‹ Flore médicaleChapitre 35 sur 82 · CXXX VII · texte numérisé non relu

CXXX VII

COURBARIL

ARBOR/SILIQUOSA EX QUA GUMMI ANIME ELICITUR ; Baubin, Tlsva£ , lib. 2,

aim... .. 2. ... Ces HYMENÆA COURBARII, ‘; Linné, clas. ro, décandrie monogynie; — Jussieu, clas. 14, ord. 11, légumineuses.

ni. GOMMA ANIME. d Espagnol... ..... GOMA ANIME.

Français:........ COURBARIL; GOMME ANIMÉ; RÉSINE ANIMÉ. - LOCUST-TREE.

Allemand... ..... HUELSENBAUM; KOURBARILBAUM. Hollandais. . ... ... KOURBARILBOOM.

Le courbaril, de la famille des légumineuses, est un des plus grands arbres de l'Amérique Méridionale. Il croît principalement dans la Guiane et aux Antilles. Ses fruits étaient connus de Clusius et des Bauhins : Pison et Marcgrave l’ont depuis mentionné sous le nom de Jafaïba ; mais c’est au père Plumier que nous devons la connaissance parfaite des fleurs et des autres parties de cette arbre in-

téressant.

Son bois est dur , un peu rougeâtre, revêtu d’une écorce épaisse, raboteuse, d’un brun sombre. — Ses branches, très-étalées, très-

rameuses : elles se couvrent d'un grand nombre de feuilles glabres, coriaces, pétiolées, alternes, luisantes, d’un beau vert, divisées chacune en deux folioles ovale-obliques, lancéolées , aiguës, parsemées de points transparens. — Les fleurs, situées au sommet des rameaux , et légèrement purpurines, sont disposées en une grappe pyramidale , composées d’un calice à quatre ou cinq divisions; de cinq pétales concaves, un peu inégaux , renfermant dix étamines libres ; d’un ovaire supérieur, rougeâtre, comprimé , surmonté d’un

1 Linné a conservé pour dénomination spécifique ce mot américain. Quant au mot générique, il prouve l’imagination poétique de l’immortel naturaliste suédois, qui désigne le courbaril sous le titre de kymenæa, parce que ses feuilles, disposées par paires, se rapprochent sensiblement l’une de l’autre pendant la nuit, comme deux jeunes époux.

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seul style. — Le fruit consiste en une gousse cylindrique, un peu comprimée latéralement, obtuse, longue de six pouces , large d’un ou deux, à une seule loge indéhiscente, couverte d’une écorce épaisse, dure, légèrement chagrinée, renfermant quatre ou cinq semences Dale entourées de fibres et d’une pulpe. jaunâtre et

farineuse.

Le suc résineux qui découle de cet arbre, soit par incision, soit spontanément , désigné, chez les Brésiliens , sous le nom de Joticacica , est généralement connu parmi nous sous les dénominations de résine de courbaril, résine animé occidentale, gomme animé, etc. Il nous est apporté de la Nouvelle-Espagne , du Brésil et des iles de l'Amérique, en gros morceaux durs , transparens , friables, d'un blanc jaunâtre ou d’un jaune-citrin, quelquefois tirant sur le brun, d’une odeur balsamique, agréable et sans saveur marquée. Cette matière résineuse, analogue au succin par sa couleur et sa consistance, est tres-difficile à distinguer de la gomme copal, qu'on lui substitue souvent dans les boutiques ; elle ne doit pas être confondue avec l’animé d'Orient qu’on apportait jadis d’Éthiopie el autres contrées de l'Afrique. Quelques auteurs pensent que la racine de courbaril à été connue des anciens, et la rapportent à la myrra minea de Galien et de Dioscorides ; hd que d’autres se croient également fondés à la rapporter au édellium.

Quoi qu’il en soit, cette matière s’amollit sous la dent : elle s’enflamme sur les AR ardens, exhale une odeur très-suave pendant sa combustion, et laisse à peine quelques cendres blanches pour résidu ; elle est entièrement dissoluble dans l’alcool , et on en retire une huile essentielle remarquable par un arôme particulier.

Les propriétés médicinales de cette résine ne reposent sur aucune observation clinique; les vertus excitante et nervine qu'on lui attribue sont plutôt fondées sur lanalogie que sur l'expérience. Toutefois les Indiens en font un fréquent usage comme masticatoire; ils la croient utile contre la colique, et l’emploient en fumigations dans les rhumatismes, les catarrhes et la paralysie. Quelques auteurs louent ses bons effets dans cette dernière affection, dans l’asthme, le catarrhe suffocant et autres maladies nerveuses ; d'autres s’en sont servis avec quelque succès, sous forme de liniment, dans la contracture

des membres et dans plusieurs affections goutteuses. On a même pré-

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conisé son efficacité pour la guérison des plaies, des ulcères et des fractures. Toutefois on sait que tous les topiques analogues sont aujourd'hui heureusement proscrits de la pratique chirurgicale. Si l'on peut admettre jusqu'à un certain point lutilité de cette résine dans quelques maladies internes, on doit rejeter , comme réprouvées par la raison, les vertus imaginaires qu’on lui a faussement attribuées, dans les solutions de continuité et les maladies des os.

Pison assure que l'écorce de courbaril est purgative et carminative. Ses feuilles, appliquées en cataplasme sur le ventre, sont réputées vermifuges par quelques auteurs; mais aucune observation positive n'a confirmé ces assertions.

À raison de sa dureté, de sa solidité et de la propriété qu'il a de résister long-temps à la destruction, le bois de courbaril est employé, en Amérique, à toutes sortes d’usages. Les charpentiers en font des planches, des poutres, des axes pour les moulins à sucre; des roues d’une seule pièce pour les affüts des canons. Les menuisiers en fabriquent des meubles; sa belle couleur rouge et le beau poli dont il est susceptible le rendent précieux pour les ébénistes. Bes gousses de cet arbre , à l’époque de leur maturité, sont recueillies avec empressement par les Indiens , à cause de la pulpe farineuse qu'elles renferment. Cette pulpe friable et nourrissante est remarquable par son odeur aromatique et par un goût très-agréable de pain d'épice. Avant la conquête de Saint-Domingue, les naturels de cette île, au rapport de Valmont de Bomare, faisaient, avec cette espèce de farine, un pain moins remarquable par sa bonté que par sa beauté. Dans le pays où l’on récolte la résine de courbaril, on en fabrique des espèces de torches ou de flambeaux pour s’éclairer, on s'en sert pour vernir différens ustensiles; et en Europe les peintres en composent un vernis transparent de très-bonne qualité.

EXPLICATION DE LA PLANCHE. ( La plante est réduite à la moitié de sa grandeur naturelle.) — 1. Étamine grossie. — 2, Pistil. — 3. Fruit, dont on a enlevé la moitié de lune de ses valves, afin de montrer la substance farineuse qui en remplit la capacité. —

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