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+ CORNE SONOBAR.
LE pin sauvage est un des plus communs. Il forme de vastes forêts sur la plupart des hautes montagnes de la France. Il croît également dans la Suisse, en Allemagne, en Suède, en Norwège et Jusque dans la Laponie. Le port de cet arbre varie selon la nature du sol dans lequel il se trouve. Dans les mauvais terrains, il est tors et rabougri; mais dans un sol et sous un climat favorables à sa végétation , il prend une belle forme et s'élève à une grande hauteur. S'il est isolé, il s'élève moins et pousse de la partie inférieure de son tronc de nombreux rameaux; mais lorsqu'il croît au milieu des autres arbres qui le pressent , son tronc s'élève droit ; il ne conserve de ses branches que celles de sa cime. — Ses feuilles, réunies deux à deux dans une même gaîne, sont dures, très-étroites , aiguës, un peu courbées en gouttière, d’un vert gai, un peu bleuâtre, longues d’environ deux pouces et plus, munies à la base de leur gaîne d’une petite écaille roussätre, dont les impressions, après sa chute, rendent les rameaux très-raboteux , de couleur grisätre ou cendrée. — Ses
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fleurs sont monoïques, réunies en chatons. Les fleurs mâles sont disposées en plusieurs petites grappes courtes, compactes, terminales, composées d’écailles imbriquées en spirale, dilatées à leur sommet, où elles portent deux anthères sessiles, à une seule loge. — Les chatons femelles sont simples , composés d’écailles imbriquées, aiguës, colorées, qui recouvrent deux ovaires à stigmates glanduleux. Après la fleuraison, les écailles intérieures s’agrandissent ; elles deviennent ligneuses, renflées en bosse ou en massue, anguleuses à leur sommet , qui est ombiliqué sur le dos. A la base de chaque écaille sont deux noix osseuses, monospermes, recouvertes d’une membrane qui se développe en forme d’aile. La réunion de ces semences et de leurs écailles forme un cône épais, conique, que l'en nomme vulgairement porime de pin.
Le pin rouge ou pin d'Écosse n’est qu une variété . précédent , dont le bois est rougeûtre, très-résineux.
Il croît encore en France ou en Europe plusieurs autres espèces de pin, telles que le pin à crochets des Pyrénées (pinus uncinata, Dec., F1. fr.), dont les écailles sont munies d’une pointe en crochet; le pin mugho; le laricio; le pin maritime ; le pin à pignons ; le cembro , etc.
Le suc résineux dont toutes les parties de ce végétal abondent, est gluant, visqueux, d’une odeur balsamique piquante et d’une saveur chaude , amère, un peu âcre. IL coule spontanément du tronc de l'arbre, et présente dans le commerce plusieurs variétés relatives aux procédés qu’on a employés pour l'obtenir. Pour lavoir en plus grande quantité au printemps et en automne, on fait au tronc du pin de longues et larges entailles, le long desquelles il coule jusqu’au pied de l'arbre, où il vient s’accumuler dans un trou qu'on à soin d’y pratiquer pour le recevoir. Alors il constitue la férébenthine brute , où commune, ou résine du pin; tandis que la partie de ce suc qui se concrète sur le tronc de l’arbre où elle reste collée, porte le nom de galipob, barras ou résine blanche. Outre la résine, dont elles sont essentiellement composées, ces deux matières, la première surtout, contiennent du mucilage et divers corps étrangers dont on les débarrasse par l'agitation dans l’eau et la filtration. Le produit de cette opération forme la poix jaune, poix de Bourgogne, ou résine Jaune. Cette variété de la résine du pin, beaucoup plus pure
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que la térébenthine brute, donne, par la distillation, l'huile essentielle de terebenthine , et pour résidu le colophone ou brat séc. Lorsque le pin ne fournit plus de résine spontanément, on le réduit en copeaux que l’on brûle dans un four conique, au bas duquel la résine, noircie et liquéfiée par la chaleur , vient se réunir et constituer le goudron , que l’on recoit dans des vases de terre, pour en faire les pains que l’on livre au commerce. Toutes ces variétés de la résine du pin, plus ou moins sèches, solides, fragiles, jaunâtres , ont une odeur spéciale, quoique faible , une saveur âcre et amère, contiennent beaucoup d'hydrogène et de carbone, et fournissent de Phuile et un peu de charbon. Lorsqu'on les brüle, ainsi que le bois du pin, l’épaisse fumée qui s’en exhale dépose sur les parois des appareils où elle est reçue, une poussière noire , légère, et insoluble dans l’eau, qui constitue le noir de fumée.
Les effets des différens produits du pin, sur l’économie animale, résultent de l’action tonique et excitante que son suc exerce sur les organes vivans. C'est ainsi que ses bourgeons et sa résine, qui sont spécialement employés en médecine , produisent, dans certains cas, une telle excitation sur le canal digestif, qu’il en résulte des vomissemens, la purgation et même l'expulsion des vers intestinaux. Mais leur action stimulante se manifeste bien plus souvent sur les autres appareils organiques. Tantôt, en effet , ils produisent des effets diurétiques ; tantôt, ils augmentent la transpiration cutanée; quelquefois ils activent l’exhalation bronchique, et favorisent ainsi l’expectoration ; d’autres fois ils agissent sur la tonicité des membranes muqueuses et diminuent les longs écoulemens muqueux dont elles sont le siège. De là les éloges exagérés qui leur ont été prodigués par divers auteurs, et les vertus tonique, diurétique, diaphorétique, incisive , béchique, détersive, vulnéraire, antiscorbutique , antipsorique, vermifuge, etc., dont ils ont été décorés. Toutefois , en admettant comme un fait incontestable la propriété tonique des produits de cet arbre résineux, il faut reconnaître que toutes ses autres propriétés sont purement relatives à l’état d’atonie des organes; qu'elles cessent d’avoir lieu dans tous les cas où il existe un état contraire, et que leur emploi ne peut être par conséquent que nuisible dans les maladies qui tiennent à l'irritation des erganes.
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Linné et Gmelin rapportent que les bourgeons du pin sylvestre sont employés en Sibérie contre le scorbut; Scopoli leur donne les plus grands éloges, et parmi nous on les emploie quelquefois dans les hôpitaux, contre cette affection. Cependant , comme on les adminisitre toujours en décoction dans le lait, le petit-lait, le vin ou la bière, ne peut-on pas rapporter à ces liquides au moins une partie des succès qu’on leur attribue? Ces mêmes bourgeons ont été préconisés en outre contre l'hydropisie, la leucophlegmatie, la goutte vague, les rhumatismes chroniques, et même contre la syphilis. Selon Murray, l'écorce, les feuilles et les sommités du pin jouiraient de la même puissance médicamenteuse que les bourgeons. Elles ont été quelquefois employées aux mêmes usages; mais on y a rarement recours.
A l'extérieur, la décoction de ces bourgeons a été recommandée en lotions contre la gale et autres maladies chroniques de la peau. On s’en est servi comme topique détersif, pour panser certains ulcères atoniques.
La térébenthine a été plus particulièrement connue comme un remède puissant, dans les affections catarrhales, et surtout dans la blennorrhagie et la leucorrhée chroniques ; quelques auteurs en ont même fortement recommandé l'usage dans le traitement de la diarrhée et de la dysenterie. Je ne puis croire qu'aux inconvéniens de son emploi dans ces dernières affections. Quant aux phlegmasies muqueuses des bronches et de l’appareil génital de l’un et de l’autre sexe, si elle peut y être quelquefois utile, lorsque l'écoulement persiste long-temps après la cessation de la douleur et de lirritation, chacun peut se convaincre journellement de létrange abus qu'en font, dans ces sortes d’écoulemens, au grand préjudice des malades, ces nuées de médicastres, de chiriatres et de guérisseurs titrés et sans titre, qui se jouent de la vie des hommes, en exerçant partout, avec audace, un art dont ils n’ont pas les plus légères notions. On l’administre quelquefois avec succès dans la goutte atonique, le rhumatisme chronique et l’asthme humide, chez les personnes faibles et d’une constitution lente et froide. On lui a attribué, en outre , la propriété de dissoudre les calculs biliaires. Mais cet effet n'est pas mieux constaté que l’efficacité qu’on s’est plu à luxaccorder contre la phthisie pulmonaire. Un médicament aussi excitant nous paraît
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plus propre à aggraver cette maladie , et à accélérer sa funeste terminaison, qu'à la guérir.
Les propriétés médicinales de la poix liquide ne paraissent pas différer sensiblement de celles de la térébenthine. Dès long-temps, au rapport de Murray, elle est en usage chez les peuples voisins du pôle, comme anthelmintique, surtout pour expulser le ténia. On l'a quelquefois administrée intérieurement comme moyen accessoire dans le traitement de la gale. Elle à été également préconisée contre le scorbut , les rhumatismes , et vantée contre les ulcères. Vers le milieu du siècle dernier, les éloges les plus pompeux furent prodigués à l'infusion aqueuse de cette substance, devenue fameuse sous le nom d'aqua picea. Par les efforts de l’évêque Berkeley, elle acquit une très-crande réputation contre diverses maladies, et fut particulièrement regardée comme le préservatif et le spécifique de la variole. Mais les progrès des sciences médicales ont fait justice de ce prétendu spécifique et des assertions fausses et erronées sur lesquelles fut fondée sa vogue éphémère.
La poix , ainsi que le goudron , n’est guère employée aujourd’hui qu’à l’extérieur. Comme elle contracte une forte adhérence avec la peau, et y détermine la rubéfaction, on l’emploie quelquefois sous forme d’emplâtre contre les rhumatismes, les douleurs ischiatiques et l’odontalgie. On l’applique, sous la même forme, à la cure des cors et des durillons, et au traitement de la teigne par l'avulsion des cheveux, procédé barbare que l'humanité réprouve autant que la saine thérapeutique. Son infusion dans l'eau a été employée en lotions au traitement de la gale.
La térébenthine, la poix, ainsi que les bourgeons du pin, paraissent devoir essentiellement leurs propriétés médicinales à l’huile essentielle qu’ils renferment et qu’on en retire par la distillation. Cette huile volatile est en effet le produit le plus actif du pin. On connait son action particulière sur les reins, au point qu'il suffit de traverser un appartement nouvellement peint avec un vernis dont cette substance fait partie, pour que la petite quantité qui en est absorbée communique à l’urine une forte odeur de violette. Aussi a-t-elle été généralement regardée comme un puissant diurétique, mais diurétique stimulant, et par conséquent impropre à favoriser la sécrétion de l’urine lorsque les reins sont enflammés ou
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siège d'une irritation quelconque. Quelques observateurs se sont bien trouvés de son emploi contre les accidens produits par la presence des concrétions biliaires; on lui a même attribué la propriété de dissoudre ces calculs. Cette huile essentielle fait la base des pilules auxquelles Durande attribuait de si bons effets dans cette affection. Mais les observations produites en sa faveur ne sont ni assez nombreuses, ni assez péremptoires, pour admettre définitivement leur efficacité. Dans ces dernières années, plusieurs médecins des États-Unis d'Amérique ont reconnu à l'huile essentielle de térébenthine, la faculté d'expulser le ténia. Sa propriété anthelmintique, contre ce ver, a été confirmée en Angleterre, à Genève et en France, par plusieurs observations. Mais, pour en obtenir cet effet vermifuge , il faut en administrer une beaucoup plus grande quantité qu’on ne le fait ordinairement. F
La colophane étant entièrement dépouillée d'huile volatile, à la-
quelle elle est unie dans la résine ou la térébenthine brute, n’a presque aucune action sur l’économie. Autrefois on lappliquait, sous forme pulvérulente, sur les plaies récentes, pour prévenir et arrêter ee des petits vaisseaux; mais les chirurgiens instruits ont renoncé à cette pratique.
Les bourgeons du pin desséchés se donnent en infusion où en décoction dans un liquide quelconque, de quatre à seize grammes (un à quatre gros), pour un litre de liquide. La dose de la térébenthine brute est d’un à seize grammes (environ un scrupule à quatre gros), incorporée dans un jaune d'œuf ou autre excipient convenable. L'huile essentielle de térébenthine, qu’on donne communément de cinq à dix gouttes , doit être portée à la dose de trentedeux grammes (une once), et même au delà, pour opérer l'effet du vermifuge. Les bourgeons servent à la composition de la bière sapinette du formulaire des hôpitaux militaires de France. La térébenthine, la poix et la colophane entrent dans la composition d’une foule de linimens d’onguens et d’emplâtres dont l'usage devient de plus en plus rare.
L’écorce intérieure du pin , réduite en poudre, est employée , en Laponie, à la nourriture des cochons. Les habitans de cette triste contrée la mêlent avec le poisson salé, et en font une espèce de pain grossier, dont ils se nourrissent dans les temps de disette. Le bois,
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très-durable , à cause de sa nature résineuse, sert à une foule d’usages techniques et économiques. On en fait des pieux, des mäts, des rames , des planches et des soliveaux. On le brûle avec avantage dans les cheminées, pour chauffer les appartemens. On en fait d’excellent charbon , et dans certains pays on en fabrique des copeaux qui répandent en brûlant une clarté assez vive pour éclairer les habitans des campagnes pendant les longues veillées d'hiver. La résine sert à la fabrication des cierges, des torches et des flambeaux ; on en compose même de petites chandelles pour l’usage des pauvres habitans des campagnes. Le goudron est d’un très-grand usage dans les arts. On l’étend en couches sur les bois, les cordages, les voiles et les agrès des vaisseaux, pour les préserver de l’humidité. Indispensable à la peinture, l'huile essentielle de térébenthine entre dans la composition de plusieurs vernis. Il en est de même du noir de fumée, qui est la base du cirage dont on se sert pour noircir et lustrer le cuir des bottes et des souliers. La colophane est employée par les musiciens pour frotter les cordes de leurs instrumens.
Plusieurs autres espèces de pin fournissent des produits entièrement analogues à ceux du pinus sylvestris. Tels sont le pinus picea, le pinus abies, le pinus larix, d’où l’on tire la térébenthine de Venise ; le pinus penea , si commun en Espagne, dont les cônes portent de petites noix allongées , lesquelles renferment des amandes blanches, dures , abondantes en fécule amilacée et en huile douce, et connues sous le nom de pignons doux. Ces semences émulsives sont employées aux mêmes usages économiques, diététiques et médicamenteux que les amandes douces, dont elles possèdent toutes les propriétés.
EXPLICATION DE LA PLANCHE, (La plante est de grandeur naturelle.) — 1. Fleurs femelles réunies en un chaton. — 2. Fleurs mâles en chaton composé. — 3. Fruit on cône d’un an. — 4. Fruit ou cône de deux ans, mûr. — 5. Écaille d’un chaton mâle, portant deux anthères. — 6. La même dont les anthères sont ouvertes. — 7. Écaïlle détachée d’un cône, vue en dedans , ayant à sa base deux fruits ailés. — 8. Fruit isolé, — 9. Graine.
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