‹ Flore médicale (volume 3)Chapitre 116 sur 201 · ÉTABLISSEMENT DÉ LA VÉGÉTATION A LA SURFACE DU GLOBE · texte numérisé non relu

ÉTABLISSEMENT DÉ LA VÉGÉTATION A LA SURFACE DU GLOBE

NS venons de voir la végétation couvrir de verdure et de fleurs toutes les parties de notre globe : nous l’avons vue se propager du fond des vallées jusque sur les lieux les ee élevés, résister dans les plaines aux rayons brülans du soleil, lutter sur les montagnes avec les frimas, sortir chaque été de dessous les neiges, et ne s'arrêter qu’à la zone des glaces perpétuelles. Mais comment cette végétation peutelle parvenir à couvrir la nudité des rochers, à fixer la mobilité des sables, à s'implanter dans les tufs pierreux, à con vertir des lacs immenses en marais, ceux-ci en forêts ou en terre labourable? car telle était, telle est encore la surface du globe dans tous les lieux privés de végétation, soit dans les Îles nouvellement sorties du sein des eaux, soit dans les sols bouleversés par des accidens particuliers, ou dépouillés, par d’autres circonstances, de ie antique. verdure; telle aussi nous la retrouvons, si nous enlevons la couche plus ou moins épaisse du terreau qui la revêt. Cette terre est donc de nouvelle formation, ainsi que la végétation qu'elle entretient; elle n’a point été formée simultanément avec le rocher qui la soutient, avec le lit de sable qu'elle recouvre. Cette importante observation échappe au commun des hommes. Accoutumé à voir, au retour de chaque printemps, les mêmes fleurs reparaître, les mêmes prairies reverdir, à peine a-t-on réfléchi sur l’origine de cette belle et abondante végétation, ou plutôt la rapportant à l’époque de la création générale des êtres, elle nous semblait se perdre dans l'obscurité mystérieuse de la formation des mondes "eË nous nous trouvions dispensés dès lors de chercher par quels moyens la nature était parvenue à répandre partout ce terreau précieux, source de richesses et de vie, et qui n’est cependant que le résidu des générations entassées sur les générations. [ci, se présente une objection qui paraît détruire en partie ce que je viens d'avancer. Si la terre végétale, dira-t-on, est nécessaire à l'existence des plantes, elle

(18) à dû être créée avant elles, et n’en recevoir que ce qu’elleième leur à fourni.

. Telle a été l'erreur, quis pendant une longue suite de siècles, nous a fait méconnaître une des plus grandes opérations de la nature, et qui, quoique constamment sous nos yeux, ne nous à échappé que par le peu d’attention que nous avons donnée à un ordre de plantes dédaignées à cause de leur peu d'éclat, de leur petitésse, et de la simplicité de leur composition : mais dès que l’œil percant du génie eutsaisi leurs rapports dans l’ordre naturel des choses, dès qu'il eut reconnu les fonetions qu’elles avaient à remplir, et Je rang qu’elles occupaient dans le système général de la végétation:, elles ont pris alors un caractère de grandeur, qui a fixé l'attention sur leur existence, On s’est aperçu que, sans exiger de terre végétale pour exister, elles en fournissaient par leur décomposition ; à la vérité en petite quantité, mais suffisante pour recevoir des plantes d’un ordre un peu plus élevé, et auxquelles, à mesure que la terre végétale augmente, suécèdent des végétaux beaucoup plus vigoureux.

Pour comprendre ce que nous avons à dire sur ce sujet, il faut nous arrêter un instant sur ces plantes que jai dit être la base de la végétation. Quoique très-communés partout, elles sont à peiné remarquéés. Partout elles couvrent les murs, les rochers, les terrains humides, le tronc des arbres; ‘elles s’attachent à toutes les substances, pour peu qu'’elles'soient favorisées par les circonstances. Les rayons dusoleil,, les vents secs et froids leur sont autant contraires, que l'ombre et Phumidité leur sont favorables. Ces plantes

sortent les noms de conferves, de byssus, de lichens : il re succède des mousses, des hépatiques, des‘lvcopodiacées, des champignons, etc. Elles forment, dans l'ordre naturel de la végétation, une grande et importante famille. Linné les à nommées eryptogames, mot grec qui signifie que le mode de fécondation qui doit les reproduire n'est presque pont connu: à CAE.

* Les byssus sont des plantes qui ne se montrent que Sous Ja forme d’un tissu poudreux , où d’un duvet filamenteux diversement coloré : elles s’attachent particulièrement aux substances humides , se dessèchent aux rayons d’un soleil ardent, et ne laissent après elles que des taches informes et not-

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râtres. Les conferves appartiennent aux eaux stagnantes, aux terrains inondés ; elles sont composées de filamens capillaires , allongés, simples ou articulés. Les Zchens ne sont quelquefois que des points saillans et noirâtres , épabs sur un fond verdâtre ou cendré ; ailleurs ce sont des lignes simples ou rameuses qui semblent tracer ou: des caractères alphabé: tiques ou une sorte de carte géographique sur une membrané lisse, très-minée, appliquée sur l’écorce des arbres. D'autres espèces s’altachent aux rochers; elles y formentdes plaques de diverses couleurs, des croûtes lépreuses, grenues , farineuses ; ou bien, plus développées , elles s’étalent en rosettes d’un aspect foliacé, laciniées ou divisées en lobes. On en voit s’élever d’une croûte écailleuse, en tiges simples, ou se ramifier en petits arbustés élégans, s’évaser, au sommet de leurs rämeaux, en petits godets simples où prolifères, garnis sur leurs bords de tubercules fongueux, de couleur brune, noi râtre, où d’un beau rouge écarlate; quelques autres, sous une forme tres-différente, tombent des branches des arbres en longs-filamens entremêlés, semblables à des crins de cheval, à des chevèux touffus, les uns d’un vert cendré, d’autres d’un beau jaune doré, orangé ou citrin: ‘Je ne m’étendrar pas davantage sur cette classe de plantes, avec laquelle nous. ferons ailleurs une connaissance plus particulière lorsque nous traiterons des familles naturelles. Ici, nous allons les suivre dans les grandes fonctions que la nature leur à confiées pour Pétablissement dé la végétation.

Lorsque lon fait attention à la dureté, à la sécheresse et à la nudité des rochers , on a peiné à concevoir que des forêts puissent un jour en couronner le sommet; cependant cé grand travail s’exécuté tous les jours sous nos yeux, et mème au milieu de nos habitations. Considérons ces murs couverts de taches verdâtres qui s’accroïssent par l'humidité, que la lumiere et la chaleur réduisent en taches noires et tenaces : ce sont autant de byssus qui essaient d’y porter la végétation, ainsi que sur les statues et les marbres les mieux polis ; ce sont eux qui impriment le cachet de la vétusté sur nos vieux chàteaux, sur nos édifices gothiques. Ailleurs, particulièrement sur les pierres raboteuses, s’étalent en larges plaques ces Zchens de diverses couleurs, semblables à ces croûtes dartreuses qui corrodent la peau des animaux; ils creusent, rongent la surface des rochers, déposent, dans les vides

qu'ils ont formés, la portion de terre produite par leur destruction, Quoiqu’e irès-petite quantité, cette terre suffit pour donner lieu au F1 ma de lichens d’un ordre plus élevé. Leurs débris, ajoutés à ceux des premiers, fours nissent une petite couche de terreau suffisante pour l’exis- ” tence des mousses d’un ordre inférieur, auxquelles succedent également des y plus fortes .

Déjà une couche gazonneuse recouvre le sommet desmurs, la surface des rochers : elle augmente d’année «en année par les débris des végétaux qu’elle nourrit; ses particules pulvérulentes sont retenues par les tigestet les racines serrées et tonffues des mousses; l'humidité sy conserve plus longtemps; la couche de terreau s’épaissit; des graminées et autres plantes herbacées à tiges basses, viennent s’y établir, telles que des joubarbes, des draba, des saxifrages, des pissenlits, quelques geranium, etc. Le sol s'exhausse à mesure que les générations se sucéedent ; il se convertit, avec le temps, en une prairie visitée par un grand nombre d'animaux. Des plantes à tige ligneuse annoncent que ce nouveau terrain ne tardera pas à recevoir de plus grands arbres, dont la multiplication doit par la suite établir d'immenses forêts dans un sol qu’on aurait cru frappé pour toujours de stérilité. i

. Tel est, sur ces: roches arides, le développement de la végétation, commencée par de simples byssus, par quelques lichens, propagée par des tapis de mousses, augmentée par les plantes herbacées. Leurs débris accumulés ont formé cet humus, maintenant assez épais pour que les arbres les plus vigoureux puissent y implanter leurs racines. En suivant ainsi les progrès de la végétation, nous sommes parvenus à

1 Les personnes qui ne se sont pas livrées à l’étunde de la nature, seront peut-être fort étonnées d'apprendre que toutes ces taches noires ou verdâtres qui dégradent les belles statues et les murs exposés à l'humidité, sont de véritables plantes. Ces plaques sont formées par un byssus , que Linné a nommé byssus antiquitatis. Les pierres constamment à l'ombre et à l'humidité sont sécouvertés d’un autre byssus, d’un beau vert foncé : c'est le byssus velutina, Lan. |

Les lichens qu’on wrouve plus communément sur les murs et les pierres sont le Lichen calcarius, pertusus, tartareus, candelarius , parellus, saxalilis centrifugus , crispus , omphalodes , parietinus , pustulatus, etc. |

Les mousses que l’on rencontre sur les vieux murs sont le nrriurh sela= ceum, capillaire , etc, le bryum apocarpum, striatu , rurale, truncatu— lum; murale, cæspitilium ; l'hypnaum sericewm, serpens ; myosuroïdes, elc+

nous convaincre que la terre végétale n’est que le résultat de la décomposition annuelle des végétaux , qu’elle n’existerait pas sans eux ; que la nature seule et non l’industrie bumaiue a pu Ja déposer sur cette roche, sur ce vieux mur où nous l’avons observée, et dont la formation s’est presque exécutée sous n0S yeux.

Ne quittons pas encore ces forêts dont nous venons de suivre l'établissement depuis l’humble graminée, ou la mousse rampante, jusqu'a la production des plus grands végétaux. Quelle abondance de terreau fournissent tous les ans la chute de leurs feuilles et les autres débris de la végétation! C’est dans cet immense magasin, sans cesse renouvelé, que la nature va puiser les substances nécessaires pour fertiliser les plaines et les vallées : elle se sert, pour le transport de ces matériaux, du véhicule de Peau, de ces pluies d’orages qui se précipitent par torrens, ou descendent en nappe du sommet des monts jusque dans les vallées les plus profondes : ces eaux entraînent avec elles les dépouilles de la végétation, eu recouvrent des plaines souvent stériles, crétacées, sablonneuses ou pierreuses ; leur fertilité sans ce moyen aurait pu coûter à la nature des siècles de travaux.

Mais les plantes qui jettent sur les rochers les fondemens de la végétation, étant privées de racines, ne pourraient exister sur des sables arides et mouvans; il faut, pour fixer leur mobilité, un autre ordre de végétaux : il a été produit. Au lieu de byssus, de lichens, qui exigent une base fixe et solide, on trouve, pour premières plantes, plusieurs espèces de graminées, de cypéracées, dont les racines tragantes et gazonneuses s’entrelacent les unes dans les autres, s'enfoncent dans les sables, les retiennent, y mêlent leurs dépouilles, et les rendent propres à recevoir des végétaux convenables à la température des localités, pourvu qu'elles soient fréquemment arrosées par les pluies. |

Les circonstances qui soumettent le sable à la puissance de la végétation n’existent point partout; il est même de vastes contrées où la terre paraît condamnée à n’offrir à ses habitans Russe surface aride et brûlée : telles ces plaines immenses de l'Afrique, ces déserts si redoutés, contrées de silence et de mort que l’homme ne traverse qu'avec effroi, et que cependant la nature, par quelques circonstances locales, peut ramener à un état de vie, comme élle l’a fait

(22) en beaucoup d’autres lieux. Le REA le plus efficace et même l’unique, c’est la présence de l'eau. Nous savons déja que plusieurs grands fleuves y promènent leurs eaux, tels E le Nil en Egypte, le Niger dans une partie du Sahara. es sources qui les alimentent , grossies par les pluies , occasionent chaque année des débordemens considérables. Ces eaux surabondantes déposent, sur Îcs terrains qu’elles ont inondés, un limon qui, mêlé au‘sable, acquiert une grande fertilité : ailleurs, elles forment des mares, des lacs, des étangs qui portent les principes de la vie dans ces contrées de mort.

Un nouvel ordre de plantes nous attend sur les bords et à la surface de ces lacs. On conçoit sans peine que celles qui ont établi la végétation sur les sols sablonneux ou pierreux ne peuvent ici remplir le même but, et nous verrons avec admiration cette nature toute-puissante vaincre avec le temps les obstacles qui s’opposent à ses opérations. Des que lés eaux ont recouvert un terrain, les plantes s'y montrent presque aussitôt : elles y sont plus ou ‘moins abondantes, selon les circonstances. Si ces eaux sont courantes comme celles des rivières, agitées comme celles des grands lacs, la végétation n'existe guère que Sur leurs bords; mais sontelles tranquilles, dormantes, pet profondes, les plantes y eroissent plus nombreuses et avec plus de rapidité; elles s'emparent d’abord de la surface des eaux, ét occupent, par Ja simplicité de leur organisation, le même ordre que celles qui naissent sur les rochers : ce ne sont°que des filamens très-menus, entremêlés, sans racines, sans fructification apparente ; elles précèdent la naissance de végétaux plus parfaits, et préparent le sol ri doit les recevoir, opération que fous pouvons suivre également sans sortir dé nos habitations. Examinons ces mares, ces bassins négligés ou abandonnés; nous les verrons couverts d'une écume verdätre, : qw’on a regardée longtemps comme des impuretés réjètées a fa surface de l'eau : observéés avec plus d'attention, il sera facile de reconnaître qu'elles appartiennent au règne végétal. On les a désignées sous les noms de conferves el de hyssus. Des lentilles d’eau (Zemna}, des callitrics se joignent à elles: ou leur succèdent. Ceux-ci, pourvus de racines, forment, par leur entrelacement, une sorte de gazon RU ne | débris se précipitent au fond des eaux, et constituent ie 5

‘destiné à recévoir des plantes d’un rang supérieur : dès lors Tes potamogetons, les chara, les myriophyllum tapissent l'intérieur des bassins et dés lacs, s’y étendent en prairies ‘constamment recouvertes par les eaux, et réservées pour la nourtiture d'un grand nombre d'animaux aquatiques:

A mesure que le fond s’exhausse, des espèces plus vigoureuses s'élèvent au-dessus des eaux, y développent ces brillantes corolles dont la beauté rivalise avec les fleurs de nos jardins. La plaine lignide se convertit en un parterre embelh par des touffes de renoncules flottantes, de naïades, d'hydrocharis, de vallisneria, dominées par les amples calices d'argent, d’or où d'azur des nélumbos, des nénuphars à feuilles larges et vernissées; tandis que les flèches d’eau, les jones fleuris, lés ményanthes, Phottonta, etc., forment sur leurs bords un encadrement élégant et varié, auquel se joignent de jolies véroniques, des œnanthes, des phyllandres surmontés par des salicaires, des bidens, des eupatoires, etc. |

Aïnsi les eaux, aussi bien que la partie nue et pierreuse du globe, se PACE de végétaux qui convertissent en Marais ces plaines liquides sur lesquelles ont flotté jadis les barques des pêcheurs. Ces eaux gagnent en surface ce qu'elles perdent en profondeur, et portent la fertilité dans tous les terrains qu'elles abordent. À mesure qu’elles baïssent, on ÿY voit croître de ces espèces qui, en quelque sorte, tiennent le milieu entre les plantes aquatiques et les terrestres ; telles que de grandes graminées, des roseaux, des paturins, des carex, des scirpes, des souchets, des #ypha , etc. ; mais aucune plañte ne contribue davantage au changement de ces maraiSlen pâturages, que l’abondance de certaines espèces de mousses, surtout les sphaignes, qui s'élèvent par couches annuelles au-dessus les unes des autres, s’accroissent tous lés jours en épaisseur aussi bien qu'en étendue. Si ces eaux, absorbées par la force de la végétation, ne sont point alimentées par des sources à proportion de leurs pertes, ce sol marécageux se desséchera peu à peu, et se couvrira avec le temps de prairies fertiles, d'arbres de toute espèce, et dès lors pourra offrir sa surface au soc de la charrue.

, Ce que je viens d'exposer sur les progrès successifs de la vegetation n’a rien de conjectural : nous én trouvons la preuve presque à chaque pas, tant dans le sein de la terre

| (24) qu'a sa surface, surtout dans les terrains qui n’ont point été bouleversés par des révolutions récentes. D combien d’endroits ne rencontre-t-on pas, sous la couche de terre végétale ou argileuse, d'anciennes tourbes étendues sur des lits de sable ou sur des amas de pierresroulées; preuve évidente que ce sol a été autrefois traversé par les eaux des fleuves, ou occupé par celles des lacs! Les vastes marais de la Somme nous en fournissent un exemple entre mille. Le sol est souvent recouvert, ainsi que l’a observé M. Girard, d’une couche de terre propre à la végétation, d'environ deux pieds dans sa plus grande épaisseur : la hauteur du banc de tourbe sur lequel elle repose est de six à dix pieds entre Amiens et Pecquigny ; elle augmente jusqu’à trente pieds vis-à-vis les villages de l'Etoile et de Long, au dela desquels elle diminue de plus en plus. La partie basse de la ville d'Amiens, d’après -les See de M. Sellier, est bâtie sur une couche de tourbe qui a quelquefois plus de douze pieds d'épaisseur : elle est assise sur un banc de marne, qui repose lui-même sur un massif de sable et de galets mêlés de coquilles marines. Ce vaste terrain a donc été longtemps occupé par de grands lacs, ainsi que le prouve la découverte que l’on a faite de plusieurs barques et d'armes romaines conservées dans la tourbe à de plus ou moins grandes profondeurs.

Il ne nous est pas accordé de suivre dans les profondeurs de l'Océan l'établissement de la végétation; mais si. les plantes marines exigeaient, comme les terrestres ou celles des eaux douces, d’être enracinées dans un sol terreux ou. Jimoneux, nous aurions peine à concevoir comment elles pourraient résister à l’action destructive de ces vagues mugissantes qui sans cesse renversent, arrachent tout ce qui leur fait obstacle, balayent le fond des mers, amoncellent sur les rivages les débris des rochers. Pour lutter contre des obstacles aussi puissans, il fallait aux plantes marmes un mode d'existence particulière; aussi la nature leur a-telle accordé une base autrement solide que celle d'un sable mobile et continuellement tourmenté par le mouvement 1mpétueux des eaux : elle a fixé leur séjour sur les gps les plus durs, sur les pierres, les rochers auxquels elles ad èrent par un empatement d’une grande ténacite, ou bien en s'y Cramponnant à l’aide d’une sorte de griffe rameuse, très-diffe-

rente des racines, quoiqu’elle en ait Papparence. Ces griffes ne sont point destinées à puiser, dans un sol qu’elles ne peuvent pénétrer, des sucs alimentaires, pour les porter dans les parties supérieures de ces végétaux : ceux-ci, plongés en entier dans le même milieu, absorbent également par toute leur surface les principes de leur nutrition; et jusqu'alors on n’a pu y reconnaître l'ascension d'aucune liqueur, telle que la sève, etc. Les plantes mariues ont en outre un feuillage plane ou divisé en filamens, d’une consistance souple, coriace, membraneuse, susceptible de se prêter à tous les mouvemens de l’eau sans en être endommagées.

Quoique leur mode de fructification soit encore peu connu, il parait que leurs semences, ou ce qui en tient lieu, sont très-glutineuses, qu’elles s’attachent indifféremment à tous les corps solides, et couvrent les rochers d’une végétation aussi abondante et non moins agréable que celle des gazons qui tapissentnos montagnes : à la vérité, elles n’étalent point | corolles brillantes, elles ne parfument point l'air de leurs aromates, mais elles offrent souvent, dans à forme, la variété

et le mélange des couleurs de leur feuillage, un aspect sé-

duisant.

Il serait difficile de dive quelles sont les circonstances favorables ou nuisibles à leur végétation; mais si nous examinons les rochers qu’il nous est permis d'aborder, nous les trouverons presque tous couverts d’une riche végétation. Il

est à croire que ces plantes, quoique placées dans un seul

milieu, sont également soumises, comme les terrestres, aux influences des localités, des profondeurs et de la température, puisqu'il en est qui ne se montrent que dans certaines mers; qu'on en rencontre dans l'Océan qui ne se retrouvent pas dans la Méditerranée, et que les mers des Indes en fourwissent de n’ont point été découvertes dans les mers glacées du Nord, ni dans les eaux tempérées des tropiques, etc. : d’autres naissent à de telles profondeurs, que nous ne les connaissons que par leurs fragmens.

Je ne suivrai pas plus loin, dans ses grands travaux, là nature sans cesse occupée à jeter partout les bases de la végetation : ce que j'en ai dit suffit pour faire comprendre toutesles ressources qu’elle emploie pour vaincre les obstacles et porter partout le mouvement et la vie. Nous l'avons suivie dans les plaines, sur les montagnes , dans les sables mobiles,

(26) et jusque dans le sein des eaux; si maintenant nous descendons dans ces cavités où la lumière ne pénètre jamais, nous y trouverons des plantes particulières , destinées pour ce séjour de ténèbres, telles que cerlaines espèces de rhizomorphes, de byssus, etc. ; enfin il n’est point de substances, soit à l'air libre ou dans les lieux renfermés, exposées à la lumière, ou cachées dans les endroits les plus obscurs, à l’huiwidité ou à la sécheresse, qui ne soient recherchées par des plantes propres pour ces diverses localités. Les moisissures attaquent toutes nos provisions alimentaires lorsque celles-ci sont abandonnées et tenues dans des lieux humides; de nombreux champignons, d'énormes bolets naissent à l'ombre sur les plantes en putréfaction ; les lichens et les mousses pénètrent l'écorce crevassée des arbres ; une foule d’animaux d’un ordre très-inférieur , tels que des larves d’insectes , des vers, des mollusques nus ou à site , des crustacées, des arachnides, viennent en foule établir leur séjour au milieu de cette végétation naissante : ils y déposent leur postérité, y vivent daus l'abondance comme nos troupeaux dans les pätu-

rages, y jouissent de la fraîcheur et de l’ombre comme les

grands animaux dans les forêts. Ainsi se propage l'œuvre sublime de la création dans ces êtres organiques qui contribuent, pendant leur vie par leurs sécrétions, et apres leur mort par leurs dépouilles, à l'augmentation de la terre végétale et de beaucoup d’autres substances inorganiques, comme nous le verrons plus en détail dans le chapitre suivant. J’exposerai ailleurs, en parlant des semences, par quels moyens la nature les disperse à la surface du globe, dans les terrains destinés à les recevoir.

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