Livraison. " x 1e
ORCHIS
du milieu de la fleur s'élève une colonne qu'on regarde commedlés. style, et qui porte en même-temps les organes mâles et femelles; lé stigmate est convexe , placé en devant du style; le pollen distribué en deux paquets oblongs : une capsule allongée, à une loge, à trois valves, s’ouvrant par trois fentes longitudinales ; les semences petites et nombreuses. — L'orchis male a ses racines composées de deux tubercules entiers, ovales, arrondis, dominés par plusieurs fibres simples, allongées, un peu charnues. — Ses tiges sont droites, simples, glabres, cylindriques, charnues, longues d’environ un pied et: plus, garnies à leur moitié inférieure de quelques feuilles alternes, planes , oblongues , lancéolées, aiguës, quelquefois parsemées de taches noires , irrégulières. — Les fleurs sont grandes, purpurines, disposées en un bel épi terminal, un peu lâche, de trois à quatre pouces de long : le pétale inférieur est large, crénelé , à quatre lobes ; les deux du milieu plus longs que les latéraux; les autres pétales un peu aigus, réfléchis ; l’'éperon ohtus, presque droit.
Cette plante croît dans les prés et les bois. On trouve encore, aux mêmes lieux, plusieurs autres belles espèces d’erchis.
Les bulbes de cet orchis sont cueillies à la fin de l'année. Après les avoir privées de toute souillure , et les avoir soumises, pendant quelques minutes , à l’action de l’eau bouillante, on les suspend à un fil, à la manière des grains de chapelet, et on les expose à laction du soleil ou dans un four, pour les dessécher. Elles sont ensuite répandues dans le commerce, sous les noms de salep de Perse, ou de salap. Dans cet état, ce sont de petites bulbes d’une couleur paille demi-transparente, d’une consistance dure et comme cornée. Leur odeur, quoique très-faible, se rapproche un peu de celle du bouc; leur saveur est fade et mucilagineuse. Elles se ramollissentdans l’eau, et s’y dissolvent en partie. Lorsqu’elles ont été préalablement pulvérisées , elles donnent, à soixante fois leur poids de ce liquide, la consistance d’une gelée tremblante. Elles sont entièrement composées de mucilage et de fécule amilacée, et c'est à ces principes composans qu’elles doivent les propriétés nutritive, analeptique, restaurante, émolliente, adoucissante, incrassante, lubrifiante, dont elles ont été successivement décorées, et qu’elles partagent avec la gomme et autres substances mucilagineuses. D’après la grossière analogie qu’on a cru trouver entre ces bulbes, ordinairement géminées, et les tes-
ORCHIS
ticules, on a ridiculement préconisé leurs vertus aphrodisiaques. On assure même que cet orchis est en grand crédit, sous ce rapport, parmi les nations de l'Orient; mais comme ces peuples l’associent avee différens aromates, tels que le cinnamome, le castoréum, l'ambre, le ginseng, etc., les effets, qu'ils lui attribuent doivent être rapportés à ces différens stimulans. Si le salep seul excite l’action génitale et porte aux plaisirs de l'amour, ce ne peut être qu'en vertu de ses qualités éminemment nutritives , et alors il serait aphrodisiaque à la manière des œufs, des viandes et des fruits succulens, et autres substances alimentaires abondantes en principes assimilables. Je dois passer ici sous silence, comme entièrement imaginaires, les propriétés que les anciens avaient attribuées à l’orchis , contre la goutte , l’épilepsie et les palpitations de cœur. Il n’en est pas ainsi de ses qualités analeptique et adoucissante, en vertu desquelles il est employé avec le plus grand succès dans la plupart des maladies de consomption et d'irritation. Son usage est réellement très-utile dans le traitement des fièvres hectiques et des fièvres lentes nerveuses, dans celui des diarrhées et des dysenteries, soit aiguës, soit chroniques. Différens auteurs en ont recommandé, à juste titre, l'emploi contre les coliques et le ténesme, la néphrite et les affections calculeuses des reins et de la vessie, la strangurie et autres maladies des voies urinaires, où il est très-propre à soutenir les forces vitales, et à relarder les progrès de la colliquation et du marasme , qui sont inséparables de cette terrible maladie. On peut également l’administrer avec avantage dans l’hémoptysie et autres hémorrhagies, soit actives, soit passives , dans le cancer de l’utérus, dans la consomption dorsale, aux sujets épuisés par une longue abstinence, par des excès d’études , par de longs chagrins , par la pernicieuse habitude de l’onanisme et autres causes débilitantes. Les vieillards décrépits se trouvent également très-bien de son usage, qui est surtout d’une trèsgrande utilité dans le scorbut.
Le salep de Perse n'est pas moins digne de figurer parmi les alimens que parmi les médicamens ; il surpasse même en qualité nutritive la plupart des alimens tirés du règne végétal. Les Persans et les Turcks en font surtout un fréquent usage. Il est un de leurs mets favoris dans les festins. Ils en font provision, lorsqu'ils voyagent, pour rétablir leurs forces épuisées par la fatigue. Ils s’en servent
ORCHIS
pour restaurer les convalescens et les vieillards. Mais quelles que soient les propriétés nuiritives et analeptiques du salep, il ne peut faire des miracles, et ne peut s'opposer par conséquent au terme que la nature a assigné à notre existence, ni rétablir des forces épuisées par un long abus du coïit et des plaisirs les plus énervans. Suivant la judicieuse remarque de Murray, l'orchis, à cause de son peu de volume, et de la facilité de le conserver, serait un aliment extrêmement utile dans les voyages maritimes, dans les longues expéditions militaires , etc. Une once d’orchis pulvérisé et une onces de gelée animale, dissoutes dans quatre livres d’eau, suffisent pour bien nourrir un homme pendant vingt-quatre heures; de sorte que trois livres de chacune de ces substances peuvent nourrir un homme pendant un mois entier. Cet aliment a de plus l'avantage précieux de masquer ou de faire disparaître la saveur salée de l’eau de la mer, dont il peut ainsi permettre l’usage à bord des vaisseaux.
Exactement pulvérisé, le salep se donne en solution dans l’eau, le lait, le bouillon ou des jus de viandes, à la dose de quatre grammes (un gros) pour un kilogramme (deux livres) de liquide que l’on édulcore convenablement avec le sucre ou un sirop approprié , ou que l’on aromatise avec l’eau de fleurs d'oranger ou tout autre substance agréable. On peut donner à ce liquide la consistance d’une gelée que l’on administre par cuillerées de deux en deux heures. Le salep est associé aux huiles douces dans la préparation des loochs adoucissans. On le transforme en pâtes, en tablettes, en pastilles, en lunissant à une certaine quantité de sucre et de mucilage. On l'introduit dans la pâte du chocolat, pour rendre cette substance plus nourrissante. Les pharmaciens s’en servent quelquefois pour dissoudre les résines. j
Les bulbes de plusieurs espèces d’orchis indigènes jouissent absolument des mêmes propriétés que ceux de lorchis mascula. Tels sont, en particulier, ceux des orclus morto, latifolia maculata , bifolia et pyramidalis, qui sont substitués chaque jour, avec avantage, au salep de Perse.
EXPLICATION DE LA PLANCHE. {La plante est réduite aux deux tiers de sa sr
naturelle.) — +. Fleur entière de grandeur naturelle, vue de profil. — 2. Étamine et labelle. 3, Boîte anthérifère et masses de pollen.
Lambert Te seulp