‹ Flore médicale (volume 2)Chapitre 62 sur 84 · LIERRE · texte numérisé non relu

LIERRE

Grec........ XI000S , Dioscoride; x1770$, Théophraste.

HEDERA ARBOREA; H. POETICA; Bauhin, [lryeË sect. 3. Tournefort, cl. 27 , sect. 2, gen. 3.

,lib.8,

“Latin...s...4 yenena HELIX; foliis ovatis lobatisque. Linné, penlan= drie monogynie. Jussieu, cl. 11,0rd, 3, famille des

chèvrefeurlles.

“Français... LIERRE ; LIERRE GRIMPANT.

Mllalien ...... EDERA, ELLERA, Espagnol.... yEpra.

Portugais... EIRA.

“Allemand... rpmeu; xppren.

“Anglais ..... common 1vy.

“Hollandais... KLirmor; ruyr.

“Danois. ..... vepsénpe.

WSuédois ...:. MURGROEN.

“Polonais...,. BLUuszc7.

Plusse. ....., BLIUSTSCH.

LHongrois .... FAI-BOROSTYAN.

Le lierre est un arbrisseau trés-eommun en Europe; il se Pplaît dans les lieux sauvages, ombragés et frais, dans les bois Let les haies; il couvre d’une verdure perpétuelle lés masures , Mes rochers et les vieux murs; il embrasse de ses rameaux flexilbles le tronc des atbres, qu’il épuise, en insinuant dans les sercures de leur écorce une multitude de petites racines : il a Moui de tout temps d’une grande célébrité > Surtout dans les fêtes Ibru yantes de l’ancienne Grèce. On le distingue, comme genre, par un calice à cinq dents caduques, par une corolle à cin bpétales , contenant cinq étamines alternes, avec les pétales ; un boyaire à demi-inférieur ; un style. Son fruit est une baie globu-

leuse, à cinq loges monospermes, couronnée un peu audessous

€ son sommet par la base du calice.

Ses tiges sont rameuses > Sarmenteuses, rampantes, plus sou-

Ment grimpantes : elles s'élèvent quelquefois à une hauteur, J'en ai vu, dit M. Desfontaines, dont le

grande tronc était

de Ja grosseur d’un homme :: les rameaux sont tortucux et

flexibles; le bois mou, poreux et léger.

Lorsque le lierre est encore jeune, et qu'il rampe sur la Merre, ses feuilles sont entières, lancéolées ; quand il devient adulte, et qu'il grimpe sur les arbres, elles sont en cœu r, se découpent en plusieurs lobes, souvent en trois; enfin elles de

57°. Livraison.

(“210 ) viennent ovales sur les rameaux supérieurs détachés de Jeux appui : toutes sont coriaces, épaisses , luisantes, très-glabres, entières, d'un beaurwvert.…

Les fleurs sont petites, d’une couleur pâle, herbacée , réunies en corymbes sphériques au sommet des rameaux. Elles produisent des baies noirâtres, globuleuses , peu succulentesy de la grosseur d’un pois. Il en existe une variété à fruits jaunes,

Les feuilles du lierre sont amères , nauséeuses, et légèrement austères::Les fruits, dans l’état frais, présentent une saveur acidule qui devient amère et un peu âcre après la dessiccatien. La résine qui découle du tronc de l'arbre, soit spontanément, soit par incision, se présente dans le commerce en petites masses irrégulières, compactes , friables, d’une couleur brune

arsemée de veines rouges brillantes; elle est inodore dans l’état ordinaire, mais répand, lorsqu'on la brûle, une odeur fragrante très-suave. Cette résine ne se dissout point dans la salivé quand on la mâche , elle est insoluble dans les huiles fixes et volatiles, et soluble, en partie seulement, dans l’alcool. Il en résulte que cette substance n’est pas une résine pure, mais on ne s'est pas encore convenablement occupé de son analyse chimique. Ilen est de même de celle des feuilles et des baies du lierre, dans lesquelles on n’a reconnu jusqu’à cé jour qu'une très-petite quantité d'huile volatile peu odorante, un extrait résineux très-abondant, et un extrait muqueuxs# qui l'est moins. A

Le bois de lierre, en général mou et spougieux, n’a d'autre usage médical que celui de servir à faire de petites boules, dont les chirurgiens font souvent usage pour entretenir la suppura= k tion des cautères et des exutoires. Les feuilles ne sont em}

loyées de nos jours qu’à l'extérieur, el même on ne s'en sert h plus que pour le pansement des cautères. Toutefois leur décot= tion vineuse à été vantée par divers auteurs comme un déter sif puissant, et quelquefois appliquée, dans cette vue, sur Jes ulcères atoniques et fongueux. On a également attribué à,h leur décoction aqueuse beaucoup d'efficacité contre la: teigne;" contre la gale, et la singulière propriété de noircir les che-, veux: mais ces faits ne sont pas suffisamment constatés, Quois que ces feuilles desséchées aient été administrées intérieure= ment en poudre, dans l’atrophie des enfans, à ia dose d’un scrupule et plus, leurs effets immédiats sont encore à déter= miner , et leur usage entièrement tombé en désuétude. Il en est de même des baies dont l’action n’est pas mieux connue que celle des feuilles. Toutefois ces fruits semblent jouir de pro= priétés vénéneuses : les anciens les avaient placés au rang des

(211) vomitifs et des purgatifs. Boyle les administrait à haute dose pour provoquer la sueur. Hoffmann et Simon Pauli les regardent comme dangereuses , et peut-être fourniront-elles quelque “jour, à la thérapeutique , un moyen puissant, si l’on parvient à déterminer leurs proprétés médicales par des observations cliniques bien faites. | $ Quant à la résine, improprement désignée dans le commerce sous le titre de gomme de lerre, sa saveur aromatique âcre, orte à croire qu’elle est la partie la plus active de ce végétal. Sant l'employait comme emménagogue dans les suppressions menstruelles, et en recommandait l'usage dans plusieurs autres maladies atoniques. On s’en sert quelquefois comme topique dans le traitement de la teigne; on lui attribue aussi Ja ropriété douteuse de faire disparaître les pous, et de faire tomber les cheveux. On l’introduit enfin quelquefois dans les cavités des dents cariées ; mais ses succès dans ces différentes circonstances n’ont point été suffisamment constatés. »:! Les feuilles et les baies du lierre, desséchées, peuvent être administrées en poudre à la dose de treize décigrammes (un scrupule), et en infusion à celle de deux à quatre grammes (demi à un gros) dans cinq hectogrammes (une livre) d’eau. La résine ne s'emploie qu’à l'extérieur; elle constitue un des principaux ingrédiens de l’onguent d’althéa.

Les anciens avaient consacré le lierre à Bacchus, peut-être parce que cet arbre croît en abondance dans les montagnes de Ja Thrace, où ce Dieu était particulièrement honoré, Les bacchantes en couronnaient leurs têtes, en chargeaient leurs mhyrses, et en décoraient pompeusement les temples dans les fêtes solennelles de la Grèce. Par suite de cet usage antique et sacré, le lierre est encore suspendu de nos jours à l'entrée des cabarets et des tavernes , seuls et indignes temples où le culte du dieu‘de la Thrace se soit conservé parmi nous. Quoique cet arbre agreste préfère l'ombre, et recherche la solitude, il s’accoutume dans nos jardins et dans nos pares, où on l’emploie à divers ornemens. Îl suit avec docilité toutes les directions qu'on lui donne. 11 grimpé le long des murailles, et recouvre leur triste nudité d'un magnifique tapis de verdure. On en fait des portiques, des obélisques , et des palissades d’un trèsbel effet. On peut également le tondre en buisson, en faire des haies toujours vertes et très-solides. Son boissert aux tourneurs à faire des vases, qui , au rapport de Pline, avaient la réputation de laisser filtrer l’eau à travers leurs pores , et de retenir Je vin quand on y versait les deux liqueurs réunies. Enfin la

résine de lierre est employée daus les arts à la composition de certains vernis.

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