‹ Flore médicale (volume 3)Chapitre 117 sur 201 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Les plantes considérées dans leurs rapports apec les substances qui les nourrissent, avec celles qu’elles produisent. | :

15e plantes occupent parmi les êtres vivans la place la plus importante : l'existence des animaux est dépendante de la leur; et, dans le règne minéral, un grand nombre de substances nécessaires à l'harmonie de notre globe ne sont produites que par les végétaux. Les fluides les plus subüls

u’ils absorbent et qui leur servent d’alimens seraient peutêtre trop abondans, si les plantes, en se les appropriant , ne les enchaînaïent pour en former cette matière végétale, douée elle-même d’un principe de vie, et destinée à soutenir celle des animaux. Sans cette végétation, le globe terrestre ne serait qu'une solitude silencieuse , composée de roches stériles inoñdées par les eaux, ayec une surabondance de fluides délayés et suspendus dans l'atmosphère. Ces fluides, à la vérité, entrent, comme principes constituans, dans un grand nombre de corps bruts; mais plusieurs ne s'y trouvent qu'après avoir été fixés, mélangés, combinés par l’action Vitale des végétaux et des animaux ‘. Ce sont ces combinaisoris, ces mélanges, ces décompositions qui établissent cette mutation habituelle de formes et cette belle variété dans les

roductions de la nature. Aïnsi, dans la longue série des êtres, les plantes forment le chaînon intermédiaire qui met en rapport les élémens les plus subtils avec les Hans plus solides; elles constituent ce premier chaïnon qui attache à leur existence tous les êtres organiques et vivans, tandis qu'elles mêmes n’ont besoin, pour soutenir la leur, que de

1 Ilest bien reconnu aujourd’hui, et nous en avons déjà va la preuve dans le chapitre second, que la terre végétale, Les tourbes, les houilles ou charbon de terre, et même un grand nombre de schistes, etc. , ne doivent Jeur existence qu'aux végétaux ; que les substances calcaires ne sont que les débris des ani maux, et que les clémens qui Cormposent ces diverses substances minérales, ont dû nécessairement passer par la filière des êtres organiques. On contoit dès lors que la masse des fluides, tels que l’ean, ete. , doit diminuer à mesure que les êtres organiques et les substances minérales augmevtent à la surface du

globe. Ces considérations sont d’un uès-grand intérét, et méritent toute l’attention du lecteur.

2°, Livraison.

fluides et d’élémens gazeux; elles ne demandent rien aux animaux, rien aux minéraux, qu'une base pour y déposer après leur mort cette terre nouvelle créée par elles, et qui devient le berceau de leurs nombreuses semences.

Ces hautes considérations sont trop étendues pour être suivies dans tous leurs détails, encore trop peu connues pour être traitées sous tous leurs rapports, cependant trop importantes pour être ici passées sous silence. Pour les présenter en totalité, il faudrait tracer en quelque sorte le tableau général de l'univers, exposer les lois qui unissent les êtres entre eux, développer ces chaïnons infinis qui ne font qu’un seul tout de tant d’êtres divers. Ne pouvant entrer A tous ces grands détails, je me bornerai à esquisser les rapports généraux des plantes avec les fluides qui les nourrissent et qu'elles convertissent en matière végétale, avec les produits divers qu’elles fournissent à l'atmosphère par leurs sécrétions pendant leur vie, enfin avec les sub- Stances salines et terreuses qui résultent après leur mort de leur décomposition; opération admirable, qui consiste à convertir, en corps solides , les plus subtils, les plus intraitables des élémens. Quand d'une part on considère la nature de ces élémens, la grande élasticité de l'air et de l’éau réduite en vapeurs, cette force d'expansion qui brise tous les obstacles, la rapidité étonnante de la lumière bien plus subtile encore, ce feu élémentaire qui pénètre et traverse tous les corps sans qu'aucun d'eux puisse fixer son extrême mobilité; quand on voit d’une autre part ces memes élémens sans cesse errans dans le vague de l’atmosphèére, mélangés mais non fixés , que nulle force humaine ne peut soumettre, destinés néanmoins à entrer dans la composition de tous les corps solides , on se demande avec étonnement quels moyens peut employer la nature pour vaincre leur élasticité, les enchaîner par À combinaison , et les faire passer à l'état de solidité : nous répondons : Elle a créé les plantes ; elle les a douées d’une force active, propre à s'emparer de tous ces élémens, à les fixer, à les convertir en substance végétale ; préparant ainsi, pendant leur vie, ces matérlaux qui doivent accroître la masse de la terre, et par elle étendre au Join les richesses de la végétation : tels sont les grands phénomènes dont je vais essayer de tracer l’esquisse. : à

Les corps bruts, inorganiques, sont formés par l’aggrega-

( 29.) | tion de. particules similaires, extrêmement .fines, tenues

juxtu-position.. Il n’en est pas de même des corps organi-

vitale.

Ce sont ces substances qui, en cessant d’être ce qu’elles étaient, constituent les végétaux. Dans les animaux, cette opération s’exécute par des alimens bruts, livrés aux forces digestives de l’estomac; les plantes, organisées bien plus simplement, privées d'estomac, ne peuvent étre nourries ‘que par des fluides réduits à un état de ténuité presque imperceptible : tels sont les fluides élastiques. L'extrème finesse des pores destinés à les recevoir ne permettrait à aucun autre corps d'y pénétrer : d’un autre côté, les pra fixées à la terre, dans l’impossibilité d’aller, comme les animaux, chercher leur nourriture, en sont entourées ; elles la pompent dans l'air par leurs feuilles, dans le sein de la terre par leurs ragines. 2 queue obstacle les en éloigne, elles n’ont d’autre moyen pour le vaincre qu'une sorte de mouvement d'attraction, par lequel elles semblent se porter d’elles-mêmes vers les élémens de leur existence : ainsi les racines placées dans un terrain trop maigre se dirigent vers une terre plus substantielle, qu en est, voisine ; les feuilles ei les tiges se courbent, s’inclinent, se plient en différens Sens pour se placer dans une position plus favorable, quand celle qu’elles occupent leur intercepte l’action de la lumière et re les fleurs s’eutr'ouvrent à l'aspect du soleil, et quelques-unes en suivent la marche pour recevoir son inus plus directement. k .Ces indications et l’état de souffrance où se trouvent les plantes lorsqu'elles sont privées d'air, de lumière et d’eau, annoncent que ces elémens et les fluides qu'ils tiennent en

dissolution, sont nécessaires à leur existence, qu’elles se les soumettent, les absorbent , les combinent, en faisant perdre à l'air sa grande élasticité, à la lumière sa ténuité, au feu sa volatilité : elles les enchaînent, et en forment des corps solides. Enlevés au grand réservoir de latmosphere, convertis en matière végétale, ces élémens ne retrouveront plus, du moins en grande partie, leur preraier mode d’existence, pas mème après la destruction des végétaux, ceux-ci devant augmenter par leurs dépouilles, ainsi que nous l'avons déja dit, la masse solide du globe terrestre, ou répandre dans l'atmosphère, pendant la durée de leur vie, par leurs excrétions et leur transpiration habituelle, des fluides gazeux. que l'expérience nous a fait reconnaître pour de l'hydrogène, du gaz azote, de l’oxigène, de l'acide carbonique, etc., selon les circonstances et la nature des végétaux. Ces émanations proviennent du superflu des fluides absorbés et comhinés par les plantes : les uns se retrouvent ‘dans leur premier état, tel qu’une portion d’air et d’eau; d’autres ont été décomposés; un de leurs principes a été rendu à la liberté, tandis que l’autre est entré dans les combinaisons de la matière végétale. Ces effluves, versées dans l'atmosphère, contribuent à la formation d’un grand nombre ‘de substances, dont l’énumération appartient au domaine de ‘a chimie. Au reste, ces grandes opérations nous échappent ‘eu partie, parce qu’elles sont exécutées par des agens que nos sens ne peuvent saisir qu’imparfaitement, et que nous ne pouvons suivre dans leurs nombreuses modifications.

Il n’en est pas de même des substances que les végétaux fournissent par leurs sécrétions, telles que des gommes, des huiles essentielles où concrètes, d’abondantes résines, des acides nombreux, des alcalis, des sels neutres, et autres produits que les plantes seules ont formés et qui n’existent que par elles : elles les fournissent pendant toute la durée de leur existence. Après leur mort, ces substances se trouvent plus ou moins mélangées où combinées avec cette masse terreuse ou saline, de nature différente, selon les milieux dans lesquels s’opère la décomposition des plantes, ou le degré plus ou moins avancé de.cette décomposition. Ce passage de la vie à la mort, cette matière végétale si active, privée de son principe vital, passant a l'état terreux, va nous offrir, dans ce changement de formes, un exemple

Cr) . de ces lois sublimes qui font sortir la vie du milieu de la -destruction.

La décomposition des corps est, aux yeux du philosophe, une des plus belles opérations de la nature : c’est elle qui varie sans cesse la beauté du spectacle de l'univers; c’est par elle que la matière, soumise à des métamorphoses continuélles, reparaît sous des formes toujours nouvelles; c'est par la décomposition que les êtres animés assimuilent à leur existence les substances qui les nourrissent; c'est à elle que nous devons ces douces émanations qui parfument notre odorat , ces saveurs agréables qui flattent notre palais, ces tableaux variés de décorations qui se succèdent; en un mot, tout être vivant n'existe que par la décomposition des autres êtres, et lui-même, soumis à la même loi , en éprouve Paction tôt ou tard.

Ces réflexions me conduisent à la décomposition des végétaux, dont je vais considérer les produits les plus immédiats, relatifs aux milieux dans lesquels ils se trouvent, tels

ue le feu, l’air et l’eau. Ces trois agens, si puissans pour la

mo betnon des corps, donnent lieu à la formation ‘de substances tres-différentes.

Dès qu’une plante est morte, si elle reste sur pied, comme il arrive assez ordinairement, surtout pour les plantes ligneuses, elle se dessèche; c’est-à-dire qu’elle perd par l’évaporation la portion des prineipes alimentaires que les forces vitales ne peuvent plns retenir, où qu’elles n'avaient pas encore convertie en matière végétale. Ces principes rentrent dans la masse commune sous forme de fluides élastiques, et modifient par leur présence létat de l'atmosphère, en lui fournissant, outre de l’air et de l’eau, du gaz acide carbonique, de l’hydrogène, de l'azote, etc. Il est très-probable que ces émanations varient selon les sucs propres à chaque plante, et que d'elles dépend en partie l’état de purete ou d'insalubrité de Pair . nous respirons. Cette opération s execute par une simple séparation de parties : elle produit, dans les plantes mortes, la déssiccation, le rapprochement des fibres, mais non pas encore la décomposition ; elle la précède, souvent même la retarde, surtout dans les végétaux isolés : c’est ainsi que les plantes, privées de leur humidité , se conservent tres-longtemps dans les herbiers , que les bois, les troncs d’arbres , déprouvent, lorsqu'ils sont

( 32) dans une position favorable, qu’une décomposition treslente, tandis que les plantes herbacées se détruisent rapidément. P

‘La décomposition.est:bien plus compliquée que eette première opération. Ce n’est point ici une simple-Séparation de parties, c’est une formation de substances nouvelles, non préexistantes, une véritable création, dont les plantes ont préparé les matériaux : mais, pour opérer cétte création, il ne s’agit pas seulement de désunir; les particules séparées n’en seraient pas moins de la matière végétale,-et la plante n'aurait perdu que ses formes :-telle-est cette poussière.de bois dont on.se sert pour lécriture. ‘11 faut donc queces plantes soient attaquées par quelque-agent extérieur ;:que celui-ci , en se portant sur.les substances du végétal, s’unisse avec quelques-uns de leurs principes, en forme un composé nouveau ; tandis que les; autres principes, dégagéset mis en liberté, se combinent avec quelque autre élément, et produisent des composés d’un nouvelordre.,La nature de ces somposés dépend donc des agens qui amènent la-décomposition. J'ai déjà dit que les plus connus étaient :le feu, l'air et l’eau, nous allons voir les produits qui résultent de ces trois puissans-dissolvans.

L'observation de da-nature a cet avantage, quertout ce

ui nous entoure , tout. ce qui frappe nos-sens, peut devenir l'objet de nos-méditations ainsi, dans ces longues soirées d'hiver, lorsque, placés auprès.de nos foyers, le feu: pétille dans nos cheminées, égaye nos idées,.et.nous. fait ou- -blier les rigueurs de la saison, que. de réflexions ce-beau phénomène ne doit-il pas inspirer à tous. ceux: qui aiment à nourrir leurs pensées des grands objets qui fixent leur attention | :

Quoique la décomposition des plantes par le fluide igné ne soit pasle moyen que la nature emploie le plushabituellement , parce que ce terrible élément, tropacüf , trop puissant, s’opposerait à Ja formation d’autres substances qu’elle veut produire , il n’est, pas moins essentiel de.connaître-les composés qui en résultent.

Nous avons vu les végétaux se composer en partie de Jumière. et ‘de ealorique : la quantité qu'ils en absorbent est incalculable; la longue durée de leur existence y est employée dans tous les momens-où ils sont échauflés par les

rayons du: soleil et frappés par sa lumière. Les flots abondans que cet astre verse continuellement sur eux s’y combinent avee les autres fluides, et constituent tous ensemble la substance des végétaux. On sait depuis longtemps qu'il ne peut ÿ avoir de combustion avec flamme et lumiere sans le contact de l'air. Onencest resté lapendantplusieurs siècles sans pouvoir pénétrer plus avant dans ce grand mystère ;

mais les chimistes modernes étant parvenus à reconnaitre que l’air se composait de deux fluides, dès lors: ils ont cru pouvoir établir la théorie de la combustion; ils ont dit que l'air, ou plutôt son oxigène, en se combinant avec les substances combustibles, laissait échapper les fluides caloriques et lumineux qui le tenaient en dissolution, et que était à cette combinaison de loxigène qu’étaient dus la lumière et le feu qui se dégageaient des substances inflammables. Je n’entrerai point ici dans les détails de cette belle théorie; je me bornerai à faire connaître les principales substances fournies par les végétaux au moyen de la combustion. A mesure que les plantes brülent, il s’en dégage, comme nous l’avons a une grande quantité de calorique et de lumière, lesquels, rendus à leur premier état de légèreté et d'élasticité, se dérobant momentanément à de nouvelles combinaisons, vont se fondre daus l’atmosphère, se réunir au réservoir commun, afin d’entretenir l'équilibre entre tous les élémens, et pouvoir se prêter à de nouveaux composés , Et y seront rappelés par l’action des forces vitales. : Mais si ces fluides, lorsqu'ils sont encore engagés dans ces particules grasses, salines, huileuses, et en état de vapeurs qui constituent la fumée, sont obligés de traverser un espace étroit et resserré, tel que les tuyaux de nos cheminées, alors ils se condensent en partie, et déposent, le long des parois , une portion des principes huileux et salins qu'ils enlevaient avec eux ; ils forment de la suie , substance combustible, qui contient de l'huile empyreumatique, du carbone, du fer, et quelques particules salines et terreuses. Plus la combustion est active, moins il existe de fumée, et par conséquent Le il s’en dégage de calorique et de lumière; mais, quelque activité que puisse avoir la combustion des végétaux, il en résultera toujours une masse solide, salino-terreuse ; connue sous le nom de cendres, substance sèche, rude, pulvérulente, en partie dissoluble dans l’eau

(34) et dans les acides, composée d’un grand nombre de substances diverses, selon la nature des végétaux soumis à l’acton du feu, qui renferme une grande quantité de potasse ou d’alcali végétal, de la terre calcaire, alumineuse, siliceuse, de la magnésie, du fer attirable à l’aimant, plusieurs sels neutres, tels que du sulfate calcaire, du sulfate de potasse, du muriate de soude, du sulfate de soude, et même des sulfures alcalins, ete. Les cendres soumises à l’action d’un feu tres-violent se convertissent en scories vitreuses.

De la Vase Le des plantes par le feu il résulte donc, pour l'atmosphère, une restitution de calorique et de lumiére, une déperdition , une absorption assez considérable d’air atmosphérique; il résulte, pour. la couche extérieure du globe, la formation de l’alcali végétal et de quelques autres sels neutres, une masse salino-terreuse, peu considérable, à la vérité, relativement à la consommation des végétaux, mais qui n’existait point auparavant, et qui est due toute entière aux plantes qui en ont préparé les materlaux.

La décomposition des plantes par la combustion est rare dans la nature; elle n’arrive que par accident, ou lorsqu'elle est excitée par l'industrie humaine : il n’en est pas de même de leur décomposition à l'air libre ou dans l’eau. Sans elle nous n’aurions ni lerreau, ni terres labourables, point de tourbes, point de charbon de terre, etc. La plante, en périssant, laisserait en vain des semences destinées à perpétuer son espèce, si en même temps elle ne leur fournissait une matrice propre à les recevoir : ainsi la nature vivifie en détruisant, et jamais ne mutiplie davantage les êtres vivans, que lorsqu'elle pue les anéantir; et la génération qui a vécu devient le berceau d’une génération plus nombreuse.

Quittons donc ces foyers de destruction où viennent s’anéantir, dans des flammes dévorantes, ces belles forêts dont la création a coûté tant de siècles à la nature, et que l'homme, en modérant ses jouissances, devrait respecter davantage, s’il s’occupait un peu ne du sort de sa postérité. C’est par une décomposition bien moins rapide me se forme ce terreau qui doit reproduire au centuple les plantes qui lont déposé. Getie décomposition à Vair libre offre, dans le cours de cette opération, des résultats un peu dif-

(35) férens, selon les circonstances qui l’accompagnent et qui vont fixer notre attention. +43 voe

Les végétaux, ou se décomposent isolément, comme il arrive aux arbres qui restent longtemps Sur pied, ou bien ils sont entassés, réunis en masse. Dans le premier cas, leur décomposition est lente, surtout dans les contrées où les pluies sont rares ; ils commencent par $€ dessécher, deviennent plus légers, et quelquefois phosphorescens pendant les ténèbres. Ce phénomène ne pourrait-il pas s’attribuer au principe lumineux, dégagé de son état de combinaison ? De résultat de cette destruction est une poussière sèche, fine, légère, d’un brun noirâtre à mesure qu’elle vieïlhit et lorsqu'elle a été humectée par la pluie : c’est un terreau trèspur ou médiocrement mélangé avec quelques substances antmales.

La décomposition des plantes réunies en tas, exposées à Yair libre, est bien plus rapide : l'air et l’eau qu’elles contiennent dans leur état naturel, et que nous avons vus, dans le premier cas, en retarder la décomposition par leur évaporation libre et tranquille, l'accélèrent dans cette dernière circonstance, parce qu'ils ne peuvent plus s’en dégager avec la même liberté. Les efforts que font ces élémens pour reprendre leur état naturel, les obstacles qu'ils éprouvent, amènent un mouvement intérieur qui excite une chaleur assez forte, occasione une fermentation tumultueuse, quelquefois brülante, qui attaque toute lorganisation végétale, la détruit en un temps plus ou moins court, et la réduit en une masse terreuse, un peu grasse, très-variable. L'action de l’eau, de l'air et du soleil devient la principale cause de cette décomposition. On conçoit combien de composés divers doiveut en résulter : ils sont difficiles à suivre; cependant on en a reconnu quelques-uns. Dès que la fermentation s’est établie au milieu de ces amas, les élémens les plus subtils de la végétation, dissous , fondus dans le calorique, se séparent, s’échappent et se perdent dans latmosphère : tels sont la plupart des fluides gazeux, l'hydrogène, l'acide Roque leo l'huile essentielle, etc. Mais il est d’autres principes plus fixes qui n’ont pu être réduits em état de vapeurs : ce sont ET eee la terre de vegétation, les sels fixes existans dans les végétaux ou formés au moment de leur décomposition , quelques portions d'huile,

de carbone, de fer, dont l’ensemble forme lé terreau, substance non inflammable, très-composée, dont la nature varie selon le degré de décomposition, selon les sucs propres à chaque plante et aux matières animales qui s’y trouvent melaugées.

Cette progression de la décomposition des végétaux est bien essentielle à remarquer, surtout lorsqu'on veut se livrer à l’etude si intéressante de [a formation des couches extévieures de notre globe. On reconnaîtrait, dans les végétaux, Vorigine de plusieurs des élémens qui entrent dans la composition des minéraux ; on verrait la terre végétale s’altérer insensiblement, surtout lorsqu'elle n’est pas alimentée par les débris d’une végétation nouvelle, fournir beaucouyg dé silice, de substances salines, métalliques et inflammables. Je livre ces observations aux géologues, en regrettant toutefois de ne pouvoir suivre plus loin ces grandes opérations , pour faire mieux sentir dans toute son étendue l'importance de la végétation, et ses rapports intimes avec les minéraux. 11 me reste à faire connaître la décomposition des plantes dans l’eau : elles nous offriront des produits différens, et de nouvelles substances pour les minéraux.

J'ai dit plus haut que les plantes décomposées à Pair ibre éprouvaient l’action alternative de l'humidité, de air et du soleil; quil en résultait, dans les plantes réunies en tas, unie fermentation plus ou moins active, qui ën séparait les élémens les plus subtils, que ceux dû carbone se convertissaient en acide carbonique; que les huiles se vaporisaient en état de gaz hydrogène; que les sels étaient dissous par les eaux pluviales, etc. Fe He f *®

Il n’en est pas tout à fait de même lorsque ces plantes se décomposent dans l’eau. Ce fluide les garantit du contact immédiat de l'air et du soleil : Peau est le principal agent de leur décomposition. Il en résulte des produits particuliers , tres-différens de la terre végétale, et auxquels on a donné le nom de tourbes. RU tA LT NS:

Le caractère essentiel de la tourbe, et qui la distingue du terreau, est d’être inflammable : cette propriété, elle la doit particulièrenient au cârbone dont, elle abonde, et, que Vaction de l'air n’a pu convertir en acide carbonique. On en

obtient, par. suffocation, un charbon très-rapproché de celui

que fournissent les bois soumis à la même opération; maïs

(37 y celui dés tourbés ést Bién méins pur. Comme les principes huiléux ont été égalément g'antis dé Paction immédiate de Vair , ils se sont coñservés en partie dans les tourbés, et produisent , lérsqu’on les brûle, uné odeur fétidé, empyreumatique, mélée à des vapeurs sulfuréusés où ammonacales. Nédimoins, il ést bon de rernaïquer que, dans es premiers instans de leur décomposition, cés végétaux laissent échapper une assez grandé abôhdancé de gaz hydrogène, ue l’on sait être si commun dans les märais.

Lé charbon des tourbes marécageusés ne provenant que

de la parue dés plantes téndrés, lérbacéés, [a plu-

conservé leurs formes organiques, à la vérité masquées par le bitume ; lorsqu'on les en dépouille, les couches circu- ) q )

1 Ces tourbes fibreuses, improprement nommées fourbes, sont étonnantes par leur longue durée. M. Faujas de Saïat-Fons m'a communiqué un bel échantillon de tourbe fibreuse, exploitée dans la vallée de Sancey , département du Nord : elle a onze pieds d’épaisseur, et se trouve à sept ou huit pieds de profondeur ; elle n’est composée que d’une seule espèce de mousse, très-voisine de Phypnum aduncum, Lin.; elle est presque sans mélange et tellement intacte, qu’on y distingue les tiges, les ramifications et les feuilles; elle est disposée par petites couches comprimées, spongieuses, élastiques, très-légères. On ne peut douter de son ancienneté, évidemment attestée par son épaisseur et par les couches qui la recouvrent.

laires et annuelles y deviennent tres-apparentes. L'origine de ces tourbes, ainsi que de celles que l’on nomme tourbes pyriteuses, se perd dans les siècles les plus reculés; les amas énormes que la terre en renferme dans son sein nous donnent la preuve de la haute antiquité du globe terrestre et de immense quantité de végétaux qui ont couvert sa surface ‘. Que de matériaux, pendant cette longue durée, les plantes ont fournis aux substances minérales !

C’est ainsi que, par l’enchainement admirable des êtres, la nature les rend tous dépendans les uns des autres, et entretient en même temps le plus parfait équilibre entre ces élémens continuellement en contact. Les fluides de l’atmosphère, source alimentaire des plantes, absorbés par elles, s'y convertissent en matière végétale, avec laquelle ces

mêmes plantes nourrissent les animaux et s’y transforment

en substance animale. De la destruction des végétaux se forme la couche extérieure de notre globe, sans cesse augmentée par les dépouilles de tous les autres êtres organiques, dont les principes ont été puisés dans ce vaste réservoir, si abondant en fluides, qu’il faut, malgré ses pertes habituelles, une très-longue suite de siècles pour s’apercevoir de ses déperditions *.

1 Voyez les différens mémoires que j'ai publiés sur les tourbes dans le Journal de physique et d’hist. nal., ans 1x-xtr.

2 Voyez mon mémoire sur les Causes de la diminution des eaux de la mer (Journ. de phys. et d’hist, nat., ventose an xx).

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