TABLEAU XXI
Calices et corolles.
En suivant sur les tiges les organes appendiculaires qui s’y développent, on s’aperçoit qu’ils sont faibles et rudimentaires vers les deux extrémités; que tes écartemens qui les séparent dans la partie moyenne des tiges sont nuis ou presque nuis; et quenfin, vers ces extrémités, ils se soudent souvent entre eux ' : tels sont, d’une part, les feuilles coty-
' Ces soudures se manifestent, d’une part, sur la partie faible et naissante du végétal, dans les feuilles cotylédonaires du plus grand nombre des embryons-graines monocotylédons, et dans la plupart des feuilles écailleuses ou cotylédons des bourgeons (embryons-fixes) qui se soudent en une gaîne complette ; et, de l’autre, sur la partie terminale et épuisée, dans les feuilles rudimentaires ou bractées soudées par deux, comme celles qui composent la valve intérieure de la prétendue corolle des graminées, ou, en un plus grand nombre, comme dans les involucres cupulai: es du gland et de la châtaigne ; dans celles qui composent les calices et les corolles, auxquels on a improprement donné les noms de monophylles et de mono] étales; dans les étamines mon„delphi s. diadelphes, polyadelphe» et syngénéses ; et enfin dans la réunion soudée des lobes du pbycoslème en un anneau ou en un sac qui enveloppe l’ovaire en entier.
l’étude, disparaissent dès que sérieusement on veut se donner la peine de penser et de comparer ces organes entre eux.
Les organes appendiculaires du rameau-fleur ont été distingués en calice , en corolle, en étamines et en phycostème , auxquels on ajoute eucore quelquefois ceux que l’on désigne par les noms de calicule dans l’œillet (fig. 4, b), et ceux, souvent polyphylles, placés au-dessous du calice de quelques malvacées.
De petites feuilles, rudimentaires par épuisement, plus ou moins rapprochées, libres ou soudées entre elles, vertes ou parées des plus vives couleurs, réduites aux bases pétiotaires des autres feüilles de la tige, devenant, par suite de cet épuisement, scarieuses, transparentes et même fimbrillées dans les synanthérées (fig. 9, 10, b, et fig. 12, «), forment la partie ou l’enveloppe la plus extérieure du rameau-fleur , celle que l’on est convenu de nommer le calice.
La nature, comme pour nous ouvrir les yeux sur la véritable analogie des organes, semble avoir posé çà et l'a des exemples, dans lesquels elle nous montx e, d’une manière frappante, comment elle passe d’une modification à une autre. Le calice, composé de huit ou neuf feuilles rudimentaires et écailleuses, alternes et imbriquées des camellia; les trois feuilles multifides de la collerette des anémones devenant, en se rapprochant de la fleur des hépatiques , un calice composé de trois folioles simples ; celui des roses dont les cinq parties qui le forment, allant toujours en diminuant de l’extérieur à l’intérieur, se développent, dans certaines espèces, en feuilles tout aussi composées que celles de la tige; et enfin celui des pivoines , dans la composition duquel on trouve la réunion des feuilles laminées de la tige et celles rudimentaires des calices, offrent quelques-uns de ces nombreux exemples, qui prouvent jusqu’à l’évidence l’identité des organes appendiculaires du calice avec ceux de la tige.
Ces preuves d’identité, que, presque toujours, nous sommes obligés d’aller chercher dans l’observation de plusieurs individus comparés entre eux, se trouvent quelquefois accumulées sur le même point : telle se présente l’une de nos plus belles fleurs indigènes, celle du nymphœa aïba , dans laquelle les organes appendiculaires qui la composent, passent, imperceptiblement, des folioles vertes et robustes du calice à celles blanches et délicates de la corolle, et de
celles-ci, en se rétrécissant et en recevant insensiblement le développement d’une anthère, aux étamines les plus parfaites.
De l’excessif rapprochement des organes appendiculaires les plus extérieurs du rameau-fleur, disposés alternativement et en spirale dans les camellia, les pivoines, les cistes et les maregravia ( fig. 13 ) ; ou opposés-verticillés et libres, comme dans la renoncule (fig. 16, a ) ; ou enfin verticillés et soudés, comme dans Y œillet ( fig. 4 ), est née la dénomination de calice, que l’on a attachée à l’association plus ou moins intime de ces petites feuilles rudimentaires.
De l’indépendance des feuilles du calice (fig. 16, a), ou delà réunion, par soudure, de ces mêmes feuilles (fig.4), on a tiré le caractère qui sert à distinguer cette enveloppe en calice polyphylle et en calice monophylle. La première de ces dénominations est rigoureusement bonne ; mais la seconde, comme l’a très-bien observé M. Decandolle ', est fautive, en ce que les calices monophylles (sauf les bractées des cissampelos, qui en ont usurpé le nom) sont toujours l’assemblage de plusieurs feuilles greffées, plus ou moins, entre elles.
Indépendamment des soudures que les folioles des calices éprouvent entre elles, elles en subissent encore d’autres en se greffant plus ou moins, par leur face intérieure, avec la ou les pièces foliacées qui constituent l’ovaire. Depuis l’ovaire parfaitement libre ou supérieur aux feuilles calicinales de la cerise ou du lis, placé au fond du calice, jusqu’à celui adhérent de la pomme ou de la grenadej situé audessous , se présentent un grand nombre de passages intermédiaires, parmi lesquels on remarque ceux semi-adhérens des samolus valerandi, des saxifrages, des feuillea trilo~ bata et cordata (boîte à savonnette), et ceux, presque adhérèns, des momordica operculata et luffa fœtula.
Le calice est régulier ou symétrique lorsque les petites feuilles, libres ou soudées, qui le composent sont parfaitement semblables entre elles : tel est celui des renoncules ( fig. 16, a), des borrago, de Y œillet et du phjsalis ( fig. 4 et 5); il est irrégulier quand ces mêmes feuilles présentent entre elles des différences de grandeur, comme dans ceux
1 Théorie élément. Deuxième édition, pag. 3go.
des labiées, ou des différences de formes, semblables à celles que l’on observe dans les gibbosités et les éperons corniculés dans la capucine, les orchis, les delphinium, etc.
Il est important de faire remarquer que le plus grand nombre des divisions de ces calices irréguliers, et en même temps celles qui, le plus ordinairement, acquièrent le plus de développement, sont situées du côté extérieur relativement à l’axe qui a donné naissance a celui de la fleur.
Les feuilles du calice, dans les papavéracées, abandonnent celles de la corolle au moment même de l’anthèse ou épanouissement de la fleur : dans les crucifères , le calice et la corolle tombent presque en même temps; dans les anagallis et beaucoup d’autres, le calice ne se désarticule pas, mais il se dessèche et persiste en cet état, auquel on a donné le nom de marcescent; dans d’autres, il conserve la faculté de croître (calice accrescent) et de se développer avec le fruit, ceux des physalis (fig. 5 ), et de simuler un péricarpe dans celui charnu et coloré du duranta plumieri.
Le calice le plus singulier que nous connaissions, est celui, parfaitement sessile, de la pistache de terre ( arachis hypogœa ) : son tube long et grêle, dans l’intérieur duquel passe le style, a été pris, avant l’observation de M. Poiteau, pour le pédoncule de la fleur.
La corolle, placée en dedans du calice ou plutôt au-dessus de lui, étant plus rapprochée de la partie terminale de l’axe pistillaire, les petites feuilles qui la composent sont, par suite de cet épuisement qu’éprouvent les organes appendiculaires à mesure qu’ils naissent plus près du sommet des rameaux, d’un tissu plus délicat, et en même temps plus susceptibles de se colorer. Presque toujours verticillées, ces petites feuilles, auxquelles on a donné le nom de pétale, se soudent entre elles ou restent libres; mais plus sujettes à manquer, dans les fleurs, que celles du calice, leur absence, comme l’a très-bien observé M. de Jussieu, constate toujours la présence d’un calice, quelles que soient la nature et la couleur de ce dernier '.
1 On ne devine pas pourquoi, dans les fleurs des IWacées, et, en général, de toutes les monocotylédones, dont l’enveloppe plus ou moins colorée se compose de deux rangées ou verticilles de trois feuilles superposées, on n’a voulu voir qu’un calme, lorsque c’est contraire à toute espèce d’analogie.