‹ Flore médicale (volume 4)Chapitre 1 sur 63 · Flore médicale · texte numérisé non relu

Flore médicale

S: toutes les branches de l’histoire naturelle offrent un champ vaste et fertile aux méditations du philosophe, toutes ne présentent pas le même attrait. La minéralogie se compose de substances brutes, inanimées, dont létude est nécessairement froide et aride comme elles. La zoologie, au contraire, embrasse dans son immense domaine les corps doués éminemment de tous les attributs de la vie. L'homme lui-même, ce chef-d'œuvre de la création, fait partie du règne animal, que nous sommes tant intéressés à connaitre. Mais combien de difficultés viennent arrêter nos pas! combien de dégoûts viennent attiédir notre zèle! Il faut presque sans cesse toucher, disséquer les cadavres ; il faut respirer des miasmes putrides et dangereux : c’est au sein de la mort qu’on puise des lumières sur les phénomènes de la vie.

Aucun de ces obstacles n’envirônne l’étude de la botanique, et l’on peut dire à juste titre que cette science aimable offre, sous tous les rapports, à celui qui la cultive, une carrière semée de fleurs. La botanique réunit au degré le plus éminent lutile et l’agréable. Représentez-vous en effet un pays absolument privé de végétaux : ce pays, quoique situé dans un climat tempéré, sous un ciel pur, ne sera jamais qu'un sol inhospitalier, une terre déserte qui attristera la vuë, et dont tous les animaux s’éloigneront avec une sorte d'horreur. Mais recouvrez de plantes ce pays, et bientôt la scène sera complètement changée : ce sol inhospitalier va devenir un séjour plein de charmes; cette terre déserte va se peupler d’animaux de toute

- espèce, et l’homme industrieux y trouvera le moyen de satisfaire

tous ses besoins.

Dañs cette foule immense de végétaux répandus avec profusion à la Surface du globe, les uns nous donnent des racines, des feuilles, des fruits, propres à assouvir notre faim, à étancher notre soif, à

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cicatriser nos blessures, à calmer nos souffrances; les autres nous fournissent un abri tutélaire contre l’intempérie des saisons; ceux-ci charment notre vue par les fleurs brillantes dont ils sont ornés; ceuxlà exhalent un parfum délicieux. Quelques-uns, comme pour faire ombre au tableau, sont imprégnés de sucs corrosifs, laissent échapper des miasmes empoisonnés, menacent de la mort le téméraire qui oserait se reposer sous leur feuillage.

Ce n’est donc pas seulement la curiosité qui nous attire vers les plantes; l'intérêt de notre conservation nous impose la loi de les connaître. Aussi la botanique eut de tout temps des admirateurs , des historiens, et même des martyrs. |

Parmi les naturalistes de l’antiquité dont les écrits sont parvenus jusqu'à nous, le premier est Théophraste, qui a tracé l'histoire des plantes peu nombreuses connues de son temps. Quatre siècles après parut Dioscorides , qui considéra principalement les végétaux sous le rapport de leurs vertus médicinales. Columella ne fait guère mention que de ceux qui appartiennent à l’agriculture, dont il établit le premier les principes et les règles; enfin le laborieux compilateur Pline essaya d'analyser tout ce qu’on avait écrit avant lui. Si l’étendue de ses connaissances eût égalé son zèle, si une critique éclairée eût présidé à la rédaction de son Histoire du monde, nous possèderions l'Encyclopédie scientifique des Grecs et des Romains.

À des siècles de gloire succédèrent des siècles de honte. Toutes les connaissances humaines furent frappées d’un état de langueur , ou plutôt d’anéantissement. Si la botanique ne fut point à l’abri de ce coup fatal, on peut dire qu’une des premières elle se réveilla du long sommeil léthargique où elle avait été plongée; le nombre de ceux qui la cultivèrent s’accrut même d’une manière prodigieuse. On ne se borna point à étudier les plantes indigènes; on entreprit de longs voyages pour recueillir celles qui croissaient dans les pays lointains, et l’on rapporta de tous côtés une moisson abondante. Le domaine de Flore devint si vaste, qu'il fut désormais impossible à une seule personne de le parcourir tout entier. On sentit l'indispensable . nécessité de coordonner cette foule d'objets confondus jusqu'alors. Conrad Gesner, André Césalpin et Fabio Colonna partagent l’honneur d'avoir débrouillé ce chaos, et marché les premiers d’un pas sûr dans une carrière que depuis ont si glorieusement parcourue

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Tournefort, Linné, Adanson et Jussieu. Les avantages de cette distribution méthodique sont tels, qu'il est plus facile aujourd’hui de signaler un végétal au milieu de trente mille végétaux, qu’il ne l'était du temps de Théophraste, où le nombre des plantes connues ne s’élevait guère qu’à deux cents.

Tout l’empire de Flore étant ainsi divisé par familles, quelquesunes devinrent l’objet de prédilection de certains botanistes. Les cryptogames, quoique les moins brillantes, ont été cependant étudiées avec un soin extrême et une patience infatigable. Plumier , Bolton, Smith, ont fait des observations importantes sur les fougères; Dillen, Hedwig, Bridel, Necker, Swarz , Palisot de Bauvois, se sont plus spécialement occupés des mousses : Gmelin, Stackhouse, Hofmann, Dillwyn, Esper, Acharius, ont dirigé leurs recherches sur les algues; Michsli, Gleditsch, Tode, Batsch, Persoon , Bulliard, Paulet, ont fait des champignons l’objet de leur étude. Parmi ceux qui ont adopté la famille des graminées, la plus intéressante de toutes, on distingue Ray, Scheuchzer, Linné père et fils, Leers, Schreber, Koœæler, Host. Diverses autres familles ont donné naissance à des monographies plus où moins curieuses, plus ou moins utiles : telles sont celles de Le Francq de Berkhey sur les composées ; de Morison sur les ombellifères ; de Cranz sur les cruciformes; de Willemet sur les étoilées; de Medicus et de Cavanilles sur les monadelphes; de Decandolle sur les plantes grasses, etc.

La botanique doit ses principales richesses aux savans voyageurs qui ont publié le résultat de leurs herborisations souvent pénibles, et parfois pleines de dangers. Ceux-ci se sont attachés à faire connattre les plantes les plus rares; ceux-là ont décrit tous les végétaux des contrées qu’ils ont parcourues. Quelques-uns, sans franchir les limites de leur pays, ont également bien mérité de la science, en traçant la description des plantes exotiques conservées dans les herbiers ou cultivées dans nos jardins. Le Nouveau-Monde a été visité par une foule de naturalistes qui nous ont exposé le tableau de ses productions végétales : ici viennent se présenter les noms de Plumier, de Feuillée, de Sloane, de Clayton, de Catesby, de Hernandez, de Brown, de Fusée-Aublet, de Ruiz et Pavon, de Michaux, de Humboldt, de Tussac. Nous devons la connaissance des plantes d'Afrique à Prosper Alpin; à Burmanu, à Shaw, à Thumberg, à Desfontaines,

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à Palisot de Beauvois, à Du Petit-Thouars. Celles d'Asie ont été décrites par Rheede , Buxhaum , Rumph, Tournefort , La Billardiére, Willdenow. Le tableau des richesses végétales de l’Europe a souvent été tracé par des mains habiles ; les royaumes , les provinces , les environs de plusieurs grandes villes, diverses montagnes, quelques villages même, ont eu leurs Flores particulières. C’est ainsi que les plantes d'Allemagne ont été décrites par Læsel, Haller, Scopoli, Cranz, Jacquin, Pollich, Roth, Baumgarten , Schrader ; celles de la Hongrie par Kitaibel; celles de la Russie par Ammann, Pallas ; celles de la Suède par Palmberg, Linné, Palmstruch , Quensel; celles du Danemarck par OEder, Mueller, Vahl, Gunner, Rafn; celles de la Hollande par Bylandt, Van Royen, Gorter; celles de l'Angleterre par Turner, Petiver , Ray, Lightfoot, Hudson, Curtis, Withering, Smith; celles de l'Espagne par L’Écluse , Quer, Cavanilles; celles du Pertugal par Grisley, Bouterweck; celles de l'Italie par Boccone, Tozzi, Seguier, Allioni, Cirillo; celles de la France par Garidel, Vaillant, Gauthier, Gérard, Durante, Lamarck, Bulliard, Villars, Thuillier, etc.

La botanique, je le répète, est un champ tellement vaste, qu'il ne pourrait être moissonné tout entier par le même individu; tandis que l’un esquisse l’histoire des végétaux, l’autre détermine les noms et les caractères distinctifs de chacun d’eux ; celui-ci enseigne la manière de les cultiver; celui-là recherche leurs propriétés et leurs usases. Crescenzi , Olivier de Serres, Duhamel du Monceau, marchant sur les traces de Caton, de Varron, de Columella , répandirent une vive lumière sur la botanique agricole. Ehrhart, Arduini, Regnault, Bryants, Plenk, Bœhmer, s’occupèrent des plantes alimentaires et de celles qui sont employées dans les arts; Dambourney fixa plus particulièrement son attention sur celles qui peuvent communiquer aux étoffes de laine une teinture solide. Bulliard signala les plantes vénéneuses , et apprit les moyens de s’en garantir. Chomel , Buchwald, Blair, Bergius, Coste et Willemet, Lichtenstein, Gleditsch, Woodville, Decandolle, Bodard, Wauters, Burtin , publièrent des observations et des expériences pleines d'intérêt sur les substances médicamenteuses que le règne végétal fournit à l’art de guérir.

Il est peu de sciences qui réclament plus impérieusement que la botanique le secours de la pemture. Vainement chercherait-on à la

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remplacer par la description la plus exacte. Les mots techniques ne sont point à la portée du commun des lecteurs, et les savans euxmêmes reconnaissent l'utilité de joindre au texte des figures dessinées d’après nature. La première tentative heureuse de ce genre est due à Othon Brunfels, qui donna en 153 les images de deux cent trente-huit plantes gravées sur bois. M. Du Petit-Thouars affirme que la plupart n’ont pas été surpassées pour la parfaite ressemblance, la correction du dessin et la beauté de la gravure. Les planches en cuivre , généralement adoptées de, nos jours, ont été pour la première fois mises en usage par Fabio Colonna. Mais il ne suffit pas , ce me semble, de représenter la forme et les dimensions d’un végétal; il faut, pour en donner une idée frappante , imiter les nuances variées sous lesquelles il se montre à nos regards : tel est le précieux avantage des figures enluminées ou coloriées, parmi lesquelles on distingue celles publiées par Elisabeth Blachwell, Ehret, Bulliard, Jacquin, Smith, Redouté, Decandolle.

Toutefois , il n'existe rien de supérieur, peut-être même rien d’égal en ce genre, à la magnifique collection de dessins de plantes sur vélin, commencée à Blois par Nicolas Robert; Louis XIV la fit continuer et déposer à la Bibliothèque du roi; depuis la révolution, on la transportée au Muséum d’histoire naturelle, où chaque année on l’augmente de douze dessins : elle est maintenant composée de soixante-six volumes in-folio. Joubert n’égala point son prédécesseur Robert, et fut surpassé par son successeur Aubriet. Celui-ci eut pour élève mademoiselle Basseporte, qui le remplaça : elle fut elle-même remplacée par M. le professeur Van Spaendonck, qui semble avoir porté l’art de peindre les fleurs à son plus haut degré de perfection.

Si la botanique a exercé le talent du peintre, elle a également enflammé la verve du poète : Walafrid Strabon , Cowley, Rapin, Lacroix, Vanière, Van Royen, Darvin, Castel, Delille, ont chanté en beaux vers les merveilles du règne végétal.

La plupart de ceux. qui cultivent les sciences physiques négligent d’enétudier l’histoire. Il est aisé de prévoir les effets de cette négligence : on perd un temps infiniment précieux à la recherche de problèmes déjà résolus ; on s’attire le reproche d’ignorant et de plagiaire en publiant comme nouvelles des découvertes faites depuis plusieurs siècles. Des esprits superficiels, des censeurs atrabilaires ont cepen-

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dant osé qualifier de compilations fastidieuses des ouvrages dignes à plusieurs égards d’être rangés parmi les livres classiques. [ci viennent s'offrir les noms célèbres de Montalbani , de Seguier, de Haller, de Bœhmer, de Pulteney, de Sprengel, qui ont exposé l’origine, les progrès et l’état actuel de la botanique. Tous les amis de cette science forment des vœux pour que M. Du Petit-Thouars continue la biographie des botanistes; achevée sur le même plan, elle formera lhistoire la plus complète et la plus intéressante du règne végétal.

Après avoir légèrement effleuré les objets divers qui sont du ressort de la botanique, je dois dire un mot de la Flore médicale. Elle se compose essentiellement de deux parties, le texte et les planches. Je vais essayer de faire connaître la marche qu'on a suivie dans ce double travail.

Présenter dans un petit nombre de volumes, d’un format commode, la description exacte et la figure coloriée de toutes les plantes qui sont à la fois employées dans la médecine et dans les arts : tel est le but que nous nous sommes proposé. Un obstacle presque insurmontable semblait devoir entraver nos premiers pas. 1l s’agissait de faire un choix raisonné dans cette foule prodigieuse de végétaux, tantôt accumulés sans discernement, tantôt vantés avec une exagération ridicule par les pharmacologistes anciens et modernes. Fallait-il insérer dans notre collection toutes les plantes regardées comme médicamenteuses par l’érudit Geoffroy? n’était-il pas préférable d’imiter la réserve du savant Linné? ne valait-il pas mieux puiser dans les Matières médicales plus modernes de Murray, de Spielmann , d’Alibert, de Hildenbrand, de Schwilgué, de Swediaur ? Nous avons cru que le moyen de ne pas nous égarer , dans cette espèce de labyrinthe, consistait à prendre pour guide le dictionnaire des Sciences médicales. Ce grand ouvrage est regardé en quelque sorte comme le code de l’art de guérir, et les principaux articles de pharmacologie sont rédigés par des hommes doués d’un mérite éminent et d’une excellente judiciaire (MM. Alibert, Barbier, Biett, Guersent, Nysten et Virey ). Mais, en décrivant les mêmes plantes, j'ai dû les envisager sous des rapports plus variés. Dans le Dictionnaire, tout doit tendre vers un seul point; tout doit, pour ainsi dire , être sacrifié à la thérapeutique : la Flore permet, exige même des considérations plus nombreuses. Ce qui dans le Dictionnaire serait un

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hors-d'œuvre, une digression oiseuse, devient une portion intégrante de la Flore. Je commence par donner une dénomination de chaque plante en grec, en latin, et dans les principales langues de l'Europe; je prends même parfois la liberté de créer des mots pour compléter la synonymie : tels sont le nom grec de l’agaric amadouvier, les dénominations italiennes , espagnoles, anglaises , allemandes, de plusieurs autres végétaux.

Je trace ensuite la description botanique de la plante, je recherche son étymologie, j'apprécie ses qualités physiques, j'assigne ses propriétés médicinales, j'indique ses principaux usages dans les arts; enfin, je termine par quelques détails plus ou moins propres à piquer la curiosité, à fixer l’attention. |

Les planches seront sans contredit la partie la plus agréable de la Flore, et ne le cèderont point au texte en utilité. Le véritable port de chaque plante, sa racine, son feuillage, ses fleurs, sa fructification, seront dessinés par un pinceau tout à la fois exact et plein de grâce. Élève distinguée du célèbre Van Spaendonck , madame Be À se montrera constamment égale ou supérieure à ses illustres devancières, mademoiselle Merian, madame Blachwell et mademoiselle Basseporte.

M. Turpin n'aura pas de meilleur modèle à suivre que lui-même. Les figures tracées par cet excellent iconographe auront l'élégance et la correction presque inimitables qu’on admire dans les planches magnifiques dont il a orné la Flore Parisienne et le Traité des arbres fruitiers. Non moins savant botaniste que dessinateur habile, M. Turpin me fournira des remarques intéressantes, des observations curieuses , dont je m’empresserai d'enrichir le texte : mais j'aurai constamment soin de lui en assurer la propriété, en les signalant par la letire initiale de son nom (T).

Si le rédacteur pouvait se flatter de remplir sa tâche aussi honorablement que le peintre, je placerais hardiment la Ælore Médicale au rang des ouvrages les plus dignes de figurer dans une bibliothèque choisie, et de porter cette épigraphe, trop souvent prostituée :

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Lectorem delectando pariterque monendo.

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