LAURIER
Grec........ d'agrn.
| LAURUS VULGARIS; Baubin, [iy&Ë, lib. 12, sect. 1. Tournefort, el. 20, sect. 1 , gen. 6. ] Zatin.......41aunus nostuis ; folits lanceolatisvenosisperennantibus, $+ floribus quadrifidis, dioicis. Linné, ennéandrie, monogynie. Jussieu, cl. 4, ord. 6, famille des lauriers.
Français... vaurien ; LAURIER FRANC.
Mralien. ...... ALLORO; LAURO.
“Espagnol. .... xauxeL.
Porlugais .... LOREIRO.
Allemand .... LoRBEERBAUM.
Anglais... .... LAURELTREE.
Holiandais «++ LAURIEREOOM.
Danois ...... LAURBÆRTRZ. à "Suédois. ..... LAGERRÆBSIREÆD.
Polonais. .... »oBEx DRZEWO.
Russe. ...... LAWROWOE DEREWO.
| pre «++ BOBKOWY STROM.
“Hongrois .... BOorRoSTYAN-FA.
L Le laurier, par la beauté de son port, par sa verdure per- Wpétuelle, et ses émanations balsamiques, a‘paru digne aux banciens Grecs d’être consacré au dieu de la poésie et des arts : bon l'avait également destiné à ceindre le front des vainqueurs. Au “he de Pline, on le plantait autour du palais des Cé- Usars et des pontifes ; il avait aussi la réputation de garantir de 3 foudre les têtes couronnées de ses rameaux , et l’empereur Tibère, dans les temps d'orage, y cherchait un abri contre les heffets du tonnerre. Au reste, le laurier tient à un genre de lantes aromatiques, dont la plupart sont très précieuses par les produits intéressans qu’elles inserer à la médecine et aux arts. Ce beau genre se caractérise par un calice à quatre, &inq ou six divisions; point de corolle; six à douze étamines A disposées sur deux rangs ; les extérieures fertiles; les intérieures alternativement stériles et fertiles , ces dernières munies de eux glandes à leur base; un style, un stigmate. Le fruit est Un drupe supérieur, ovale, renfermant une noix monosperme. Le laurier, d’une très-belle forme, s’élève à Ja hauteur de Quinze à vingt pieds et plus ; sesrameaux sont souples, droits, werdâtres, serrés contrele tronc.
Les feuilles, toujours vertes, sont dures, coriaces, alternes,
56°, Livraison, b.
pétiolées, glabres à leurs deux faces , lancéolées , un peu ondulées sur leurs bords, longues de trois à cinq pouces.
Les fleurs sont très-ordinairement dioïques, petites, d’un blanc jaunâtre, disposées, dans les aisselles des feuilles , en pau ombeîles médiocrement pédonculées, munies à leur
ase de petites bractées ovales, caduques.
Le calice est glabre, à quatre ou cinq décoùpures ovaless huit à douze étamines: Le fruit est un drupe ovale, d’un bleu noirâtre, nu à sa base par la chute du calice. | ‘ Get arbre, connu depuis très longtemps, croît dans Ja Gièce, le Levant, la Barbarie, l'Espagne et l'Italie : il pa-
rait s'être naturalisé dans les départemens méridionaux de la France.
Les autres espèces de laurier sont toutes exotiques : on distingue parmi elles le cannellier ( laurus cinnamomum , L.), l’avocatier (Zaurus persea,L.), dont les fruits se servent, en Amérique, sur les meilleures tables; le benjoin (laurus benzoe; L.), ce n’est pas celui qui fournit le véritable benjoin ; le laurier sassafras ; le camphrier (laurus camphora , L.), etc.
Presque toutes les parties de cet arbre exhalent une. odeur fragrante ct balsamique très-suave. Les feuilles et les fruits ont une saveur chaude, aromatique, el un peu amère ; elles fournissent une huile volatile très-odorante et âcre, et une huile grasse qui se concrette par le moindre refroidissement.
Les anciens, qui se servaient de l’écôrce de la racine, des feuilles et des baies du laurier, attribuaient à cet arbre les 4 proprictés les plus merveilleuses. Ses feuilles et ses fruits seuls, employés parmi nous, occupent un rang distingué parmi les toniques. L’excitation prompte et vive qu'ils déterminent | sur l’appareil digestif, lorsqu'on les ingère, peut quelquefois provoquer le vomissement ; ce qui leur a fait accorder le titre de vomitif par les anciens. Mais, à petite dose, ils se bornent } oidinairement à augmenter l'appétit, à activer la digestion, et } à faire cesser les flattuosités et les éructations qui tiennent à | un état d’atonie de l'estomac, et c’est sous ce rapport qu’ils W ont été décorés des propriétés stomachiques et carminatives: Leur action toutefois ne’se borne pas à l'appareil digestif ; elle à peut s'exercer sur différens systèmes de l’économie animales k et donner lieu à divers phénomènes consécutifs, qui varient ses Y lon les organes qui en reçoivent particulièrement l'influence: Administrées en infusion à une haute température, les feuilles dé laurier peuvent agir sur le système nerveux ; et produire les effets nervins et antispasmodiques dont plusieurs auteurs a$r | surent s'être bien trouvés dans l'hystérie, l'hypocondrie, La
paralysie, et autres affections nerveuses. Elles peuvent exciter l'organe cutané, l'appareil urinaire, la membrane interne des poumons, et augmenter ainsi la transpiration, activer la sécréüon de l’urine, solliciter l'exhalation et la sécrétion muqueuse des bronches, et favoriser l’expectoration. Elles peuvent enfin, en excitant l'utérus, provoquer l'écoulement menstruel. Mais ces etfets emménagogues , expectorans, diurétiques, sudorifiques et antispasmodiques , ne peuvent avoir lieu que dans les Cas où nos organes sont dans un état de relâchement et d’atonie, ou, en d’autres termes, lorsque le dérangement de leurs fonctions tient à un defaut d'action. Car si le désordre de la menstruation, la suppression des urines, etc. , étaient dus, soit à l’inflammation des reins et de l'utérus, soit à la pléthore, un état fébrile, ou à une excitation: générale trop vive, on sent que les feuilles de laurier cesseraient de produire les effets que nous venons d'indiquer, et qu’elles ne feraient qu’augmenter le trouble. On voit, d’après cela, que le laurier ne su être réellement utile que dans les maladies qui réciament ‘usage des Loniques, et c’est ainsi que divers auteurs assurent en avoir fait usage avec succès dans le catarrhe pulmonaire chronique , dans l'asthme humide des vicillards, dans les rhumatismes anciens et rebelles , Contre l'inappétence, dans la chlorose et l’aménorrhée avec atonie.
Les baics jouissent absolument des mêmes propriétés que les feuilles. Elles contiennent seulement une plus grande quantité d’huile volatile, circonstance qui les fait considérer par quelques auteurs comme beaucoup plus stimulantes que ces dernières. On les à païticulièrement recommandées contre la suppression des règles. Mais Spielmann leur accorde la fueste prérogative de provoquer l'avortement, et les signale comme devant être expulsées de la matière médicale, à cause cles graves accidens auxquels elles peuvent donner lieu.
À lextérieur, les baies et les feuilles de laurier, ainsi que
es. divers produits qu’on en rétire, ont été recommandés comme détersifs, en lotion et en injection , contre le relàchenent des organes génitaux dans les deux sexes; en applications locales contre les tumeurs indolentes , les ecchymoses Sans douleur, et les ulcères atoniques. La poudre qu’on en prépare est quelquefois employée contre les pous. Leur décoction sert, dans certains cas > à administrer des bains toniques,
En substance, les feuilles se donnent pulvérisées à la dose
© Auatre grammes (un gros), et en infusion à celle de huit à seize grammes, dans un kilogramme d’eau. L'huile volatile se prescrit d’une à cinq goulles dans des potions appropriées.
huile grasse est employée en onctions et én linimens, Les
feuilles font partie de l'onguent martiatum, et de l'emplâtre de bétoine. Les baies sont employées à la composition de l’épithème céphalique, de l'électuaire de laurier, et de l’empee de cumin. L'huile grasse et l'huile volatile entrent
ans la composition des emplâtres de Paracelse, styptique de Charas, degrenouilles, et rmunus Dei ; dans plusieurs onguens contre les pous'et contre la gale, et autres semblables farrag0s.
Très-rarement employé en médecine, le laurier est généra= lement réservé parmi nous aux usages culinaires. On s’en sert surtout comme condiment dans la préparation des sauces et d’une foule de mets qu'il aromatise, et.dont il relève le goût. Nos superstitieux ancêtres, qui lui attribuaient la vertu de préserver de la foudre , et de garantir les blés de la nielle, se servaient de ses branches comme d’instrumens de divination. Les rameaux de cet arbre vénéré étaient employés par les anciens aux cérémonies religieuses. Al était consacré à Apollon en | mémoire de l'amour de ce dieu pour Daphné. La couronne de laurier est devenue un des attributs d’Esculape, fils d'Apollon | et dieu de la médecine. Symbole de la victoire, elle était la ré- À compense des vainqueurs aux jeux olympiques de la Grèce, Dans le moyen âge, elle a servi dans nos universités à cou # ronner les poètes, les artistes et les savans distingués par | de grands succès. Celle qui ceignit longtemps , dans nos À écoles de médecine, la tête des jeunes docteurs, devait être \ faite avec les rameaux de cet arbre garnis de leurs fruits, baccæ laurei, ainsi que l'indiquent les titres de bachelier, À baccalauréat, qu’on est étonné de voir revivre parmi nous au dix-neuvième siècle. Mais le laurier ne fut pas seulement des= ! tiné à consacrer les découvertes des sciences, les progrès des arts, et à récompenser le talent et le génie; d'avides usurpateurs; de sanguinaires conquérans , osèrent en ceindre leur front cris minel; et les nations, tremblantes et avilies sous le joug odieux du despotisme, prostituèrent à des mains souillées de rapines, et dégoûtantes de sang humain, un prix qui n'était dû qu’au dévouement pour la patrie, et au noble et paisible triomphe dés sciences utiles'et des arts consolateurs.