‹ Flore médicale (volume 3)Chapitre 114 sur 201 · TABLEAU DE LA VÉGÉTATION A LA SURFACE DU GLOBE · texte numérisé non relu

TABLEAU DE LA VÉGÉTATION A LA SURFACE DU GLOBE

L. Créateur des mondes ne s’est pas borné à décorer le uôtre de tout le luxe d’une brillante végétation; il a voulu la varier à chaque localité, en diversifier Les formes à l'infini dans la disposition de leur ensemble, dans leur petitesse où leur grandeur, dans la correspondance ou le contraste de toutes leurs parties. Elégance dans leur port, richesse dans leurs couleurs, délicatesse dans leurs parfums, tels sont les dehors séduisans sous lesquels se montrent aux yeux de Thomme, ces fleurs variées et nombreuses, filles aimables du printemps. Quelle est donc cette toute-puissance qui couvre de végétaux la roche stérile, peuple les déserts, porte la végétation jusque dans le fond des fleuves, jusque dans les abîmes de l'Océan ? Quel sublime pinceau a dessiné à grands traits ces riches décorations de la demeure de homme? Qui pourrait ne pas y reconnaître la main invisible du Créateur? il ne fait que l'ouvrir; des nuages de fleurs s’en échappent, et se répandent sur le sein de la nature.

Tous les hommes sont admis à la jouissance de ce spectacle; mais il n'appartient qu'à l’homme éclairé par l’observation, d’en jouir dans toute sa plénitude, d’en saisir à belle ordonnance. Au milieu de cette apparente confusion, il reconnaîtra que les plantes n’ont pas été jetées au hasard à la surface du globe; que chacune d'elles est à sa place, qu’elle ne peut être ailleurs; que la beauté des sites, la variété des paysages disparaîtraient s'ils n'étaient revêtus des ornemens qui leur sont propres; qne les plantes des. rivages seraient déplacées sur > hauteurs, tandis pe celles

des montagnes, descendant du sommet glacé de leur vaste amphithéâtre, ne produiraient plus le même effet dans nos plaines uniformes; qu'elles y perdraient leurs grâces naturelles, ainsi que la douceur de leurs parfums, ou la vivacité

(2) de leurs couleuts : telles se présentent la plupart de celles que nous sommes parvenus à pouvoir cultiver. Les fleurs, quelque brillantes qu’elles éoient dans nos parterres, nous ont-elles jamais inspiré le même intérêt, que lorsque nous les rencontrons dans leur lieu natal? L'ordre symétrique, cet air de parure que nous leur donnons, vaut-il l'aimable désordre qui règne dans leur distribution au milieu des campagnés, éparses dans les bois, ou répandues dans les prairies ?

À la vérité, la végétation n’est pas également brillante pres : relative aux lieux qu’elle doit embellir, elle prend

e caractère de convenance qui se lie le mieux avec l'aspect des localités. Gaïe et riante sur le bord des ruisseaux., élégante et gracieuse dans les vallées, riche, majestueuse dans les grandes plaines, elle n’est plus la même lorsqu'elle se montre sur a roche brûlante, ou qu’elle lutte sur les Alpes âvec la neige et les glaces. Ainsi, dans cette admirable répartition des végétaux a la surface du globe, aucun lieu n’a été oublié ; chacune de ses parties, si l’an en excepte le sable du désert, est revêtue de la parure qui lui convient. Vingt, trente lieues de plaine et plus, dans la mème contrée, à la même exposition, produiront partout à peu près les mêmes végétaux; mais si cétte plaine est entrecoupée par des . forêts, sillonnée par des vallons, hérissée de rochers et de montagnes, arrosée par des ruisseaux ; si le sol est variable, s’il est humide ou sec, tourbeux ou crétacé, la masse des plantes variera également à chaque changement de situation et de température. ,

Si les localités d’un même pays nous offrent des plantes tès-différentes , elles le sont encore ‘bien davantage à mesure que nous nous avancons du Midi au Nord, du Levant au Couchant, et surtout lorsque nous passons d’un continent dans un autre, soit que nous parcourions la brûlante Afrique, les vastes contrées de l'Asie, où les îles nombreuses de l'Amérique. Dans la plupart de ces contrées, la végétation est si abondante, si variée dans ses formes, si éloignée de celles que nous connaissons, que souvent nous aurions peine à croire les voyageurs, si leurs récits ne nous étatent confirmés par la possession des ébjets dont ils nous parlent; mais nous ne les connaissons qu'isolés, tronqués, aliérés. C'ést dans leur lieu natal qu’il faut les observer, pour se forser une idée de la richesse et de la belle ordonnance que la nature a établies dans toutes ses productions. Ecoutons la-

(3) dessus un de nos plus célèbres voyageurs, M. de Humboldt, dans ses Zableaux de la nature.

« C’est, dit-il, sous les rayons ardens du soleil de la zone torride, que se déploient les formes les plus majestueuses des végétaux. Au lieu de ces lichens et de ces mousses épaisses qui, dans les frimas du Nord, revêtent l'écorce des arbres, sous les tropiques, au contraire, Ja vanille odorante, les cymbidium animent le tronc de l’acajou (anacar= dium) et du figuier gigantesque; la fraîche verdure des feuilles du pothos contraste avec les fleurs des orchidées, si variées en couleurs ; les bauhinia , lesgrenadilles grimpantes, et les banisteria aux fleurs d’un jaune doré, enlacent le tronc des arbres des,forêts; des fleurs délicates naissent des racines du cacaotier (theobroma), ainsi que de l'écorce épaisse et rude du calebassier ( crescentia) et du gustayia. Au milieu de cette abondance de fleurs et.de fruits, au milieu de cette végétation si riche, et de cette confusion de plantes grimpantes, le naturaliste a souvent de la peine à reconnaître, à quelle tige appartiennent les feuilles et les fleurs. Un seul arbre, orné de paullinia, de bignonia, de deudrobium, forme un groupe de végétaux, qui, séparés ‘ les uns desautres, couvriraient un espace considérable.

« Dans la zone torride, les plantes sont plus abondantes en sucs, d’une verdure plus fraiche, et parées de feuilles plus grandes et plus brillantes que dans les climats du Nord. Les végétaux, qui vivent en société, et qui rendent si monotones les campagnes de l’Europe, manquent presque entièrement dans les régions équatoriales. Des arbres, deux fois aussi élevés que nos chênes, s’y parent de fleurs aussi grandes et aussi belles que nos lis. Sur les bords ombrages de la rivière de la Madeleine, dans l'Amérique méridiovale, on voit une aristoloche grimpante ( aristolochia cordiflora, Kunth), dont les fleurs ont quatre pieds de circonférence.

« La hauteur prodigieuse à laquelle s'élèvent, sous les tropiques, non-seulement des montagnes isolées, mais même des contrées entières, et la température froide de cette élévation, procurent, aux habitans de la zone torride, un coup d'œil extraordinaire. Outre les groupes de palmiers et de bananiers, ils ont aussi autour d’eux des formes de végétaux, qui semblent n’appartenir qu'aux régions du Nord. Des

cyprès, des sapins et des chênes, des épines-vinettes et des aulnes, qui se rapprochent beaucoup des nôtres, couvrent les cantons montueux du sud du Mexique, ainsi que la chaîne des Andes sous l’équateur. Dans ces régions, h nature permet à l’homme de voir, sans quitter le sol natal, toutes les formes de végétaux répandus sur la surface de la terre , et la voûte du ciel, qui se déploie d’un pêle à l’autre, ne lui cache aucun des mondes resplendissans. Ces jouissances naturelles, et une infinité d’autres, manquent aux peuples du Nord. Plusieurs constellations, et plusieurs formes de végétaux , surtout les plus belles, celles des palmiers et des bananiers , les graminées et les fougères arborescentes, amsi que les mwmosa, dont le feuillage est si finement découpé, leur restent inconnus pour toujours. Les individus languissans, que renferment nos serres chaudes, ne peuvent offrir qu’une faible image de la majesté de la végétation dans la zone torride.

€ Celui qui sait d’un regard embrasser la nature , et faire abstraction des phénomènes locaux , voit comme, depuis le pôle jusqu'a l'équateur, à mesure que la chaleur vivifiante ‘augmente, la force organique et la vie augmentent aussi graduellement : mais, dans le cours de cet accroissement, des beautés particulières sont réservées à chaque zone; aux elimats du tropiqne, la diversité des formes et la grandeur des végétaux ; aux climats du Nord, l'aspect des prairies, et le réveil périodique de la nature aux premiers souffles de Pair printannier, Outre les avantages qui lui sont propres, chaque zone a aussi son caractère. Si l’on reconnait, dans chaque individu organisé, une physionomie déterminée, de même on peut distinguer une certaine physionomie naturelle, ins convient exclusivement à chaque zone. Des espèces semblables de plantes, telles que les pins et Les chènes, couronnent également les montagnes de la Suède, et celles de la partie la plus méridionale du Mexique; cependant, malgré cette correspondance de formes, et cette similitude des contours partiels, l’ensemble de leurs groupes présente un caractere entièrement différent. |

« La grandeur et le développement des organes dans les plantes dépendent du climat qui les favorise. Dans impuissance de peindre complétement les plantes de PAmérique, nous hasarderons de tracer les caractères des groupes les

plus saillans, en commençant par les palmiers : ils ont, entre tous les végétaux, la forme la plus élevée et la plus noble; c’est à elle que les peuples ont adjugé le prix de la beauté. Leurs tiges hautes, élancées, cannelées, quelquefois garnies de piquans, sont terminées par un feuillage luisant, tantôt ailé , tantôt disposé en éventail. Leur tronc lisse atteint souvent une hauteur de cent quatre-vingts pieds. La grandeur et la beauté des palmiers diminuent à mesure qu'ils s’'éloignent de l’équateur pour se rapprocher des zones tempérées. Un caractère frappant, etqui en variel’aspect très-agréablement ; c’est la direction des feuilles. Les folioles très-serrées du dattier et du cocotier produisent de beaux reflets de lumière à la face supérieure.des feuilles, d’un vert plus frais dans le cocotier, Fe mat et comme cendré dans le dattier. Quelle différence d’aspects entre les feuilles pendantes du palma de covija de l'Orénoque, même entre celles du dattier, du cocotier, et entre es branches du Jagua et du pirijao, qui pointent vers le ciel! La nature a prodigué toutes les beautés de formes au palmier jagua, qui couronne les rochers grapitiques des cataractes d’ÆAturès et de Maypures. Leurs tiges élancées et lisses atteignent une hauteur de cent soixante à cent soixante-dix pieds; de sorte que, suivant l'expression de Bernardin de Saïnt-Pierre, elles s'élèvent en portique audessus des forêts. Cettacime aérienne contraste d’une manière surprenante avec le feuillage épais des ceiba, avec les forêts de lauriers et de mélastomes qui l’entourent. Dans les palmiers à feuilles palmées, le feuillage touffu est sou= vent posésur une couche de feuilles desséchées, ce qui donne à ces végétaux un caractère mélancolique.

« Dans toutesles parties du monde, la forme des palmiers sé réunit à celle des bananiers. Leur tige, plus basse, mais plus succulente, est presque herbacée, et couronnée de feuilles d’une contexture mince et lâche, avec des nervures délicates et luisantes comme de la soie. Les bosquets des bavaniers sont la parure des cantons humides. C’est dans leurs fruits que repose la subsistance de tous les habitans des tropiques : ils ont accompagné l’homme dès l’enfance de la civiisation. Si les champs vastes et monotones, que couvrent les céréales répandues par la culture dans les contrées septentrionales de la terre, embellissent peu laspect de la nature, l'habitant des tropiques , au contraire, en s’étahlissant,

(6) multiplie, par les plantations de bananiers , une des formes de végétaux les plus nobles et les plus magnifiques.

« Les feuilles finement ailées des mimosa, des acacia, des gleditsia, des tamarins, etc., ont une forme que les végétaux affectent particulièrement entre les tropiques. Cependant on en trouve ailleurs que dans la zone torride : ils te manquent pas aux Etats-Unis d'Amérique, où la végétaton est plus variée, plus vigoureuse qu'en Europe, quoiéu’a une latitude semblable. Le bleu foncé du ciel de la zone torride, qu’on apercoit à travers leur feuillage délicatement ailé, est d’un effet extrèmement pittoresque.

« Les cactiers ou les cierges (cactus) se montrent presque éxclusivement en Amérique. Leur forme est tantôt es rique, tantôt articulée ; tantôt elle s'élève comme destuyaux d’orgues, en longues colonnes cannelées. Ce groupe forme, par son extérieur, le contraste le plus frappant avec celui des liliacées et des bananiers; il fait partie des plantes que Bernardin de Saint-Pierre a si heureusement nommées les sources végétales du désert. Dans les plaines dénuées d’eau de l'Amérique du sud, les animaux, tourmentés par la soif, cherchent le melocactus, végétal sphérique à moitié caché dans le sable, enveloppé de piquans redoutables, et dont l'intérieur abonde en sucs San Les tiges du cactier en colonne parviennent jusqu’à trente pieds de hauteur , et forment des espèces de candelabres : leur physionomie a une forme frappante avec celle de quelques euphorbes d'Afrique. LUS .

« Tandis que les cactiers forment des oasis dispersées dans le désert privé de végétation, que les orchidées, sous Ja zone torride, animent les fentes des rochers les plus sau-

vages, et les troncs des arbres noircis par l'excès de la cha= leur, la forme des vanilles se fait remarquer par des feuilles d’un vert clair, remplies de suc, et par des fleurs de couleurs panachées, d’nne structure singulière : ces fleurs ressemblent à un insecte ailé, ou à cet oiseau si Fat ane le parfum des nectaires. La vie d un peintre ne suffi k HE pour peindre toutes ces orchidées En ee ee E vallées profondément sillonnées des andes du Perou.

de dans les Indes

7 , 2 ve « Les casuarinées, qu'on ne trou“ ù Fe. e feuilles, comme

et les îles du grand Océan, sont dénués la plupart des cactiers : ce Sont des ar

bres dont les branches

sont articulées comme celles des prêles. Cependant on trouve das d’autres parties du monde des traces de ce type, plus singulier qu'il n’est beau. Les pins, les thuya, les cypres . appartiennent à une forme septentrionale, qui est peu commune dans la zone torride. Leur verdüre continuelle et toujours fraîche égaie les paysages attristés par l'hiver, et annonce en même temps aux peuples voisins des pôles , que, lors même que la neige et les frimas couvrent la terre, l& vie intérieure des plantes, semblable au feu de Prométhée, ne s'éteint jamais sur notre planète. |

« Les mousses et les lichens, dans nos climats septentrionaux , les aroïdes, sous les tropiques, sont parasites aussi bien que les orchidées, et revêtent les troncs des arbres vieillissans : ils ont des tiges charnues et herbacées, des feuilles sagittées, digitées ou allongées, mais toujours avec des veines très-grosses. Les fleurs sont renfermées dans des spathes. Ces végétaux appartiennent plutôt au nouveau continent qu’a l’ancien. Le caladium, le pothos n’habitent que la zone torride.

« A cette forme des aroïdes, se joint celle des lianes , d’une vigueur remarquable dans les contrées les plus chaudes de PAmérique méridionale; tels sont les paullinia, les banisteria, les bignonia, etc. Notre houblon sarmenteux et nos vignes peuvent nous donner une idée de l'élégance des formes de ce groupe. Sur les bords de l’'Orénoque ,. les branches sans feuilles des bauhinia ont souvent quarante pieds de long : quelquefois elles tombent perpendiculairement de la cime élevée des acajous; quelquefois elles sont tendues en diagonales d’un arbre à l’autre, comme les cordages d’un navire. La forme roide des aloëes bleuâtres contraste avec la forme souple des lianes sarmenteuses, d’un vert frais et léger. Leurs tiges, quand ils en ont, sont la plupart sans divisions, à nœuds rapprochés, torses sur ellesmêmes, comme des serpens, et couronnées à leur de feuilles succulentes, charnues, terminées par pointe, et disposées en rayons serrés. Les aloës à : ne forment pas des groupes comme les végétaux quiäiment à vivre en société ; ils croissent isolés dans des plaines arides, et donnent par-là, aux régions du tropique, un caractère particulier de mélancolie. Une roideur ét une immobilité triste caractérisent la forme des aloès ; une légèreté riante et

(8) une souplesse mobile distinguent les graminées, et, en particulier, la physionomie de celles qui sont arborescentes. Les bosquets des bambous forment, dans les deux Indes, des allées ombragées. La tige lisse, souvent recourbée et flottante des graminées des tropiques, surpasse en hauteur celle de nos aulnes et de nos chênes.

« La forme des fougères ne s’ennoblit pas moins qué celle des graminées dans les contrées chaudes de la terre. Les fougères arborescentes, souvent hautes de trente-cinq pieds, ressemblent à des palmiers; mais leur tronc est moins élancé, plus raccourci, et très-raboteux. Leur feuillage plus délicat, d’une contexture plus lâche, est transparent , légèrement dentelé sur les bords. Ces fougères gigantesques sont presque exclusivement indigènes de la zone torride; mais elles préfèrent, à l’extrême chaleur, un climat moins ardent. F’abaissement de la température étant une conséquence de l'élévation du sol, on peut considérer, comme le séjour principal de ces fougères, les montagnes élevées de deux à trois mille pieds audessus du niveau de la mer. Les fougères à hautes tiges accompagnent, dans l'Amérique méridionale, cet arbre bienfaisant dont l'écorce guérit la fievre. La présence de ces deux végétaux indique l’heureuse région où règne continuellement la douceur du printemps. » | à

Après avoir observé avec M:de Humboldi la riche végétation des plus belles contrées de PAmérique, si nous nous trañsportons sur les côtes sauvages et désertes de la Nouvelle-Hollande, avec MM. de la Billardière, Brown et Peyron, nous trouverons, dans le peu que lon connaît de ce vaste continent, des végétaux tout à fait différens, quoiqu'au même degré de latitude. Ceux qu’on y a recueillis, se rapprochent davantage des plantes de Pancien continent; celles destinées à la nourriture de l’homme, y sont aussi rares qu’elles sont communes en Amérique; aussi ces contrées presque inhabitées, et les hommes qui ÿ viveñt , e un commencement de civilisation, tant est puisluence des végétaux ntiles pour la multiplication et Tépérfectionnement du genre humain. En renvoyant le lecteur aux ouvrages publiés, surles plantes de la Nouvelle- Hollande, par MM. de la Billardière et Brown, je me bornerai à rapporter ici ce que M. Peyron nous a présenté dé plus intéressant sur la végétation de la terre Van-Diémen.

« C’est un spectacle bien singulier, dit ce savant naturaliste, que celui de ces forêts Po filles antiques. de la nature et du temps, où le bruit de la hache ne retentit jamais, où la végétation, plus riche tous les jours de ses propres produits, peut s'exercer sans contrainte, se développer. partout sans obstacle ; et, lorsqu'aux extrémités du globe, de telles forêts se présentent exclusivement formées d'arbres inconnus à l'Europe, de végétaux singuliers dans leu organisation, dans leurs produits variés, l'intérêt devient plus vif et plus pressant : là, règnent habituellement une ombre mystérieuse, une grande fraicheur, une humidité pénétrante; la, croulent de vétusté ces arbres puissans d’où naquirent tant de rejetons vigoureux : leurs vieux troncs, décomposés maintenant par l’action réunie du temps et de l'humidité, sont couverts de mousses et de lichens parasites. Leur intérieur recèle de froids reptiles, de nombreuses légions d'insectes ; ils obstruent toutes les avenues des forêts ; ils se croisent en mille sens divers : partout ils s'opposent à Ja marche, et multiplient autour du voyageur les obstacles et les dangers ; quelquefois ils forment, par leur entassement, des digues naturelles de vingt-cinq ou trente pieds d’élévation; ailleurs, ils sont renversés sur le lit des torrens, sur la profondeur des vallées, formant alors autant de ponts naturels dont il ne faut se servir qu'avec défiance.

« À ce tableau de désordre et de ravages, à ces scènes de mort et de destruction, la nature oppose, pour ainsi dire, avec complaisance, tout ce que son pouvoir créateur peut offrir de plus eme De toutes parts on voit se presser, à la surface du sol, ces beaux mimosa, ces superbes metrosideros, ces. correa: inconnus naguère à notre patrie, et donts’enorgueillissent déjanos bosquets. Des rives de l'Océan, jusqu'au sommet des plus hauies montagnes de l'intérieur, on observe les puissans eucalyptus, ces arbres géans des forêts australes, dont plusieurs n’ont pas moins de cent soixante à cent quatre-vingts pieds de hauteur, sur une cir= conférence de vingt-cinq à trente.et trente-six pieds. Les bancksia de diverses espèces, les protea, les embothrium, les Zeptospermum, se développent comme une charmante bordure. sur la lisière des bois : ailleurs se dessinent les casuarina si remarquables par leur port, si précieux par la solidité, par les riches marbrures de leur bois; l'élégant exo-

earpos projette en cent endroits divers ses rameaux négligés comme ceux du cyprès : plus loin paraissent les xanthorrea, dont la tige solitaire s’élance à douze ou quinze pieds andessus d’une souche écailleuse et rahougrie, d’où suinte abondamment une résine odorante; en quelques lieux se montrent les cycas, dont les noix, enveloppées d’un épiderme écarlate, sont si perfides et si vénéneuses : partout se repro= duisent de charmans bosquets de melaleuca, de thesium, de conchium , d'evodia, tous également iutéressans par leur port gracieux, ou par la belle verdure de leur lenlipes ou par la singularité de leur corolle et de leur fruit. Au milieu de tant d'objets inconnus, l'esprit s'étonne, et ne peut qu'admirer cette Inconcevable fécondité de la nature, qui fournit à tant de climats divers des productions si particulières, et toujours si riches et si belles. »

L'heureux climat de l’Inde est peut-être le lieu de 1x terre où la nature étale avec plus de profusion le luxe de la” végétation : habité par des peuples parvenus depuis longtemps à un haut degré de civilisation, les végétart semblent être sortis également de leur état sauvage : tous offrent les formes les plus élégantes, et paraissent réfléchir, par la vivacité de leurs couleurs, ces te de lumière que En du jour verse continuellement dans leurs corolles. Ces belles contrées sont parfumées au loin par les de précieux arowates, embellies par la famille superbe des liliacées : à peine peut-on y reconnaître quelques-unes des plantes observées en Europe. La croissent ces végétaux qui fournissent au commerce ces gommes , ces résines odorantes portées à un si haut prix ; ces plantes médicinales, qui, pendant longtemps, n’ont été connues que par leurs produits, et par des dénominations insignifiantes. C’est la que l’on apprend à quels arbrisseaux, à quelles plantes il faut rapporter le bois de cam-

èche, le bois de coulenvre, la noix vomique, les casses, . myrobolans, le tamarin , le curcuma, le galanga, le gingembre, le cardamome, le zédoaire, le sang de dragon, etc. Dans les prés, dans les campagnes, végètent une immense quantité de jolies plantes, dont quelques-unes font Ja richesse denos jardins, les beaux clerodendrum, les justicia , les achyranthes, les cerbera, les pontederia, les eranthemum , les gloriosa, les croton, les acalypha, etc,

Dans ce tableau général de la végétation, n oublions pas

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