‹ Flore médicaleChapitre 45 sur 82 · Livraison · texte numérisé non relu

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CUSCUTE. à court, à quatre, plus souvent à cinq divisions ; d’une corolle campanulée, à quatre ou cinq lobes, autant d’étamines; les filamens munis à leur base d’une écaille bifide, attachée à la corolle; deux” styles courts. — Le fruit consiste en une capsule presque globuleuse, à deux loges; deux semences dans chaque loge.

Analogue au sedum et autres plantes grasses, par l’abondance de son suc, la cuscute est inodore; sa saveur, un peu amère selon Linné, âcre et astringente selon Geoffroy, insipide et légèrement muqueuse selon d’autres, varie, au rapport de Murray, suivant l’espèce de plante aux dépens de laquelle elle s’est nourrie. On a même cru qu'elle empruntait ses vertus des végétaux divers sur lesquels elle végète, et dont elle absorbe les sucs. C’est ainsi qu’on a regardé celle du lin comme mucilagineuse, celles du genêt et de l’ortie comme diurétiques; qu’on donne libéralement le titre d’astringente à celle qui végète sur la garance, et la vertu purgative à la cuscute, qui s’attache aux euphorbes. Il serait, sans doute, aussi important que curieux de constater de semblables assertions par des expériences exactes. En attendant qu’on s'occupe de cet objet, on doit, à limitation du judicieux Peyrilhe, mettre en question les faits douteux sur lesquels elles reposent. Toutefois cette plante jouissait, chez les anciens, de beaucoup plus de réputation qu’elle ne le fait aujourd’hui parmi nous. Hippocrate l'employait dans la phthisie; selon Galien, Aëtius, Oribase, elle convient dans une foule de maladies qui ont été longtemps confondues sous le nom vague de difficulté de respirer. À la renaissance des lettres, plusieurs médecins lui ont attribué la propriété de résoudre les empätemens des viscères à la suite des fièvres intermittentes; Pauli, Etmuller, Wedel, et autres, ont même célébré ses vertus contre toutes les obstructions. Divers praticiens, de, ceux qui ne voient qu'obstruction et épaississement d'humeurs dans les maladies, prétendent l'avoir administrée avec avantage dans la mélancolie, l'hypochondrie et les affections qui en dépendent. On lui a également attribué des succès contre la goutte et le rhumatisme. Mais, si l’on veut asseoir son jugement sur des faits précis, 1l faut convenir que les propriétés médicinales de la cuscute, si elle en a réellement, ont besoin d’être soumises à un nouvel examen.

La plupart des auteurs modernes de matière. médicale ont cru pouvoir, sans inconvénient, exclure ce végétal parasite de la liste des

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médicamens. On l’administrait jadis en infusion vineuse, en décoction aqueuse , depuis quatre jusqu’à quinze grammes (d’un à quatre gros ), et en substance à une plus faible dose. La cuscute entre dans une foule de préparations pharmaceutiques vieillies et entièrement décréditées, telles que les pilules tartareuses de Quercetan, la poudre de joie, les électuaires de psyllium et de séné, la confection Hamech, le sirop apéritif de Charas , etc. Ses semences font également partie du sirop de chicorée composé du même pharmacologue, et de celui de fumeterre de Mésué.

La cuscute épuise et fait périr les végétaux auxquels elle s'attache ; elle cause quelquefois beaucoup de dommage dans les champs de luzerne , de lin et autres plantes économiques. Le moyen le plus sûr de la détruire consiste à couper et à arracher les plantes sur lesquelles on l’aperçoit.

weper (ceorge-wolfgang), De cuscutä, Diss. inaug. resp. Joan. Adolp. Billiard ; in-4°. Ienæ, 1715. +

rranx (sean), Erhæthetes flachhsseidenkraut ; c’est-à-dire , Éloge de la cuscüte; in-80. Ulm., 1718.

L'auteur qui , dans plusieurs écrits antérieurs, avait montré de la science et de l’érudition , révèle dans celui-ci une crédulité véritablement absurde : on y reconnait la production surannée d’un vieillard décrépit ; il n’hésite point à proclamer la cuscute le remède souverain et infaillible des maladies les plus graves et même les plus désespérées , telles que les scrophules, la syphilis, la phthisie, l’hydropisie , etc.

EXPLICATION DE LA PLANCHE. ( La plante, de grandeur naturelle, est représentée sur un pied de luzerne (medicago savita), aux dépens duquel, par le moyen des sucoirs, elle vit.) — 1. Extrémité d’un rameau sur lequel on distingue quelques écailles faisant fonctions de feuilles, de l’aisselle desquelles sortent des ramuscules, dont les sommets se terminent à la manière des asperges. — 2. Tronçon de luzerne sur lequel on voit comment, au moyen de ses sucoirs, la cuscute pompe pour se nourrir les sues de sa bienfaitrice , qu’elle finit toujours par faire mourir, — 3. Fleur entière grossie. — 4. La même ouverte, dans laquelle on voit l'insertion des cinq étamines , et plus bas, devant elles, cinq écailles à bords frangés. — 5. Pistil, composé d’un ovaire surmonté de deux styles. — 6. Fruit entier de grosseur naturelle, — 7. Le même coupé horizontalement , afin de faire connaître qu’il est biloculaire, et que chaque loge contient deux graines. — 8. Graine isolée grossie.

Observ, Le nombre naturel des étamines , des divisions du calice et de la corolle, est cinq. On en rencontre, mais rarement , à quatre et six parties.

Le genre cuscuta , composé jusqu’à ce jour de cinq espèces, C. europæa, C. americana, C. africana, C, monogyna et C. sinensis, auxquelles on pourrait encore ajouter comme sixième notre seconde espèce européenne, C. epithymum, X..; major, Decand. Flor. franc. , + est vraiment singulier par la structure filamenteuse et dépourvue de feuilles de toutes ses espèces,

CUSCUTE

qui deviennent entièrement parasites peu de temps après la germination, qui a toujours lieu en terre, comme je m'en suis assuré plusieurs fois à Saint-Domingue, sur l’americana.

Les végétaux offrent donc deux sortes de parasites très-distinctes, les demies et les vraies : les premières sont , par exemple, les cuscutes, les vanilles, le poivre du commerce, le lierre, etc., qui, après avoir germé en terre, et vécu par elles-mêmes, s’attachent aux plantes voisines, sur lesquelles elles vivent ensuite. Alors le collet de la racine s’étrangle , se dessèche , et la plante devient entièrement parasite. Les secondes offrent les guis (viscum), les nombreuses espèces de tillandsia (en Amérique), et un grand nombre de cryptogames, telles que champignons, lichens et mousses, qui, toutes, germent, vivent et meurent sur les he : les ont vues naître. £\

Les créoles des Antilles ont fait de la cuscute une sorte d’éprouvette pour leurs. amours. Lorsqu'un couple amoureux se promène dans les bois, chacun, de part et d’autre , arrache une poignée de cette plante, la jette au hasard sur un buisson, et si, au bout de quelques jours, des circonstances, telles que l'ombre ou la pluie, ont favorisé la reprise de la parasite , alors plus de doute sur la fidélité réciproque. De là le nom de pays : z'herbe à l'amitié.

Si, entre l’homme nain et l’homme géant, nous ne connaissions pas toutes les nuances qui lient ces deux extrêmes, nous ne baälancerions pas à en faire deux espèces très-distinctes, quoiqu'ayant pourtant les mêmes organes et en même nombre. Quelques espèces de végétaux appartenant aux mêmes genres se trouvent dans le même cas, à la différence près que les intermédiaires n’existent pas (ce qui est beaucoup); je veux parler de nos deux espèces de cuscutes européennes : elles sont si différentes au premier aspect, que l’on doute d’abord si l’epithymum est une cuscute ; mais si l’on compare les deux espèces, on voit qu’elles ne different entre elles que par des plus ou des moins dans les dimensions, et par quelques modifications dans les formes de leurs organes, ce qui met le descripteur dans la presque impossibilité de distinguer ces deux espèces (vraiment distinctes et constantes) par une simple phrase botanique. Les deux espèces croissant en Europe, et ne différant, comme je viens de le dire, que par des plus ou des moins, M. Decandolle ne pouvait leur appliquer de meilleurs noms spécifiqnes que ceux de minor (Europæa) et de major (epithymum). Une remarque assez curieuse , c’est que cette dernière espèce, à l'exemple des chenilles ou autres insectes qui-ne se rencontrent que sur les végétaux d’une même famille , et qui, plus d’une fois à Saint-Domingue, m'ont servi à faire des rapprochemens naturels, et que sans cela je n’aurais jamais soupconnés , ne s’observe que sur des plantes de la famille des urticées, telles que lortie, le chanvre et le houblon. (T.)

ONICTIANTIC.

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