CROISETTE
tées fort petites ; la corolle d’un jaune foncé, quelquefois d'un jaune verdätre. — Le fruit est globuleux, glabre, arrondi, caché par des
feuilles rabattues après la fleuraison.
Quoique l’on ait prodigué de fastueux éloges à la croisette, pour la guérison de plusieurs maladies, la plupart des auteurs de matière médicale, la jugeant peu digne de figurer parmi les médicamens, ont cru pouvoir sans inconvénient se dispenser d’en faire mention. Les qualités desséchantes et un peu astringentes que lui donne Geoffroy, et qui ont déterminé ce médecin érudit à la placer parmi les vuinéraires, ne nous paraissent pas assez développées en elle pour justifier ce titre, ni pour la distinguer d’une foule de plantes herbacées, plus ou moins insignifiantes.
L'analyse chimique n’a point fait connaître sa composition, et aucune observation clinique n’a encore constaté d’une manière positive ses propriétés médicinales. Cependant on lui a accordé, avec assez peu de raison, la vertu de guérir les hernies. Pour cela on en faisait boire la décoction au malade, et l’on appliquait la plante cuite sur la tumeur. En fomentations sur l’hypocondre, on a préconisé ses succès dans le squirrhe du foie. S'il est permis de douter de son efficacité dans ces maladies , il n’est pas moins difficile de croire qu’elle ait opéré la guérison d’une plaie, ainsi que le rapporte Geoffroy, quand on réfléchit que les solutions de continuité guérissent spontanément sans aucun secours, souvent même malgré des soins mal entendus et les applications les plus intempestives. Spielman observe que la racine de croisette, ainsi que celle de plusieurs
autres rubiacées , a la propriété de colorer les os des animaux qui en.
font usage. De là sont venus, sans doute, l’action que quelques auteurs lui ont supposée sur le système osseux, et l'emploi qu'ils en ont recommandé dans différentes maladies des os ; mais l’expérience n’a point confirmé ces suppositions.
EXPLICATION DE LA PLANCHE. ( La plante est de grandeur naturelle.) — x. Racine.
— 2. Fleur hermaphrodite entière grossie. — 3. Fleur mâle. — 4. Fruit de grandeur naturelle. — 5, Le même grossi. — 6. Autre tel qu'on le trouve rarement. D
CUBEBE.
CA
CUBEBE.
EP ST xouBeGz, Actuarius ?
CUBEBÆ VULGARES; Bauhin, Ilsvæf, lib. 3, sect. 3.
10800 TRE .)PrrEr cusesa, foliis obliquè ovatis seu oblongis , venosis, acutis, spicä solitarid oppositifolid, fructibus pedicellatis ; Linné fils, clas. 2, diandrie trigynie; — Jussieu, clas. 15, ord. 3, orties.
..... L'29 Riordiathapie CUBEBA.
Espagnol... ...... CUBEBA.
ne CUBÈBE; POIVRE PÉDICULÉ , Poiret.
Anglais - AAPÉRÈA CUBEBS-SHRUB. ‘
Allemand... ...... KUBEBEN-STRAUCEH. .
Hollandais. . . .... SrAART-PEPER; KUBEBEN-BOOMTUE.
Les cubèbes étaient depuis PE connues dans le commerce, mais la plante qui les produit n’a été découverte que depuis peu : nous en devons la connaissance à Tunberg. Elle nous offre tous les caractères du poivrier (piper), avec cette différence que ses fleurs sont dioïques , caractère qui appartient à plusieurs autres espèces de ce genre. Elles sont d’ailleurs réunies en chaton en forme d’épi sur un spadice simple filiforme ; point de calice ni de corolle, excepté une petite écaille entre chaque fleur ; deux anthères et plus, presque sessiles, un ovaire supérieur, un style très-court, trois stigmates, une baie charnue , uniloculaire, à une seule semence.
La plante dont il est ici question est un arbrisseau peu elévé. Ses tiges sont flexueuses , articulées ; les rameaux courts. — Les feuilles sont alternes , très-rapprochées, pétiolées, ovales, un peu arrondies, aiguës , entières , obliques à leur base, longues d'environ deux pouces, larges de dix à douze lignes : les pétioles très-courts. — Les fleurs sont disposées en épis solitaires , opposés aux feuilles, les uns males , les autres femelles sur des individus séparés — A chaque fleur y é succède une petite baie Ce pédicellée, d'une odeur aromatique.
Cette plante croît dans l’île de Java et dans celle de France.
L’obscurité et l'incertitude qui règnent sur la nature de la sub-
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CUBÈBE.
stance que les anciens connaissaient sous le nom de cubèbes ne per- . mettent pas de déterminer si ce sont les mêmes fruits que la médecine emploie aujourd’hui sous cette dénomination. Quoi qu'il en soit, les cubèbes que le commerce nous présente à l’état sec sous la forme de petites baies sphériques, rugueuses, quelquefois ridées, de la grosseur d’un petit pois , garnies d’un pédicule long et mince , renferment sous une écorce fragile, brune ou grise, une semence noire à l’extérieur , blanche intérieurement, de nature huileuse et beaucoup plus äcre que l'écorce. Ces baies sont remarquables par leur odeur fragrante et par leur saveur chaude aromatique. Lorsqu'on les mâche, elles remplissent la bouche d’une chaleur accompagnée d’un peu d’amertume , et donnent une odeur agréable à l'haleine.
On en retire une huile essentielle âcre, aromatique, un extrait aqueux d’une saveur chaude et piquante, et un extrait spiritueux beaucoup plus âcre.
L'énergie des qualités physiques de ces fruits leur a fait supposer avec raison des propriétés médicinales très-énergiques. Cullen, cependant, les place au dessous de celles du poivre ordinaire, et pense
; - & \ | 24 Lt 5 qu’on pourrait exclure les cubèbes de la matière médicale, si leur odeur , plus forte et plus agréable que celle du poivre, ne les rendait préferables à ce dernier dans une foule de préparations pharmaceutiques. On s'accorde généralement à les regarder comme toniques , stimulantes, sialagogues , carminatives , etc. Murray les croit très-propres à remédier à la débilité de l'estomac, et à dissiper les mucosités qui surchargent quelquefois ce viscère, ainsi que les vents qui sy accumulent dans certains cas. On a vanté leurs bons effets dans les fluxions catarrhales et dans l’asthme humide. Il paraît qu'on les a souvent employées avec succès contre la migraine. On leur a surtout attribué une efficacité, sans doute exagérée, contre les vertiges, l’apoplexie, la paralysie, et pour de la perte de la mémoire. Toutefois cette substance aromatique et stimulante est. rarement administrée à l'intérieur par les médecins d'Europe. On s’en sert avec avantage comme masticatoire pour masquer et détruire la puanteur de lhaleine qui se manifeste dans l’ozène. On l’a quelquefois mêlée avec succès au tabac à fumer , pour exciter l’action des glandes salivaires, et pour remédier à la paralysie de la langue. Les Indiens en font un fréquent usage pour s’exciter aux plaisirs véné-
CUBÉBE.
riens, et les habitans de Java la mêlent à leurs alimens, pour se donner de l'appétit et stimuler l’action de lestomac.
On administre les cubèbes en poudre depuis quinze centigrammes jusqu’à quinze décigrammes (de trois grains à un scrupule environ), en macération vineuse de quatre à huit grammes (un à deux gros). Leur huile essentielle: se donne par gouttes , et leur extrait depuis cinq jusqu'à trente et quarante centigrammes (un à dix grains et plus). Elles entrent dans la composition du vinaigre thériacal et de l'élixir de vitriol. Leur huile volatile fait partie de la thériaque céleste et de plusieurs autres médicamens cordiaux.
Outre les usages économiques auxquels les Indiens emploient les cubèbes comme assaisonnement, les confiseurs les couvrent de sucre et les convertissent en dragées très-agréables, quelquefois administrées dans l’inappétence et dans les affections nerveuses et atoniques.
Le poivre que les habitans de l'ile Bourbon désignent sous le nom de cubèbes, et que nous nommons poivre & queue ou cubèbes de Bourbon, sont des semences de la grosseur des grains de millet,
produites par une plante sarmenteuse entièrement distincte de celle qui nous occupe.
TEICHMEYER ( Germain-rrédéric) , De cubebis, Diss, inaug. præs. Georg. Wolfg. Wedel ; in-4°, Zenæ, 1705.
EXPLICATION DE LA PLANCHE. ( La plante est de grandeur naturelle.) — 1. Chaton femelle. — 2. Épi de fruit mûr. — 3. Fruit détaché de l’épi. — 4. Le même dont on a enlevé une partie de la chair, afin de faire voir la graine. — 5. Chaton mâle.
Observ. Ce dessin est tiré de l’herbier de M. Turpin.
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