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Mais par quelle fatalité arrive-t-il que l’homme, à qui la nature a le plus accordé dans la jouissance de ses biens, soit celui qui paraisse en jouir le moins? C’est que l'animal , borné aux seuls besoins naturels, trouve presque toujours à les satisfaire; que des besoins satisfaits nait un bien-être
“intérieur, source de joie et de santé. Heureux dans Les bocages où dans la solitude des forêts, l'oiseau y respire un ‘air pur; il y chante ses amours, auxquels il ne trouve d'autre obstacle que des rivaux et non des lois : ses besoins sont presque aussitôt satisfaits que sentis. Si des dangers le menacent, il les ignore ; s'ils se présentent, 1l les évite : le présent lui sourit, l'avenir ne l’effraye pas; il jouit de la liee ce grand bienfait de la nature, qu'il trouve sans la chercher, que l’homme cherche sans la trouver.
Nous ignorons jusqu'à quel point les animaux ont le sentiment de leurs jouissances ; mais la vivacité de leurs mouvemens , leurs jeux folâtres, leur santé constante, indiquent
“suffisamment qu’ils les sentent autant que leur être le com- “porte. Je n’oserais non plus comparer cette existence heureuse et douce à celle de l’homme, l’homme ! qui s’annonce pour le chef de tous les animaux, qui l’est en effet par ce génie puissant avec lequel il’ les souniet tous à son empire, mais nes comme tant d’autres qui gouvernent, est souvent plus malheureux que la plupart des êtres dont il se dit lemaître.
* Pour adoucir le sort souvent bien malheureux de l’homme social, pour le distraire de ses passions brülantes, 1l faut le ramener aux plaisirs purs et simples de la nature, lui en montrer la source dans ces rapports secrets, charmes des cœurs sensibles, qui convertissent en jouissances de sentiment ces premières émotions, qui semblaient d’abord n’avoir affecté que les sens. Avec eee douceur elles se font sentir à la vue de cette simple rose placée sur le front de la jeune Salencienne par les suffrages de ses propres rivales! Que d'émotions à la rencontre des fleurs, même les plus com- munes, lorsqu'elles se rattachent a certaines époques de notre existence! Que de souvenirs délicieux elles renouvellent toutes les fois que nous nous reportons dans ces promenades champêtres, où nous ont si souvent attirés, avec le retour des zéphirs, celui de la verdure et des fleurs ! Quel plaisir de retrouver l’aubépine fleurie, de conquérir la rose dé-
C44,) fendue par ses épines, de découvrir la violette trahie par son odeur ! Il n'est donc pas,uue plante qui ne nous rappelle une jouissance ét.avec.elle l’âge ire de notre,première jeunesse : c’est la primevère, développant dans les prairies son panache doré; c’est.la ronce aux baies succulentes, la fraise parfumée, la noisette savoureuse ; c’est le chevrefeuille ,entremélant ses rameaux, fleuris à ceux des jeunes oxmeaux ; ;c’est le coquelicot et.le bluet, ornement des moissons, dont la conquête nous a si souvent attiré la poursuite des surveillans. champêtres; enfin il n’est point de parure sans bonquets, point de, fêtes, sans guirlandes, point d'époque heureuse dont le retour ne soit,célébré par des fleurs : composent, ces couronnes destinées à ceindre, dans les luttes villageoises, le front des vainqueurs. Heureux jeunes gens ! qu’elles soient longtemps emblème de vos victoires ; portezles sans.remords, portez-les avec joie : elles peuvent vous avoir coûté des.sueurs, jamais de ire ni de sang.
Les fleurs.ont orné notre berceau ;.elles couvriront encore notre tombe, comme si elles devaient, par leur éclat, mas- .quer l'horreur, de, notre, destruction. Compagnes insépara- .bles de notre existence, elles se. prêtent en quelque sorte
à toutes nos affections; elles embellissent Les plus beaux
“jours de notre vie;.elles amortissent et flattent notre dou- Le Des guirlandes suspendues à l'autel .de J'hymen ont signalé notre. bonheur; de noirs cyprès en annoncent Le terme.
Telleest la cause de ce charme secret et, puissant qui nous | ‘arrache à nos foyers, a la symétrie de nos parterres, pour nous.transporter dans la solitude des campagnes : tels sont les rapports qui existent entre l’homme et les plantes. Beau-.
coup d’autres nous les rendent encore intéressantes. Les: unes nous fournissent des alimens , précieux, d'autres la: matière première de nos vêtemens : elles su pléent à Ja cha-leur que.le.soleil va porter, dans d'autres chats. C'est par elles que nos maisons s'élèvent, s’embellissent : nous leur sommes redevables d’un grand nombre de meubles, d’instru-mens.agréables et commodes.
Sous ces rapports, elles nous sont chères, sans doute;: mais ce n'est < la ce charme séduisant qui nous les, faitt aimer, L’homme, qui ne sait que calculer, ferme trop, sou
“vent son ame au sentiment, À.la vue d’une belle forêt, il
compte combien d’arbres seront frappés chaque année par la hache du bûcheron; si ceux de son verger développent leurs branches avec trop de luxe, il en fait arrêter la végétation ; cette vigne voudrait revêtir de ses rameaux l'arbre qui l’avoisine, la serpe du vigneron les abat ; tandis que nous admirons ces campagnes couvertes de moissons, que notre œil contemple avec plaisir les ondulations de ces épis, le laboureur calcule déja le temps où ils tomberont sous la faux.
Ces riches productions, que le génie -de l’homme a su s'approprier, hi ménagent , il est vrai, de grandes jouissances ; nus sont-elles aussi pures, aussi douces Les celles quitiennent au sentiment ? Que de fois les passions humaines y jouent le principal rôle! Pour jouir pleinement des bienfaits de la nature, il faudrait les recevoir tels qu’elle nous les donne, oublier, au moins momentanément, tous les calculs d'intérêt, pour nous pénétrer de toute la grandeur du spectacle de l'univers.
Ce sont donc ces rapports habituels, ces relations nombreuses , établis entre les jouissances, les besoins de l’homme et les plantes, qui l'ont porté à les étudier. Une admiration vague et trop générale devient un tourment pour l'esprit humain; un sentiment inquiet de curiosité le porte Bientôt à connaitre plus en détail ce qui fait l'objet dé son admiration : de là naquit l'étude de la botanique. Combien elle doit être intéressante dans ses détails cette étudè qui se rattache aux grands phénomènes de l’univers, qui s’identifie avec nos plus douces habitudes, nous conduit de merveilles en merveilles , et nous transporte, en quelque sorte, dans un monde nouveau, que nous habitons sans le connaître, et que nous regretterons d’avoir connu si tard! Si la route que nous allons parcourir est quelquefois hérissée d'épines ; si Le flambeau qui doit l’éclairer ne brille pas toujours également, cest que la nature a des mystères qu’il ne nous est pas accordé de pénétrer.