‹ Flore médicale (volume 4)Chapitre 13 sur 63 · AGNUS CASTUS · texte numérisé non relu

AGNUS CASTUS

les étamines sont droites et saillantes. — Le fruit est une baie globuleuse, noirâtre, dure, grosse à peine comme un grain de poivre, enveloppée , à sa base, par le calice de la fleur , et divisée, intérieurement , en quatre loges monospermes.

L’agnus castus exhale une odeur aromatique , remarquable surtout dans les baies récentes, qui sont en même temps douées d’une saveur âcre : aussi les appelle-t-on dans quelques pays petit poivre, poivre sauvage, et Sérapion les nommait poivre des moines.

Par quel singulier caprice a-t-on choisi pour emblème, et en quelque sorte pour palladium de la chasteté, une plante qui, loin de calmer l’éréthisme des organes génitaux , doit au contraire leur donner une énergie nouvelle? Combien d’usages ridicules n’a-t-on pas établis ,combien de fables absurdes n’a-t-on pas débitées sur cette prétendue vertu antiaphrodisiaque ! Dioscorides, Pline, Galien, nous apprennent que les prêtresses de Cérès formaient leur couche virginale avec les rameaux de lagnus castus, et qu'elles en jonchaient les temples de la chaste déesse à la célébration des Thesmophories. On prépare encore de nos jours, avec des baies de cet arbrisseau, une essence, une eau distillée, et un sirop de chasteté, pour émousser l’aiguillon de la chair, qui souvent se fait sentir avec une violence extrême dans ces sombres asiles où l’homme s'impose la loi barbare de combattre le plus doux et le plus utile penchant de la nature.

Nous avons montré sur ce point, comme sur tant d'autres, un respect trop superstitieux , une confiance trop aveugle pour les décisions des anciens : nous avons adopté leurs opinions contradictoires sur les vertus de l’agnus castus. N’est-il pas ridicule, en effet, de regarder ses semences tout à la fois comme échauffantes et comme antiaphrodisiaques ? Avouons cependant, à l'honneur de l’art, que les meilleurs thérapeutistes modernes, parmi lesquels je place au premier rang les docteurs Alibert et Schwilgué, n’ont pas même daigné inscrire cet arbrisseau si vanté au nombre des substances médicamenteuses.

? Peyrilhe, Tableau méthod. d’un cours d’hist. nat. médic., in-8° ; Paris, 1804. EXPLICATION DE LA PLANCHE. ( La figure est réduite à la moitié de sa grandeur na-

turelle,) — x. Fleur entière de grandeur naturelle, — 2. Pistil. — 3. Fruit de grandeur naturelle.

Tu pin 2) Lambert deu 4 D.

AIGREMOINK .

AIGREMOINE.

Criecheene soso... EumaTwpioy, Dioscorides.

AGRIMONIA; VUlg.

EUPATORIUM VETERUM SiVe AGRIMONIA. Bauhin, HivaË, lib, vrrr, sect. 5. nor AGRIMONIA OFFICINARUM. Tournefort, clas. 6 , rosacées. BE HET OEE AGRIMONIA EUPATORIA ; foliis caulinis pinnatis, impari petiolato ; fructibus hispidis. Linné, clas. 11, dodécandrie digynie; — Jussieu, clas. 14, ord. 10, rosaceées.

TIANEN Se ser eee AGRIMONIA;, EUPATORIO DE GRECI. Espagnol... ...... . AGRIMONIA; AGRIMONIA OFICINAL. Français. ......... AIGREMOINE.

LITEAUTÉIPOTOORIOOE AGRIMONY ; LIVER-WORT.

Allemand........ . ODERMENNIG; ACKERMENNIG.

Hollandais ...... ++ AGRIMONIE; LEVER-KRUID.

CETTE plante vivace croît dans presque tous les climats, le long des haies, des chemins, au bord des champs et des bois.

La racine est grosse, noueuse (chaque nœud marque une année), fibreuse, horizontale, et sous son écorce noirâtre on trouve une lame d’un beau rouge. — La tige s’élève de deux pieds environ; elle est droite, cylindrique, assez dure, velue, feuillée, et ordinairement simple. — Les feuilles sont alternes, munies à leur base de deux grandes stipules amplexicaules; sessiles , ailées avec une impaire, composées de sept ou neuf folioles ovales, dentées en scie, velues, et entre lesquelles on en trouve d’autres extrêmement petites. Les folioles les plus grandes sont celles qui terminent les feuilles. — Les fleurs, qui s’épanouissent aux mois de juin et de juillet, sont jaunes, petites, presque sessiles, disposées en un long épi grêle et terminal. Elles présentent un calice double : l’intérieur est monophylle, persistant, partagé à son sommet en cinq découpures, et remarquable par un rétrécissement très-prononcé à l’entrée du tube; l'extérieur est armé de pointes rudes et recourbées. La corolle est formée de cinq pétales planes, ouverts en rose, échancrés, et insérés sur la gorge étroite du calice. Les étamines sont au nombre de dix à douze, moins longues que les pétales. T’ovaire, parfois double, est logé dans le tube du calice, et chargé d’un style saillant. — Le fruit est une espèce de

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AIGREMOINE.

capsule formée par le calice dont la gorge s’est entièrement fermée, et qui contient une ou deux semences arrondies.

L’aigremoine exhale, dans son état de fraicheur, un arome agréable, mais faible, et qui se dissipe par la dessiccation. Toute la plante est douée d’une saveur amère, astringente ; les chevaux et les vaches la négligent. Geoffroy observe que le suc des feuilles rougit légèrement le papier bleu; leur infusion noircit sur-le-champ la solution de sulfate de fer. L'alcool et l’eau s'emparent également des principes actifs de ce végétal : ce qui démontre une proportion assez exacte de résine et de gomine.

Les vertus de l’aigremoine ont été célébrées par les anciens médecins; ils l'ont surtout vantée comme le rémède par excellence des maladies du foie, et fréquemment désignée sous le nom de yratwpor, dont suratwpio n’est peut-être qu'une altération.

M. Alibert dit que l’aigremoine est utile dans les écoulemens chroniques, les hémorragies passives, les ulcères de la gorge, les engorgemens des amygdales : elle entre dans plusieurs préparations pharmaceutiques, telles que l’eau vulnéraire, l’électuaire catholicum, l’onguent mondificatif d’ache, etc. Maïs on ne l’emploie plus guère aujourd’hui que dans les gargarismes détersifs, pour lesquels certains praticiens donnent la préférence à la décoction vineuse.

Les propriétés antipsoriques attribuées à cette plante par Becker ne reposent que sur un petit nombre d'observations peu décisives; cependant l’habile vétérinaire M. Huzard la recommande pour déterger les ulcères sanieux et farineux, le mal de taupe, celui de garrot, etc. Dambourney, qui a enrichi l’art tinctorial d’une foule de procédés avantageux, a prouvé qu'une forte décoction d’aigremoine imprégnait d’une couleur d’or très-solide les étoffes de laine, en ajoutant, comme mordant, une légère solution de bismuth.

BECKER (3.-C.), De eupatorii Græcorum, seu agrimoniæ, viribus, Diss. in-4° ; Erfordiæ, 1785.

EXPLICATION DE LA PLANCHE. (La figure est moitié de grandeur naturelle.) — 1. Racine sur laquelle , au moyen de ses nœuds , ou peut compter six années. — 2. Fleur grossie de laquelle on a détaché les pétales. — 3. Calice faisant les fonctions de capsule. — 4. Le même coupé verticalement, dans l’intérieur duquel on aperçoit deux graines.

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