‹ Flore médicale (volume 2)Chapitre 74 sur 84 · MARRUBE · texte numérisé non relu

MARRUBE

Grec........ Tlpasioy, Dioscoride.

MARRUBIUM ALBUM VULGARE; Bauhin, Iv&E > Hb. G, \ sect. 5, Tournefort, cl. 4, sect. 3, gen.

Latin... ....4 sranrusrom (1) vuzcare; dentibus calycinis setaceis uncinatis. Linné, didynamie &ymnnospermie. Jussieu, cl. 8,

: ord. 6, famille des labiées.

Francais. }.... manruse commu.

Lialien....... mARRoBIo BIANCo.

Æspagnol. .... MARRUBIO BLANCO.

Portugais .... Marroyo Bnanco. l Allemand .... GEMEINEr ANDorn.

ÆAnglais...... COMMON HOREHOUND.

andre +++ GEMEENE MALROVYE, Danois ....., HvinRuBIrE.

Suédois...... ANDORN.

Polonais..... SszANTA BrArA.

Russe,....., MARRUB 121 scRANDRA.

Quoiqu'il soit très-probable que la plante mentionnée par les anciens, surtout par Dioscoride, sous le nom de TPATLOY , appartienne au marrube, il serait indiscret d'assurer qu’elle puisse être rapportée à l'espèce dont il est ici question : à la vérité elle est, surtout en Europe, extrêmement commune : on [a rencontre partout le long des chemins, dans les lieux incultes, parmi ke décombres : elle frappe l’odorat par ses émanations vives, pénétranies, mais point désagréables.

Placée dans la famille des labiées, elle se caractérise par un calice cylindrique, à dix stries, à cinq ou dix dents; une-corolle à deux levres; la supérieure linéaire, presque droite-et bifide; l'inférieure réfléchie, plus large, à trois lobes; celui du milieu plus grand, échancré; quatre étamines didynames ; un style, le stigmate bifide; quatre semences nucs, oblongucs, situées au fond du calice.

Ses Liges sont droites, dures, rameuses, quadrangulaires , couvertes d'un duvet blanc souvent très-abondant ; les feuilles épaisses, opposées, pétiolées, ovales, très-ridées, inégalement

(1) Suivant Linné, de Muria- Urbs, nom d'une ville d'Italie, située dans nne plaine marécageuse, au bord du lac Fncin, Fat Livrai L 99°. Liwraison. 7

créneléts, d'un vert cendré, tomenteuses à leurs deux faces,

neux, le p quel conser

nable. On sait toutefois que son-infusion aqueuse hrunit par le sulfate de fer, preuve que ceue plante renferme un principe astringent dont l’eau s'empare, ainsi que de son principe amer. Cette même infusion, mêlée au sang veineux , le rend, au rapport de Freind, plus rouge et plus fluide.

Les qualités physiques du märrnbe annoncent des propriétés

toniques, qui se manifestent par l'excitation que cette plante exerce sur l’économie animale. Ainsi il augmente l’action de T’estomac, excite la sécrétion des urines, active la transpiraüon, facilite l’expectoration des crachats , provoque l’écoulement menstruel, détermine la résolution des tumeurs et des congeslions froides et indolentes, et paraît même exciter dans certains cas le système nerveux. De là, les vertus stomachique, diurétique, diaphorétique, béchique, emménagogue, SAS 4e et antispasmodique, dont cette plante est décorée dans les traités d matière médicale, et qu’elle développe en effet selon qu’elle porte plus particulièrement son action sur tel ou tel appareil organique. Cependant, comme le marrube agit en excitant les propriétés vitales , il ne peut produire ces différens effets qu’autant que nos organes sont dans un état d’atonie ou de relâchement, et qu’ils ont besoin d’être stimulés. Si les lésions des fonctions contre lesquelles on l’'emploie, étaient dues à un excès d'action organique, à la pléthore, ou à une inflammation, loin de produire les effets indiqués, il ne pourrait qu’augmenter le trouble, suspendre les sécrétions, etaugmenter le mal.

Les anciens faisaient un grand usage de cette plante, surtout dans les maladies de la poitrine, qu'ils attribuaient à une humeur froide ou à la pituite. On peut en obtenir de grands avantages, en effet, dans presque toutes les maladies atoniques où il n’y a ni douleur, ni fièvre; telles que les catarrhes chroniques . poumons, de l’urètre et du vagin, les toux rebelles

qui suivent souvent la coqueluche et la rougeole chez les en-

fans, les scrofules, l'hydropisie atonique primitive, le ace la leucorrhée, la dyspepsie idiopathique des vieillards cacochymes , les affections vermineuses, et même les fièvres intermittentes muqueuses. Divers auteurs paraissent l'avoir employée avec succès dans l’hypocondrie, l'hystérie et autres affections spasmodiques accompagnées de débilité. Mais le marrube a été spécialement vanté contre la toux, l’asthme, la phthisie pulmonaire, et contre les engorgemens du foie. On sent néanmoins qu’il ne peut être réellement utile dans ‘ces dernières affections, que Pne les cas où elles sont le résultat de l’engouement muqueux des poumons , ou de l'organe hépatique. Aussi voyons-nous que Losecke, Lange et Haller, l'ont administré dans l'asthme humide, dans les engorgemens pâteux ou aqueux des poumons, et dans une phthisie qui n’était probablement qu'un catarrhe pulmonaire chronique. Les engorgemens du foie et l’ictère, dans lesquels Zacutus Lusitanus, Forestus, Chomel, et plusieurs autres, en ont fait usage avec succès, étaient probablement aussi de nature indolente ; et cela est évident pour le ptyalisme mercuriel que l’illustre Linné fit disparaître par l'usage de cette plante, puisqu'il existait depuis un an. Du reste, il ne faut point perdre de vue que le marrube ne pourrait qu'être nuisible, suivant la remarque d'Hoffmann, dans tous les cas où les organes malades sont atteints d’ulcération , d’inflagmmation, ou d’une excessive sensibilité. En revanche, cette plante excitante, trop négligée de nos jours, ainsi que le remarquent judicieusement Peyrilhe et M. Alibert , peut être administrée dans toutes les circonstances où les médications toniques sont nécessaires, avec plus d'avantages que beaucoup d'autres végétaux, bien moins énergiques , quoique plus vantés.

On la donne en poudre de quatre à huit grammes (un à deux gros), soit en suspension dans un liquide quelconque, soit sous forme pilulaire. La dose de son suc, exprimé et clarifié, est de trente-deux à cent vingt-buit grammes (une à quatre onces) par jour. On la prescrit le plus souvent en infusion aqueuse ou vineuse à la dose d’une demi ou d’une poignée pour cinq

“hectogrammes ou un kilogramme de liquide. Son extrait peut être administré avec avantage à la dose de quatre grammes (un gros). On en prépare une conserve qu’on pourrait donner à la, quantité de trente-deux ou, soixante grammes, mais elle a beaucoup moins d'activité que les autres formes médicamenteuses du marrube. Cette plante est la-base du sirop de marrube de Mésué, Elle fait partie des pilules d’agaric de Charas, de la thériaque d’Andromaque, de l’hïera diacolocynthidos , de la poudre de Nicolas d'Alexandrie, etc.

(La plante est représentée de grandeur naturelle) LE

Page 1