‹ Flore médicale (volume 2)Chapitre 52 sur 84 · LAITUE · texte numérisé non relu

LAITUE

E. $ » Grec. sdb dpid'uf Dioscoride.

LE” LAGTUCA (1) sarivA, Bauhin, [luyuË, lib. 4, sect. 6. Fe Tournefort, cl. 13, sect. 1.

& SHARE LACTUCA SATIVA; fo/iis rotundatis, caulinis cordatis , #. | caule corymboso. Linné, syngénésie, poly gamie égale. Ee À Jussieu, cl. 10, ord. 1, famille des chicoracées.

Francais. ... LAITUE.

Dlixlien...... LATTUCA.

“Espagnol. ... 1rcuuca.

Portugais ... LEITUCA.

f WAllemand.... Latex.

Anglais... LETrucE Hollandais .. LATUW.

M Danois..... LAKTUR.

mm Suédois..... LAKTUK.

“Polonais.... LOCZYGA.

PRusse +... LARTUK:

- Nous devons la laitue cultivée aux heureux essais de l’agriculture : c’est en quelque sorte une plante créée par l’industrie humaine, dont l’origine, ainsi que la patrie, nous sont également inconnues. Il n’est pas possible de la rapporter à notre laïtue sauvage ; on pourrait plutôt soupçonner qu’ellé a “été fournie par la laitue à feuilles de chêne , avec laquelle on

lui connait beaucoup de rapports, et qui croit naturellement en Allemagne, et dans plusieurs autres contrées du nord de l'Europe. Elle occupe, dans la famille des chicoracées, un rang distingué, et offre, pour caractère esséntiel, des fleurs semiflosculeuses , dont le calice;est presque cylindrique, peu ven-

tru, composé d’écailles imbriquées, membraneuses à leurs

“bords; le réceptacle glabre, ponctué; les semences couronnées

» par une aigrette capillaire, pédicellée. °

… Quoique la laitue cultivée soit difficile à bien caractériser , à raison de ses nombreuses variétés, on pourra cependant la distinguer, du moins des espèces sauvages , par ses feuilles alternes, amplexicaules , les inféricures plus grandes, arrondies et ondulées à leurs bords, rétrécies à leur base; les supérieures plus petites ,-en forme de cœur, toutes glabres et sans épines.

Ses tiges sont droites, glabrés, cylindriques : elles se ramifient vers leur sommet en un corymbe chargé d’un grand

(1) De Lac, lactis , à cause du suc lajteux que contient cette plante, 90°, Livraison. a.

( 182 ) nombre de petites fleurs jaunes, droites, très-médiocrement pédicellées. :

Les semences sont petites, ovales-alongées, marquées de sept stries longitudinales, non dentelées à leur bord supérieur, couronnées par une aigrette simple, très-blanche.

Nous n’entrerons point dans le détail des varictés infinies. que l’on obtient tous les jours de cette plante par la culture, On les divise en trois races bien prononcées et très-constantes, savoir : les laitues pommeées, les laitues romaines et les laïues frisées. Chacune de ces races se divise en des sous-variétés très-nombreuses ; on en compte au-delà de cent cinquante,

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La laïitue est à peu près inodore, sa saveur est aqueuse et un» peu amère; dans la jeunesse, elle renferme beaucoup d’ean ets de mucilage, Parvenue à la maturité, prestjue toutes ses parties» contiennent un suc lactiforme, amer, âcre, et de nature rési" neuse, On trouve dans ses semences du mucilage et de l'huile: douce. Nous ne possédons aucune analyse chimique exacte de cette plante : toutefois son amertume paraît essentiellement résider dans son suc laiteux ; ilen est de même de quelques= unes de ses propriétés médicales, qui sont, aussi bien que ses qualités physiques, beaucoup plus prononcées dans plusieurs espèces de la même famille, et notamment dans les Zactuca sylvestris et virosa. 11

Outre les vertus rafraichissante , tempérante, relâchante , & légèrement laxative, qui caractérisent cette chicoracée, et quis la font employer avec Es ou moins d'avantage dans les ma2n ladies d'irritation, on lui attribue une propriété narcotiquem Cette vertu n’existe cependant pas dans la jeune plante, clle«

‘disparaît par l’étiolement; elle paraît se développer avec le principe amer et n'être qu’un vestige de celle qui se trouve dans la laituc vireuse. La décoction de la laituc cultivée-peut fournir une boisson utile contre la constipation, dans les em= barras gastrique et intestinal, et contre les douleurs d’entrail les accompagnées de chaleur et d'irritation. Lanzoni , S. Pauli, et l’érudit Geoffroy, assurent qu’elle est très-propre à faire

disparaître l'anxiété, les éructations et les flattuosités qui

tourmentent les hypocondriaques. L'hypocondrie, en effet,

étant due, beaucoup plus souvent qu'on ne le pense, à un état” d’irritation de la membrane interne de l’estomac et de l'intes= tin, on conçoit que la chicorée est très-propre dans certains cas

à faire cesser cet état, et, par conséquent, qu’elle est souvent y beaucoup plus utile contre cette névrose, que les stimulans M qu’on lui oppose, chaque jour, sans discernement. Tontefois l’hypocondrie reconnaît beaucoup d’autres causes, et alors elle réclame, on le sent fort bien, des moyens très-différens, et souvent d’une nature entièrement opposée à celle de la

de

( 185 ) Jaitue. Sous ce rapport, la statue que Suétone rapporte avoir . été consacrée au médecin Antonius Musa, pour avoir guéri’ Auguste de l'hypocondrie, en lui faisant manger de la laitue, * serait une preuve beaucoup plus évidente de l’adulation servile des Romains devenus esclaves, que de l’efficacité absolue: : de cette plante dans les névroses de ce genre. La laitue a été L recommandée en outre dans les phlegmasies des voies urinaires, t dans les affections calculeuses, contre le satyriasis, la nym- | phomanie, et autres lésions des organes reproducteurs; les | poètes de l'antiquité, en nous représentant Adonis enterré a Vénus dans un champ delaitue, semblent nous apprendre ; tsous ce symbole ingénieux; que, de temps immémorial , cette. | plante a eu la réputation d'apaiser les feux de la concupiscence, Let d’éteindre ou d’amortir les désirs vénériens: On a même tcru qu'elle était susceptible de produire la stérilité et l’impuisisance. Mais rien n’estplus fabuleux que cette prétendue vertu tantiaphrodisiaque de la laitue, La propriété narcotique, qui Mui est accordée par Galien, Celse ct Dioscoride, ne me parait rs mieux démontrée. L’illustre médecin de Pergame, en proie à des insomnies qui résultaient de son excessive application à étude, sé procurair, il est vrai, un doux sommeil en manigcant le soir de la laitue. Mais ne sait-on pas que cet effet hypnotique est produit par beaucoup de substances qui n’ont mien de narcotique, telles que le lait, etc. | D'après S. Pauli, cette plante, soit en décoction, soit en Cataplasme, peut être appliquée avec avantage sur la tête, Idäns le délire et la frénésie. On pourrait également s’en servir contre le phlegmon, le furoncle, la brûlure , et dans toutes les circonstances où les topiques émolliens sont indiqués. C’est en ce sens seulement qu'il faut enténdre la propriété résolutive u’on lui a accordée. Intérieurement, on peut l’administrer en décoction dans l’eau, et on édulcore convenablement cette oïsson avec du sirop, du sucre ou du miel. Le plus souvent n l’associe à d’autres plantes oléracées dans des apozèmes ct es bouillons laxatifs rafratchissans, En certains cas, on à reours à son suc exprimé et dépuré, dont la dose est desoixanteuatre à cent vingt-huit grammes (deux à quatre onces). Ses emences , qui constituent une des quatre semences froides mieures, servent à faire des émulsions tempérantes qu’on admihistre seules, où comme base de divers médicamens anodins. seau distillée de laitue, qui est encore prescrite par quelques édecins , esclaves de la routine, n’a pas plus d'activité que eau pure. Cette plante, enfin, entre dans la composition du top de chicorée composé, de l’électuaire requies Nicola, be l'onguent popüleum. Ses semences font partie du sirop de üjubes, et du sirop de tortues de Charas.

-‘Admise, de temps immémorial, dans les jardins, la laitue a dofmé lieu-par la culture à un grand nombre de variétés, qui toutes jouissent des mêmes qualités, et sont également employées aux usages culinaires. Elle est bien plus recommandable en effet par ses qualités alimentaires, que par ses propriétés médicales. Les jardiniers savent la rendre plus tendre, plus douce et plus succulente. Avant que sa tige s'élève, ils réunissent pour cela et lient les feuilles extériéures autour de la plante, qui, privée ainsi du contact de la lumière, s’étiole, blanchit, et s’abreuve de sucs aqueux. Les Romains en | faisaient un grand usage : ils la servaient d’abord à la fin du repas du soir, comme on le fait encore généralement parmi nous; mais ensuite ils pervertirent ter ordre, ainsi que l’in-

dique Martial :

Claudere quæ cœnas lactuca solebat avorum , Dic mihi cur nostras inchoat illa dapes ?

On la mange cruen salade , ou cuite, soit seule, soit associée aux viandes rôties. Elle est peu nourrissante par elle-même, 4 mais elle est très-utile pour corriger les effets stimulans de cette multitude de mets épicés, dont sont surchargées les tables \ de nos modernes Apicius. Elle est un aliment très-convenablen aux jeunes gens, aux sujets bilieux, ardens, secs et irritables,. surtout dans les climats brûlans, et dans les temps chauds: Elle convient peu aux jeunes enfans, aux vieillards, aux hom-# mes sédentaires, et qui digèrent mal; car alors, à moins qu’elle ne soit prise en très-pelite quantité , elle produit des, borborygmes, du malaise, une sorte d’engourdissement ; ét C’est probablement cette circonstance qui lui a fait donner lé titre de nourriture des morts.

(La plante est représentée de grandeur naturelle)

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