GINSENG
( ARALTA GANADENSIS. T'ournefort, classe 6, sect. 8, g. 3.
Lin: CR RANAX QUINQUEFOLIUM; foliis ternis guinatis. Linné,. polygamie dioécie. Jussieu , Janulle des aralies.
Français... ..... cinsenc (1). Chinoïs.......... JIN-CHEN (2).
Japonais... ......" NINDSIN; psINpsom (3) Tatare-Mandchou. orknoA (4).
Zroquois ........., GARENT-oGuEx (5 }.
La haute réputation du ginseng en a fait longtemps une plante rare et précieuse, Elle n’a été connue en Europe qu’am commencement du dix-septième siècle; elle y fut apportée par des Hollandais qui reyenaient du Japon. Les Japonais la tiraient de la Chine. On prétend qu’elle croît dans les grandes forêts de la Tartarie. Nous savons aujourd’hui qu’elle est commune dans la Virginie , le Canada , la Pensylvanie : on la cultive dans quelques jardins de l’Europe , particulièrement au jardin du Roi. Placée dans la famille des aralies, très-voisine des ombellifères , elle offre pour caractère essen-
tiel, des fleurs polygames , un calice fort petit, à cinq dents persistantes, cinq pétales égaux, cinq étamines, deux styles, une baie ombiliquée, à deux loges monospermes.
Sa racine est charnue , en forme de fuseau , dela grosseur
‘du doigt, longue de deux ou trois pouces, roussâtre en de-
* Avis de l'éditeur. M. Chaumeton étant tombé malade, M. Vaidy, collaborateur du Dictionaire des sciences médicales , a bien voulu se charger
es synonymies de la Flore.
(1) Cette plante porte le même nom dans tous les idiômes de l’Europe, seu lement avec quelques variantes dans Porthographe. On aurait dû lui conserver son nom chinois.
(2) Suivant M. Abel Remusat, docteur en médecine, et professeur de langue chinoise an collége de France, jin-chen veut dire le ternaire de l’homme, ce
; er trois avec l’homme et le ciel; de jin ; homme , et de chen, mot tombé en désuétude, et qui signifie lerniaire. Ua pareille dénomination tient évidemment à des idées supersütieuses fort anciennes.
(3) M. Remusat regarde ces mots Japonais comme de simples altérations du Jin-chen des Chinois.
(4) Signifie La reine des plantes.
(5) Ce mot Composé veut dire cuisse de l'homme, suivant le Père Lafitau
( Voyez la bibliographie ci-après), des radicaux orenta, cuisses ct jambes, ct Oguen ; deux choses séparées.
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( 6o ) hors, jaunâtre en dedans, garnie à son extrémité de quelques fibres menues. Au collet de cette racine est un tissu noueux, tortueux, où sont imprimés les vestiges d'anciennes tiges détruites.
Flle pousse tous les ans une tige droite, simple, pie ; haute d'un pied, munie à son sommet de trois feuilles petiolées, presque verticillées. Chaque pétiole supporte cinq folioles pédicellées, vertes, inégales, ovales-lancéolées, dentées à leur contour.
Du point de division des trois pétioles, part un pédoncule commun, terminé par une petite ombelle simple, de fleurs de couleur herbacée, dont un grand nombre avorte,
Le fruit consiste en une baie arrondie , un peu comprimée latéralement, de couleur rouge quand elle est müre.
(P.) Les savantes remarques auxquelles M. Vaidy s’est livré sur l’étymologie du mot ginseng, donnent une juste idée de la haute opinion que les Asiatiques se sont formée des vertus de cette plante. Sa racine, qui est seule usitée en médecine, est recueillie par les Tartares et les Chinois avec beaucoup de soin et d'appareil au commencement du printemps et à la fin de l'automne. Geoffroy rapporte, d'apres le père Jartoux, que, pour la livrer au commerce, on commence par Ja ratisser avec un couteau de bois de bambou, en prenant garde de ne point déchirer son écorce. On la lave ensuite dans une décoction de graine de millet ou de riz, et on la fait sécher exactement à la fumée de cette même graine qui a été bouillie dans l’eau. Quand elle est bien sèche, on en retranche les radicules , et, lorsque le vent du nord souffle , on l’enferme dans des vases de cuivre bien fermés. Toutefois, M. Vaidy a décrit, d’après John Burow, un procédé qui diffère de celui-ci, mais qui parait être véritablement em-
loyé par les Chinois, puisque l’auteur anglais le tenait de a bouche même d’un mandarin. Selon ce procédé, on recueille les racines de ginseng après la floraison , on les lave, avec l'attention de ne point en altérer la peau ; on les plonge ensuite pendant trois ou quatre minutes dans l’eau bouillante, et on les essuie soigneusement avec un linge fin. Alors on les fait sécher dans une poële sur un feu doux ; quand elles commencent à devenir élastiques, on les place parallelement sur un linge humide avec lequel on les enveloppe en les liant fortement. Ces paquets sont placés eux-mêmes sur un feu doux pour les priver de toute humidité; et finalement on les met dans des boîtes doublées en plomb, Les: uélles sont renfermées dans des boîtes plus grandes, avec de la chaux
(ét)
vive pour écarter les insectes, Cette racine , ainsi desséchée, est de la longueur d’environ deux pouces, de la grosseur du petit doigt, d’un jaune pâle à l'extérieur, d’une substance demi-transparente, compacte et comme cornée intérieurement, Sa saveur, quoique sucrée et analogue à celle de la racine de réglisse , est un peu amère , et légèrement aromatique. Elle est inodore. Ses principes constituans n'ont point encore été analysés par les chimistes.
Les Indiens et les Chinois, en particulier, considèrent cette racine comme un analeptique précieux, comme un tonique puissant , et comme un excellent aphrodisiaque. Ils lui attribuent la propriété de donner de l’embonpoint à ceux qui en font usage, de rétablir, comme par enchantement, les forces épuisées par la fatigue , les plaisirs de l'amour ou des méditations profondes. Ils lui accordent la faculté de préserver des maladies pestilentielles, et de préveuir les accidens des maladies éruptives. Les Chinois y ont recours dans toutes leurs affections , et les gens riches, parmi eux, ne prennent pas un médicament dont le ginseng ne fasse partie. Sans autre fondement que les préjugés populaires, répandus en Orient sur la toute-puissance de cette racine, les médecins européens, tout aussi crédules, sous ce rapport, que le peuple chinois, en ont préconisé les vertus contre la dyspepsie, la syncope , les vertiges, la paralysie, l’engourdissement, les convulsions et autres maladies. Toutefois, quelques auteurs Pont signalée, avec plus de raison , comme susceptible d’activer la circulation , de proyoquer la sueur, de produire de la chaleur, d’exciter trop vivement l’action des organes, et la proscrivent dans tous les cas où il y a des signes de phlogose ou un état d’irritation manifeste. C’est ce qui fait encore qu’elle a été regardée comme peu convenable aux individus pléthoriques, aux sujets robustes et très-irritables, On n’en finirait pas si, maloré ces inconvéniens, on. voulait rapporter tous les effets miraculeux et véritable ment incroyables qu’on attribue à cette merveilleuse racine, fastueusement décorée dans le style figuré des Asiatiques, des titres d'esprit pur de la terre, de recette d'immortalie, ete. Mais toutes ces prétendues propriétés médicales du ginseng, auxquelles l’illustre Cullen n’ajoute aucune croyance, ne paraissent fondées, au jugement du judicieux Peyrilbe, que sur l’exagération superstitieuse des Chinois, et sur la cupidité des négocians hollandais, très-flattés dune erreur qui leur permet de vendre une seule de ces racines jusqu’à cent cinquante florins. De sorte qu'on serait en quelque sorte fondé à considérer le ginseng comme une drogue superflue, s’il était plus prudent, d’après les vœux de M. Vaidy, de dé-
terminer avant tout, par des expériences cliniques , ses effets sur l’économie animale, - Cette racine pulvérisée est administrée, en substance, de quatre à huit grammes (un à deux gros), et en infusion aqueuse ou vineuse, à dose double ou triple de cette dernière, On l’introduit dans des conserves, des biscuits et des gâteaux, dont la vertu aphrodisiaque n’est pas mieux démontrée que celle de la racine elle-même, puisque , au rapport de Cullen , un homme en a faitusage pendant plusieurs années , sans que ses facultés viriles en aient éprouvé la plus légère influence.
Les feuilles du ginseng, desséchées , sont employées en guise de thé, pour faire une infusion, que quelques personnes trouvent très-agréable.
BReyNIUS (Johann. rhilipp.), Dissertatio botanico-medica de radice ginsem seu nisi, et chrysanthemo bidente zeylanico acmella dicto ; in-4°: Lugduni Batavorum, 1700.
LAFITAU (le père roseph rrancois ), Mémoire présenté à M. le duc d'Orléans, régent du royaume de France, concernant la précieuse plante du ginseng de Tartarie , découverteen Canada ; in-80. Paris, 1718.
! { La plante est réduite au quart de sa grandeur naturelle)