‹ Flore médicaleChapitre 50 sur 82 · ABS... .. PALM-TREE ; DATE-TREE · texte numérisé non relu

ABS... .. PALM-TREE ; DATE-TREE

Allemand. . ... «+. DATTELBALME; DATTELEAUM.

Hollandais. ...... DADELBOOM. | A Suédois... .. d'a Es PALM-TRA. # L

Le dattier ne ressemble à aucun des axbres de à 10. forêts d’Europe. Sa tige ne s'élève au dessus de la terre que ‘quatre où cinq ans après que la plante a levé : jusque là elle ne pousse que des feuilles produites par un gros” bouton qui a la forme d’une bulbe épaisse, arrondie, un peu mA et qui se renouvelle tous les ans, augmente en grosseur, et nr annuellement un plus grand ré de ‘feuilles. Lorsque ce bouton est arrivé à la grosseur que l'arbre doit avoir, alors il s’élève peu à peu au dessus de la terre, offre un-commencement de tronc, uniquement composé de pétidles réunis des anciennes feuilles; c’est par la chute de celles-ci que le tronc continue à prendre L Vélévation : il n’en tombe qu’une Partie chaque année , mais leurs pétioles restent, et forment des aspérités saillantes que les cultivateurs, en aidant un peu la nature , rendent propre à servir de point d'appui pour ceux qui vont recueillir les dattes.

Les troncs des dattiers, sans aucune ramification , forment aütant de colonnes élégamment divisées par anneaux, et dont le fût est couronné par un -ample bouquet de longues feuilles pendantes en festons et courbées en demi-cercle. Ces feuilles sont longues de dix * à douze pieds et plus, composées de deux rangs de folioles alternes, étroites, en lame d'épée, pliées dans leur longueur, portées par un

pétiole commun , aplati sur les côtés, élargi à sa base. — De l’aisselle des feuilles sortent des spathes allongées, velues en dehors, s’ou- 39° Livraison, 3. 4.4

’ DATTIER

vrant latéralement pour donner passage à une panicule composée de

rameaux simples , nombreux, fléchis en zigzag, très-serrés, chargés ” de petites fleurs sessiles, les unes mâles, les autres femelles , sur des "

individus différens. — Les fleurs mâles sont composées d’une enveloppe à six divisions profondes, trois extérieures courtes, trois intérieures beaucoup plus grandes, que quelques-uns prennent pour une corolle; six étamines; les filamens très-courts : dans les fleurs femelles, un ovaire supérieur, arrondi; un style court; le stigmate aigu. — Le fruit est un drupe ovale, un peu allongé, de couleur

jaunâtre, contenant, sous une pellicule mince et lisse, une pulpe.

grasse, succulente, qui enveloppe une semence presque ligneuse, marquée à un de ses côtés d’un sillon longitudinal; l'embryon dorsal.

Le palmier croît et se cultive particulièrement dans cette partie de la Barbarie connue sous le nom de Bildulgérid où pays des dattes. C’est une vaste contrée sablonneuse et brülante, dont une portion se trouve traversée par une chaîne des montagnes de l'Atlas, et d’où descendent des sources d’eau qui vont se perdre dans les plaines ; position très-favorable pour la culture du dattier, qui exige, pour produire d’excellens fruits, un climat très-chaud, un sol humide et léger.

Une forêt de dattiers est, pour le voyageur qui quitte celles de

l'Europe, un spectacle tout-à-fait nouveau : à Paspect de ces arbres

majestueux , il se croit transporté dans un autre univers ; ces forêts, toujours vertes, image d’un printemps perpétuel, occupent dans certains endroits plus de deux ou trois lieues de terrain. Leurs cimes touffues et rapprochées forment, au dessus de la tête du voyageur, un dôme obscur soutenu par des milliers de colonnes d’une riche proportion, dont l’ensemble présente le temple le plus majestueux de la nature, et dont le silence n’est interrompu que par le concert harmonieux d’une foule d'oiseaux , hôtes aimables de ces lieux solitaires. Le sol lui-même, qu'ailleurs le soleil dessèche, ici abrité par l'ombre des palmiers, se couvre de verdure et de fleurs; souvent la vigne

embrasse de ses rameaux flexibles le tronc robuste du dattier , qui

protège par la fraicheur de son ombrage beaucoup d’autres arbres et arbustes.

Les fruits, connus sous.le nom de dattes , sont les seules parties de cet arbre précieux qui soient employées en médecine. Leur forme

DATTIER. | cylindrique se rapproche de celle des glands de chêne‘. Elles ont uu volume double. On les cueille un peu avant la maturité. À cette époque leur couleur est légèrement verdâtre ; exposées quelque temps au soleil , elles prennent une teinte roussätre, et leur saveur devient de plus en plus sucrée. La pulpe grasse, succulente et très-douce qu’elles renferment, présente une légère stypticité unie à des qualités éminemment mucilagineuses et adoucissantes , sur lesquelles reposent les propriétés médicinales qu'on leur a attribuées. Hippocrate les employait en décoction dans la diarrhée. On les a crues propres à fortifier l'estomac , la matrice , les intestins. Dans ceite vue, on les a recommandées dans le marasme, l'épuisement , les hémorrhagies et les flux de ventre. Quelques auteurs ont vanté leurs bons effets dans le traitement des maladies des reins et de la vessie. On a même préconisé leurs succès contre la goutte. De nos jours les dattes ne jouissent de quelque réputation que contre la toux, les rhumes et autres affections pulmonaires. Elles figurent ainsi dans un grand nombre de médicamens réputés béchiques , pectoraux, analeptiques. On les fait entrer dans certains cataplasmes émolliens et maturatifs. On les retrouve dans la décoction pectorale , le looch de santé, le sirop résomptif, l’électuaire diaphénie. Selon la remarque de M. Chaumeton, ces fruits nous arrivent dans un état d’altération considérable, souvent privés de tout leur suc ou rongés de vers. Ils peuvent être avantageusement remplacés par le miel, les figues, les raisins secs, etc., et doivent être par conséquent bannis des officines européennes.

Les dattes sont bien plus précieuses, en effet, sous le rapport alimentaire que par leurs propriétés médicinales. On leur a reproché de se digérer difficilement, de produire des maux de tête, des pesanteurs d'estomac et des coliques; mais si ces accidens ont lieu quelquefois chez les personnes faibles , délicates , ou qui en prennent en trop grande quantité, ainsi que l'ont constaté quelques observateurs , il serait injuste de les accuser de produire les obstructions, la mélancolie, la cachexie, et peu rationnel de leur attribuer les ophthalmies et autres maladies des yeux auxquelles sont sujets les habitans de certaines contrées d’Afrique, qui s’en nourrissent exclusivement, que leur ex-

* Le dattier ou dactier doit sa dénomination à la figure de ses excellens fruits, que l’on a comparée à celle d’un doigt, Susruros.

DATTIER

trème misère oblige de coucher sur la terre, et laisse exposés presque nus à toutes les intempéries de Pair. « La nature, dit M. Chaumeton , semble avoir fixé cet utile végétal sur le sol le plus aride , dans les déserts les plus affreux, pour y tenir lieu de tous les autres végétaux qui refusent d’y prospérer. En effet, le dattier est un véritable trésor pour les habitans de ces contrées. Avec le tronc ils fabriquent les pieux et les poutres qui forment la charpente de leurs maisons , ou plutot de leurs huttes ; avec le liber ils font des urnes très-solides; avec les feuilles et leurs pétioles , différens ustensiles domestiques , tels que des paniers, des sacs, des balais ; avec les spathes, des vases de diverses figures et destinés à divers usages. Cet arbre précieux est encore la source bienfaisante à laquelle l’habitant des déserts va puiser sa nourriture. Si l’on fait à la tige une incision légère , il s’en écoule une liqueur excellente , tandis que l’intérieur renferme une moelle très-savoureuse. » Les feuilles tendres sont aussi un très-bon aliment. Il en est de même des jeunes grappes mâles et femelles ; on les mange crues et cuites, seules ou avec la viande de mouton. On en fait diverses confitures délicieuses. Les dattes néanmoins surpassent en excellence et en utilité toutes les autres parties du dattier. On en fait toutes sortes de mets aussi agréables que diversifiés. Par une légère expression, on en retire une sorte de sirop gras qui est employé en guise de beurre à la préparation du riz, des sauces , et sert à faire d’excellente pâtisserie et des gâteaux très-délicats. La masse qui reste après cette expression sert de nourriture aux pauvres, et les riches conservent toute l’année des dattes fraîches dans de grands vases remplis de ce sirop. En faisant fermenter ces fruits avec de l’eau, les anciens en retiraient une espèce de vin qu’on obtient encore en Natolie par le même procédé. Au moyen de la distillation, on en retire de l’alcool , auquel on associe différens aromates, et dont on fait un très-grand usage dans presque toutes les parties de l'Arabie. |

Les noyaux des dattes, auxquels on a attribué la propriété de provoquer l’accouchement, et que Rivière prescrivait contre l’incontinence d'urine , servent à faire des grains de chapelet. Ramollis par l’ébullition dans l’eau, on les emploie beaucoup plus utilement à la nourriture des bœufs et des chameaux.

Perfectionné par la culture, le dattier, ainsi que l’a observé en

DATTIER

Afrique M. Poiret, fournit des fruits plus beaux, plus succulens et plus délicats que ceux qu’il donne dans l’état sauvage ou lorsqu'il est mal cultivé. On le multiplie soit en semant les noyaux au commencement du printemps, soit par les rejetons des racines et des aisselles des feuilles ; ce dernier moyen est le plus en usage, parce qu’il estbeaucoup plus prompt.

EXPLICATIONS. — Prancme 148. — (L'arbre figuré dans cette planche est un individu femelle portant fleurs et fruits, réduit à la soixantième partie de sa grandeur naturelle.)

Observ. Le paysage qui accompagne ce palmier représente un site d'Égypte : sur le premier plan on observe deux voyageurs turcs qui se reposent, assis près de leurs bagages et de l'arbre, pour lequel ils servent d'échelle. Plus loin est une large pierre sur laquelle restent encore quelques signes hiéroglyphiques. Sur ce même plan , au rivage du Nil, parait l’élégante nymphe bleue (rymphæa cœrulea); de l’autre bord de ce fleuve s'élève une partie du palais de Mourat-Bey, et enfin, plus loin, les grandes et petites pyramides de Gyzeh.

Le dessin de l’arbre et de ses détails est une copie exacte de celui que j’ai exécuté d’après nature à Saint-Domingue, où une assez grande quantité de dattiers mâles et femelles sont allés se réunir à la belle et nombreuse famille des palmiers indigènes de ce pays.

PLancue 148 bis, — 1. Régime de fruit réduit au cinquième de sa grandeur naturelle, accompagné de sa spathe. — 2. Portion de rameau chargé de fleurs mâles. — 3. Un autre portant des fleurs femelles. — 4. Fleur mâle. — 5. Étamine isolée. — 6. Fleur femelle, — 7. Trois pistils. — 8. Fruit entier. — 9. Le même coupé verticalement.

( Ces huit derniers détails sont de grandeur naturelle. )

Observ. Les fleurs femelles contiennent trois pistils distincts : aussi arrive-t-il quelquefois que les trois ovaires se développent en trois fruits réunis dans le même calice. (1e)

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