‹ Flore médicaleChapitre 42 sur 82 · RON RRE CURCUMA; CUCGUMA · texte numérisé non relu

RON RRE CURCUMA; CUCGUMA

Espagnol. .:: 2" 7. CURCUMA ; CURCUMA LARGA.

Francais: -}. .. CURCUMA; CURCUMA LONG ; TERRE-MÉRITE; SOUCHET DES INDES ; SAFRAN DES INDES.

. TURMERIC.

Allemand. . ...... KURKUME,

Hollandais... ..... KRURKUME; INDAANSCHE SAFFRAAN.

Quorqu'iz soit très-probable que la racine de cette plante ait été depuis très-long-temps introduite en Europe par le commerce avec les Indes Orientales, son pays natal, elle est décrite d’une manière si confuse par les botanistes des premiers siècles , qu’on ne peut prononcer affirmativement sur l'identité de leur description avec la plante dont il est ici question. Jean Bauhin, qui en a figuré la racine , l’a aussi décrite avec plus d’exactitude; mais la plante à laquelle elle appartient n’a été découverte que dans le seizième siècle, à l’époque où Rhéed et Rumphius étaient aux Indes Orientales : ils nous en ont donné une bonne figure. Presque dans le même temps, elle a été cultivée dans quelques jardins de l'Europe, d’abord dans celui de Leyde par Hermann, qui l’a figurée dans son Hortus Lugd. Batav., tab. 209.

Cette racine est épaisse, noueuse, allongée, coudée, de la grosseur du doigt, jaune pâle en dehors; plus foncé et tirant sur le pourpre en dedans. Il n'y a pas de tige. — Les feuilles , toutes radicales , sont glabres, très-lisses, lancéolées, aiguës, nerveuses, trèsentières , presque longues d’un pied, soutenues par de longs pétioles

* Le savant auteur du I]:,44 rapporte le curcuma au zvretgos iwdiwn de Diosco-

rides. Je n’ai point osé admettre cette synonymie trop incertaine. 38° Livraison, 2:

CU RCU MA.

engaînés à, leur base — Du centre des feuilles s'élève un gros épi presque sessile, chargé de spathes doubles, imbriquées ; l’extérieure

à deux valves, dont une échancrée, l’autre entière ; l’intérieure, sem-

blable à un calice, est tubulée, transparente, à trois divisions. — La corolle est d’un blanc jaunâtre, tubulée, irrégulière; son limbe élargi, à quatre divisions , dont une intérieure plus grande , trilobée : une seule anthère bifide, supportée par un filament , en forme de pétale, inséré à l'extérieur du limbe, muni à son extrémité, de chaque côté, d’une petite corne; un style filiforme, de la longueur de la corolle ; le stigmate en tête. — Le fruit est une capsule à trois loges, s’ouvrant en trois valves , et renfermant plusieurs semences.

Cette plante porte encore les noms de terre-mérite, de safran des {ndes , de souchet des Indes.

Sa racine sèche se présente dans les boutiques, tantôt avec une forme. allongée et de la grosseur du doigt, tantôt avec la forme d'un sphéroïde ou d’une poire; ce qui la fait distinguer en curcuma long et curcuma rond. Pesante, dure , compacte , rugueuse à sa surface, d’un aspect métallique dans sa cassure, lle est remarquable

par sa couleur jaune, un peu päle à lextérieur, et tirant sur le

rouge intérieurement. La légère odeur de gingembre qu'elle exhale est plus prononcée dans Pétat frais ; sa saveur légèrement amère et un peu âcre, excite une douce chaleur dans la bouche. Lorsqu'on la mâche, elle imprime sa couleur jaune à la salive : l’eau et l'alcool s'emparent aussi de son principe colorant. On en retire très-peu d'huile essentielle, un extrait aqueux, faiblement aromatique-amer, et un extrait résineux moins abondant, mais brûlant et âcre.

Si l’on en croit Bontius et plusieurs autres graves auteurs, la racine de curcuma serait un remède puissant contre l’ictère. C'est peutêtre à sa couleur jaune qu'elle est redevable de la réputation usurpée dont elle à joui dans cette maladie , et à la propriété qu’eile possède de donner sa couleur aux urines de ceux qui en font usage, qu'elle doit très-probablement la vertu diurétique dont on l’a décorée: On lui attribue la propriété de dissoudre les calculs biliaires et les pierres de la vessie. Elle a été vantée comme incisive, apéritive et emménagogue. On a préconisé ses succès dans l’aménorrhée, l'hydropisie, les fièvres intermittentes, la gale et la cachexie. Différens praticiens assurent l'avoir mélée avec avantage aux antiscorbutiques 7

CURCUMA

aux fébrifuges , aux hydragogues, aux apéritifs, dans les affections qui réclament l'emploi de ces différens moyens. D'autres, non moins prévenus en faveur de cette substance, prétendent en avoir obtenu de bons effets contre les obstructions, et la regardent comme propre à favoriser l’expulsion du fœtus dans les accouchemens difficiles. - Toutes ces assertions reposent malheureusement sur des faits trop vagues et trop mal observés pour qu’on puisse y ajouter foi. À raison de ses qualités toniques et légèrement stimulantes, on peut croire avec assez de vraisemblance qu’elle augmente l’action de l'estomac et des organes qui lui sont unis par les liens d’une étroite sympathie. Au demeurant, il faut convenir que nous ignorons les propriétés médicinales de cette plante, et que tout ce qu'on débite sur ses prétendues vertus est au moins très-hasardé. On administre la racine de curcuma en substance depuis un jusqu’à quatre grammes (environ un scrupule à un gros), et en infusion à dose double. Elle entre dans l’onguent d’althéa , qui lui doit ainsi sa couleur. Du reste, elle est rarement employée en médecine.

Les Chinois, au rapport de Murray, s’en servent comme sternutatoire. Les Indiens en font un très-grand usage comme cosmétique, et surtout comme condiment. Ils la triturent dans l’eau, et en font une pâte dont ils se frottent le corps; leurs femmes la mêlent à l'huile, et en font des onctions auxquelles elles attachent un grand prix pour embellir leur peau et donner de l'éclat à leur teint. Dans presque toutes les parties de l’Inde, on l’associe constamment au riz, aux sauces et aux alimens de toute espèce, qu’elle aromatise, et qu’elle jaunit en outre à la manière du safran, ce qui lui a mérité le nom de safran des Indes. Les apothicaires l’emploient quelquefois pour colorer certaines préparations pharmaceutiques. Les charlatans s'en servent pour donner plus de prix à leurs arcanes, et pour masquer les remèdes les plus vulgaires, qu'ils vendent ainsi fort cher aux gens crédules , sous la couleur jaune du curcuma. Les confiseurs font infuser cette racine dans les ratafiats et autres liqueurs, pour leur donner du goût et une couleur éclatante. Dans la même vue, les parfumeurs lassocient à certaines pommades. Son plus grand usage parmi nous est dans la teinture. Toutefois, la couleur jaune qu'elle donne aux tissus n’est ni aussi solide ni aussi durable que celle que les teinturiers obtiennent avec la gaude ; mais elle est très-

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