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CHÈVRE-FEUILLE
ovales, allongées, pointues, rétrécies à leur base, sont opposées et sessiles. — Les fleurs , grandes , rougeñtres en dehors, jaunâtres en dedans, sont disposées en jolis bouquets terminaux, qui sont épanouis durant toute la saison de l'été. Chaque fleur présente un calice supérieur petit et à cinq dents, une corolle monopétale, tubuleuse, dont le limbe est partagé en cinq découpures inégales, l’inférieure étant plus grande et plus ouverte que les autres; cinq étamines, dont les filamens portent des anthères oblongues ; un ovaire inférieur , arrondi, duquel s’élève un style couronné par un stigmate obtus. — Les fruits, agglomérés en manière de tête, sont des baies globuleuses , rouges, dont chacune contient, au milieu de sa pulpe, quatre ou cinq graines assez dures, aplaties d’un côté, convexes de l'autre.
Si Le chèvre-feuille de nos haies doit céder la première place, dans les jardins, à une espèce plus brillante et plus suave, il y figure encore d’une manière très-agréable au second rang. Toutefois, le mérite de ce charmant arbrisseau ne se borne point à servir d’ornement; il possède bien d’autres qualités, s’il faut en croire certains économistes et un grand nombre de médecins. La racine fournit, suivant Reuss, une couleur bleu-ciel, et Suckow dit que les jeunes branches peuvent aussi être employées dans l’art tinctorial. On fait, avec les tiges et les rameaux, des dents pour les herses, des peignes pour les tisserands, des tuyaux de pipes à fumer '. [’écorce a été proposée par Kænig et par Bœcler comme un sucorifique utile dans la goutte vague et la syphilis. Les feuilles, broutées par les vaches, les brebis et les chèvres, sont négligées par les chevaux. Schrœæder, Bæcler, Chomel, les prescrivent à l'extérieur et à l’intérieur; ils assu. rent que leur décoction est diurétique, et Gardane en compose un gargarisme dont il vante l'efficacité dans l’angine : pilées fraîches, et appliquées sur la peau , elles accélèrent, dit-on, la cure des exanthèmes qui la souillent. On ajoute que le suc exprimé de ces feuilles jouit des mêmes vertus. Quant aux fleurs, elles ont été célébrées
Bœcler, par exemple, voient dans le mot caprifolium l’empressement avec lequel les chèvres broutent les feuilles de cet arbrisseau. Quant à la dénomination générique , elle rappelle un célèbre naturaliste allemand du seizième siècle, Adam Lonicér.
4 Kops, Flora Batava.
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par Hofmann et Rondelet comme cordiales, céphaliques , anti-asthmatiques , et souveraines pour faciliter l'accouchement. On en préparait jadis une eau distillée, une huile par infusion , et un sirop que l’on supposait infaillible pour suspendre et dissiper le hoquet. Les fruits du chèvre-feuille n’ont point été oubliés par les thérapeutistes. Dioscorides a débité sur leurs propriétés merveilleuses des contes tellement absurdes, que je n'ose les répéter. Digérées en vaisseau clos, dans du fumier de cheval, ces baies se résolvent en une liqueur huïleuse, dans laquelle George Agricola voit un baume polychreste, auquel les plaies récentes les plus graves ne résistent jamais.
Que faut-il penser maintenant de ces éloges fastueux que lexpérience n'a point confirmés? c'est que les plus illustres médecins ont rarement su se préserver de l'erreur dans l'appréciation des drogues. Il est si facile, et parfois si doux de mettre les prestiges d’une imagination exaltée à la place d’un jugement froid et d’une saine observation !
Parmiles autres espèces de chèvre-feuille, je vais mentionner celles qui m'ont semblé se distinguer davantage par l'agrément qu’elles offrent ou par lutilité qu'on en retire.
1°. Le chèvre-feuille des jardins, ou d'Italie, lonicera caprifolium , L., est caractérisé par ses belles fleurs verticillées, sessiles , terminales, et par ses feuilles supérieures cohérentes et perfoliées. Sa tige n’est ordinairement qu'une souche ligneuse , qui pousse de nombreux rameaux cylindriques, lisses, colorés, très-flexibles, s’élevant assez pour garnir de hautes murailles, des palissades , des berceaux , des cabinets. On peut aussi le réduire en buisson, l’arrondir en tête, ou en faire des cordons et des haies. Placé au pied des arbres, dans les massifs ou les avenues, il monte et serpente autour de leur tronc, s’entrelace dans leurs branches, et retombe en formant des arcades et des guirlandes qui flattent la vue et l’odorat.
2°. Le chèvre-feuille du Chili, lozicera corymbosa , L., est un arbrisseau dont la tige uon sarmenteuse parvient à dix ou douze pieds, et dont la fleur n’a que quatre étamines. Les branches sont le principal ingrédient d’une teinture noire très-solide, qu’on prépare dans les Indes espagnoles.
3°. Le chèvre-feuille d'Arcadie, la dierville, onicera diervilla , L.,
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ne s'élève guère qu'à la hauteur de deux à trois pieds. Il doit à ses jolies fleurs jaunes la place que parfois on lui accorde dans les bosquets. Il y figure certainement mieux que dans la matière médicale, où il a été introduit par Linné, puis par Murray, sur la foi du voyageur Pierre Kalm, qui raconte les succès que les Américains septentrionaux obtiennent constamment de cette plante dans la dysurie, la blennorrhagie urétrale, et dans d’autres affections syphilitiques.
4°. Le chèvre-feuille de la Caroline, lonicera symphoricarpos, L., porte ses fruits réunis en tête, comme l’exprime sa dénomination spécifique. Il sert à la décoration des bosquets d'automne , et Willemet dit que les Américains font usage de ses jeunes branches réduites en poudre fine, contre les fièvres intermittentes.
5°, Le chèvre-feuille des buissons, lonicera xylosteum, T., croit dans presque toute l’Europe, à la hauteur de cinq ou six pieds. La dureté de son bois, désignée par l’épithète xylosteum, le rend propre à divers usages économiques. Les baies sont émétiques et purgatives. Les Russes tirent de ce végétal une huile qu’ils emploient intérieurement pour purifier le sang, guérir la vérole, le scorbut et la gale.
6°. Le chèvre-feuille des Alpes, lonicera alpigena, L., est garni de feuilles larges et très-longues. Les pédoncules, axillaires , portent chacun deux fleurs labiées, jaunâtres en dedans, purpurines en dehors, auxquelles succèdent deux baies réunies en une seule, rouge dans sa maturité, et chargée de deux points noirs. Ces baies, semblables à de petites cerises, jouissent de la faculié cathartique et vomitive.
Le chèvre-feuille bleu , lonicera cærulea, XL. , doit ce titre à la couleur bleuâtre de ses baies ovales, polyspermes, pleines d’un sue pourpre qui teint parfaitement et solidement les étoffes.
EXPLICATION DE LA PLANCHE. ( La plante est de grandeur naturelle.) — x. Pistil
et corolle ouverte, dans laquelle on voit l'insertion des cinq étamines. — 2. Tête de fruit de grosseur naturelle. — 3. Un fruit isolé, coupé horizontalement, afin de faire voir les quatre ou cinq graines qui se trouvent au milieu de sa pulpe. — 4. Graine grossie.