‹ Flore médicale (volume 3)Chapitre 113 sur 201 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

she Définition de la botanique. Plan de cet ouvrage: Uulité

et agr ‘ément de cette science.

La botanique est cette partie de l’histoire naturelle qui traite de la connaissance des plantes: elle nous apprend à les distinguer les unes des autres par les caractères qui leur sont propres ; à rapprocher celles d’entre elles qui ont le plus de rapports communs; à trouver Ja place de chaque plante dans les méthodes établies pour leur classification ; à découvrir Jes différens noms qu’elles ont recus, et déterminer celui qu’elles doivent conserver.

Cette science contprend dans ses recherches tous les phénomènes relatifs a la végétation ; la connaissance de toutes les parties des plantes, celle de leurs organes tant internes qu’externes; leur naissance, leur développement, leur mode de reproduction, leurs fonctions vitales : elle les suit dans les diverses époques de leur existence, dans leur état de santé et de maladie, de VER et de en ren.

La botanique se rattache : 1°. à l’agriculture, qu’elle enrichit par la découverte de nouvelles espèces, qu’elle éclaire par l'exposé de la température et du sol propres à chaque plante; 2°. à l’économie, par une suite d'observations et d’expériences sur les produits naturels ou artificiels que fournissent les végétaux; 3°. à la médecine, par l'action des plantes sur l’économie animale, prises intérieurement, ou appliquées à l'extérieur.

La botanique appelle à son secours : 1°. la physique, pour l'explication des phénomènes que présentent l’organisation des végétaux et leurs fonctions vitales ; 2°. la chimie, pour l’ana-

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lyse des principes que renferment les différentes espèces de plantes, leur composition, leur décomposition ; 3°. la minéralogie, pour déterminer la nature des divers terrains où naissent les différentes espèces de plantes, la qualité des terres qui leur conviennent. | De tout temps, la botanique a été considérée comme une étude agréable et curieuse, surtout lorsqu'on ne s'en occupe que sous le rapport des beaux phénomènes de la végétation, et qu'on en écarte tout ce qui w’est point elle, je veux dire ces qualités occultes imaginées par la superstition, lempirisme et Ja plus grossière ignorance. Cette étude a, plus que toute autre, des attraits particuliers pour les ames aïmantes et sensibles. Il semble que la douceur des mœurs soit en harmonie avec la recherche paisible des plantes : c’est sans doute par suite de ces rapports, que les fleurs ont toujours été employées comme l'emblème des sentimens les plus délicats, qu’elles ont couronné les vertus douces et sociales ,. et qu’elles sont encore Pornement des fêtes établies pour la célébration des époques les plus heureuses de notre existence. La botanique est donc, de toutes les sciences, la plus propre à orner l'imagination d'idées toujours riantes, que ne peuvent attrister aucune de celles qu'amène à sa suite l'étude des animaux, étude inséparable de celle de l’anatomie, cette science cruelle lorsqu'elle s'exerce sur les Corps vivans , et au milieu des convulsions d’un être sensible.

L'étude de la botanique a encore l'avantage de se modifier selon l’âge et le sexe, de se prêter à tous les goûts , de se restreindre, ou de s'étendre selon les facultés ou les momens qu'on peut y consacrer. Des notre enfance, nous avons aimé les fleurs; nous avons appris de bonne heure à les rechercher, à les reconnaître : elles ont fait le charme de nos promenades champêtres, et se sont, en quelque sorte, iden-

INTRODUCTION. ii ufiées avec nos premières sensations, avec les plus douces jouissanées du jeune âge, avec ces jouissances qu ’on n'oublie jamais, pas plus que les objets qui les ont procurées. Lorsque ces fleurs se rencontrent sous nos pas, nous les saluons par la pensée, comme nos premières amies, et notre Cœur nous dit qu’elles ne nous sont pas devenues indifférentes. Dans ‘un âge plus avancé, nous cherchons à les rapprocher de nous : leur culture nous procure de nouveaux plaisirs; quelques vâses de fleurs suffisent souvent pour nous distraire agréablement , lorsque nos occupations nous assujétissent à une vie sédentaire. Pouvons-nous contempler, sans un tendre in= térêt, ces jeunes personnes réunies dans un salon de travail, s'exercant à entremêler dans leurs ouvrages à Paiguille, ow à fâire revivre sur le papier, les contours élégans, les brillantes couleurs de ces fleurs qui vont leur échapper ? Com bien cette aimable jeunesse ajouterait aux charmes de ses 0C= cupations, si elle pouvait y joindre l'étude de ces mêmes fleurs dont elle cherche à rétracer les belles formes; étude dont il est si facile d’inspirer le goût lorsqu'on sait la présenter avec. tous les attraits qui l’accompagnent ! Une seule “plante, bien analysée, bien connue dans toutes ses parties , pourra donner une idée de cette science.

En passant à l'examen d’une seconde plante, il ne suffira pas seulement de la connaître, il faudra la’ comparer avec la première, noter ce que ces deux plantes ont de commun, en saisir les différences : le désir d'en étudier une troisième ; une quatrième, se fera bientôt sentir; même travail, mêmes

jouissances. Ce goût de recherches, stimulé par la curiosité? conduira , par une route jonchée de fleurs, à la connaissance des élémens d'une science, qui se sera peu à peu introduite dans l'esprit sans avoir érraé é l'imagination.

La botanique, quoique assez généralement cultivée au-

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jourd’hui, le serait davantage, si elle était plus connue, surtout chez un sexe si bien. fait pour elle, mais qu’on épouvanté trop souvent par la sécheresse de la nomenclature, et par cette foule de termes nouveaux qu’elle amène à sa suite, et dont on n’est pas assez économe. Quelle précieuse acquisition que celle qui nous ménage, pour tous les instans de notre vie, des plaisirs faciles, indépendans du caprice des hommes et des événemens du sort!

L'âge mûr arrive; mais avec lui ne s’évanouissent pas, comme de simples jeux puérils, ces amusemens de notre première jeunesse ; ils prennent insensiblement une marche plus conforme à nos idées. Le spectacle de la nature, que nous wavons considérée qu’isolément dans quelques-unes de ses productions, s'offre alors avec un caractère de grandeur qui élève l'ame, lui donne une vie nouvelle, et répand, sur tous les objets qui nous enyironnent , un intérêt que nous n’y au-. rions jamais soupçonné. Il est même, dans quelques imagivations plus ardenies, porté à un tel point d’exaltation, que l'étude de la nature, convertie en une noble passion, devient l'unique objet de leurs contemplations. C'est alors que la science nous ouvre les portes de son sanctuaire, qu’elle nous. apprend à généraliser nos idées, à considérer, dans l'en: semble des êtres de la végétation, leurs rapports entre eux, leur harmonie avec les autres êtres de la création; elle nous fait connaître ces ressorts secrets , qui leur donnent le mouvement et la vie, ces organes intérieurs qui en développent toutes:les parties, ces liqueurs vivifiantes qui les abreuvent, enfin tout ce qui appartient aux grandes fonctions de la végétation. as, Le |

Ainsi, comme je l'ai dit plus haut, la botanique,est, en quelque sorte, la science de tous les âges selle n’est qu'un

INTRODUCTION. v jeu dans’ Peñfance, ‘une distraction agréable dans l’âge qui lui succède, une source de souvenirs délicieux pour le reste de la vie. Ajoutons que, nous obligeant sans cesse à compa= rer les objets entre eux, à les considérer sous tous leurs rapports, à les rapprocher, à les grouper, elle nous donne-un esprit d'observation, qui se reporte sur tous les autres objets, perfectionne notre jugement , développe nos facultés intellectuellesen multipliant nos idées.

Est-il, en effet, de moyens plus puissans pour agrandir notre être, que lacquisition de nouvelles connaissances ? Est-il de jouissancés plus réelles, plus indépendantes? Les qualités physiques, tellés brillantes qu’elles puissent être, ont un terme; elles s’altèrent avec l’âge : il n’est en notre

pouvoir ni de les augmenter, ni même dé les conserver: El

n'en est pas de même de nos facultés’ intellectuelles ; elles sont susceptibles d'augmentation, de développement, presque jusqu'au dernier moment de notre existence. Tous les jours, de nouvelles idées peuvent se joindre à celles de la veille, et; dans l’homme qui a exercé sa pensée, le temps, qui affaiblit les forces physiques, ajoute aux facultés morales.

: Placés au milieu des œuvres de la création, pouvons-nous fermer les yeux sur tant de merveilles, ou nous borner à une simple admiration, quand tout nous invite à les étudier ? S'il en est que nous ne puissions atteindre qu'avec difficulté, les plantes resteront toujours à notre disposition ; elles sont à nos pieds, elles sont entre nos mains; elles nous attirent par la variété de leurs formes, par les nuances de leurs couleurs, paï la douce émanation de leurs parfums, et surtout par ce sentiment de plaisir qu’excite en nous leur contem-

plation.

La botanique n’est pas seulement une étude de spéculation et d'agrément, elle conduit encore, surtout depuis

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qu’elle à étendu son domaine sur toutes les parties du globe, a des découvertes précieuses pour la société, mais qu’on ne peut obtenir que par de longues et pénibles recherches, et surtout par des voyages dans des contrées jusqu'alors peu observées. C’est ainsi que, depuis un très-petit nombre d’années, nos bosquets se sont embellis d’arbrisseaux élégans et variés, qu'une foule d’arbres exotiques ont trouvé place dans nos forêts, que des chênes, des pins, des érables, des bouleaux , et beaucoup d’autres nés sur un sol étranger, rivalisent aujourd’huiavec ceux de notreclimat. L'homme, qui a vécu pendant la première partie du siècle dernier, pourrait à peine se reconnaître aujourd'hui au milieu de nos parterres décorés de tout le luxe des plus belles fleurs. De quel éclat il y verrait briller les ipomea à fleurs écarlates , les hortensia, les metrosideros, ces geranium, ces brüyères nombreuses, et toutes ces belles plantes grasses originaires du Cap de Bonne-Espérance? Que de parfums , que de riches et précieuses couleurs ont été fournies aux arts! que de végétaux abondans en substance alimentaire, dans nos potagers et nos vergers! que de résines nouvellement découvertes , employées avantageusement en médecine, où pour la décoration de nos demeures! Combien d’autres plantes ont augmenté nos ressources en tout genre ! Ces bienfaits, nous les devons à des voyageurs actifs, intrépides, dont les travaux et les services n’ont été quetrop souvent méconnus.

L'étude des plantes, qui n’est qu'un amusement pour les gens du monde, est de nécessité pour le médecin qui les emploie dans le traitement des maladies, pour le pharmacien chargé de leur préparation, pour l’herboriste qui les recueille, pour l’agriculteur que cette étude doit éclairer sur le choix des plantes à cultiver selon la nature et l’exposition des différentes sortes de terre; pour le teinturier qui trou-

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vera souvént, dans l’analogie des espèces, le moyen d'étendre les ressources de son art : on peut en dire autant du parfumeur, du distillateur, et de beaucoup d’autres professions fondées sur l'emploi des plantes. À la vérité, la connaissance générale des plantes n’est pas nécessaire dans ces différens états ; il suffit que ceux qui les exercent connaissent assez les principes de la science, pour n'être pas dans le cas de confondre une plante avec une autre; que chacun d’eux s'attache ensuite a la connaissance des espèces relatives à la partie qu'il cultive : mais il sera toujours autant agréable que facile de connaître du moins les plantes du pays que l’on habite. Cette recherche, qu’on pourrait croire très-difficile, n’exige d’autres peines que de diriger vers ce but des promenades, qui auront dès-lors un intérêt particulier, et nous apprendront que l’homme n’est jamais seul dans la nature, quand il sait en étudier les productions.

Avant d'entrer dans les détails qui appartiennent aux plantes individuellement, j'ai cru devoir fixer les regards sur ce vaste tableau , que présente à la surface du globe Pensemble de la végétation, considérer ces grandes familles dis+ tribuées dans les différentes contrées de la terre, relativement au climat, à la température, à l’élevation du terrain, à la nature du sol; rechercher ensuite comment s'établit insensiblement la végétation dans des terres jusque-là stériles où de nouvelle formation ; puis, reconnaissant dans les plantes un grand nombre de rapports avec les autres êtres de la nature, essayer de saisir ces rapports, et faire sentir, d’une manière plus évidente, le rang et les fonctions que remplissent les végétaux parmi les êtres de la création ; comment ils contribuent à l'harmonie de cet univers, dont toutes les parties sont dans une concordance «si admirable.

Ces vues générales, qui nous peignent la nature dans toute

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la majesté de ses œuvres, en:forment la véritable sciericer, lorsque ensuite elles se joignent à des détails qui-n’auraient, sans elles, qu’un faible intérêt : alors nous verrons la vie se ‘propager avec rapidité sur toutes les parties de notre globe, se montrer d’abord dans les végétaux, se perfectionner dans les animaux, et recevoir dans l'homme toute sa plénitude. Ces considérations nous apprendront à ne dédaigner aucune des productions naturelles, telles petites qu’elles puissent être, et nous reconnaîtrons avec étonnement que les êtres qui paraissent les moins dignes de notre attention, sont peut-être ceux qui en méritent le plus dans l’ordre de la végétation. Descendant alors de ces hautes considérations, nous sentirons combien il devientintéressant de connaître plus particulièrement la constitution de ces êtres qui occupent, dans l'ordre des choses , un rang si distingué ; nous nous OCCUpE=rons donc à les étudier dans leurs organes, leurs fonctions, dans tous les phénomènes qui appartiennent a la vie végétative. Tout ce qui concerne les plantes individuellement étant connu , et l'esprit exercé à en séparer toutes les parties, c’est alors que, pour les étudier isolément, pour apprendre à les: distinguer. pour reconnaître le rang que chacune d’elles doit occuper dans la longue série des espèces, il faut avoir recours aux méthodes établies pour cet objet, partie. importante sans doute, presque la seule dont on se soit occupé pendant longtemps, qui n’est point la science, mais qui en règle, qui en dirige la marche, et vient au secours de l'esprit humain, trop faible pour embrasser l’ensemble des êtres dans tous leurs détails, sans se former des points de repos, des divisions qui ne sont pas toujours celles de la nature, mais quenécessite Ja trop grande multiplicité des êtres naturels : tel est. le plan que je me propose de suivre dans la distribution de cet ouyrage. .

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