‹ Flore médicale (volume 4)Chapitre 57 sur 63 · LI V · texte numérisé non relu

LI V

BANANIER

GNECMN ENT .... mures adm; C.

PALMA HUMILIS LONGIS LATISQUE FOLt1s ; Bauhin, IluvaË, |. 12, sect. 6. IH. DONAPRT NES MUSA ! PARADISIACA, spadice nutante, floribus masculis persistentibus; Linné, clas. 23, polygamie monœcie; — Jussieu, clas. 4, ord. 1, bananiers.

DATA RENTE BAR MUSA ; FICO D'ADAMO ; ALBERO DEI BANANI. Espagnol. #7 PLATANO ; HIGUERA DE ADAMO.

Français. . ...... BANANTER; FIGUIER D'ADAM; PLANTAIN DES INDES. ATORSS-MLVN LE PLAINTAIN-TREE; BANANA-TREE; ADAMS FIG-TREE; ADAMS APPLE, à Knowles.

Allemand, 1... PARADIES FEIGENBAUM ; BANANENBAUM. Hollandais. ...... PARADYS VYGEN-BOOM ; BANANEN-BOOM.

IL n'est point de végétal qui puisse vanter une origine aussi antique et aussi noble. En effet, on prétend que le bananier est tout à la fois l’arbre de vie, dont le fruit tenta et perdit nos premiers parens , et celui dont ils employèrent la feuille pour cacher leur nudité. « Les Portugais superstitieux qui abordèrent aux Grandes-Indes , dit Bernardin de Saint-Pierre? , crurent apercevoir, en coupant son fruit transversalement, le signe de la rédemption dans une croix que je n’y ai jamais vueÿ. Cette plante offre, à la vérité, dans ses ” feuilles larges et longues, la ceinture du premier homme, et figure assez bien, dans son régime hérissé de fruits , et terminé par un gros cône violet qui renferme les corolles de ses fleurs , le corps et la tête du serpent qui le tenta. »

Il me semble qu'avant de discuter ces graves questions, il faudrait d’abord prouver incontestablement l'existence d'Adam et de

* Ce terme générique est bien évidemment limitation euphonique de celui par lequel les Arabes désignent le bananier. Toutefois, rien n'empêche d’y voir en outre, avec Linné, le nom du célèbre Antonius Musa, médecin d’Auguste.

?. Harmonies de la nature, publiées par Louis- Aimé Martin, tome 1 (1815), page 64.

$ La coupe transversale d’une banane présente réellement, non pas une croix, mais bien la figure plus ou moins informe d’un Christ : cette figure est due à l’a-

vortement des graines et au rapprochement des placentas. (TE. 14° Livraison. 3: 4.

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BANANIER

son paradis terrestre : je me garderai bien d'entreprendre cette tàche difficile.

On trouve les bananiers dans toute la zone torride, en Afrique, en Asie, et dans les deux Amériques, dans les îles de leurs mers, et jusque dans les plus reculées de la mer du Sud'. Nulle part ils ne végètent avec plus de vigueur que dans les plaines de Java, dont la température est chaude et humide, le sol mou, gras et argileux?. — La racine est une sorte de bulbe oblong , obtus, garni de fibres. — La tige, toujours simple, est formée par les gaïnes des pétioles des feuilles, qui se recouvrent et s’enveloppent. Aussi, quoique cette tige parvienne souvent jusqu'à la hauteur de plus de quinze pieds, et soit grosse comme la cuisse, elle est tendre et facile à couper. Son sommet est couronné par un faisceau de huit à douze feuilles simples, qui, roulées en cornet dans leur jeunesse, se développent successivement, et acquièrent une longueur de six à neuf pieds sur plus d’un pied de large; les unes étendues presque horizontalement, les autres obliques, légèrement penchées, obtuses à leur extrémité, traversées dans le milieu par une côte longitudinale très-saillante en dessous : elles sont d’un joli vert satiné, et ornées d’une grande quantité de nervures latérales très-fines, et très-régulièrement parallèles. — Du centre de cette couronne de feuilles, sort un gros et long pédoncule, analogue à la hampe d’une jacinthe ; il sert d’axe, de spadice à de nombreuses fleurs sessiles, cachées sous les écailles spathacées, imbriquées, formant un épi écailleux, conique et rougeâtre. Chaque écaille de l’épi est ovale-pointue, d’un rouge brun, recouvre environ cinq fleurs, et tombe peu après leur épanouissement. Ces fleurs présentent : un calice profondément bipartite, dont le lobe extérieur plus grand se divise au sommet en cinq dents, et l'intérieur plus court est entier, concave, à peu près cunéiforme; six étamines dont les anthères sont linéaires, adnées dans la moitié supérieure des filamens, et dont cinq avortent presque toujours dans les fleurs de la base du spadice, tandis qu’il n’en avorte ordinairement qu’une seule dans les fleurs qui terminent l’épi commun; un ovaire inférieur, oblong, triangulaire , surmonté d’un style cylindrique , terminé par un stigmate ovoïde muni de six angles peu sail-

* Harmonies de la nature, page 63.

2 Thouin, dans le Dictionnaire des Sciences naturelles , tome 1v, page 4.

BANANIER

lans. — Les fruits sont des baies longues de cinq à huit pouces, un peu courbées, obtusément triangulaires, analogues à nos concombres, devenant jaunâtres à mesure que leur maturité approche, disposées par paquets, et comme verticillées autour du pédoncule, qui porte alors le nom de régime. Le nombre de bananes que soutient chaque pédoncule s'élève communément de quatre-vingts à cent.

Personne, ce me semble, n’a peint le bananier avec des couleurs plus gracieuses , plus vives et plus fidèles, que l'illustre Bernardin de Saint-Pierre *, dont la littérature et l’histoire naturelle déplorent la perte presque irréparable.

« Le bananier aurait pu suffire seul à toutes les nécessités du premier homme. Il produit le plus salutaire des alimens, dans ses fruits du diamètre de la bouche et groupés comme les doigts d’une main. Une seule de ses grappes fait la charge d'un homme. Il présente un magnifique parasol dans sa cime étendue et peu élevée, et d’agréables ceintures dans ses feuilles d’un beau vert, longues, larges et satinées. Comme elles sont fort souples dans leur fraîcheur , les Indiens en font toutes sortes de vases pour mettre de l’eau et des alimens. Ils en couvrent leurs cases, et ils tirent un paquet de fil de la tige, en la faisant sécher. Deux de ces feuilles peuvent couvrir un homme de la tête aux pieds par devant et par derrière. Un jour que je me promenais, à l’Ile de France, près de la mer, parmi des rochers marqués de caractères rouges et noirs, je vis deux nègres qui portaient sur leurs épaules un bambou auquel était attaché un long paquet enveloppé de deux feuilles de bananier. C'était le corps d’un de leurs infortunés compagnons d’esclavage, auquel ils allaient rendre les derniers devoirs dans ces lieux écartés. Ainsi, le bananier seul fournit à l’homme de quoi le nourrir, le loger , le meubler, l’'habiller et l’ensevelir.

« Ce n’est pas tout : cette belle plante, qui ne produit son fruit, dans nos serres, qu'au bout de trois années, donne le sien, sous:la ligne, dans le cours d’un an, après lequel la tige se flétrit ; mais elle est entourée d’une douzaine de rejetons de diverses grandeurs , qui en portent successivement, de sorte qu'il yen a en tout temps, et que tous les mois il en paraît un nouveau.

? Harmonies de la nature, tome 1, pages 11 et 29.

BANANIER

« Ce végétal, le plus utile de tous les végétaux, présente une foule de variétés. J’ai vu à l’Ile de France des bananiers nains, et d’autres gigantesques originaires de Madagascar, dont les fruits longs et courbés s'appellent cornes de bœuf. Une seule de leurs bananes suffit pour le repas d’un homme. L'espèce commune est onctueuse, sucrée, farineuse, et offre une saveur mélangée de celles de la poire de bon-chrétien et de la pomme de reinette. Elle est de la consistance du beurre frais en hiver, de sorte qu’il n’est pas besoin de dents pour y mordre, et qu’elle convient également aux enfans du premier âge et aux vieillards édentés. Elle ne porte point de semences apparentes ni de placenta, comme si la nature avait voulu en ôter tout ce qui pouvait apporter le plus léger obstacle à l'aliment de l’homme'. C’est de toutes les fructifications la seule que je connaisse qui jouisse de cette prérogative ?. Elle en a encore quelquesunes non moins rares. C’est que, quoiqu'elle ne soit revêtue que d’une peau, elle n’est jamais attaquée, avant sa maturité parfaite, par les insectes et par les oiseaux, et qu’en cueillant son régime un peu auparavant, il mürit très-bien dans la maison, et se conserve un mois dans toute sa bonté. »

Les voyageurs européens, lors de leur départ des pays fertiles en bananiers, embarquent ordinairement une provision de farine préparée avec la pulpe desséchée du fruit de cet arbre. Cette farine fournit, pendant la traversée, une nourriture saine et agréable. A la Grenade, on fait avec les bananes du pain qui est d’un grand usage. Dans les Antilles, ainsi qu’à Caïenne, on en fait communément une boisson, nommée vin de banane, et on peut en retirer une eau-de-vie très-suave. Les tiges sont un fourrage recherché par les bestiaux ; on prépare avec la moelle une bonne bouillie ; le suc abondant dont elles sont imprégnées, analysé par Fourcroy et Vauquelin, est regardé comme un astringent utile pour modérer les flux

AREA A AR a Nec illis Semen inest nucleusve ullus, sapor optimus ore Gustatisque semel vescendi invicta cupido.

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