‹ Flore médicaleChapitre 5 sur 82 · CIGUË AQUATIQUE · texte numérisé non relu

CIGUË AQUATIQUE

des exemples d’empoisonnement par la racine de ciguë aquatique, soit chez des adultes , soit chez des enfans. La plupart des individus qui avaient accidentellement avalé de cette racine, ont succombé après avoir éprouvé les symptômes les plus graves, tels qu'éblouissemens , obseurcissément de la vue, vertiges, céphalalgie quelquefois aiguë et déchirante; démarche vacillante, agitation, anxiété précordiale, cardialgie, sécheresse de la gorge, soif ardente , éructations, vomissemens de matières verdâtres; serrément tétanique des mâchoires; respiration fréquente, entrecoupée ; lipothymies , léthargie, froid des extrémités, délire furieux , convulsions; attaques d’épilepsié, particulièrement chez les enfans. Après la mort, on a généralement trouvé la surface intérieure de l'estomac ét de l'intestin, rouge, enflammée , quelquefois même corrodée ou gangrénée dans les endroits qui étaient en contact avec quelques morceaux de racine. Chez quelques sujets, le foie, et surtout les poumons, offraient un état de phlogose ou une infiltration sanguine; le cœur était flasque, ses cavités remplies d’un sang noir et fluide; les vaisseaux du cerveau étaient gorgés de sang, et ses ventricules renfermaient un peu de sérosité. À l'extérieur, la plupart des cadavres étaient dans l’état naturel; quelques-uns seulement offraient des taches livides, ou des espèces d’ecchymoses. Le vomissement , sollicité surtout par des moyens mécaniques et par l’ingestion d’une grande quantité d’eau tiède, dès les premiers momens et avant que l'inflammation de l'estomac se soit développée , ensuite les boissons acides et mucilagineuses , sont les principaux moyens à employer contre cet empoisonnement, qui, dureste, a la plus grande analogie avec celui que produit la belladone. Depuis très-long-temps la ciguë aquatique est en usage comme topique dans le traitement de différentes maladies de la peau et du système nerveux. On Flappliquait jadis en cataplasmes sur les abcès qui se manifestent dans le waren endémique de Westphalie. Les habitans de la Sibérie guérissent, dit-on, les dartres syphilitiques, les névralgies sciatiques et les rhumatismes, au moyen de frictions faites avec la racine de cette plante réduite en pulpe. Les mêmes moyens sont employés au Kamschatka dans le lumbago. Quoique ces faits, et surtout les qualités délétères de la ciguë aquatique, doivent lui faire présumer des propriétés médicinales trèsactives , on manque de données positives sur sa manière d’agir comme

CIGUÉ AQUATIQUE. 3 + médicament. Un malade auquel Bergius avait prescrit la décoction de cette ciguë pour un usage extérieur; en but quatre livres, dans l’espace de deux heures, sans en éprouver aucun effet. Une femme affectée de cancer a fait très-long-temps usage du suc épaissi de cette plante sans en éprouver ni bien ni mal. Toutefois, Murray redoute tellement ses qualités vireuses, qu’il n’a jamais osé l’administrer intérieurement. Linné, dont l'opinion est ici d’un grand poids, lui supposait plus d'énergie qu’au conium maculatum , plante avec laquelle elle a du reste une grande analogie d’action, et c’est par son conseil qu’elle a remplacé cette dernière dans la pharmacopée danoise.

Par les progrès de l’âge, et surtout par la dessiccation, la racine de cette ciguë perd son âcreté et même ses propriétés nuisibles, au point qu’en Finlande on la donne à manger aux bestiaux avec du sel.

Dans les pharmacies , comme dans la plupart des livres de matière médicale, la ciguë aquatique a été et se trouve encore souvent confondue avec la grande ciguë, conum maculatum, L., quelquefois même avec d'autres plantes telles que l’æfhusa cypianum, et Je phellandrium aquaticum , L. Sans cesse les auteurs de thérapeutique les prennent indistinctement l’une pour l’autre et appliquent à toutes deux ce qui ne convient qu'à l’une d’elles : cette mauvaise manière de procéder , une des principales causes de la divergence d'opinions et de la confusion qui règne depuis si long-temps dans l’histoire médicale de ces plantes redoutables, nous oblige à réunir ici la bibliographie des deux ciguës dont nous venons de parler.

WEPFER (Jean-vacques), Cicutæ aquaticæ historia et noxæ , commentario illustratæ ; in-4°. Basileæ, 1679.— Id., 1716.— 1d., curä Theodori Zwinger ; in-8°, fig. Lugd. Bat., 1733. Dres1G (sigismond-rrédéric), De Cicutä Atheniensium pœnd publicä, Diss. inaug. resp. Steger ; in-4°. Lipsiæ , 1734.

sroerck (antoine), Libellus quo demonstratur cicutam non solum usu interno tutissimè exhiberi, sed et simul remedium valdè utile in multis morbis qui huc usque curatu impossibiles dicebantur ; in-8°. Vindobonæ, 1760.

quarin (soseph), Tentamina de cicutd; in-8°. Vindobonæ , 1761. oRTEGA (casimir-comez), De Cicutà commentarius ; in-8°. Matriti, 1761. LE8ER (rerdinand), 4bhandlung von der Nutzbarkeit, etc.; c'est-à-dire, Traité de l'utilité de la ciguë en chirurgie; in-8°. Vienne en Autriche, 1762. #Oormanx (christophe-zouis), 7’om Gebrauche des Schierlings; c'est-à-dire, De lusage de la ciguë ; in-8°. Munster, 1762. | saLomox (s0el), De cicutæ agendi modo in corpus humanum , ejusque indè deductäà virtute medicä, Diss. in-4°. Halæ, 1763.

EXPLICATION DE LA PLANCHE. ( La plante est de grandeur naturelle.) — x. Portion d’une feuille adulte. — 2. Fleur entière grossie. — 3. Fruit entier de grandeur naturelle, — 4. Le même coupé horizontalement, grossi.

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