‹ Flore médicaleChapitre 82 sur 82 · FRÊNE · texte numérisé non relu

FRÊNE

D’après les expériences de Tablet, les feuilles vertes du frêne seraient un purgatif aussi puissant et aussi certain que celles du séné ; seulement il en faut une dose à peu près triple de celle de ce dernier purgatif. MM. Coste et Willemet assurent qu’elles augmentent la sécrétion de l'urine. Ces feuilles ainsi que leur suc ont surtout joui d’une grande réputation contre la morsure des serpens venimeux. Dioscorides en parle comme d’un antidote puissant ; et si l’on en croit" Pline, cette vertu des feuilles du frêne serait si merveilleuse, que leur ombre seule suffit pour mettre les serpens en fuite. Cependant, quelle confiance méritent de semblables assertions , lorsque les observateurs les plus modernes, et surtout les expériences récentes du docteur Mangili, ont prouvé jusqu’à l'évidence que le danger des morsures des serpens venimeux d'Europe, et de la vipère en particulier, est toujours relatif au volume respectif du serpent et de l’animal blessé? De sorte que dans l'espèce humaine, si ce n’est peutêtre chez de très-petits enfans ou des individus très-faibles, les malades guérissent spontanément, et sans aucun remède, de tous les accidens qui suivent ces sortes de piqüres.

Les semences du frène n'ont pas été moins préconisées que les feuilles. Mais doit-on, avec certains auteurs , leur accorder des propriétés diurétique, hydragogue et apéritive? Peut-on, avec plus de raison, Îles regarder comme lithontriptiques et aphrodisiaques, et leur attribuer la vertu de rendre les femmes fécondes, dont elles ont été libéralement décorées dans les temps de ténèbres et de barbarie?

Le suc de ce végétal, conerété en grains, en fragmens ou en grumeaux plus ou moins considérables, est connu sous le nom de manne. Toutefois cette substance est fournie, en Calabre, en Sicile et en Toscane, par plusieurs arbres du même genre, tels-que le fraxinus ornus, 1, le F. rotundifolia et le F. parvifolia , Lam. La manne de Briançon est retirée du mélèze, piaus larix , Lin. Dans certaines contrées , l’alhagi, le prunier, le chêne, le saule en fournissent également. Nulle doute quela manne des Israélites ne fût une subtance semblable, exhalée et concrétée à la surface des feuilles de certains végétaux où l’on pouvait la recueillir le matin en plus ou moins grande quantité, avant que la chaleur du soleil ne l’eût liquéfiée et évaporée.

Les Italiens distinguent la manne, en #7@nna di fronde, manna di corpo et manna forzata, selon qu’elle est recueillie sur les feuilles

FRÈNE.

du frêne à la surface desquelles elle est quelquefois spontanément exhalée; selon qu’elle coule le long des baguettes que l’on introduit par une extrémité dans l'écorce; ou bien selon qu’elle coule le long du tronc jusqu’au pied de l'arbre, par des incisions profondes que l'on pratique chaque année pendant l'été à l'écorce du frêne. Les trois variétés que la manne présente dans le commerce se rapportent assez bien à celles admises par les Calabrois et les Siciliens. 1°. La manne en grains ou en larmes se présente en grains arrondis ou oblongs , d’une couleur blanche, d'une saveur sucrée. 2°. La manne cannelée ou en canons, ou manne en sorte, est en morceaux concaves d'un côté, de deux centimètres de largeur environ sur quatre à six centimètres de long ; elle est composée de couches lamelleuses, d’un blanc jaunâtre et d’un blane sale. 5°. La manne grasse est en grumeaux irréguhers et cohérens , et souvent mêlée avec du gravier.

Il est difficile de déterminer si cette substance a été connue des anciens , et si l’on doit regarder comme telle le gear #eSpivoy, miel de cèdre, dont il est parlé dans Hippocrate, et la substance désignée par Galien sous les titres dpooouen, et œipoush, miel de rosée, miel aérien. Toutefois la manne a été introduite dans la matière médicale par les Arabes, et depuis on n’a cessé d'en faire usage comme purgatif. Elle agit sur le canal intestinal avec une énergie modérée, et détermine d’abondantes évacuations alvines sans produire aucune excitation générale. Placée au rang des minoratifs les plus doux, la manne est employée avec avantage pour déterminer la médication purgative chez les sujets secs, ardens, irritables , et dans les tempéramens nerveux. On s’en sert avec succès dans la plupart des fièvres primitives, dans les phlegmasies aiguës, et dans tous les cas où la nécessité de purger coïncide avec le danger d'augmenter lirritation. Cependant comme il faut une assez grande quantité de cette substance pour produire un effet marqué, elle fatigue souvent l'appareil digestif par sa masse. Elle y séjourne quelquefois fort long-temps, produit du malaise, des nausées, le vomissement , des coliques, le météorisme; quelquefois même des convulsions et la mort chez les jeunes enfans. Scus ce rapport, elle ne convient point aux tempéramens lymphatiques , aux personnes très-faibles, aux hypocondriaques, aux femmes chlorotiques, aux sujets vermineux ou cachectiques. Selon la remarque du judicieux Peyrilhe, l'usage où sont quelques mères de famille,

CFRÊÈNE #6 de donner à leurs nourrissons de la manne dissoute dans le lait, est essentiellement mauvais, presque toujours nuisible et souvent funeste.

La dose de cette substance purgative est depuis seize jusqu'à quatre-vingt-seize grammes (demi-once à trois onces) dissoute dans : l’eau. Elle est la base dela fameuse marmelade de Tronchin. On en À prépare des-pastilles, un électuaire, un looch, un sirop et autres ” médicamens encore en honneur parmi cette classe d’hommes routiniers qui font consister l’art de guérir dans l’art de purger, .et qu’un célèbre critique a plaisamment qualifiés du titre de medicé stercorari.

La manne constitue.un des plus précieux ingrédiens; et unélément nécessaire de ces potions dégoûtantes , et prolixement composées, dont les bonnes femmes, les médicastres, les guérisseurs officieux, etc., ne cessent d'abreuver les malades sans nécessité, et que, par une complaisance intéressée et servile, autantsque. coupable, certains docteurs prescrivent souvent, contre toutes les règles de la thérapeutique, à des personnages den de figurer à côté du malade

imaginaire de Molière. | Le frêne n’est pas moins utile aux arts mécaniques et à l’économie rurale et domestique, qu'à la médecine. La dureté, la solidité et le beau poli de son bois, le font rechercher par les charrons, les menuisiers et les ébénistes. Les tonneliers, les armuriers et les tourneurs font des cercles, des armes et différens:ouvrages d'art. On en fabrique aussi de très-jolis meubles de toute espèce. Les feuilles , que l’on accuse de détériorer le lait des animaux qui s’en nourrissent, sont broutées avec avidité par les chevaux, les bœufs, les chèvres et les moutons; elles sont la nourriture favorite des cantharides ; qui préfèrent ainsi le frêne à tout autre végétal. Au rapport de Peyrilhe, les fruits avant leur maturité sont confits, à lamanière des cornichons ,avec le vinaigre et lesel, et employés comme assaisonnement par le peuple anglais. EXPLICATION DE LA PLANCHE. ( L'individu ou fruit représenté sur cette planche est réduit aux deux tiers de sa grandeur naturelle.) — 1. Feuille complète, au trait. — 2. Rameau de fleur. — 3. Fleur grossie. — 4. Capsule prise avant sa maturité, coupée dans sa longueur, pour faire voir qu’à cette époque elle est divisée en deux loges re chacune conüent un ovule Re — 5, Capsule mûre, coupée comme la précédente, dans laquelle on

ne voit plus qu'une graine et une seule loge, par avortement. — 6. Coupe verticale d’une graine , qui fait connaître que l'embryon est contenu dans un périsperme.

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