‹ Flore médicale (volume 2)Chapitre 15 sur 84 · À RE · texte numérisé non relu

À RE

CLXXXIW.

GERMANDRÉE.

Grec... Xapaidpus.

CHAMÆDRYS. MAJOR REPENS; Bauhin, TliyaË > ib. ”, sect. 1. Tournefort, clas. 4, labiées.

Latin. ....../ TEucrium CHAMÆDRYS ; foliis cuneïformi-ovatis , incisis , crenalis, petiolatis, floribus ternis, caulibus procurm= bentibus, subpilosis ; Einné, clas. 14, didynamie gymnospermie. Jussieu, clas. 8, ord. 6, labiées, Jialien. ...... cAmEnrro; QUERCIOLA; CALAMANDRINA. Espagnol... ... cAmEeDRIO; ENGINILLA.

Français. .... GERMANDRÉE, PETIT CHÊNE.

Anglais... .. GERMANDER.

Allemand... cAmANDER ; GERMANDERLEIN; BATHENGEL. Hollandais... MANDERKRUID; BATHENGEL.

On donne communément le nom de petit chêne, d’après les lobes variables des feuilles, à une jolie petite plante qui croitsur les coteaux secs ; parmi les pelouses, dans les bois Mmontagneux, Elle fait partie du genré très-étendu des germandrées (teucrium , Lin.), qui se caractérise par un calice tubulé, rarement campanule , à cinq lobes ; une corolle labiée, dont le tube est très-court; la lèvre supérieure peu sensible , partagée en deux dents, d’entre lesquelles sortent les étamines; l’inféricure grande, étalée, à trois lobes, celui du milieu grand ; un style ; quatre semences lisses, non réticu-

lées, situées au fond du calice.

Ses racines sont grèles, jaunâtres, un peu rampantes, garnies de fibres courtes, déliées ; il s’en élève des tiges nombreuses , grêles, redressées, velues , longues de six à neuf Pouces, peu rameuses, excepté vers leur base:

Les feuilles sont opposées, péliolces, ovales, un peu dures, lisses, d’un vert gai en dessus, plus pâles et un peu velues en dessous, profondément. crénelées , quelquefois un peu lobées à leur contour ; longues de six à huit lignes.

- Les fleurs sont Purpurines, quelquefois blanches, réunies deux ou trois ensemble dans les aisselles des feuilles supérieures , soutenues par des pédoncules courts. > Leur calice est légèrement velu, souvent teint de pourpre, » à cinq dents presque égales : la corolle une fois plus longue - que le calice, un peu pileuse à l'extérieur,

Cette espèce offre quelques variétés remarquables, tant Â8°, Livraison. c

(56) dans la longueur des tiges que dans les feuilles quelquefois trés-étroites, d’autres fois fort larges, à lobes profonds. (P,)

« Les qualités physiques de la germandrée, observe judicieusement M. Chaumeton . ne semblent point assez prononcées pour justifier la grande renommée dont cette plante a joui dès les temps les plus reculés jusqu'à nos jours. En effet elle exhale une odeur très-faiblement aromatique, et n’a qu’une saveur médiocrement amère. » L’eau et l’alcoo! s'emparent également de ses principes actifs, Son extrait aqueux est. beaucoup plus amer que son extrâit résineux : mais ni lun ni Pautre ne prouvent guère l’énergie de cette: plante, puisqué une foule de végétaux à peu pres inertes , en fournissent de semblables par les mêmes procédés.

Toutefois la germandrée a été regardée comme tonique, diurétique , sudorifique , atténuante, incisive , etc. Elle a été préconisée contre les engorgemens de la raté, Victère , les obstructions des viscères , la suppression des menstrues, les fièvres rebelles , l’hydropisie commençante , l'asthme et autres maladies chroniques des poumons. On lui a prodigué de fastueux éloges pour l’expulsion des vers et pour la guérison des scrophules, du scorbui , de l’hypocondrie, et de la goutte surtout ! Vésale rapporte que le goutteux Charles- Quint, à son passage à Gènes, fit usage, pendant soixante jours, de la décoction vineuse de cette plante, sans obtenir une guérison que les m‘decins de cette ville lui avaient vainement promise. Solenander et Sennert ont également yanté le chamaædris contre la maladie arthritique ; mais elle ne se joue pas moins des drogues de la pharmacie que des promesses des charlatans. La germandrée, d’ailleurs, peut elle exercer Sur la goutte une influence plus marquée qu'une foule de substances amères beaucoup plus énergiques , avec lesquelles elle est constamment associée dans cette foule de spécifiques antigoutteux , vantés avec une risible assurance comme,des merveilles? Et lorsqu'on fait usage de sa raison pour apprécier les effets si souvent obscurs des médicamens, n’est-on pas obligé de convenir avec le savant et judicieux Cullen, que si les amers ont paru quelquefois utiles à certains goutieux, en préyenant ou en éloignant leurs accès, ilsn’ont presque jamais opéré une guérison complette de cette maladie , et ont le plus souvent déterminé des affections et des accidens beaucoup plus graves et plus funestes que la goutte elle-même?

À l'égard des ficvres intermittentes auxquelles, suivant Prosper Alpin , les Egyptiens opposent avec confiance la

(57) | germandrée, et contre lesquelles Séguier, Rivière et Chomel proclament les bons effets de cette plante , nul doute qu’on ne doivé lui préférer la gentiane ou autre amer plus puissant , lorsque les médicamens de ce genre sont nécessaires , et qu’il ne soit inutile d’y avoir recours dans les cas heureusement trèsnombreux où ces maladies guérissent sans médicamens? La même réflexion s'applique à l'usage que les femmes anglaises , au rapport de Roi, font de cette plante pour rétablir la menstrualion ; aux éloges que Sennert lui donne contre Phypocondrie , et à son emploi dans le traitement des scrophules. Que signifie d’ailleurs le titre de thériaque d’ Angleterre que celle plante porte, dit-on, aux environs de Cambridge, si ce n'est que le peuple de ces contrées n’est ni moins crédule , mi moins facile à tromper que celui de Paris et de Londres ? En un mot, la germandrée peut étre employée comme toute autre plante un peu amère et légerement aromatique , lorsqu'il s’agit d’une légère médication tonique. Mais elle ne Peut être raisonnablement placée audessus d’une foule de Yégctaux indigènes de même nature au moins jusqu’à ce que des expériences cliniques exactes aient constaté d’une maniere positive les effets très-douteux qu’on lui attribue.

. Cette plante est administrée de quatre à huit grammes en infusion dans l’eau ou dans le vin. Son extrait se donne à la ‘dose de quatre grammes (un gros). Élle fait partie d’une foule de préparations pharmaceutiques plus où moins monstrueuses, qu’un médecin instruit ne peut plus se permettre d'employer. Tels sont , entre autres, la thériaque d’Andromaque , les sirops de germandrée de Bauderon , hydragogue et apéritif cachectique de Charas, l'huile de scorpion com- ° de Matthiole , la poudre antiarthritique du comte de a Mirandole, celle non moins prônée du duc de Poriland, l'onguent Martiatum , Je mondificatif d’ache.

« La germandrée maritime (eucrium marum , L.) frappe en quelque sorte , avec énergie , tous les sens. Douée d’une saveur âcre, chaude et amère , elle exhale , surtout quand on la froisse , une odeur aromatique camphrée, qui pourtant Mest point désagréable , mais tellement pénétrante, que

ientôt elle excite l’éteruuement. Les chats ont pour cette &ermandrée la même passion que pour la cataire. Ils se pré- Cipitent et se vautrent sur elle avec un égal plaisir, ou plutôt {ec une égale fureur ; ils la lèchent et la mordent avec déces; ils la baignent de leur urine, et même par fois de leur Sperme, ainsi que l’ont remarqué Cortusi et Geoffroy, qui

| Conseillent de la renfermer dans des cages de fer, si on veut ? Conserver intacte dans les jardins. 1l suffit d’avoir les doigte

(58) imprégnés de cette germandrée pour attirer les chats, et déterminer chez ces animaux très-lubriques des postures, des gambades et des contorsions lascives. »

« On a droit d’être surpris , ajoute M. Chaumeton , qu'une plante aussi active ne soit pas plus fréquemment employée, tandis que les tablettes des pharmacies sont surchargées, et les ordonnances des médecins souillées d’une foule de drogues inertes. Ce n’estipas que le marum ait manqué d’apologistes. Wedel en fait une panacée , et le célèbre Linné en proclame les nombreuses et éminentes vertus, Le docteur Bodard fait des propriétés médicales de cette labiée une peinture séduisante. »

wWeDEL ( ceorges wolfgang), De maro, Diss. inaug.. resp. Joan. Hermann ; in-4°.lenæ, 1703. |

norrMAnn (Frédéric), De maro, Diss.in-4°. Halæ Magdeburgicæ, 1719-

LINNÉ (charles), De maro, Diss. inaug. resp. Joan. Adolph. Dahlgren ; in-4°. Upsaliæ, 3 décembre 1774. fnsérée dans le huitième volume des. Amaænitales academicæ de Villustre président.

( La plante est représentée de grandeur naturelle) \

x. Fleurentière, grossie.

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