‹ Flore médicaleChapitre 59 sur 82 · LEE · texte numérisé non relu

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ELLÉBORE NOIR

Ge pa aus y de | gAXeBopos uenac, paehammodiov, Dioscorides. HELLEBORUS NIGER, flore roseo; Baubin, Iiva£ , lib. 5, sect. 4. HELLEBORUS NIGER , angustioribus foliis ; Tournefort, clas. 6, rosacées,

Latin........... HELLEBORUS NIGER, scapo subbifloro, subnudo , foliis pedatis ; Linné, clas. 13 , polyandrie polygynie. Jussieu , elas. 13, ord. 1, renonculacées.

| 2 prpgtieen)ctit ELLEBORO NERO.

Espagnol. ....... ELEBORO NEGRO ; YERBA DE BALESTERO.

Français... ...... ELLÉBORE NOIR; HELLÉBORE NOIR; ROSE DE NOEL.

aan. 17: 0. à. BLACK ELLEBORE; CHRISTMAS-ROSE.

Allemand. ....... SCHWARZE NIESWURZ; CHRISTWURZ.

Hollandais. ...... NIESKRUID ; MAANKRUID ; HERSSENKRUID.

LE nom d’ellebore noir donné à cette plante par les modernes , l’a fait prendre pendant long-temps pour l’ellébore des anciens, qui portait chez eux le même nom : nous devons à Tournefort la connaissance de cette dernière espèce, très-commune sur le mont Olympe, à Anticyre et le long des bords de la mer , tandis que celle dont il est ici question, croît sur les montagnes Alpines aux lieux pierreux, dans l’Autriche et sur les monts Apennins. Son caractère essentiel est facile à reconnaître : il consiste dans un grand calice à cinq folioles pétaliformes ; cinq pétales tubulés , très-courts, rétrécis à leur base! ; un grand nombre d’étamines attachées sur le réceptacle ; plusieurs ovaires supérieurs surmontés d’un style subulé, arqué; les stigmates simples ; plusieurs capsules ovales-oblongues, comprimées, mucronées, à une seule loge polysperme.

"Ses racines forment une grosse souche noirâtre, d’où partent des fibres épaisses, charnues, souvent chargées d’un duvet brun : elles produisent des hampes droites, longues de quatre à cinq pouces, nues , épaisses, cylindriques, simples ou bifurquées à leur sommet, à une ou deux fleurs terminales. — Les feuilles naissent peu après : elles sont toutes radicales, pétiolées, amples, glabres, coriaces, d’un

* Le calice est une corolle dans Linné, et les pétales des nectaires. 416 Livraison, Jo

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vert foncé, divisées en sept ou huit lobes pédicellés, allongés-lancéolés, aigus, dentés en scie. — Les fleurs sont blanches, souvent lavées de rose, très-ouvertes, d'environ deux pouces de diamètre; les folioles du calice ovales, obtuses; les pétales tubulés, deux fois plus courts que le calice, terminés à leur bord extérieur par une languette spatulée , obtuse : les étamines un peu plus longues que la corolle; les pistils au nombre de cinq à six. — Le fruit consiste en cinq ou six capsules comprimées, ovales, mucronées latéralement à leur sommet, arquées à un de leurs bords, s’ouvrant en deux valves.

C'est à l’Aelleborus orientalis, Lin., qu'il faut rapporter cet ellébore noir, sirenommé chez les anciens, et dont M. Desfontaines nous a donné une très-bonne description d’après Pherbier , les notes et le dessin de Tournefort, qui l’avait observé dans son pays natal.

Il croît encore en France plusieurs autres espèces d’ellébore, telles que 1° l’helleborus fœtidus, vulg. pied de griffon , assez commun aux lieux stériles et pierreux ; 2° l’helleborus viridis , que j'ai recueilli dans la forêt de Villers-Coterets; 3° l’helleborus hiemalis , qu’on trouve dans les Alpes, à fleurs jaunes, solitaires, et que l’on cultive comme plante d'ornement, etc.

En citant les effets obtenus de l’ellébore, en les associant et en les comparant aux propriétés que les anciens lui attribuaient, n'est-il pas à craindre que l’on ait confondu notre ellébore noir avec, celui des anciens, l’helleborus orientalis, dont les propriétés peuvent être très-différentes? Ce dernier est rare dans les herbiers : je ne le crois cultivé dans aucun des jardins de l’Europe.

Il est rare que la médecine fasse usage des feuilles de cet ellébore ; sa racine est presque uniquement employée. Dans l’état frais, elle est d’un brun pâle à l'extérieur, et blanche intérieurement. Il s'en exhale une odeur nauséeuse. Sa saveur amère, un peu âcre, persistante , semble agir particulièrement sur la pointe et le milieu de la langue; lorsqu'on la mâche, elle détermine sur cet organe un sentiment de stupeur. En vieillissant dans les boutiques et par la dessiccation, elle devient rugueuse, cassante, d’un brun noirâtre, et perd, avec ses qualités physiques, une grande partie de ses propriétés médicinales. Lewis et Neumann en ont retiré un extrait gommeux et un extrait résineux. Elle paraît recéler en outre un principe volatil qui

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mériterait de fixer l'attention des chimistes modernes. Ce principe âcre, auquel Murray attribue presque toute l'énergie de l'ellébore, passe dans l’eau distillée, et l’on peut ainsi en priver cette racine par plusieurs ébullitions successives. D’après les expériences de M. Orfila, c'est dans la partie soluble dans l’eau que résident les propriétés vénéneuses de l’ellébore.

Aucune plante, peut-être, n’a joui de plus de réputation; de temps immémorial, elle a été célébrée comme le remède par excellence contre les lésions de l’entendement. C’est probablement à lellébore qui croissait en abondance dans les îles Anticyres , plutôt qu'à la prétendue guérison d'Hercule devenu furieux, opérée par un habitant de cette contrée, que ces îles dûrent leur antique célébrité pour la guérison de la folie. Navigare Anticyras est le précepte que l’on donnait parmi les Grecs à ceux qui avaient perdu la raison. L'ellébore n’était pas moins estimé des anciens pour ses propriétés vomitive et purgative, et l’on voit à chaque instant dans les ouvrages d'Hippocrate combien ce grand homme y avait fréquemment recours. Toutefois les soins, les attentions minutieuses et les pratiques variées que les anciens faisaient concourir avec l'administration de ce médicament , semblent annoncer qu’ils comptaient beaucoup moins sur l’action directe de l’ellébore que sur les effets combinés de cette multitude de moyens accessoires plus ou moins énergiques, et peut-être mal-à-propos négligés de nos jours, qui constituaient l’elléborisme.

Il ne faut pas perdre de vue que les données qui nous ont été transmises par les anciens, et les faits qui ont été recueillis par les modernes sur les effets de l’ellébore noir , appartiennent souvent à l’ellébore blanc, et quelquefois même à plusieurs autres plantes avec lesquelles il à été confondu. Quoique les auteurs de matière médicale s'accordent à lui accorder des propriétés vomitive, purgative, diurétique , emménagogue, sternutatoire, altérante , anthelmintique, apéritive, antiphthisique , etc. , il faut se rappeler que la manière d’agir de cette plante héroïque varie selon son ancienneté, selon les lieux où elle à pris naissance, et selon les préparations qu'on lui a fait subir. Récente, elle est âcre, vénéneuse, et produit la rubéfacon et la vésication de la peau ; modérément desséchée, elle fait vomir, elle purge, elle détermine l’éternument, elle excite la

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sécrétion des urines, elle provoque l’écoulement menstruel, celui des hémorrhoïdes, et augmente, en un mot, la contractibilité inseusible de nos organes : maïs après avoir été entièrement desséchée , elle conserve à peine une légère vertu purgative. C’est faute d’avoir donné à ces différentes circonstances l'attention convenable, que les observateurs ont tant varié d'opinion sur la manière d’agir de Pellébore, et que les résultats de son administration ont été si souvent contradictoires. Ainsi, administrée dans des cas analogues, avec des conditions semblables et à la même dose, tantôt cette racine redoutable n’a produit aucun effet sensible, et d’autres fois elle a donné lieu aux accidens les plus graves, et a même occasioné la mort’. La superpurgation, des tranchées, l'anxiété, la syncope, un sentiment de strangulation, une vive chaleur d’entrailles, le réfroidissement des extrémités, la rigidité des membres, des convulsions : tels sont les accidens qu'a produits, dans beaucoup de cas, la racine d’ellébore noir. L'illustre Morgagni a trouvé en outre l’estomac et les intestins fortement enflammés chez des sujets qui avaient succombé à l’action de ce redoutable médicament. Une manière d'agir aussi irrégulière et aussi violente a dû rendre extrêmement circonspect sur son emploi. Aussi, quoique des mains habiles puissent, dans quelques cas, en retirer de grands avantages , son usage médical est tombé en désuétude et abandonné à l’art vétérinaire, qui en fait un emploi fréquent, soit à l'intérieur, soit ‘à l'extérieur, dans le traitement des animaux.

Ce n’est pas qu’on manque d’autorités en faveur de l'efficacité de l’ellébore noir contre un grand nombre de maladies. Ainsi, on a vanté ses bons effets dans les fièvres mtermittentes, contre les rhumatismes et la goutte. Les anciens ont spontanément préconisé ses vertus contre les dartres , la lèpre et l’éléphantiasis, et exagéré ses succès contre les névroses les plus rebelles, telles que la paralysie, l’épilepsie. Sans remonter à la guérison fabuleuse de la folie des Prœtides , opérée par Mélampe au moyen de lellébore, les succès que Brassavole et Pechlin en ont obtenus dans la manie, Lorry et Vogel dans la mélancolie, les éloges que divers auteurs lui ont prodigués dans le traitement de la démonomanie, de l'hypocondrie et

: C’est dans cette propriété léthifère que la plupart des étymologistes trouvent l’origine du mot elleborus , sxzw, tuer, et Box, aliment, fourrage.

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autres vésanies, semblent justifier la haute opinion que de temps 1mmémorial on a eue des vertus de cette plante contre l’aliénation; cependant, loin d’en obtenir les mêmes avantages , Hartmann en a employé l'extrait à haute dose dans la manie, sans aucun succès. Cet ellébore a été également recommandé dans l’aménorrhée. Au rapport de Mead, il n’y a même pas de moyens plus certain pour ramener l'écoulement menstruel. Juncker et Schulzius lui donnent les mêmes éloges pour provoquer les hémorrhoïdes. À raison de sa vertu diurétique, plusieurs praticiens se louent de son emploi dans l’hydropisie. C’est même à cette racine que les fameuses pilules de Bacher doivent la grande réputation dont elles ont joui contre cette maladie. Si ce violent drastique a pu quelquefois favoriser la résorption de la sérosité épanchée dans des cas d’hydropisie essentielle du tissu cellulaire ou du péritoine, quel effet doit-on en espérer dans celles qui sont le résultat de l’inflammation des membranes séreuses, ou qui tiennent à l'existence de quelque lésion organique? La même réflexion s'applique directement aux autres maladies dans lesquelles l’ellébore a été préconisé. Ainsi on se gardera bien, par exemple, de l’employer comme vomitif ou diurétique, chez des sujets pléthoriques ou très-irritables. Dans les cas où l’aménorrhée tient à une concentration vicieuse des forces sur l'utérus, ne doit-on pas également se garder, sous peine des accidens les plus graves, d’un semblable médicament, qui peut tout au plus agir comme emménagogue dans les cas d’atonie et de relâchement? Il n’y a pas de doute que la puissance drastique de l’ellébore ne soit utile dans quelques cas pour faire cesser l’état de torpeur et d’atonie qui frappe ordinairement le canal intestinal chez les hypocondriaques et les mélancoliques; mais lorsque ces vésanies et autres névroses sont accompagnées d’une vive sensibilité de l’estomac ou de l’état inflammatoire de quelque viscère de l’abdomen , ne doit-on pas s’en abstenir avec le plus grand soin? Soit par ignorance, soit par cupidité, la racine de l’ellébore noir est souvent confondue et presque toujours mêlée avec plusieurs autres racines qui lui sont ainsi substituées dans les prescriptions, à l'insu du médecin : telles sont celles de l'Elleborus fœtidus, de ? Elleborus viridis, de V'Adonis vernalis, de V Apennina, du Trollius europœus , de lActea spicata , de V Astrantia major, et de VAconitum napellus. Cette sophistication est encore une des causes de la différence

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des résultats obtenus sur l’action de l’ellébore noir, et de l'extrême diversité qui règne dans la détermination des doses auxquelles il convient de l’administrer.

En substance, cette racine a été donnée, soit en poudre, soit sous forme pilulaire, à cinq, dix , treize décigrammes (dix, vingt, vingtquatre grains); Scopoli en a même porté la dose jusqu’à quarante grains (deux grammes). Selon Peyrilhe, on peut l’administrer, comme purgatif, de treize à vingt-cinq décigrammes (un à deux scrupules) en substance, et de quatre à huit grammes (un à deux gros) en infusion. On l’emploie plus souvent sous forme d'extrait depuis huit décigrammes (quinze grains ) jusqu’à quatre grammes (un gros) et ù plus. Au rapport de Bisset, les feuilles de cet ellébore en infusion, à la dose de quatre grammes (un gros), si elles sont fraîches , et de huit à treize décigrammes (quinze à vingt-quatre grains), dans l'état sec, sont un excellent fébrifuge pour les enfans, lorsqu'on en fait usage pendant plusieurs jours de suite. Cette racine entre dans la composition de la teinture d’ellébore composée, de la teinture de mélampe de la Pharmacopée de Londres, de la teinture martiale elléborée de la Pharmacopée de Wurtzbourg. Elle fait également partie de l'extrait panchymagogue de Crollius, des pilules polychrestes de Becker, des pilules toniques de Bacher , vantées contre l’hydropisie, et de plusieurs autres préparations galéniques justement enfouies dans la poussière des pharmacies, d’où elles n'auraient jamais dû sortir.

copRoncat ( Baptiste), De elleboro commentarius.

Ce commentaire termine l’ouvrage de Codronchi, intitulé : De rabie , etc., in-4°. Franc:

fort, 1610.

HOLZHELM ( pierre ), Essentia hellebori extracta ; in-8°, Coloniæ , 1616.

— Essentia hellebori rediviva, secundo extracta, sive rectificata et aucta in gratiam novorum hujus patriæ et sæculi medicorum, non minüs faceta quam necessaria ; in-8°. Coloniæ Agrippinæ, 1623.

camERARtUS ( rodolphe-racques ), Helleborus niger medicè delineatus, Diss. inaug. præs. Georg. Balth. Metzger ; in-4°. Tubingæ, 1684. |

SCHULZE ( sean-xenri ) , De elleborismis veterum , Diss. in-4°. Halæ, 17917.

On retrouve cette thèse érudite dans le Fasciculus dissertationum du savant auteur. WOLLEB (zuc) , De helleboro nigro, Diss. inaug. resp. Schobinger ; in-4°. Basileæ , 17921. BAcHov (Gottlob-charles), de helleboro nigro, Diss. in-4°. Altdorfi, 1733.

BUECHNER ( andré-éÉlie }, De salutari et noxio hellebori nigri ejusque præparatorum usu, Diss. inaug. resp. J. 4. C. Stegmann ; in-4°, Halæ, 1951.

EXPLICATION DE LA PLANCHE. ( La plante est réduite aux deux tiers de sa grandeur naturelle.) — +. Pétale tubuleux et bilabié. — 2. Pistils, au nombre de six, à la base desquels on à laissé une étamine.

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