‹ Flore médicale (volume 3)Chapitre 28 sur 97 · ARS LL OS RAFKAKA · texte numérisé non relu

ARS LL OS RAFKAKA

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Les fruits désignés sous le nom de noix vomiques, ont été longtemps connus dans le commerce avant que l’on soit parvenu à recueillir des notions précises sur le végétal qui les produit. Rhéed est le premier qui découvrit dans l'Inde, décrivit et figura dans son Hortus maiabaricus (vol. 1, page 67, tab. 37), sous le nom de caniram , l'arbre auquel ils appartiennent. Linné en a formé le genre sérychnos , auquel il attribue, pour caractère essentiel, un calice à cinq, quelquefois quatre divisions; une corolle tubulée, un peu ventrue, à cinq lobes; autant d’étamines; un style; une baie globuleuse, à une seule loge recouverte d’une enveloppe crustacée et fragile; plusieurs semences attachées par leur centre, et logées dans une pulpe aqueuse.

Cet arbre est d’une grosseur médiocre; ses racines et son bois sont d'une très-grande amertume : ses branches se divisent en rameaux opposés, glabres, cylindriques, de couleur cendrée. — Les feuilles sont médiocrement pétiolées , opposées , glabres, coriaces , ovales, un peu arrondies, entières, à peine aiguës, pourvues de trois à cinq nervures. — Les fleurs sont disposées, vers l'extrémité des rameaux, en petits corymbes courts, pubescens. Les calices sont courts, à cinq dents aiguës; la corolle petite, blanchâtre; les divisions du limbe

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aiguës, réfléchies , plus courtes que le tube. — Les fruits sont globuleux, presque aussi gros qu’une orange, à une seule loge, contenant plusieurs semences placées dans une pulpe aqueuse.

Les semences de ce végétal, connues dans le commerce sous le nom de noix vomiques , sont plates, arrondies, et de la forme d’un bouton ; elles ont à peu près un demi-pouce de diamètre, et une ou deux lignes d'épaisseur. Leur couleur est grise, leur surface un peu laineuse, leur centre ombiliqué, et leur consistance dure et comme cornée. Elles sont inodores, et offrent une saveur amère, âcre, un peu nauséeuse. Les recherches chimiques de MM. Braconnot, Desportes, Chevreul, sur cette substance, ont singulièrement étendu et perfectionné son analyse. Ce dernier en a retiré de la gomme, une matière particulière de nature animale , et d’une amertume extrême , de l’huile fixe, et une matière colorante jaune. Mais il paraît que c’est à la substance amère que la noix vomique est essentiellement redevable de ses propriétés vénéneuses et médicinales.

Les Arabes, à qui on doit l'introduction des fruits du strychnos dans la matière médicale, ont les premiers reconnu la violence de leur action sur l’économie animale. Une foule d'observations faites sur l’homme , et de nombreuses expériences tentées sur les animaux depuis cette époque, ont etabli leurs propriétés délétères sur des faits incontestables. Matthiole, Fréd. Hoffmann , Wepfer , C.Gessner, Linné, Brunner, Lossius, de Heyde, Seutter, Sorbait, et plus récemment MM. Desportes, Magendie, Delille, Orfila, et autres observateurs, ont constaté que la noix vomique est funeste à l’homme, aux chiens , aux chats, aux loups, aux renards , aux fouines, aux lapins, aux poules, aux corneilles et aux grenouilles. Au bout d’un temps plus ou moins long, et quelquefois dans l’espace de quelques minutes, elle a constamment déterminé des convulsions partielles et générales , la raideur tétanique des membres et du tronc; quelquefois la suspension dé l’action des sens, une anxiété extrême, et presque toujours la mort. Ce dernier effet a également eu lieu, soït que la noix vomique ait été administrée en substance, en décoction, en infusion ou en extrait, soit qu’elle ait été directement ingérée, introduite dans le tissu cellulaire, injectée dans le rectum, dans la vessie, dans la plèvre ou dans le système nerveux. Wepfer dit avoir trouvé une inflammation gangréneuse de lestomac et de lintestin

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sur les cadavres de quelques animaux, victimes de cette substance vénéneuse. Toutefois, les observateurs que je viens de citer n’ont observé, à la suite de cet empoisonnement, aucune trace d’inflammation ni d’érosion sur les organes qui avaient été en contact immédiat avec le poison. De sorte qu'il paraît certain que la noix vomique est aussitôt absorbée, et qu'elle porte immédiatement son action irrilante sur le système nerveux, et en particulier sur Ja moelle épinière. Son extrait aqueux a paru agir avec une énergie plus grande que sa substance elle-même. Lorsque les vomitifs sont administrés promptement, ils peuvent, en faisant rejeter la noix vomique , prévenir les funestes effets de l’empoisonnement ; mais quand le poison a été absorbé, il n’y a point de moyen certain de guérison, quoiqu’on ait recommandé comme tels les acides et les spiritueux. Cette substance délétère , dont quinze grains, au rapport d'Hoffmann, ont suffi pour donner la mort à une fille de dix ans, constitue, comme on voit, un des poisons les plus redoutables pour l’espèce humaine, et réclame par conséquent la plus grande circonspection dans son usage. Toutefois, administrée avec prudence par des mains habiles, elle a souvent produit des résultats aussi avantageux qu inattendus dans le traitement de plusieurs maladies graves et rebelles. Sans doute il est impossible de croire, d’après le témoignage des Arabes , qu’une ou deux noix vomiques, prises chaque jour pendant deux années consécutives , préservent pour toujours des accidens qui suivent la morsure des serpens venimeux. L'efficacité que Fallope et C. Gessner veulent bien lui attribuer contre la peste, aurait besoin d'être constatée avant d’être admise. Mais on peut croire aux succès que Ludovic, Wédel, Buchner et Hartmann én ont obtenus, au rapport de Murray, contre les fièvres intermittentes, quand on réfléchit que la plupart des substances amères et âcres triomphent souvent de ces affections. Divers médecins semblent avoir constaté ses bons effets contre les vers intestinaux, et particulièrement contre les ascarides lombricoïdes. Dans cette vue, Schulz employait la raclure de noix vomique à la dose de dix grains, et Junghans, la teinture alcoolique de cette substance à la dose de cinquante gouttes. On en a tenté l'usage dans différentes affections nerveuses, telles que la manie, hystérie, lhypocondrie et lhydrophobie. La haute réputation , dont le fameux électuaire de Oro a joui autrefois contre

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la rage, était même entièrement due à la noix vomique qui en est la base. Spielmann et Murray rapportent que les Lapons s’en servent contre la colique : mais on ne détermine pas dans quelles espèces de coliques; et certes ce ne peut être ni dans les coliques bilieuses, ni dans les coliques stercorales, ni dans celles qui tiennent à l'embarras intestinal , ni, à plus forte raison, dans les coliques inflammatoires. Dans une épidémie de dysenteries, Hagstrom a administré cette substance irritante et âcre jusqu’à la dose d’un scrupule par jour à beaucoup de dysentériques, qui ont guéri malgré un. semblable moyen, et il en a conclu que la noix vomique avait une grande efficacité contre la dysenterie. Cependant , comme l’auteur laisse 19n0rer si la guérison de cette phlegmasie a été plus prompte sous l’emploi de la noix vomique qu’elle ne l’est ordinairement, nous sommes fondés à croire qu’elle n’a pas eu lieu avant le temps prescrit par la marche de la maladie, et naturellement conduits à nous en tenir à l'emploi des mucilagineux, dont l’expérience a confirmé les avantages dans cette affection. Si l’on doit reléguer au rang des fables l’efficacité prétendue de la noix vomique contre le venin des serpens et contre la peste, douter de ses succès dans la dysenterie ; ajourner son jugement sur ses propriétés fébrifuges et anthelmintiques , et être réservé sur son emploi contre les névroses et autre maladies, dans lesquelles elle a été plus ou moins préconisée, d’après les expériences cliniques de M. Fouquier, on ne peut révoquer en doute ses succès contre les paralysies essentielles, et ses avantages pour exciter l’action de la moelle épinière et des nerfs qui en partent. L’habile praticien que nous venons de citer, a administré l'extrait alcoolique de la noix vomique dans la paraplégie et lhémiplégie, d’abord à la dose de deux grains répétés deux ou trois fois par jour, ensuite à une dose un peu plus forte, et successivement jusqu'à vingt-quatre grains par jour. Il a vu bientôt des tressaillemens faibles et passagers, puis des contractions musculaires se manifester dans les parties paralysées, et peu à peu le mouvement volontaire s’y rétablir.

En substance, et sous forme pulvérulente, la noix vomique peut être administrée de cinq à quinze grains par jour, et même au delà, en augmentant peu à peu la dose. En décoction, on peut la donner de treize décigrammes à quatre grammes (un scrupule à un gros).

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La dose de sa teinture spiritueuse est de vingt-cinq à cinquante gouttes. Suivant la méthode de M. Fouquier, on doit administrer son extrait alcoolique de quatre à six grains par jour en plusieurs prises, et augmenter graduellement cette quantité d’un grain tous les deux ou trois jours , de manière à en donner jusqu’à un scrupule en vingt-quatre heures. L’extrait aqueux pourrait être pris de la même manière. La noix vomique fait partie de l’électuaire camphré et du trop fameux électuaire que nous avons indiqué plus haut, monstrueux et dégoûtant farrago , digne d’un éternel oubli, malgré sa réputation usurpée, et malgré les fastueux éloges qui ont été prodigués à ses merveilleuses vertus contre la manie, la rage, la peste, etc.

La noix vomique est très en usage pour empoisonner les chiens vagabonds, et pour détruire les loups, les renards et les fouines. Dans cette vue, on l’introduit dans des viandes ou autres substances alimentaires qui servent d’appât à ces animaux dévastateurs.

EXPLICATION DE LA PLANCHE. (La plante est réduite à la moitié de sa grandeur naturelle.) — x. Calice et pistil. — 2. Corolle ouverte pour faire voir qu’à l’orifice de son tube sont insérées cinq anthères. — 3. Graine entière. — 4. La même coupée en longueur, pour faire voir que l’embryon, dont la radicule regarde l’ombilic, est placé dans un périsperme corné. — 5. Fruit entier,

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