss.

Tour le monde, dit Rozier, répète après les anciens, que l’Europe doit le cerisier à Lucullus, qui le transporta de Cérasonte à Rome, après avoir vaincu Mithridate. Son nom lui vient-il de cette ville, ou cette ville est-elle ainsi nommée parce qu'il croissait dans ses environs un grand nombre de cerisiers? Peut-être Lucullus n’apporta-til de Cérasonte que des greffes ou des arbres dont la qualité du fruit était supérieure à celle de cerisiers sauvages, qui ne fixaient pas l'attention des Romains. Il paraît que le type de presque toutes les, espèces de cerisiers aujourd'hui connues existait dans les Gaules, et ce type est le merisier‘.

L'opinion de Rozier, habilement développée par cet excellent agronome , éta yée de preuves nombreuses et concluantes, est presque généralement adoptée. Je devrais, en conséquence, faire ici l’histoire de ces trois plants sauvages, dont lun est la souche du gui-

gnier, l’autre celle du bigarreautier, et le troisième celle du griottier.

: Dutour, dans le Nouveau Dictionnaire d'Histoire naturelle ; 1803, tome 1v, page 223.

28e Livraison, 4.

CERISIER

Mais ces détails historiques, qui sont un des ornemens du Cours complet d'agriculture, seraient ici déplacés. Il me suffit de les avoir indiqués, et je passe à la description de la variété qui, sous le nom de cerisier de Montmorency, porte un fruit aussi beau que savoureux.

C'est un arbre de grandeur médiocre, dont la tige, droite, bien élancée, couronnée de nombreux rameaux , est revêlue d’une écorce grise à l'extérieur, rougeâtre en dedans, et qui se détache par bandes longitudinales. — Les feuilles sont alternes, pétiolées, avales-pointues, dentées en scie à leurs bords, glabres à leurs deux faces. —

Les fleurs sont latérales, blanches , soutenues par des pédoncules assez longs, souvent réunis en ombelle sur un pédoncule commun très-court, garnis à leur base de bractées trifides. Chaque fleur présente un calice inférieur, monophylle, campanulé, à cinq divisions concaves et caduques ; une corolle formée de cinq pétales obronds, ouverts en rose, insérés sûr le calice par les onglets; vingt à trente étamines, dont les filamens subulés se terminent par des anthères courtes et: bilobées ; un ovaire supérieur, duquel s'élève un style filiforme, surmonté d’un stigmate orbiculaire. — Le fruit est un drupe globuleux, d’abord vert, puis d’un rouge éclatant à mesure qu'il approche de la maturité, contenant, au milieu d’une enveloppe pulpeuse, un noyau sphéroïde, sillonné à ses bords, et à suture saillante.

Tout sol de nature calcaire et légère convient au cerisier; il ne se plait pas dans les expositions trop chaudes; les pays montagneux lui conviennent à merveille, et, sil y est plus tardif, son fruit est, en revanche, beaucoup plus parfumé. Cet arbre a conservé, malgré nos soins, son principe sauvage; il veut pousser à sa fantaisie; la serpette du jardinier cherche-t-elle à le contraindre, il dépérit et meurt promptement; il faut l’abandonner à la nature. La majeure parte des cerisiers se multiplie et se reproduit de noyaux ; la greffe, cependant, est préférable , plus expéditive et plus sûre.

Les usages économiques du cerisier sont extrêmement nombreux. Je vais les indiquer, et M. Dutour sera encore ici mon guide. Le merisier a son bois plus serré, plus dur que le cerisier ; il est recherché par les tourneurs, les ébénistes, et surtout par les luthiers, qui

LT

: Dutour, loc. cit.

CERISIER

le trouvent sonore. Dans certains cantons de la France, on fait avec les branches des échalas et des cerceaux. Les merises fournissent une nourriture saine aux habitans de divers cantons de la Suisse : ils en font beaucoup sécher, pour les manger en forme de soupe, cuites avec du pain, pendant l'hiver et le printemps; ils en préparent des compotes et de la tisane pour les malades. C'est par la distillation de ce fruit fermenté qu’on obtient le Aërschenwasser, avec lequel se fait presque tout le marasquin du commerce, par l'addition d’une quantité proportionnée d’eau et de sucre.

De toutes les variétés du cerisier, les griottes, et notamment celles de Montmorency, sont les plus salubres et les plus agréables. « Elles ont quelque chose de vineux, de sucré et d'acide, qui délecte et rafraichit puissamment ; elles sont amies de l’estomac, excitent l'appétit, favorisent l’évacuation de l'urine, tiennent le ventre libre’. » Elles conviennent à tous les tempéramens, modèrent la violence des fièvres inflammatoires et bilieuses, dissipent les embarras gastriques et les obstructions viscérales. La meilleure manière de les administrer aux fébricitans consiste à en exprimer le suc, que l’on délaie dans l’eau, et que l’on édulcore avec de la cassonade. Fernel cite plusieurs exemples de mélancoliques guéris par la décoction de cerises desséchées, et Vanswieten dit avoir vu des maniaques rendus à la raison après avoir mangé des quantités considérables de cet excellent fruit.

Tissot recommande l’infusion des queues de cerises pour calmer les catarrhes pulmonaires opiniâtres. Cette boisson est regardée par d’autres comme diurétique.

On fait avec les cerises un sirop, un rob, un vin délicieux, un ratafia très-recherché, des confitures très-délicates. Sèches, elles offrent, dans toutes les saisons, un aliment qui peut, au besoin, devenir la base de diverses compositions médicamenteuses.

On a proposé de substituer l'écorce de cerisier à celle de quinquina , et des prôneurs inconsidérés de nos remèdes indigènes ont fastueusement célébré les avantages de cette substitution. Mais l'illusion a été de courte durée, et cette confiance aveugle dans une substance presque inerte n’a jamais eu qu’un très-petit nombre de

* Macquart, dans l'Encyclopédie méthodique : Médecine ; tome 1v, page 564.

CERISTER.

partisans. L’écorce de cerisier, rejetée aujourd'hui des meilleures officines, se glisse frauduleusement dans celles des pharmaciens militaires, qui la mélangent à l'écorce péruvienne , et, trompant la religion du médecin, foulant aux pieds les lois de l’honneur, se jouent de la vie des braves, pour étancher la criminelle soif de or. J'ai mille fois été témoin de ces turpitudes à l’armée, car je n’ai que très-rarement eu le bonheur d'y voir le service pharmaceutique dirigé ou exécuté par des hommes qui, tels que les Bayen, les Parmentier, les Laubert , les Malatret , les Virey, les Lodibert, réunissent à des talens éminens la plus scrupuleuse probité.

Je suis très-persuadé que la gomme de cerisier peut, dans une foule de cas, remplacer la gomme arabique , et pourtant je n’admets point avec Thompson , Bodard , Gilibert, leur identité absolue. Des chimistes fort habiles ont beau soutenir que l’analyse découvre dans l’une et dans l’autre les mêmes principes constituans , je vois notre gomme indigène plus molle, plus pâteuse, plus opaque, tandis que celle d'Arabie est plus sèche, plus diaphane, plus brillante; je vois celle-ci fondre plus promptement et plus parfaitement dans l’eau, sans en troubler la limpidité : ces phénomènes ne diminuent point mon admiration pour {a chimie, et ne m’empêchent point de reconnaître qu’elle peut répandre des lumières sur la médecine. Toutefois les applications de cette science utile à l’art de guérir doivent être faites avec une sage réserve : je souris de pitié en lisant dans une hématologie, très-estimable d’ailleurs, qu’il n’existe pas une différence notable entre le sang d’un scorbutique et celui d’un individu frappé d’une violente phlegmasie, dévoré par une fièvre angioténique brûlante.

porreuss (vean-ceorge), Cerasologia medica; in-4°. Basileæ, 1717.

EXPLICATION DE LA PLANCHE. ( La plante est de grandeur naturelle.) — x. Fruit dont on a enlevé la moitié dela chair. — 2. Fleur entière. — 3, Calice et pistil.

Turpin PDP

Lambert T° 2/2

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